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lantes, de voyageurs souples et tenaces qui vont exposer dans les contrées les plus lointaines les produits européens, et surtout les produits allemands, doit correspondre une organisation continentale capable d’y faire face. Dans un port d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique, on loue un magasin que l’on remplit d'échantillons, un bureau, on s’y installe, la clientèle vient. Mais rarement le client vous demande Île produit dont vous disposez. Il en réclame cent autres avant celui-là ! L’Européen ne s'installe donc pas marchand, mais commissionnaire. Il arrive à centraliser des centaines de commandes les plus opposées, les plus inattendues, qu’il transmet à Hambourg. C’est là que doivent se faire les triages et les recherches.
On me communiqua à Hambourg la matière d'un seul courrier de maison d'exportation. On y demandait les objets suivants : tissus (et non pas n'importe quels tissus, mais des tissus de la couleur et du dessin réclamés par l’Équateur ou l’Uruguay, compliqués du goût particulier du client), allumettes, clous, bêches spéciales pour l'Afrique du Sud, des marmites émaillées, du carbure de calcium, du papier, des grelots pour colliers de chevaux, de la coutellerie de camelote, du feutre, de l’acide sulfurique, de l'antimoine, dés sardines, des jouets, des bonbons, de la ficelle belge, des crayons de papier mâché, du cuivre en feuilles, des imitations de corail et des lez pour l'Inde, des perles de cire et des lampes sans mèches pour la Chine, des étuis à cigarettes, des casseroles, de la farine hongroise, des jeux de cartes à dos rouge et à coins dorés, des échantillons d'épices pour la Bolivie, des aiguilles à fil d’archal, des
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gants fourrés pour FAustralie, des machines agricoles, etc., etc.
J'arrête là cette nomenclature qui suffit à vous donner une idée de la variété affolante de ce commerce.
Quelle est la tête assez vaste pour contenir les milliers de connaissances et de renseignements nécessaires à ce travail? Une armée d'employés n’y suffrait pas, puisqu'il s’agit en somme de tous les produits européens. Pour éviter ces recherches impossibles, fut créé l’intermédiaire indispensable, l'agent, qui représente un grand nombre de produits dont il a en main les catalogues et les échantillons; et, entre l'agent et l’exportateur, cet autre intermédiaire : le livre.
Dans quelle ville, dans quelle fabrique va-t-on demander ces objets? Ou plutôt quel est l'agent de Hambourg qui a sous la main des échantillons et les catalogues de ces articles dont certains sont complètement inconnus aux patrons comme aux employés? C’est ici qu'intervient le Biedermann, c'est-à-dire un ouvrage composé de trois énormes volumes de 1,000 pages chacun, sans compter les innombrables pages d’annonces, réédité tous les trois ans. Il est ordonné par articles. Vous cherchez, dans l’ordre alphabétique, l'article qui vous intéresse, aussitôt vous trouvez la liste des producteurs qui peuvent vous le fournir et, en regard, le nom de l'agent sur place. Les annonces, qui se trouvent à côlé, vous édifent sur le détail de sa fabrication et sur sa spécialité. Cet ouvrage est le produit de la collaboration même des fabricants et des agents; les agents sont sollicités par l'éditeur de faire souscrire à tous les manufacturiers
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