Helmers, De Hollandsche Natie
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inondations successives cn 1248, 1249, 1250, produisirent une maladie éprdémique qui fit périr beaucoup de monde. Au xu' siècle, le Zuyderzée (mer du Sud) n'existait pas encore ou n'était tout au plus qu'un lac très-étroit. En 1287, une inondation qui engloutit quatre-vingt mille hommes, lui donna l'étendue et la profondeur qu’il à aujourd'hui. Près de l’ancienne ville de Dordrecht, on aperçoit une espèce de lac parsemé d’un grand nombre de petites îles; c'était autrefois une riche et florissante prairie. En 1421, dans la nuit du 18 novembre, les flots de la mer s’élancèrent de ce côté, engloulirent 72 villages, ct noyèrent cent mille hommes. Les inondations continuèrent aux xv° et xvi° siècles ; il y en eut une en 1570, qui gagna les pointes du sol les plus élevées, et à la suite de laquelle on compta plus de cent mille victimes. A partir de cette époque, l’habileté que les Hollandais avaicnt acquise dans la construction des digues, les ordonnances qui en réglèrent l'entretien, rendirent les inondations moins fréquentes. Cependant il y en eut encore plusieurs au xvurr° siècle, et, dans l’hiver de 1825, la Hollande fut dans le plus grand danger; Amsterdam mème voyait sa haute et forte digue envahic peu à peu par les flots. Le 1‘ février fut un jour d’angoisses dont les habitants de cette ville ne parlent encore qu'avec un sentiment d’effroi. L'eau montait, montait de toutes parts, et tout le monde était là, tremblant et incertain, ne sachant où se réfugier, où fuir. Si la progression des vagues eüt continué encore pendant un quart d'heure, pas une rue n'échappait au déluge; mais, au dernier moment de la crise, l'onde s’abaissa graduellement, et la ville fut sauvée.
La construction et l'entretien des digues coûtent chaque année des sommes énormes à la Hollande. Les ingénieurs les plus habiles sont employés à ces constructions ; une administration particulière ordonne el
oduisi- règle leurs travaux. Une partie des dépenses est com- UCOup prise dans le budget de l'Etat; le reste est à la charge u Sud) des provinces. Chaque propriétaire riverain paye, en un Jac | | sus de la contribution générale, un impôt spécial pour it qua- || les digues, proportionné à l'étendue de ses propriétés à Dr'o= : et à leur voisinage de l’eau. De larges digues en fasciille de nes ou en terre s'étendent tout le long des rivières et rscmé des fleuves; quelques-unes servent de route comme la is une chaussée de Blois. D’autres digues plus fortes et plus it du élevées sont bâties au bord de la mer. Au Helder, c'est de ce une haute muraille construite en talus, et soutenue à mille sa base par d'énormes blocs de pierre comme la jetée t xvre L de Cherbourg. À Harlingue, le travail de la digue est intes | encore plus curieux. C’est une palissade de poutres e on carrées serrées l'une contre l’autre, liées ensemble par cette des poutres transversales, et protégées du côté de la quise mer par un amas de grosses picrres. Derrière cette qui muraille en bois, qui s'élève à douze pieds environ aulions dessus du sol, il y en a une seconde, formée comme la plu- première, de poutres épaisses, mais moins hautes, puis Hol- une rangée de pierres de deux pieds de large, puis dam | enfin unc troisième palissade en bois qui s'élève, peu comme la rangée de pierres, à trois ou quatre pieds ont au-dessu: du sol. Cette digue s'étend sur toute la côte Avec de la Frise; qu’on se figure, s’il est possible, ce qu'il a iles dû en coûter pour amasser toutes ces pièces de bois, in, pour construire les digues en pierre du Helder dans un ion pays où il n’y a ni pierres ni bois, où il faut faire venir art ces matériaux de la Norvége.
au Sur les autres rives de la mer du Nord, il y a en cerel- tains endroits des dunes qui sontlesmeilleures de toutes les digues; mais les Hollandais sont encore obligés de La- se défendre contre ces barrières naturelles qui les proes tégent, car le vent mine le flanc de ces dunes, en n- renverse les sommités, et répand des flots de sable st
les champs et sur les pâturages. Pour prévenir ce dan- ,
ger, on plante de distance en distance des haies de roseaux qui croissent dans le sable et le retiennent, et l'on fait une guerre acharnée aux lapins qui, en allant établir là leur terrier, détruiraient les plantations. Mais les efforts des Hollandais vont plus loin. Dans quelques parties de la contrée, les dunes ont deux à trois lieuëês de large; là, on ne se contente pas d’arrèter le sable mouvant, on travaille à défricher ces collines arides qui semblent se refuser à toute espèce de culture, et ce travail si difficile, si ingrat en apparence, est assez productif. On jette d’abord dans le sable d’épaisses couches de fumier, puis on plante des pommes de terre, et la première récolte est d'ordinaire assez abondante pour payer les frais de défrichement, Quand le sol a été ainsi labouré, engraissé, affermi, on y plante de petits chênes que l'on coupe en broussailles au hout de huit ans, puis on les laisse repousser, et -de dix ans en dix ans on fait une coupe d’arbustes qui rapporte environ 2 francs par toise. Avec le temps, les collines stériles peuvent être ainsi couvertes de magnifiques forêts, ou converties en râturages. Il n’y à pas un siècle qu'une partie des environs de Harlem était encore revêtue d’une couche de sable; aujourd’hui c'est l’une des prairies les plus riantes et les plus fécondes de la Hollande. Il n’y à pas trente ans que Woestduin, la demeure de la noble et illustre famille des Van Lennep, était bornée par des landes sauvages; aujourd'hui le zèle et l’industrie de ses propriétaires en a reculé les limites. Les vieux bancs de sable sont chargés d’arbustes, traversés par de magnifiques allées, parsemés de jardins et d’élégantes habitations. Chaque année la charrue trace de nouveaux sillons, chaque année la main de l’homme conquiert un nouveau terrain.
Si des bords de la mer nous redescendons dans l'intérieur du pays, voici d’autres travaux plus difficiles encore et plus persévérants. Là, l’homme retranché
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derrière ses digues, comme l'habitant d’une ville de guerre derrière ses remparts, est sans cesse occupé d’embellir ou de faire fructifier son domaine. Il creuse son sol, il le dessèche, il le façonne comme une matière inachevée que Dieu lui a remise pour lui donner une autre forme. Il perce des canaux, il trace des grandes routes, il bâtit des écluses. Partout enfin il va, il vient, il agit, 1l ressemble à la fourmi industrieuse qui, chaque jour, traîne un nouveau fardeau, et amasse dans son grenier le grain de blé avec le brin de paille.
De tous côtés, quand on voyage à travers cette contrée, on trouve les traces du labeur le plus opiniâtre et de l'industrie la plus éclairée. De tous côtés, des édifices imposants s'élèvent sur une terre mouvante qu'il a fallu affermir, des barques sillonnent les caraux, des moulins à vent se meuvent sur leur haute tour, ceux-ci pour moudre le grain, ceux-là pour scier des planches, d’autres pour pomper l'eau d’une plaine marécageuse et la jeter dans un réservoir. L'air, la terre et l’eau sont tributaires de ce peuple ingénieux et infatigable; il à vaincu les éléments, il leur fait payer son budget. Il y à deux cents ans que les Hollandais ont exécuté une entreprise que l’on pourrait croire impossible sans le secours des machines actuelles. Ils ont desséché tout le Beemster, et livré à la culture un terrain de plusieurs lieues d’étendue, jusque-là englouti sous les eaux. Ils sont venus ensuite à dessécher le lac de Harlem. Ge lac avait six lieues de longueur, trois de largeur, et à peu près quatorze pieds de profondeur. Il en a coûté plus de 20 millions pour faire cette opération; mais, à la place de cette nappe d’eau qui rongeait sans cesse ses bords ct menaçait de s'étendre bientôt jusqu'à Amsterdam, on à calculé qu'on recouvrerait pour plus de 14 millions de bonnes terres, et qu’on épargnerait chaque année les 60 000 francs em-
ployés à l'entretien des digues du lac. Dans l'ile de Texel, il y avait un vaste espace de terrain sans cesse envahi par les flots de la mer. Une société l’a acheté, l'a fait entourer de digues, et va le revendre avec un bénélice considérable. On ne comptait là, il y sept ans, que vingt-cinq habitants. La construction des digues en à déjà amené plus de six cents.
Le chemin de fer qui va d'Amsterdam à Harlem est un travail étonnant de hardiesse. IL passe entre le lac et les vagues profondes de l’Y, sur un sol fangeux que l’eau mine de chaque côté. Il à fallu jeter là des milliers de fascines, les couvrir de couches de terre, puis remettre des fascines, puis du sable et de la pierre; bref, il a fallu créer, en quelque sorte, tout l’espace que ce chemin devait parcourir, car à la place où s'étend aujourd'hui le rail-way, il n’y avait qu'un marais.
Mais tous ces travaux nc sont rien comparés à ceux qui ont élé faits à Amsterdam. Qu'on se figure une ville de deux cent mille âmes, avec de larges rues, de magnifiques quais et une foule de grands et beaux édifices, toute bâtie sur pilotis. Pour la construction du palais, plus de vingt mille poutres ont été enfonctes dans le sol à trente ou quarante pieds de profondeur. Ce fait-là peut donner la mesure du reste. Un jour celte ville si riche, si fière de sa banque et de son pouvoir, fut menacée de périr, devinez par quoi? Par un petit ver rapporté des Indes sur les bâtiments de commerce, ét qui se mettait tout simplement à ronger les piliers en bois qui servent de base aux habitations. Il semblait que la Providence eût choisi tout exprès l'instrument le plus obscur pour humilier dans son orgueil une des reines du commerce. On ne peut se faire une idée des ravages produits par le terrible insecte. J'ai vu des blocs de bois d’un pied de circonférence qui ressemblaient à des éponges tant ils étaient criblés de trous de toutes parts. Un cri d’épouvante
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s'éleva dans la ville quand tout à coup on découvrit quel effroyable passe-temps le vermisseau des Indes avait choisi, et comme il pullulait, et comme il s’en allait transpercer chaque poutre et chaque pilier. L'air, l'eau, le climat d'Amsterdam firent enfin périr cette race funeste, les bons bourgeois se remirent de leur frayeur, et les banquiers comptèrent en sécurité lcurs capitaux.
Quelques années après, la capitale du commerce hollandais s’aperçut qu’elle était exposée à un autre péril presque aussi redoutable que le premier. L’Y charriail sans cesse dans son port des masses de sable. Le Zuyderzée, qui rejoint Amsterdam à la mer du Nord, devenait de plus en plus difficile à traverser. Ses bancs de sable semblaient chaque année s’agrandir; en certains endroits, on ne pouvait les franchir qu'à l'aide d'énormes ct dispendieuses machines appelées chameaux. Après avoir longtemps délibéré sur les moyens de remédier à un état de choses qui devenait de plus en plus alarmant, on s’est mis à l’œuvre, et
‘quand les Hollandais se mettent à l'œuvre, soyez sûr
qu'ils achèveront leur entreprise. On à d’abord préservé les bassins de l'encombrement des sables par une grande digue qui défend en mème temps la ville contre les inondations de l’Y; puis on à creusé un canal qui va jusqu’à la mer du Nord. Ce canal, qui s’étend sur un espace d'environ vingt-cinq lieues, a trente-six pieds de largeur et vingt-deux pieds de profondeur. Il w'y en à pas un aussi large dans toute l'Europe, pas un dans le monde entier qui ait des écluses si fortes et qui soit creusé si bas. A certains endroits, à Buiksloot, par exemple, la surface de l’eau qu'il renferme est à dix pieds au-dessous du niveau de la mer. Maintenant les navires de commerce, et même les bâtiments de guerre qui vont dans la mer du Nord ou qui en viennent, ne passent plus par le Zuyderzée. Quinze ou dix-huit che-
vaux les remorquent le long du canal, l'armateur paye 1'fr. 60 cent. par cheval et par lieue, plus les droits d’écluse, et l’on calcule que le trajet d’un navire de la mer du Nord dans le bassin d'Amsterdam revient à 1000 ou 1200 francs. Mais le trajet peut se faire avec le bon ou le mauvais vent, et en dix-huit heures, tandis qu'autrefois un bâtiment devait attendre, pour partir, un vent favorable, et pouvait être encore retenu deux ou trois semaines sur le Zuyderzée. Qu'on dise encore que le peuple hollandais n’est pas poétique! J'avoue qu'il ne rêve pas comme les Allemands, qu’il ne chante pas comme les Italiens, qu'il n'enfante pas chaque année quelque charmant poëme comme les Anglais; mais cetle persévérance à vaincre tous les obstacles, cette force de volonté qui maîtrise la nature, ne pourraientelles pas être considérées comme une vraie et grande poésie ?
Je conseillerais à ceux qui viennent en Hollande pour la première fois de faire un détour et d’y arriver par le Rhin, non pas que le Rhin ait ici un aspect aussi riant qu'aux rives de Bingen, ou aussi pittoresque qu'au pied du Drachenfels. Hélas! tant s’en faut. Ce fleuve, si souvent chanté par les poëtes et dessiné par les peintres, ce noble et majestueux enfant des montagnes de la Suisse, qui baigne tant de ruines romantiques, et semble porter sur ses flots l'esprit des vieilles légendes, tombe du haut de ses rocs escarpés, de ses coteaux chargés de vignes, dans nne plaine monotone, puis s'écoule en silence et s’en va mourir tristement dans les sables de Katwik. Mais, en arrivant par là, on entre immédiatement dans le domaine de l’histoire hollandaise. C’est d’abord Nimègue, que nul Francais ne verra sans se rappeler les conquêtes de Louis XIV et le glorieux traité de 1679; puis le château de Loevesten, d’où Grotius s'échappa, caché dans une caisse de livres; puis Gorcum, l’une des premières villes
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prises sur les Espagnols par les gueux de mer ‘; Dordrecht, célèbre par son synode, et tout à coup l’on arrive devant la magnifique rade de Rotterdam.
La plupart des villes de Hollande semblent bâties sur un mème modèle, dont Amsterdam et Rotterdan sont les types les plus éclatants ; mais chacune d’elles a quelque particularité remarquable ou quelque souvenir historique curieux à étudier. Delft renferme les tombeaux des vieux stathouders et ceux de plusieurs autres hommes célèbres. La Haye est depuis plus de deux cents ans le théâtre principal de la politique hollandaise. C'était jadis la résidence des stathouders, c’est aujourd’hui celle de la famille royale, des nauts fonctionnaires, du corps diplomatique, et le séj: ar de prédilection de la plupart des étrangers qui visitent la Hollande. C’est de toutes les villes celle qui a le plus subi l'influence françeise. Il y à là un théâtre français, des salons français, un journal français, et quand on entre dans les magasins, ou quand on passe sur les places publiques, on n’entend parler que français. Ses rues sont larges et élégantes, ses environs charmants. C'est le Bois (de Boosch), l’une des plus magnifiques promenades qui existent. C’est une longue ligne de maisons de campagne toutes plus riantes et plus coquettes les unes que les autres. Ce sont de larges enceintes de verdures entourées d’arbres majestueux, des parcs où les cerfs bondissent, des allées de tilleuls où la foule accourt en été, puis, à un quart de lieue de là, les collines de sable arides et solitaires, les dunes qui protégent les cabanes des pêcheurs de Scheveningen, et la mer sillonnée par quelques bateaux, la grande mer du Nord mélancolique et sombre.
1. La première fut Brielle. Les soldats hollandais, heureux de cette victoire, la célébrèrent aussitôt par un calembourg intraduisible :
« Den eerste van April « Verloor duc d’Albe syne Bril. »
Bril est le nom de la ville, et signifie lunettes.