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SABLE 2 og PORT Em AE AD
Elles ont été jadis !: refuge de lusieurs bandes de pirates, et le théâtre de plusieurs cornbat: sanglants, ces petites îles de La rer dn Nord, aujourd'hui si pacifiques. Les Vikingrs' les avaient conquises, les Vikingrs, ces intrépides corsaires du Nord qui s'emparèrent de la Sicile, de la Normandie, et remontèrent la Seine jusque sous les murs de Paris. Dès le 1x° siècle les îles Shetland sont inscrites duns les vieilles sagas islandaises, qui leur donnent le nom de Hialtland ?.
Quand Harald aux Peaux cheveux, qui n’était qu’un
1. On a beaucoup disssrié sur l’origine du nom des Vikingrs. Il est probthle. comme le dit M. Petersen dans son Ancienne Géographie di nord, que ce mot vient de Viking, une des baies septentrion: es d’où partirent les premières flottilles de forbans.
2. Hialt, homme fort, guerrier vigoureux, héros; danois Hieïd, allemand Held.
des Jarls, un des chefs plus puissants de la Norvége, entreprit de subjuguer tout ce pays pour gagner l'amour d’une fière jeune fille, une quantité de notables Norvégiens s’enfuirent de leurs domaines pour échapper à son oppression. Les uns se retirèrent en Islande, d’autres aux Orcades et aux Shetland. Les uns Ss'installèrent comme de laborieux Setller sur les plages où 1ls abordaient ; d'autres qui n'étaient point d’une humeur si paisible, se livrèrent à la piraterie.
Après avoir soumis à sa domination toute la Norvége et épousé la belle Goda, qui ne voulait épouser qu'un grand roi, Harald entreprit une expédition pour anéantir ces bandes de forbans qui ravageaient les plages du Nord. La saga, dont il est le héros, raconte qu’il arriva l'été à l’improviste dans les îles Shetland, y surprit une légion de corsaires qu’il massacra sans pitié, puis s'empara de cet archipel et le donna en fief avec les Orcades à un de ses neveux.
Ses successeurs disposèrent à leur tour comme lui de ces terres lointaines, et y implantèrent de plus en plus la langue, les lois, les mœurs de la Norvige. La saga de saint Olaf rapporte que cet ardent propagateur du dogme évangélique s’honorait d’avoir converti au christianisme les habitants des Shetland et des Orcades qui, comme leurs aïeux norvégiens, étaient dévoués au culte de Thor et d’Odin.
Ni l’Angleterre, ni l'Écosse ne pouvaient à cette époque essayer d'enlever à la domination scandinave les petites îles si voisines de leurs plages. L’Angleterre, la superbe Angleterre dont le pavillon flotte aujourd'hui si orgueilleusement sur toutes les mers, n’avaitelle pas été même forcée de s’incliner sous ce sceptre lointain? N’avait-elle pas été conquise par Canut le Grand, cet Alexandre des contrées boréalces de qui les
lui en La pûerti Ordé-
ette ave re, ur it tre
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poëtes disaient : Canut règne sur Ja terre comme Dieu règne au ciel.
Au xv° siècle, les Shetland et les Orcades appartenaient encore au Danemark. Il ne les perdit point en une guerre maritime, il les abandonna lui-même par un contrat de mariage. Lorsque, en 1449, Christian Ier, le fondateur de la dynastie d’Oldenbourg, fut couronné roi de Danemark, ses Etats s’étendaient depuis l’embouchure de l’Elbe jusqu'aux derniers confins de la Norvége, et depuis les côtes de la mer du Nord jusqu'aux frontières de la Russie. Malgré cette immensité de domaines, quand il maria une de ses filles avec le roi Jacques III d'Écosse, il ne put lui donner que 2000 florins, et il lui en avait promis 60 000. En attendant qu’il lui remit le reste de cette somme, il lui abandonna, comme une garantie de ses engagements, les Shetland et les Orcades, et jamais la dot ne fut payée, et l'Écosse garda son hypothèque. Quelle chute de Canut le Grand à Christian I, et de Christian I: à Frédéric VI, qui vit sa capitale assiégée, incendiée par les escadres de ces îles britanniques, jadis terrifiées par les Vikingrs du nord, et asservies au sceptre du Danemark.
A l’époque où, par un heureux contrat matrimonial, l'Écosse s’emparait des deux archipels qui prolongaient en droite ligne ses possessions jusqu’au 61° degré de latitude, les habitants de ces îles n'étaient point soumis au régime de féodalité établi alors dans toute l’Europe. Selon la vieille loi norvégienne, ils possédaient librement leur sol, usaient sans restriction de leur droit de pêche, ct transmettaient les mêmes priviléges à leurs enfants. L'Écosse bouleversa ce système patriarcal. Les pauvres petites îles qui avaient servi à compléter une corbeille de noces, furent livrées à des gouverneurs rapaces, qui les traitèrent comme deux provinces rebelles assujetties par la force des armes. On n’a point
oublié aux Shetland ces deux cruels Jarls', ces deux Stuart, Robert et Patrice, qui exploitèrent et opprimèrent si durement la faible population soumise à leur autorité. Robert, qui en 1565 fut nommé gouverneur de cet archipel, n’aspirait qu’à déposséder de leur patrimoine la plupart de ses administrés. Un grand nombre d’entre eux, ruinés par ses actes arbitraires, par ses exactions, furent obligés de lui vendre à vil prix, ou de lui abandonner pour le payement de leurs impôts, leurs champs et leurs foyers héréditaires. De ces diverses parcelles de terrain, l’avare Robert constituait peu à peu des domaines seigneuriaux, et réduisait à ’état de fermiers ou de manœuvres, ceux qui naguère possédaient ces mêmes domaines, ceux qui s’enorgueillissaient de s'appeler comme leurs aïeux : odal bæœændar (paysans libres). Patrice Stuart *, qui en 1595 devint gouverneur des Shetland, en remplacement de son père, fut encore plus rapace et plus impitoyable que lui. Il abusa tellement du pouvoir dont il était investi, qu’il craignait pourtant que le conseil royal n’en fût instruit. Pour prévenir ce danger, il défendit aux Shetlandais, sous les peines les plus sévères, de quitter leur île. Malgré ces précautions, il fut dénoncé, arrêté, et condamné à mort par la cour de justice d’Édimbourg. Mais les malheureux paysans, ruinés par ses méfaits ou par ceux de son père, ne reçurent aucune compensation pour les injustices qu’ils avaient subies, et ne recouvrèrent point la libre possession de leurs anciennes propriétés. Les confiscations des deux funestes gouvernements furent maintenues, et les Shet-
1. L'ancien titre norvégien qui désignait jadis un chef de clan, ou de petite horde, et qui s’est conservé dans le mot anglais earl.
2. Walter Scott l’a signalé dans le Pirate : « 11 y a des gens, dit la vieille Swertha, qui racontent de bien vilaines choses du comte Patrice, mais il était l'ami du rivage, et il fit de sages règlements pour empêcher de piller les bâtiments qui viennent se briser sur nos rochers. »
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land affermées à des hommes d’affaires qui ne cherchaient par tous les moyens possibles qu'à tirer de leurs spéculations le plus grand lucre.
Nous n'avons pas besoin sans doute d’ajouter que ce déplorable régime n’existe plus. Avec tout son respect pour les traditions du passé, l'Angleterre modifie habilement quand il en est besoin, son système administrath. ies Shetland participent au bénefice de la constitutiun britannique. Elles forment avec les Orcades une population d'environ 60 000 âmes qui élit un membre du parlement.
Cependant le petit archipel des Shetland a été longtemps fort peu connu dans le grand monde de la métropole. M. Edmonstone, à qui nous devons un très-joli livre sur cette région septentrionale, raconte qu’un jeune Shetlandais qui s'était rendu à Londres pour y faire ses études fut invité à dîner dans une famille où se trouvait un officier général. La maîtresse de maison l'interrogeait avec une vive curiosité sur la nature, sur les habitudes de sa terre natale. Tout à coup l'officier interrompt ces questions en s’écriant : « Mais où sont donc les Shetland ? — A 150 milles au nord de la Grande- Bretagne, » répondit le jeune homme confus d’une telle apostrophe.
Maintenant il n’est pas un bourgeois de Londres qui ne sache que var les produits de leurs ports, les Shetland contribuent pour une grande part à l’alimentation des marchés de la capitale. Et il n’est pas un ami des lettres qui n'ait lu et relu le délicieux roman dans lequel Walter Scott a glorifié ce petit archipel. Maintenant un bateau à vapeur relie par un trajet régulier la côte d'Écosse à celle des Shetland. Une grande route traverse l'île principale qu’on appelle le Main-land. Des écoles ont été organisés dans les plus petits villages; des établissements industriels s'élèvent sur plusieurs points, Dernièrement enfin, un aimable et
intelligent fonctionnaire danois qui nous a reçus à Thorshavn avec une bonne grâce que nous ne pouvons oublier, M. Plæyen, gouverneur des Féroë, a entrepris de visiter les Shetland pour étudier, dans l'intérêt de ses administrés, la pêche et les produits agricoles de ces Îles conquises autrefois par d’aventureux navigateurs, habitées comme les Féroë par une colonie scandinave, mais plus instruites et plus prospères aujourd'hui que les Féroë qui jusqu'à l’année 1857 sont restées asservies par le PAUTeRee danois à la rigide loi du monopole.
Le livre que M. Plœyen a publié au retour de son voyage, et celui de M. Edmonstone, nous donnent des notions suffisantes pour composer une description assez complète de ces îles septentrionales très-peu connues encore, et très-curieuses pourtant à étudier.
L’archipel des Shetland, situé entre le 59° et le 61° degré de latitude, se compose d’une centaine d'ilots, dont trente seulement sont habités. Mais pas un n’est abandonné. Chaque roc solitaire, chaque monticule qui porte à sa surface quelque bande de verdure est occupé, selon son étendue, par quatre ou cinq moutons que l’insulaire du voisinage y porte au printemps et qu’il va rechercher à l'approche de la froide saison. Là où la nature ne prodigue pas ses richesses, l’homme recherche avec soin ses dons parcimonieux. En Islande, l'herbe qui s’élève sur les toits des cabanes est récoltée comme la luzerne d’une prairie artificielle en Normandie, pour les bestiaux. Au nord du Finmark, parfois on les nourrit avec des plantes maritimes que l’on fait bouillir dans des chaudières, et, en traversant le Saint-Gothard, on peut voir de pauvres pâtres trainant par le licol une bête famélique à la cime d’un précipice pour la conduire à une touffe de gazon verdoyante dans les crevasses d’un rocher.
L'île principale des Shetland est celle qu’on appelle
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Maiorland. Sa longueur est de soixante milles (environ vingt lieues). En certains endroits, elle a une largeur de dix à douze milles, en d’autres, elle est si resserrée qu'elle apparaît comme un étroit cordon lacéré, usé par les vagues qui sans cesse la rongent de côté et d’autre.
Les autres îles les plus notables après Maiorland, sont celles de Bressa, Noss, Yell, Unot. Par leurs étranges découpures, par les sinuosités de leurs détroits, par la conformation de quelques-uns de leurs promontoires, Les Shetland offrent au peintre et au touriste des points de vue d’un étonnant effet. M. Plæœyen a retrouvé là, sur plusieurs points, quelques sites non moins admirables que ceux de ses Féroë, cet admirable petit archipel. À Noss, un roc taillé à pic s'élève comme un noir rempart à sept cents pieds au-dessus des vagues écumeuses. À Bressa, une arche colossale s’'arrondit sur une groite profonde remplie de stalactites dont les unes ressemblent à des prètres revêtus de leurs vêtements sacerdotaux ; d’autres à des chérubins à genoux, les ailes déployées. On dirait un sanctuaire des âges miraculeux avec une communauté religieuse de géants pétrifiés.
M. Plœæyen, qui a visité les principaux sites illustrés par le pirate, dit que Walter Scott a fait de Fitfulhead une peinture imaginaire. Geîte fabuleuse retraite de la magicienne Norma n’est qu’un roc nu de neuf cents pieds de hauteur. Mais, en revanche, il cite plusieurs autres phénomènes que, par quelques coups de pinceau, le charmant romancier aurait pu rendre célèbres dans le monde entier; entre autres l’arcade que la mer a, comme un architecte, ouverte à Dorcholm; l'excavation creusée par les vagues au sein d’un vaste monticule, et le roc solitaire, le Maiden Stock, qui s'élève au milieu des flots comme un obélisque dans les sables de la vieille Égypte.
Il cite aussi plusieurs antiques constructions, plu-
sieurs ruines intéressantes, notamment celle de Mouners, qui fut un grand et beau château flanqué de quatre tours et garni de meurtrières. Sous la porte d’entrée de cet édifice, on lit cette inscription, qui mérite d'être recueillie, ne füt-ce que comme un specimen de l’ancien dialecte shetlandais :
e° List ze to knaw this building quha began Lawrence the Bruce he was that worthy man.
Quha arnestlie his ayris and afspring prayis . To help et not to hurt this work alwayis In the zeir of God, 1598.
« Voulez-vous savoir qui commença cet édifice? C’est le brave Laurent Bruce, qui conjure instamment ses héritiers et descendants de maintenir son œuvre et de ne pas la laisser déchoir. Année de Dieu, 1598...
Une légende romanesque raconte que Laurent Bruce était un gentilhomme écossais, d’un caractère hautain et imposteur, peut-être un descendant du fameux Robert Bruce, le héros de tant de poétiques traditions.
A la suite d’un duel dans léquelil avait tué son adversaire, Laurent fut obligé de sesoustraire par la fuite aux vengeances implacables qui le menaçaient. Par bonheur ilavait amassé dans ses coffres une somme considérable. Ilen employa une partie à acheter un navire, s’'embarqua avec sa femme, sa fille et une vingtaine d'hommes de son clan qui avaient juré de ne pas l’abandonner. Il ne cherchait qu'un refuge; il en trouva un dans une petite île où il fit aisément l'acquisition d’un assez vaste espace de terrain. Là, il éleva les murs de son château. Comme il craignait encore d’être poursuivi dans sa sauvage retraite, il fortifia ce château comme une citadelle, et y établit des sentinelles qui devaient en garder l'entrée jour et nuit. Longtemps il échappa aux recherches des parents et des amis de sa
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victime. Personne ne savait ce qu’il était devenu. L’amour, plus ingénieux ou plus tenace que la vengeance, le découvrit. Sa fille était aimée d’un jeune Écossais nommé Malcolm. Elle n'avait pu le prévenir de son départ précipité, elle n'avait aucun moyen de lui indiquer sa retraite. Mais après de patientes investigations, il finit par apprendre qu’elle était aux Shetland, enfermée dans une forteresse qu'il ne pouvait ni bloquer ni prendre d'assaut. A défaut de la force, il eut recours à la ruse.
Un jour, quatre hommes portant le costume de matelots, se présentent à la porte du château, demandent à échanger un bon baril de whiskey , et plusieurs flacons de genièvre contre des aliments dontils avaient, disaientils, grand besoin. Leur fable était assez bien imaginée pour tromper l'esprit sagace et défiant de Bruce. Peutêtre aussi que la pensée de voir briller sur sa table
une bonne bouteille de liqueur dont il était privé de- :
puis si longtemps, ne contribua pas peu à le faire dévier de ses mesures de précautions habituelles. Les prétendus matelot: franchissent le seuil ordinairement si bien gardé, s’assoient au foyer de la citadelle, enivrent sa garnison, enivrent Bruce lui-même, puis mettent le feu au château, enlèvent la jeune fille, et la déposent entre les bras de Malcolm qui l’attendait dans un sloop caché au fond d’une baie voisine.
L’amoureux Malcolm se hâta d'emmener sa belle captive dans sa seigneurie d'Écosse et l’oppresseur Bruce jura de ne jamais pardonner. Puis peu à peu, il se laissa émouvoir par les tendres lettres que lui écrivait sa fille, par les supplications de sa femme, et trois ans après, il retournait en Écosse, abandonnant aux ravages du temps, aux dégradations de la main des hommes le château qu'il avait si fièrement bâti, et qu'il recommandait si gravement au respect de sa postérité.
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Que de gens édifient ainsi des châteaux avec la pensée d’y abriter le reste de leur vie : châteaux de marbre, châteaux dorés, châteaux artistiques. Une heureuse espérance les y conduit. Un événement imprévu les en déloge. Une tempète révolutionnaire ravage ou detruit ces constructions qu’ils considéraient comme des monuments impérissables. Les meilleurs de tous ces châteaux ne sont-ils pas ceux que les poëtes appellent les châteaux en Espagne. Ceux-là n’exigent aucuns matériaux dispendieux, aucun travail pénible, et ne font couler aucune larme. On les élève dans une molle rèverie, les pieds sur les chencts, en regardant les jets fantastiques de la flamme fantastique. S'ils ne sont pas de longue durée, s'ils brillent et disparaissent comme une étincelle légère, s'ils s’'envolent comme une légère vapeur, il suffit d’une heure de loisir pour les refaire avec un nouveau charme dans une nouvelle inspiration
. féerique.
Si pittoresques qu'elles soient en certains endroits, les Shetland dans leurs deux degrés d’étendue, n’offrent cependant le plus souvent aux regards qu'un sombre et morne aspect : des collines arides qui de chaque côté s’inclinent graduellement vers la mer; des terres marécageuses où l’on chemine dificilement, çà et là, de longues baies ou des lacs d’eau salée qu'on appelle des vos; çà et là quelque pâturage où des poneys aux longs poils, aux membres trapus, des vaches plus petites encore que nos vaches bretonnes, des brebis exiguës brouterit avec une parfaite résignation une herbe courte et rare; çà et là encore quelque enclos de verdure dont on garde précieusement la récolte pour l'hiver: quelque champ d'orge ou d'avoine qui souvent ne produit pas la valeur de la semence qu'on y a jetée, et pas un pauvre pommier dont les fruits égayent les regards de l'enfant ; pas un chêne qui sous ses verts rameaux abrite une joyeuse couvée;
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pas un sapin, cette mélancolique parure des régions du Nord; pas un arbre enfin.
À quoi doit-on attribuer cette triste lacune des Shetland ? Ce n’est pas à leur latitude, car dans le Finmark, au 68° degré de latitude septentrionale, on peut voir de très-belles forêts. Ge n’est pas à la nati re du sol, qui n'est pas plus mauvais que celui du nord de l'Écosse, ni à la température, qui n’est guère plus rigoureuse que celle de Londres. Tous les gens du pays prétendent que pour avoir des arbres, il faudrait les entourer d’un mur assez haut pour les protéger dans leur croissance contre l’action de la mer. Dans toute "étendue des Shetland, il n’y a pas un terrain qui d’un côté ou de l’autre se trouve à plus de deux milles (deux kilomètres et demi) de la mer. Par la violence des tempêtes, très-fréquentes dans cesparages, surtout par l'effet d’un très-fort vent d'ouest, qui de son üile impétueuse laboure l'Atlantique, les vagues, soulevées jusque dans leurs profondeurs, lancent sur le sol des îles des gerbes d’eau salée qui corrodent les plantes et brülent les fleurs. |
Mais si c’est là le fait qui paralyse la végétation des arbres aux Shetland, il ne peut nous servir à expliquer ce que l’on remarque dans la grande île d'Islande, où il n’existe pas la moindre forêt, et dont plusieurs districts sont pourtant fort éloignés de la mer. C’est donc un problème d'histoire naturelle qui ne nous semble pas résolu et que nous devons, dans notre ignorance, abandonner aux investigations des géologues et des physiciens.
Sous le régime norvégien et danois, les Shetland étaient, comme nous l'avons dit, divisées en une quantité de petites propriétés, appartenant aux divers colons qui y étaient venus successivement construire leur cabane.
Cette libre possession, persécutée et opprimée par
les gouverneurs et les agents financiers de l'Écosse, a été remplacée par une institution oligarchique qui subsiste encore. Tout le territoire des îles est soumis à un droit de primogéniture et appartient à un certain nombre de lairds, qui afferment les diverses parcelles de leur patrimoine à un prix assez élevé.
Une ferme ordinaire se compose d’une maison, ou, pour mieux dire, d’une hutte grossièrement construite, d’un espace de terrain qui doit suffire à l’alimentation de trois vaches, de deux poneYs , de cinq brebis, et pour un si petit lot, le paysan ne naye pas moins de cinq livres sterling (125 fr.) pr an‘. De plus son bail n’est fait que pour une année. Il ne peut, par conséquent, prendre un grand intérêt à la culture du sol, qu'il n’est pas sûr de conssrver au printemps suivant.
Toutes les habitations, celles des lairds, et celles des tenanciers, sont établies près de la .ner, principalement le long des voes qui, comme les fiords de Norvége, pénètrent dans l’intérieur des terres. Car si les champs des Shetland ne donnent que de maigres récoltes , si les seules céréales qu’on puisse y semer, l'orge et l’avoine, périssent souvent pur l'effet d'une gelée printanière ; si les pommes de terre, cette plante providentielle des froides régions, trompent souvent l'espoir de celui qui les a laborieusement cultivées, la mer en revanche donne aux Shetlarduis une abondante moisson. La mer est leur meilleur domaine.
Dès leur bas âge, tous sont exercés à voguer sur ses flots, à travers ses orages. Il en est qui, emportés par l’ardeur aventureuse de la jeunesse, s'engagent dans la marine royale ou la marine marchande, et voyagent sur tous les océans, jusqu'aux extrémités du monde. La plupart cependant ne veulent point quitter