‹ En Amérique et en Europe [microforme]Chapitre 13 sur 76 · Erindringen, p · texte numérisé non relu

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lesquels, malgré tous leurs efforts, ils dérivent, l’écueil dont ils n'ont pas suffisamment reconnu la position, ou sur lequel ils sont jetés par un ouragan irrésistible, toutes ces vicissitudes de la vie nautique, tous ces phénomènes des éléments, toutes les formes fantastiques des réfractions, des trombes et des nuages, doivent nécessairement éveiller dans l’âme du matelot des rèves que les leçons de la science ne peuvent maîtriser, l'idée d’une puissance mystérieuse, incompréhensible, et une sorte de fatalisme.

Mais dans les Shetland, cette superstition maritime s'attache aux accidents les plus fréquents et se manifeste par toutes sortes d'habitudes traditionnelles. Si une barque chavire, si un pècheur se noie, aussitôt on se rappelle une quantité de présages qui ont annoncé cette catastrophe, et ceux qui ont vécu dans Île voisinage du noyé regardent avec effroi autour d'eux, car ils sont convaincus que son esprit erre sans cesse autour de sa demeure, jusqu'à ce qu’on lui ait adressé une chrétienne supplication, ce que personne n'ose faire, ou jusqu’à ce que son corps porté par les flots sur la plage ait été recueilli et enseveli dans le cimetière. L’accomplissement de ce devoir religieux ne suffit pas encore pour apaiser les terreurs superstitieuses. On ne prononce plus le nom de celui qui est mort de cette mort fatale. Si l’on se hasarde à parler de lui, on emploie pour le désigner une périphrase. S'il était marié, sa veuve s'enferme dans sa demeure et se dérobera pendant des mois entiers à tous les regards. Dès ce jour sinistre, elle se vouera à un deuil perpétuel, et si elle consent à se remarier, ce qui arrive rarement, elle gardera dans ses secondes noces un vètement sombre, et s'en ira à l'église, la tête baissée, le visage triste, afin qu’on ne pense pas qu'elle peut oublier sa douleur de veuve.

Si ce n’est point par une mort accidentelle, mais

par un meurtre qu'une famille a été plongée dans l'affliction, la trace en est ineffacable.

Il est des maisons solitaires, des grottes ténébreuses que l’on croit à tout jamais hantées par des revenants, et dont on se détourne avec un sentiment d'horreur, parce qu'elles ont été un jour maudites, souillées par un crime.

La croyance à la sorcellerie, qui jadis était répandue à travers toute l'Europe, et dont on ne signale plus que de loin en loin quelques vestiges, parini les gens du peuple les plus ignorants, est encore très fortement enracinée dans l'esprit des Shetlandais. Ils sont persuadés qu’il y a des individus, notamment des femmes, qui, comme la Norma de Walter Scot, peuvent, par l'effet de leurs incantations magiques, frapper d’un sort funeste l’homme qui les à offensés, faire la fortune de celui qu’elles protégent, conjurer les vents, apaiser ou soulever les tempêtes.

De la mythologie scandinave, qui, de même que la mythologie grecque, peuple d’une foule d'objets magiques les forèts, les eaux, les montagnes, on a conservé aux Shetland plusieurs images symboliques, plusieurs créations surnaturelles, entre autres les Meermaids (filles de la mer) et les Trows (les Trolles).

Les Mecrmaids ces sirènes des parages septentrionaux n’ont point, comme les sirènes de l’antiquité, le redoutable pouvoir contre lequel Orphée protégea les Argonautcs par les merveilleux accords de sa lyre, et contre lequel le prudent Ulysse prenait à tâche aussi de défendre ses compagnons. Elles ne cherchent point à fasciner l'homme par leurs chants, pour l'attirer dans leurs abîmes. Si elles le séduisent, c’est par la douceur de leurs regards, et la mélancolique expression de leur physionomie. Souvent, dans les beaux jours d'été, elles apparaissent à la surface de l’eau, peignant leurs blonds cheveux avec un peigne d’or. Quelquefois on les voit con-

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duire, comme d’innocentes bergères, leurs troupeaux blancs sur le rivage. Si l’une d'elles à conçu un sentiment d'amour pour un jeune pêcheur, peut-être qu'elle le suivra de loin dans ses excursions en chantant d'une voix plaintive, peut-être qu'un soir elle entrera dans sa cabane, et s'approchera de lui, avec un vêtement humide, en baissant les yeux, et en grelottant pour l'attendrir. On dit que les corps des noyés que l'on ne parvient pas à retrouver ont été emportés par les Meermaids qui les ensevelissent dans leurs profondes demeures. Un dit aussi que, comme les pétrels, ces oiseaux de fâcheux augure, les Meermaids annoncent la tempète, et que, comme les Wilis de la Serbie, elles prophétisent l'avenir.

Les Trows sont de la même nature que les Trolles des traditions scandinaves et les Koboldes des légendes d'Allemagne. Ils habitent ordinairement, dans l'intétérieur des collines, des grottes splendides dont les murs sont revêtus de lames d'or et d'argent. Là, ils se marient et deviennent pères de familles comme de simples humains. Quelquelois, leurs enfants, qui aiment aussi à faire l’école buissonnière, viennent jouer sur là colline qui forme la voûte de la demeure paternelle ? Un soir, une vieille femme de l’île d’Yell vit tout à coup entrer dans sa cabane un petit être d’une apparence singulière, portant une casquette verte, et un bonnet blanc. « Qui es-tu? s’écrie-t-elle avec surprise. — Je suis le fils d’un Trow du voisinage, » répondit le netit coureur. La vieille femme aussitôt se signa, et l'enfant disparut ‘. Quelquefois les Trows entreprennent des excursions dans les divers ilots de l'archipel. Ils sont si petits qu’à quelque distance on les distingue à peine, quoiqu’ils aient un vêtement d’un vert éclatant, et ils chevauchent dans les airs sur un jonc enchanté qui leur

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