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au temps de leur république, les Islandais tenaient leurs assemblées générales, C'était là qu'on délibérait sur les affaires publiques, et qu'on promulguait les nouvelles lois. Ce fut là qu’en l'an 1000 le christianisine fut adopté à la majorité des voix.
M. Dufferin a campé à Thingvalla deux jours, dans une sorte de ravissement. On y séjournerait des semaines entières sans se lasser de voir une telle scène.
De Thingvalla, il se rend en quelques heures au Geyser, avec ses vingt-six chevaux, car il ne lui faut pas moins de vingt-six chevaux pour lui et ses gens, pour ses tentes, ses cuisines, et son appareil de daguerréotype.
Mais le Geyser n’est point d'une nature complaisante. Il ne cède pas de prime abord au vœu des voyageurs. On dirait qu’il renferme au fond de ses réservoirs un trolle diabolique qui, sachant qu'on désire assister à ses éruptions, se plait à égarer par ses caprices, à irriter par ses lenteurs l’impatience des curieux. C’est un acteur qu’on ne paye pas, mais qui en revanche n’obéit qu'à sa fantaisie, et se moque parfaitement des prières ou des provocations du parterre. |
Lord Dufferin a passé trois jours près de cette source fantasque, attendant d'heure en heure qu’elle voulût bien lui donner le spectacle qu'il venait à grands frais chercher de si loin. Mais elle a la fierté démocratique, et ne s’'émeut pas plus pour un grand seigneur d’Angleterre que pour un humble pêcheur d'Islande.
« Le quatrième jour, dit le jeune voyageur, j'essayai de tromper mon impatience en jouant aux échecs avec le jeune étudiant islandais, qui m’accompagnait dans mon expédition. Fitzgerald se livrait à la photographie ; Wilson venait nous offrir le déjeuner, quand soudain mes guides poussent un cri. Je me lève précipitamment, je cours vers le bassin. Les secousses souterrai-
nes s'étaient déjà fait sentir. Au centre du réservoir on remarquäit un mouvement inusité. Soudain, un flot s'élève à environ huit ou dix pieds de hauteur, puis éclate et retombe. Un instant après, nous voyons monter dans un voile de vapeur une colonne liquide, ou plutôt un faisceau de colonnes qui jaillissent par bonds successifs, l’une au dessus de l’autre, et lancent dans les airs leur crête enchantée. Ensuite leur force d’impulsion s’affaiblit, elles s’affaissent, elles retombent sur elles-mêmes et redescendent au fond de leur réservoir.
« Mes compagnons et moi, nous étions là tout émus de l'apparition de ce phénomène si vivement désiré, quand, tout à coup, nous aperçümes un cavalier qui s’avançait au grand galop de notre côté. Évidemment, il avait vu les masses de vapeur tourbillonnant au dessus du Geyser, et se hâtait de courir pour contempler aussi cette éruption.
« Nous n'avions là aucun ami commun pour nous présenter l’un à l’autre, et en une circonstance ordinaire, je me serais retranché dans la digne réserve qui est un des attributs de tout véritable enfant de la Grande-Bretagne. Mais, en ce moment, j'avais les nerfs surexcités par le spectacle qui venait d’éclater à mes yeux, et j'avoue à ma honte, que je me compromis au point d'engager moi-même la conversation avec cet étranger. Pour excuser une telle conduite, qu’il nous soit permis d'ajouter que ce nouveau venu n’était point un de mes compatriotes, mais un Français, et un marin.
« Debout à l’entrée de ma tente, pour garder l’avantage de ma position, dès qu’il fut assez près pour m’entendre, je pris la parole ct lui dis en style arabe : « Oh! toi qui galopes si impatiemment, et qui parois « fatigué et désappointé, entre, je te prie, dans la tenie « de ton serviteur, accepte son pain et son vin, et que « ton cœur soit réconforté! »