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CHAPITRE V

La plus grande figure religieuse des États-Unis : le cardinal Gibbons.

Une figure si chère au peuple d'Amérique, à la France, à l'Église entière, mérite qu'on s'arrête à la contempler. Dût notre récit un moment se ralentir, ce ne saurait être ici un hors-d'œuvre, de consacrer quelques pages à l'illustre archevêque vers lequel tout spécialement notre mission a été envoyée.

Parmi les nombreux portraits de Mgr Gibbons, le plus exact nous paraît être celui que traçait, il y a sept ans, pour sa cinquantième année de sacerdoce, Mgr Blenk, l'archevêque, aujourd'hui défunt, de la Nouvelle-Orléans :

De tous les bienfaits que Dieu nous a libéralement accordés en cette période fortunée, je n'en vois pas de plus précieux que la personnalité de notre cardinal. Riche en dons variés, il se distingue surtout par un heureux mélange de qualités rarement unies dans le même homme. En lui se rencontrent une noblesse, une élévation d'âme, une dignité de caractère qui paraissent innées, une simplicité qui attire, une courtoisie qui jamais ne se dément, l'intuition infaillible de tout ce qui est juste, droit et distingué; une

charité sincère et qui n'exclut aucun homme ni aucune catégorie d'hommes, qui ne s'embarrasse d'aucun préjugé, ignore toute amertume, s'élève au-dessus de l'injustice, n'admet aucini ressentiment, ne cherche point son intérêt; une foi sereine et pure, qui accueille les enseignements du divin Sauveur avec la simplicité d'un enfant, en pénètre le sens avec la finesse d'un sage, s'en assimile l'esprit au point d'en faire inie seconde nature; une foi sûre d'elle-même et qui, pourtant, ne met pas en doute la sincérité de qui ne la partage point; une foi catholique en toutes ses fibres et absolument loyale au Vicaire du Christ, paisiblement appuyée sur ce rccher contre lequel, de siècle en siècle, l'incrédulité, l'ignorance, la haine, le faux zèle se ; ont brisés en maints assauts ; un esprit dépourvu de toute prétention, humble, grand ouvert, et qui, aujourd'hui encore, à quatre-vingts ans, ne demande qu'à s'instruire; attentif aux côtés pratiques, ennemi des subtilités, visant droit au cœur des questions et ne manquant jamais d'y atteindre; aussi clair et aussi ferme dans sa conception des principes que persuasif dans' leur exposé; d'im tact admirable pour comprendre ceux qu'il cherche à éclairer; sûr de son jugement, respectuevix de celui des autres; incapable de blesser personne, trop ami de la vérité pour ne point la montrer fièrement; doué au suprême de; ré de sagesse et de bon sens, inaccessible aux illusions et néanmoins rempli d'optimisme et de vie; en tout et toujours sachant se montrer homme de cœur, de sagesse et de vérité, un gentleman, un prêtre de Dieu, un évêque, un prince de l'ÉgUse i.

1 Voir le discours enter de Mgr Blenk dans le Catholic World de septembre 1918.

Tous ceux qui ont eu l'honneur d'approcher le cardinal Gibbons reconnaîtront la justesse de ce portrait. Une pondération qui n'exclut pas l'ardeur, un mélange étonnant de candeur et de prudence, de finesse et de simplicité, de douceur et d'autorité, en seraient peut-être, du point de vue humain, les traits les plus marquants. C'est en cette riche et loyale nature que se sont épanouis, on dirait sans effort, les dons surnaturels de foi, de zèle et de piété. Et sa carrière, sa vie plutôt, paraît aussi droite, aussi unie que son caractère.

Il est né, voici quatre-vingt-quatre ans, dans la ville même qui lui doit d'avoir vu grandir son prestige plus que séculaire de métropole religieuse des Etats-Unis. (Baltimore posséda le premier évêque catholique, Mgr Carroll, nommé en 1789, et huit archevêques s'y sont succédé, dont quelques-uns resteront célèbres, Mgr Maréchal, Mgr Kenrick, Mgr John Spalding, oncle de l'évêque de Peoria.) C'est dans sa future cathédrale que James Gibbons a été baptisé, qu'il a débuté dans le ministère paroissial, qu'il fut sacré évêque sept ans après son ordination, qu'il fut intronisé archevêque, puis cardinal. Jeune prêtre, il est initié par Mgr Spalding aux affaires du diocèse qu'il doit un jour gouverner; il entre en

relations, durant le deuxième concile plénier de Baltimore, avec tous les membres de l'épiscopat et, auprès d'eux, il s'instruit de la situation générale de l'Église, des problèmes religieux qui intéressent le pays entier. Premier vicaire apostolique de la Caroline du Nord, puis évêque de Richmond, il y élargit son expérience, il apprend à connaître les populations du Sud, avec leurs qualités, leurs défauts et leurs préjugés. Il siège, le plus jeune de tous les évêques, au Concile du Vatican; et il aimera à dire, demeuré le seul survivant de ces grandes assises, qu'il n'en manqua pas une seule discussion, qu'il les suivit toutes dans le silence attentif dont son âge lui faisait une loi, qu'enfin l'on ne saurait admirer assez l'unanime accord qui, après la définition, suivit la divergence des débats ^. En 1877, il est appelé à Baltimore comme coadjuteur et, la même année, il en devient archevêque; il y préside en 1884, le troisième concile plénier; il y reçoit, le 7 juin 1886, du pape Léon XIII, sa nomination de cardinal. Durant un quart de siècle, il est seul, dans son pays, à jouir de ce titre; et lorsqu'en 1911, les archevêques de New- York et de

1 Oserai-je rapporter ce trait d'hvimour américain? L'un de nous ayant rappelé que le cardinal, dans son dernier livre avait noté, il y a deux ans, qu'il était le seul survivant des Pérès du Concile, un voisin répartit du ton le plus naturel : a II est encore le seul »

Boston le partagent avec lui, l'habitude est prise par tous les Américains de l'appeler « notre Cardinal », de le considérer comme la première figure du monde religieux aux États-Unis.

Et il ne doit pas uniquement ce prestige à sa pourpre : « La robe de cardinal, dit l'archevêque de Saint-Louis, parlant à l'américaine dans le discours que nous avons cité, la robe de cardinal est une épreuve autant qu'un honneur. Elle fait apparaître plus petit l'homme qui est petit; elle met en plus grand relief la vigueur et la distinction de celui qui possède par lui-même une haute stature morale, la sagesse, l'ampleur de l'intelligence. Le cardinal Gibbons a victorieusement soutenu l'épreuve. » Il l'a soutenue, si l'on peut s'exprimer ainsi, sur le terrain civique et social comme sur le terrain spécialement religieux. C'est pourquoi l'orateur du jubilé de 1911, en présence et au nom de tout l'épiscopat, au nom même de l'Eglise catholique des États-Unis, a pu dire sans crainte de contestation : « Le cardinal de Baltimore appartient au pays entier. Les non-catholiques eux-mêmes l'écoutent comme la voix de la religion, car les préjugés désarment devant sa parole. »

A ses noces d'argent, le 18 octobre 1893, Mgr Ireland, — cette grande voix qu'on n'entendra plus, — exprimait une idée semblable, en y ajoutant le relief particulier de son éloquence :

« Le cardinal Gibbons, ce catholique le plus déclaré, ce fidèle coopérateur du Pontife de Rome, est aussi l'Américain des Américains. Je tiens à accentuer son patriotisme, parce qu'il a été la cause de ses grandes victoires. On a dit parfois que faire si souvent profession de patriotisme ne sied pas à de bons citoyens et que leur vie paisible devrait être une suffisante garantie de vertu civique. C'est comme si l'on disait que des professions fréquentes de foi religieuse sont déplacées dans la bouche de fidèles chrétiens et qu'il faut rarement répéter le Credo ^. »

L'archevêque de Baltimore n'est pas, lui, de ceux qui craindraient de trop souvent redire leur credo patriotique. Il met à profit toutes les occasions de professer son amour du pays ou de la Constitution; et elles s'offrent d'autant plus nombreuses que c'est à lui qu'on recourt, non seulement dans les fêtes catholiques, mais dans les principaux actes de la vie nationale, où toujours une place est faite à l'idée de Dieu. Reportonsnous, par exemple, au premier jour de l'exposition universelle de Chicago, 21 octobre 1892; Mgr Ire-

* Voir L'Église et le Siècle, conférences et discours de Mgr Ireland (1 volume in-12, librairie Gabalda, 11® édition, p. 66).

land prononcera le discours principal à la cérémonie du soir, mais à celle du matin, quand le Président de la République ouvre ces grandes assises du travail humain, c'est le cardinal Gibbons qui est chargé de remercier et d'invoquer Dieu au nom du pays. De sa longue et belle prière nous citerons au moins ce passage :

Tandis que retentissent vos louanges, ô mon Dieu, dans le pays natal de Colomb et dans celui d'où il est parti pour explorer des mers jusqu'alors inconnues, il est convenable et il est juste que nous vous exprimions des actions de grâces particulières, puisque nous possédons une part de cet héritage terrestre que sa vaillance a conquis pour nous et pour tant de milliers de membres de la famille humaine... Mais ce n'est pas seulement pour ce bien matériel que nous voulons vous remercier; c'est plus encore pour ce précieux bienfait de la liberté constitutionnelle que nous possédons; car cette terre si fertile ne serait pour nous qu'un désert aride et desséché, si elle n'était imprégnée de la rosée de la liberté. Nous vous supplions humblement de continuer à bénir notre pays et ses institutions aimées, et nous vous promettons solennellement aujourd'hui, dans cette vaste assemblée et au nom de nos concitoyens, d'employer toute notre énergie à préserver ce legs de toute altération et à le transmettre comme un précieux héritage aux générations futures ^.

Cet attachement profond aux institutions libé-

1 L'Église et U Siècle, p. 181.

raies du pays n'est pas traduit avec moins de force, et il l'est peut-être avec plus d'autorité encore dans les livres du cardinal. Voici comment il s'exprime dans la préface de V Ambassadeur du Christ : « S'il est vrai que l'Église catholique s'accommode de toutes les formes du gouvernement, elle s'adapte tout particulièrement à notre système politique et au génie du peuple américain ^. » Et dans la Foi de nos Pères, au chapitre « Liberté civile et religieuse », après avoir posé en principe que « conversion et coaction sont des termes qui ne peuvent jamais s'unir », après avoir montré dans l'histoire le respect de l'Église pour la libre volonté de l'homme, après avoir rappelé que la grande charte de l'Angleterre fut l'œuvre de l'archevêque Langton et des barons catholiques, il en arrive à l'Amérique et à sa chère province : « Si je me retourne maintenant vers

* L'Ambassadeur du Christ, traduction André, 1 vol. in-S", chez Lethielleux, p. 7. — Rapprochons de ces paroles celles qu'il prononça, le 19 janvier 1897, à l'Université catholique de Washington, en installant le recteur Conaty comme successeur de Mgr Keane :

« Que le mot d'ordre de l'Université catholique soit : révélation et science, religion et patriotisme, Dieu et notre pays. Si j'avais le pouvoir de modifier la Constitution des États- Unis, je n'en effacerais pas ou n'en modifierais pas un seul paragraphe, une seule ligne, un seul mot. La Constitution est admirablement adaptée à la croissance et à l'expansion de la religion catholique, et la religion catholique est admirablement adaptée au génie de la Constitution. Elles sont faites l'une pour l'autre, comme des anneaux de la même chaîne. »

notre pays, déclare-t-il, c'est avec une satisfaction indicible que je vois dans les États du Maryland le berceau de la liberté civile et religieuse et la terre du sanctuaire. Des treize colonies primitives de l'Amérique, le Maryland est la seule qui ait été établie par les catholiques; ce fut la seule aussi qui éleva bien haut, sur ses libres terres, la bannière de la liberté de conscience et qui invita les opprimés des autres colonies à se réfugier sous son égide ^. » Nos régionalistes aimeront à constater là que, chez l'archevêque de Baltimore, l'amour du petit pays s'ajoute au patriotisme plus large. J'en ai noté ailleurs un trait que j'oserai rappeler. Quand il revint à Baltimore après l'élection de Pie X, il y reçut un accueil magnifique; le maire, un protestant, nouvellement élu, le harangua à sa descente du wagon spécial que le Baltimore and Ohio lui avait envoyé à New-York; cortège officiel, musiques, foule immense, l'accompagnèrent de la gare à la cathédrale. Il monta en chaire, parla du nouveau pape, de son voyage, des concitoyens qu'il avait rencontrés, puis, d'un ton paternel : « Et maintenant, me voici bien heureux d'être rentré chez nous. Il y a beaucoup de beaux endroits à l'étranger; mais il n'y a pas de contrée comme les États-

' La Foi de nos pères, traduction Saurel, 1 vol. in-S», chez Retaux et Bray, p. 244.

Unis, pas d'État comme le Maryland, pas de ville comme Baltimore ^. »

Comme le cardinal Manning, c'est surtout pour son dévouement au monde du travail et par son intervention heureuse dans la solution des problèmes sociaux que le cardinal Gibbons s'est imposé, on peut le dire, à l'attention universelle. Rien de plus retentissant, peut-être, en sa longue et féconde carrière, que l'incident historique des Chevaliers du Travail, rien qui mette autant en lumière son influence à la fois dans les conseils de l'Eglise et dans la vie de son pays.

Aujourd'hui bien moins importante que la Fédération Américaine du Travail dont le chef, M. Gompers, joue un rôle si actif dans le monde ouvrier, l'Association des Chevaliers du Travail exerçait, il y a une trentaine d'années, une grande action parmi les classes laborieuses des États- Unis et du Canada. Elle représentait l'une de leurs premières tentatives pour défendre, en s'organisant, leurs intérêts et leurs droits contre la pression des capitalistes. Comme elle obéissait strictement à ses chefs et n'admettait pas le public à ses délibérations, comme, d'autre part, cer-

^ Au Pays de la Vie intense, p. 220. 1 vol. in-18, chez Pion, lie édition.

tains éléments révolutionnaires ne laissaient pas de se mêler à l'ensemble du mouvement, quelques membres du clergé en conçurent de vives alarmes et la traitèrent de franc-maçonnerie; les évêques du Canada obtinrent même du Saint-Siège qu'il la condamnât chez eux. Qu'allait faire l'Eglise des États-Unis, en cette crise où se jouait peutêtre l'avenir de ses relations avec le monde ouvrier? Nous laissons ici la parole au cardinal luimême. En publiant le texte anglais de son fameux rapport à la Propagande, il l'a fait précéder d'une iiote que l'on n'a pas encore traduite et dont voici, intégralement, la seconde moitié ^ :

Si maints évêques s'inquiétaient des tendances, à leur jugement, révolutionnaires, des nouvelles associations, beaucoup d'autres, parmi lesquels le cardinal Manning et moi-même, ne s'alarmaient pas moins du danger que courait l'Église d'être présentée à notre temps comme l'amie des puissants et des riches, l'adversaire des faibles et des pauvres; car une telle alliance, ne fût-elle qu'apparente, non seulement aurait fait à l'Église un mal inoui, mais aurait bouleversé le sens de toute notre histoire. Jamais, selon nous, pareille chose ne devait se produire. Le seul pouvoir au monde qui depuis près de dix-huit siècles avait été le protecteur des classes pauvres et des faibles, nallait pas les abandonner à l'heure de leur détresse.

» La première comprend des aperçus généraux et d'ordre historique. — A Retrospect of fifty years, t.I, pp. 186-190.

Ce fut SOUS l'empire de ces circonstances qu'après a">oir vu M. Cleveland, Président des États-Unis, et M. Ponderly, qui était à la tête des Chevaliers du Travail, je demandai à celui-ci de venir à une réunion des archevêques et de leur dire exactement en quoi consistait l'obligation du secret pour les associés. Il s'y prêta volontiers et nous montra avec évidence : 1° que les membres n'étaient liés au secre!: que pal' un engagement simple, sans serment ; 2° que ce secret ne portait sur rien autre que ce qui était indispensable pour les protéger contre leurs adversaires; 3° que les associés n'en restaient pas moins libres d'ouvrir pleinement leur conscience au eonfessiona^ ni les chefs de l'Ordre de donner à l'autorité religieuse compétente, en dehors même du tribunal dt la pénitence, tous les renseignements nécessaires pour les rassurer.

Des douze archevêques, deux seulement opinèrent pour la condamnation; tous les autres jugèrent, avec moi, que novis devions faire tout notre possible pour empêcher, dans notre pays, une condamnation des Chevaliers du Travail qui aurait pour effet de les jeter dans le camp de la révolution.

En. conséquence, lorsqu'en 1887 je m'embarquai pour l'Europe où j'avais à recevoir le chapeau de cardinal, ce fut aussi avec la mission de présenter la défense des travailleurs organisés; et je le fis en présentant au cardinal préfet de la Propagande le document que voiei. Je ne peux pas dire que la tâche que je m'étais imposée là fût des plus faciles, mais l'événement montra, grâce à Dieu, qu'elle n'était pas impossible et l'ordre des Chevaliers du Travail, aux Etats-Unis, ne fut pas condamné.

Grande fut ma consolation de voir le Souverain

Pontife Léon XIII, quelques années plus tard, proclamer comme il le fit dans sa fameuse encyclique Reruni Novarum les principes fondamentaux de la morale de l'Église en ce qui regarde les questions • économiques ^.

Je ne crois pas utile de reproduire ici le mémoire en entier, puisqu'on peut le trouver ailleurs ^; mais on n'en saurait trop recommander l'étude. Il est peu de documents, dans l'histoire religieuse ou sociale, qui le dépassent en vigueur et en intérêt. Nul ne sera surpris, après l'avoir lu, que le Saint-Siège en ait fait sienne la conclusion.

L'intervention du cardinal en ce conflit mémorable constitue sans nul doute un des plus signalés services qu'il ait rendus à l'Église et à son pays. Il leur a épargné la guerre entre la religion et le monde ouvrier. D'autres associations ont pu se former depuis, où les catholiques tiennent une moindre place; mais aucune n'exclut ni ne combat le catholicisme; il n'est solidaire d'aucune, d'aucune il n'est l'adversaire.

^ Le cardinal ajoute en note : « .Je tiens à reconnaître l'aide précieuse que me prêtèrent, dans la préparation de ce mémoire, le vénérable archevêque de Saint-Paul, Mgr Ireland, et le T. R. Mgr Keane, qui se trouvaient tous l-s deux à Rome. »

» Voir V Association Catholique de mai 1887.

Victorieux défenseur des Chevaliers du Travail, Mgr Gibbons est encore connu en Europe, même d'un public peu préoccupé des problèmes de l'âme, comme le prélat qui ouvrit, à l'Exposition de Chicago, cette assemblée extraordinaire : un parlement des religions. L'événement, en effet, ne manqua point d'importance, et comme, d'autre part, l'ignorance des uns, la légèreté ou la mauvaise foi des autres, en ont fait l'objet de beaucoup de malentendus, il mériterait certainement d'être exposé avec précision. On verrait que, dans cette circonstance comme toujours, le cardinal Gibbons, en plein accord, du reste, avec l'épiscopat des États-Unis, servit excellemment la cause religieuse, — soit dit sans méconnaître la difficulté, le danger peut-être, de reproduire ailleurs ce qui réussit alors en Amérique.

Rappelons que l'idée première et dominante du congrès fut de ne pas laisser la religion à l'écart dans une manifestation qui allait glorifier tout ce que l'humanité a connu de meilleur. Il ne devait pas, du reste, être fait de controverse entre les membres de l'assemblée; chaque forme de religion n'aurait qu'à y montrer clairement et sans compromis ce qu'elle offrait pour l'instruction et la conduite de l'homme, pour son bonheur en ce monde et dans l'autre. Dès le début les organisateurs recherchèrent l'avis et la coopération de l'Église catholique, reconnaissant en elle, disaient-

ils, l'Église de tous les siècles et voulant qu'elle eût dans cette réunion un rôle à la hauteur de sa dignité. Ils s'adressèrent en premier lieu au cardinal Gibbons et à Mgr Keane, recteur de l'Université catholique de Washington. Ceux-ci consultèrent l'assemblée des archevêques. Un instant divisés et hésitants, les prélats allaient peut-être émettre un avis défavorable, quand un des plus âgés se leva et dit : « Saint Paul était un grand fou! Pourquoi n'a-t-il pas agi en bon catholique respectable? Qu'allait-il faire au milieu des païens? Pourquoi n'est-il pas resté chez lui? » — « Ce fut un trait de lumière, raconte Mgr Keane. On déclara que l'Eglise catholique prendrait part au congrès des religions, non pour se mettre au niveau des différentes sectes, mais pour montrer, comme faisait le Sauveur, à de pauvres égarés qui sont, eux aussi, les créatures du Père céleste, la voie de la vérité, de la charité et de la vraie adoration. » ^ Ravie de l'acceptation des évêques, la commission organisatrice les consulta sur le choix des sujets et le plan des travaux; elle introduisit dans le programme toutes les modifications qu'ils lui suggérèrent.

Le lundi 11 septembre, eut lieu l'ouverture du congrès. Quatre mille personnes, raconte en

> Rapport lu au 111^ Congrès scientilique international des catholiques, tenu à Bruxelles en 1894 {Compte-rendu, introduction, pp. 67-70).

substance Mgr Keane, remplissaient la salle de Colomb pour y assister; et quatre mille autres se pressaient dans la salle de Washington. Afin de satisfaire tout le monde, il fallut, autant que possible, exécuter le programme en entier dans chacune des deux salles. Au milieu d'interminables applaudissements de bienvenue, les représentants des principales religions du monde descendirent processionnellement l'allée centrale et vinrent occuper la spacieuse estrade. C'était un merveilleux spectacle que ce groupement de toutes les races et de toutes les langues, cette variété de costumes nationaux et d'ornements religieux, avec le familier manteau de pourpre et la douce figure de notre cardinal pour centre du tableau. Un silence de sanctuaire s'étendit sur l'immense foule, lorsque, à la demande du président. Son Eminence s'avança pour prononcer la prière d'ouverture. D'une voix faible, mais distinctement entendue de partout, il commença la récitation de l'oraison dominicale, à laquelle tous s'unirent. Cette prière bénie, reconnue durant le congrès comme « la prière universelle », fut la seule formule dont on fit usage pour ouvrir les sessions ; elle était précédée, le matin, d'un instant de silence et de recueillement.

Durant dix-sept jours, l'Église se tint ainsi debout au milieu de cette singulière assemblée, comme saint Paul au milieu de ceux qui le

questionnaient dans l'Aréopage; et l'on peut douter que depuis les temps apostoliques elle ait jamais fait entendre sa voix à un tel rassemblement des enfants de Dieu dispersés. En dehors des grandes réunions où sur chaque sujet elle eut roecasion d'expliquer sa propre doctrine, elle organisa un comité où tous les jours, du matin au soir, un grand nombre de prêtres zélés furent occupés à répondre à ceux qui venaient les interroger individuellement ou par groupes. On se fera une idée du bien accompli dans ces conditions, en apprenant que 18.230 livres, brochures et traités catholiques furent distribués pendant le congrès à des personnes désireuses de s'instruire. Le dix-septième jour, on devait résumer les conclusions et recueillir l'opinion générale sur les perspectives religieuses. Dans un discours intitulé « la religion dernière », Mgr Keane montra que l'avenir de la religion dans le monde serait sans doute meilleur que son passé, et que Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec la seule Église qu'il ait constituée, — our Lord Jesus-Christ and His one organic Church, — en seraient à jamais le centre. Le congrès se termina le soir par une solennité semblable à celle du jour d'ouverture et la dernière bénédiction fut implorée par un représentant de l'Église catholique. Jusqu'à la fin elle y avait tenu le premier rang, et, sans offenser les autres confessions religieuses, mais aussi sans se con-

fondre avec elles ni rien abdiquer de ses droits, elle y avait paru comme la fille privilégiée du Père céleste que tous invoquaient, unique héritière des promesses divines, seule en possession de la vérité complète parmi tant d'autres qui n*en conservaient que des trésors partiels.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que de circonstances où le cardinal Gibbons joua un rôle de premier plan et qui le mirent en évidence devant son pays entier ou même devant l'univers chrétien. Mais l'on se ferait la plus fausse idée de sa discrète personne et de son caractère aussi modeste que ferme, si l'on se bornait à pareille vue. Avant tout le reste, pour les hommes de devoir, passe le devoir professionnel; les grands évêques de l'Église chrétienne sont d'abord évoques de leur propre diocèse, comme saint Ambroise l'était à Milan, saint Augustin à Hippone, saint Grégoire à Nazianze. Parmi les prélats de l'Église d'Amérique dont j'ai eu le privilège d'être l'hôte, les plus universellement connus n'étaient pas les moins absorbés dans l'administration de leur diocèse particulier : un Glennon à Saint- Louis, un Ireland à Saint-Paul, un Mac Quaid à Rochester, un Spalding à Peoria; et, pour nous en tenir à ces deux derniers, parce qu'ils ne sont

plus de ce monde, il suffit à leur louange de dire qu'étant l'un et l'autre les premiers évêques de leurs diocèses et n'y ayant presque rien trouvé, ils y laissèrent chacun des centaines de paroisses et de prêtres ^.

Le cardinal Gibbons n'a pas eu, certes, à tout créer dans son diocèse, puisque c'est le plus ancien des États-Unis; mais on aura quelque idée des progrès accomplis sous sa direction, si l'on compare le nombre actuel des prêtres à celui du moment où il prit possession du siège, 630, au lieu de 228, et si l'on pense que 86 nouvelles églises ont été bâties, dont 24 à Baltimore et 10 à Washington. Comme chiffres américains, ceux-ci peut-être sembleront modestes; pour les apprécier on tiendra compte que le diocèse de Baltimore a été divisé et subdivisé jusqu'à devenir, en étendue, l'un des plus petits. Il ne le cède, d'ailleurs, à aucun pour l'esprit de foi et la générosité; toutes les œuvres y prospèrent, notamment les œuvres essentielles de l'éducation chrétienne. Pour une population, relativement faible, de 270 . 000 catholiques, il ne possède pas moins de 3 séminaires, 11 collèges de garçons

^ Quant à Mgr Ireland, qui, lui aussi, vient de rendre sa grande âme à Dieu, ce n'est pas seulement le nombre des paroisses qu'il a multiplié dans le Minnesota, c'est celui des évêques. Son petit diocèse de Saint-Paul est devenu un archidiocèse de 265.000 catholiques, avec huit suifragants.

et 19 de filles, 94 écoles paroissiales, 13 orphelinats, 8 hôpitaux et 2 asiles de vieillards. En 1916, le nombre des baptêmes y a été de 10.929, dont 1.291 adultes convertis et 9.638 enfants. Ce dernier chiffre représente presque trois fois celui des décès, qui a été de 3 . 725 : constatation significative et tout à l'honneur du catholicisme, en une contrée où sévit déjà le fléau de la stérilité volontaire.

Le grand séminaire, dirigé par les prêtres de Saint-Sulpice, compte présentement 360 élèves, et, si spacieux qu'il soit, l'on a dû en loger un certain nombre à l'Université de Washington. Sous des hommes aussi éminents que feu l'abbé Magnien, le bras droit et le meilleur ami de son archevêque, et que le supérieur actuel, le Rév. Edward Dyer, vicaire général de Saint-Sulpicc aux Etats-Unis, ce séminaire modèle est peutêtre l'institution qui a exercé le plus d'influence sur l'Église entière d'Amérique; longtemps il lui donna presque tous ses évêques, et aujourd'hui encore ils en sortent si nombreux, qu'un Sulpicien de mes amis, pour y avoir passé seulement quelques années, m'en signale neuf parmi ses élèves. Le cardinal lui-même y a fait ses études et célébré sa première messe. Toujours, comme nous l'avons vu à l'occasion de son jubilé, il est resté l'ami des Sulpiciens et il aime à se dire leur disciple.

Son livre, à notre avis, le plus remarquable, V Ambassadeur du Christ, est imprégné de leur esprit, de leur piété simple et profonde, de cette méthode qui fait vivre le prêtre intérieurement tout en Dieu, extérieurement tout pour le prochain. Nous devons en dire quelques mots, ainsi que de ses autres ouvrages; car le cardinal Gibbons, homme d'action par excellence, ne dédaigne pas de recourir à la plume quand elle lui paraît être, pour son œuvre évangélisatrice, l'instrument le plus efficace.

« L'Ambassadeur du Christ », c'est le prêtre. Quelle est la sublimité de sa vocation ; comment il doit, au séminaire, se préparer à y répondre; quelles vertus spécialement lui sont nécessaires, — sincérité de caractère, respect de soi-même, charité, politesse et amabilité, esprit de pauvreté chasteté, humilité véritable et d'ailleurs compatible avec la grandeur d'âme, — voilà les questions qvii remplissent le premier tiers du livre. Le second tiers est consacré tout entier au devoir de l'étude, à ses conditions, à ses avantages, aux obstacles qu'elle doit vaincre, aux moyens pratiques de la développer, aux matières qui en font le sujet : Ecriture sainte, Pères de l'Eglise, théologie dogmatique et morale, droit canon, histoire, écrivains ecclésiastiques, connaissance enfin, et

c'est le plus long chapitre, connaissance des hommes et des temps. La troisième et dernière partie traite directement du ministère sacerdotal, de la prédication, du catéchisme, de l'éducation chrétienne dans la famille, des écoles paroissiales, des conversions et des convertis, des chants liturgiques, de la visite des malades et des funérailles. Le chapitre final, où vibre l'accent ému d'un père exhortant ses fils, parle des consolations qui, sur la terre même, se mêlent aux épreuves du prêtre et de la divine récompense réservée plus tard à ses sacrifices. Tel est ce livre excellent qu'on a tant raison de faire lire aux séminaristes de France et qui déjà figure, heureusement, dans la bibliothèque de beaucoup de nos prêtres. Ils y retrouvent, dans un style peut-être moins ferme et certainement plus familier, mais avec une adaptation précieuse aux besoins d'aujourd'hui, la sagesse et l'onction des Bérulle, des Condren, des Tronson, des Ollier, des Vincent de Paul et de ceux qui, les trois derniers siècles, ont profité de leurs enseignements comme de leurs vertus.

L'ouvrage de Mgr Gibbons, qui, par le sujet, se rapproche le plus de son Ambassadeur du Christ est un Choix de discours et sermons ^, « le fruit », comme dit la préface, de près de cinquante ans

^ Discourses and Sermons. — Toutes les œuvres du cardinal sont publiées à Baltimore, chez John Murphy et C".

de sérieuses méditations, et nous pouvons ajouter, le fruit d'une expérience de même durée, l'auteur ayant toujours continué, même archevêque, même cardinal, de prêcher à son tour, comme un simple vicaire, le sermon ordinaire des dimanches et fêtes. Toutes ses instructions reposent sur un fond dogmatique et surnaturel, mais la partie morale et pratique en occupe la plus grande partie, les deux éléments, au reste, étant toujours étroitement liés.

D'une part, il sait aborder les questions du jour, surtout les problèmes sociaux, et il traite des salaires, de l'enseignement public, de l'esprit d'économie (qui n'est pas la vertu dominante des Américains), de l'arbitrage entre les nations, de l'obligation de se soumettre aux lois et institutions : « Avec quel joyeux empressement nous devons observer des règles qui sont faites pour notre bien-être et notre protection! Quel respect cordial nous devons témoigner à ceux qui possèdent l'autorité, puisqu'ils sont nos élus! La condition de l'État est ce que nous la faisons; elle est notre œuvre à nous, car l'État n'est que la résultante de la totalité des citoyens. Le sort du bien public est, sous la conduite de Dieu, entre nos mains ^ » D'autre part, tout ce qu'il dit s'éclaire des lumières de la foi, et sans cesse y

» « Sur l'obéissance qui est due à l'autorité légitime », p. 500.

domine la figure du Maître divin : « Jésus-Christ n'est pas comme les génies ou les héros qui se montrent sur le théâtre de l'existence, y jouent leur rôle et disparaissent... Il est le soleil de justice qui brille sur les hommes à travers les différents âges, éclairant les esprits, réchauffant les cœurs, faisant produire aux âmes des fruits de grâce et de salut. Il marche invisiblement sur les eaux agitées de notre vie quotidienne comme jadis il marchait sur le lac de Génésareth ^. » S'il fallait résumer les qualités qui nous frappent le plus dans cette éloquence, nous mettrions en première ligne la clarté, la simplicité, l'onction, et j'oserai dire un réalisme qui naît de la sincérité. La vie y circule partout : la vie intime de l'orateur, quand il parle de Dieu; la vie aussi de ses auditeurs avec leurs défauts et leurs qualités, celles-ci du reste, étant supposées l'emporter de beaucoup sur ceux-là.

Même dans ces entretiens destinés aux fidèles, on sent que l'archevêque ne se désintéresse pas des non-catholiques. Non seulement il évite avec soin ce qui pourrait les blesser ou leur rappeler des souvenirs pénibles, mais dans l'exposé positif des doctrines, de la confession par exemple, ou de la dévotion à la Sainte Vierge, il insiste sur les points les plus propres à dissiper tout malentendu

' « Jésus-Christ le seul nom durable », p. 521 .

et à émouvoir les cœurs. Comme modèle en ce genre, il faudrait pouvoir reproduire tout le sermon « Perte et gain », qui montre ce que l'on gagne et ce que l'on perd à entrer dans l'Eglise catholique. A ce zèle discret et attentif, de même qu'au prestige personnel et à la popularité du cardinal, on a bien le droit d'attribuer une part des nombreuses conversions d'adultes qui viennent chaque année grossir son troupeau.

Mais il est deux de ses livres qui visent plus directement à l'apologie et que nous serions inexcusables de passer sous silence : The Faith of our Fathers, « la Foi de nos pères », et Our Christian Héritage, « Notre héritage chrétien ». Le dernier, qui fut publié en 1889, s'adresse aux catholiques et aux protestants; il a pour but de rappeler les vérités fondamentales de la religion et de prémunir les lecteurs contre les influences qui mettent en péril soit la croyance soit la pratique chrétiennes. La Foi de nos Pères, qui parut en 1876, s'adresse aux protestants. L'ouvrage eut dès l'origine un très grand succès aux États- Unis et fut traduit presque immédiatement en allemand, en norvégien et en espagnol; la traduction française, due à l'abbé Saurel, de Nîmes, ne fut donnée que dix ans plus tard, en 1886. Il n'a peut-être pas été publié depuis cent ans un livre de vulgarisation qui ait réussi comme celuilà ni fait autant de bien. C'est par centaines de

mille, sinon même par millions, qu'il faut compter les âmes éclairées, touchées, converties par la lumière et la charité de cet ouvrage apostolique.

Mon cher lecteur, dit en substance l'auteur dans son introduction, c'est peut-être la première fois de votre vie que vous ave/, en mains un exposé du catholicisme fait par un enfant de l'Église... Je ne m'étonne pas qu'on la déteste lorsqu'on ne la connaît que par ses ennemis ; il est naturel de détester une institution doni on croit l'histoire remplie de sang, de crimes et de fraude. Klevé dans ces idées, j 'éprouverais les mêmes sentiments. Mais non, il n'en e^t pas ainsi; je suis, autant que personne, à même de savoir ce que c'est que r Eglise et je vais vous le dire en toute sincérité. Quel intérêt aurais-je à vous tromper? Je m'attirerais la colère de Dieu, si j'essayais de faire des prosélytes aux dépens de la vérité. Mon seul mobile, ami lecteur, c'est que je suis sûr de posséder, en la foi catholique, un trésor incomparable et que je brûle de vous en faire part.

Et il conclut par cette considération aussi juste que simple et touchante :

En venant à l'Eglise, vous n'entrez pas dans im lieu inconnu. La demeure et l'ameublement peuvent d'abord vous paraître étranges, mais ce sont les mêmes que vos aïeux ont laissés il y a trois cents ans. En rentrant dans l'Église vous adorez ce que vos pères ont adoré avant vous, vous participez aux sacrements qu'ils ont reçus, vous respectez l'autorité du clergé qu'ils ont vénéré. Vous revenez, comme l'enfant

prodigue, à la maison de votre père et de votre mère.

Je ne crois cependant pas que, pour le grand public, aucun ouvrage du cardinal présente autant d'intérêt que les deux volumes où il a réuni, en 1916, ce qui lui a paru à lui-même, dans ses discours et dans ses essais, le plus digne d'être conservé pour l'histoire des temps agités où il a vécu. Comme il s'est trouvé, en sa longue carrière, mêlé à tout ce qui est survenu d'important dans l'existence morale de son propre pays, — quelquefois aussi de l'Europe, — on se figure sans peine la valeur et l'attrait d'une telle publication. Cet évêque est, depuis nombre d'années, le seul qui ait pris part au dernier concile œcuménique. Ce citoyen des États-Unis était homme fait et prêtre déjà au temps de la guerre de Sécession; il a vu les funérailles de Lincoln ; il a connu personnellement tous ceux qui lui succédèrent à la présidence des États-Unis. Si alerte, si actif, si jeune qu'il soit demeuré, c'est un patriarche et il est probable que nul homme aujourd'hui vivant n'a vu de près tant de grands personnages ni de si grands événements.

Une moitié du premier volume est faite de souvenirs personnels sur le Concile du Vatican; on trouve dans l'autre moitié, avec le fameux rapport sur les Chevaliers du Travail, des consi-

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