Mone, Niederlandsche Volkslitteratur
des idiomes de ces trois peuples forina l’ancien néerlandais, et de ce dialecte primitif, grossier, dont onn'’a pas de monument écrit, mais qui subsiste encore parmi le bas peuple de quelques provinces, surgit peu à peu la langue littéraire, la langue écrite, que l’on divise encore en deux dialectes, le hollandais et le flamand. Le hollandais est resté plus près de la source, le flamand a été altéré par l'influence de la France. Ces deux dialectes ne diffèrent cependant entre eux que par certaines locutions et par des terminaisons de mots; leurs racines sont restées les mêmes, leur syntaxe est aussi la même, et qui comprend l’un comprend l’autre sans difficulté. Les nuances légères qui les séparent sont du reste assez récentes ; au moyen âge, elles n'existaient pas encore. Les œuvres écrites à cette époque à Gand ou à Amsterdam sont rangées dans la même catégorie. Macrlandt, né en Flandre, et Melis Stoke, né en Hollande, sont inscrits l’un comme l'autre dans les rangs d’une littérature que nous ne connaissons que sous le nom de littérature hollandaise.
Cette littérature a beaucoup imité et peu inventé. Placée entre le génie de deux grands peuples qui devaient nécessairement la dominer, trop faible pour se développer et s’affermir d'elle-même, pour surmonter les circonstances qui pouvaient arrêter ses progrès, ellea été tour à tour sous l'influence de la France et de l’Allemagne, plus souvent cependant sous celle de de la France, et par contre-coup sous celle de l'Espagne et de l'Italie, comme un habile écrivain l’a tout récemment démontré.
Dès ses premières tentatives, et pour ainsi dire à son point de départ même, la littérature hollandaise fut
1. Declercq, Verhandeling ter beantworting der vraag welken invloed, etc., 2° édit., Amsterdam, 1826.
ren
entravée par le morcellement des Pays-Bas, par leur division en comtés et en petites principautés, chacun de ces petits États s’isolant des autres et se formant un dialecte et une littérature à part. En 1383, les diverses provinces furent réunies sous une même domination ; mais cette domination était celle des ducs de Bourgogne. Ce fut pour la littérature de Hollande un malheur plus grand encore. L'élément germanique, l'esprit national de cette littérature, fut alors violemment comprimé par l'autorité française. La langue du souverain devint en peu de temps celle des principaux fonctionnaires et des classes élevées. C'était dans cette langue que le prince rendait ses arrêts et que toutes les affaires du pays étaient traitées. Du domaine de la politique, elle passa peu à peu dans les habitudes de la vie privée, et la langue hollandaise, vaincue et refoulée par celte puissante rivale, ne trouva de refuge qu’au sein du peuple et des classes intermédiaires.
Quand Maximilien Ier devint maître des Pays-Bas par son mariage avec Marie de Bourgogne, il essaya vainement de rendre quelque autorité à la langue primitive de ces provinces. Pour la relever de l'espèce d’asservissement où l'avait jetée dans le cours d’un siècle la domination bourguignonne, il eût fallu lui prêter un appui énergique et soutenu. Charles Quint, successeur de Maximilien, n'eut sans doute jamais l’idée d’entreprendreune pareilletâche. Dans sa jeunesse, ilne savait pas lui-même l'allemand, et Philippe IL, qui devint souverain des Pays-Bas, s’inquiétait fort peu du langage usité dans cette partie lointaine de ses États, pourvu que ce langage fût soumis et orthodoxe. Cependant, sous son règne rigoureux, une ère nouvelle se prépare ; la réformation, qui depuis plusieurs années gagnait sourdement et peu à peu l'esprit du peuple, éclate tout à coup, et les mesures de violence employées pour en
comprimer les progrès ne font que lui donner plus de force. En 1579, les cinq provinces de Seelande, Utrecht, Gueldre, Frise et Hollande se déclarent, par le traité d'Utrecht', indépendantes de l'Espagne; en 1580, la province d'Overyssel, et en 1594, celle de Groningue, s'associent au même trailé. De cette époque date tout à la fois l’affranchissement religieux, politique et littéraire de la partie septentrionale des Pays-Bas; de cette époque date aussi la formation de la république, à laquelle la province la plus étendue, la plus riche, la province de Hollande, donna son nom. Quant aux provinces méridionales, on sait qu’elles restèrent sous la domination de l'Espagne, et l’action continue du français enfanta, dans quelques-uns de ces districts, le dialecte bâtard qu’on appelle wallon.
Toute l’ancienne littérature de la Hollande se compose d’imitations ou de traductions. Tous les anciens romans de chevalerie se retrouvent là, en vers ou en prose : les romans du cycle d'Arthur et du cycle de Charlemagne, les épopées naïves où les héros antiques figurent sous un vêtement -de baronnet, les contes facétieux de France et les mélancoliques légendes d'Allemagne, tout a été consciencieusement reproduit en hollandais. Et à voir ce pays mettre ainsi en tête de sa littérature le catalogue de tous ces poëmes et romans populaires du moyen âge, on pourrait le croire très-romantique. Tant s’en faut hélas ! et je le dis à regret, la Hollande n’est nullement romantique.
Que ceux dont l'esprit se tourne de préférence vers les merveilleuses inventions de la poésie populaire, ne
1. L’original de ce traité, qui occupe une place si importante dans l’histoire des Pays-Bas, se trouve maintenant dans les archives de la Haye. C’est un long et large parchemin, où it y a seulement une clause de quelques lignes ; tout le reste est couvert de signatures. Le savant M. de Jonge est parvenu à déchiffrer toutes ces signatures, et en a publié un fac-simile très-curieux.
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sylphes, de génies terrestres et aériens qui peuplent les vastes contrées de l'Orient et les mélancoliques solitudes du Nord. Il est vrai, comme l’a dit un écrivain, que sur les bords de l'Escaut, on à cru aux elfes qui dansent le soir dans les prairies, aux nixes, habitants des eaux, qui entraînent les jeunes filles dans leurs grottes de cristal. Mais ces créations fabuleuses ont disparu bien vite devant l’austère réalité. Le merveilleux enfanté par l'imagination de l’homme ne subsiste pas long-temps, s’il n’est soutenu par l'événement irrégulier que l'ignorance appelle un phénomène, ou par l'aspect d’une nature étrange et mystérieuse. Placez en face d'une telle nature l’homme simple et impressionnable qui ne connaît encore ni les lois de la physique ni celles de l'astronomie, et qui pourtant veut se rendre compte des choses singulières qu’il observe : soudain vous allez voir les symboles fantastiques de l'antiquité et du moyen âge. Le volcan s’allun.e, la terre s’'ébranle : cesont les Titans enfermés dans le sein des montagnes qui se tournent sur le flanc et cherchent à respirer. Le tonnerre gronde : c’est le dieu Thor qui se promène sur son char d’airain attelé de deux boucs. Les Pyrénées étonnent, par leurs longues ondulations et leur cime imposante, le regard du voyageur : c’est Hercule qui a entassé l’une sur l’autre ces masses de terre pour faire le tombeau de sa bien-aimée Pyrène. En Allemagne, la petite crevasse noire qui s'ouvre dans l'intérieur des montagnes conduit à une route profonde où habitent les nains gardiens des trésors; en Suède, les lacs cachent dans leur enceinte des villes englouties pour leurs péchés ; en Norvége, les longues et sombres forêts de sapins sont peuplées d’une foule de petits êtres dangereux à rencontrer. Ici un roc fourchu apparaît sur la crête d’une montagne, et le peuple raconte que Roland, dans sa colère, l’a fendu de son
épée. Là on distingue sur une dalle une empreinte pareille à celle d’un pied de cheval : c’est le coursier de saint Olaf qui a laissé cette trace de son passage. Le bruit du Rhin, au détour de Lurley, c’est le soupir d’amour d'une magicienne. Les blocs ératiques disséminés dans les plaines de la Scanie sont les pierres que les géants se jetaient à la tête dans leurs jeux et dans leurs luttes, et les nuages flottants sur les collines de l'Écosse cachent dans leurs replis la grande ombre de Fingal.
Mais en Hollande il n’y a ni rochers, ni forêts, ni montagnes, rien qui étonne l'imagination, rien qui jette dans l'esprit cette mystérieuse terreur d’où naissent le conte fantastique et la légende populaire. Ià, l'hommea lui-même coupé, desséché et pour ainsi dire formé le sol qu'il occupe; il en connaît la surface et le fond, et il sait bien qu'il n’y a là ni sylphes ni fées; il sait comment il a été lui-même l'unique magicien de cette terre difficile à cultiver, comment il l’a épurée par des canaux et préservée de l’inondation par des digues. Chaque jour encore il est obligé d’y travailler, et ce travail matériel, continu, ne lui permet guère de rèver. Les romans féeriques, les poëmes chevaleresques traduits du français et de l'allemand, firent, il est vrai, pendant deux ou trois siècles, les délices de la noblesse.hollandaise ; mais à côté de cette classe riche et galante qui aimait les récits de batailles et de tournois, les descriptions vraies ou fictives des cours étrangères et les aventures de voyage ou d'amour, il y en avait une autre plus nombreuse, et dont la fortune, l’influence, aliait toujours en augmentant : c'était la bourgeoisie. Dès le xu° siècle, le commerce et l’industrie lui avaient donné un ascendant qu'elle était loin encore d'avoir dans les autres pays. Bruges était un vaste entrepôt de toutes sortes de denrées; Gand avait le langage haut et fier, et quand on parlait de la province de
Hollande, on l’appelait Hollande Ja Riche'. Or, tous ces bons bourgeois, tous ces honnètes merciers et tisserands dont la grande affaire était de fabriquer de bonnes marchandises et de les vendre au meilleur prix possible, comprenaient fort peu le bonheur de s'en aller sur les grandes routes chercher les avenlures, les batailles contre les dragons et les enchanteurs, les pérégrinations à travers le monde, pour retrouver une belle inconnue, ettoutes les autres charmantes fictions des romans de chevalerie. Quand ils avaient fermé leur comptoir et tiré le verrou sur leur porte, si le soir, assis au milieu des leurs, la fantaisie leur venait de lire, il leur fallait des ouvrages plus positifs. De son côté le clergé ne lisait guère, ou du moins ne devait décemment lire que des livres de piété, des légendes de saints, ct quant au bas peuple, il était trop ignorant pour s’enquérir des manuscrits.
La littérature chevaleresque et galante, ou, pour nous exprimer plus nettement, la littérature romantique, n’était donc acceptée que par la noslesse. Ce n'était pas assez pour lui donner une existence durable. De bonne heure il se forma une littérature anti-romantique dont Maerlant fut le chef. C'était un honnète greffier de la petite ville de Damme, qui vivait vers le milieu du x siècle. Il se prit d’une vertueuse indignation contre les poëmes fabuleux que l'on traduisait alors en hollandais. À chaque instant il y revient, il les attaque, il les signale au mépris ou à l'animadversion de ses lecteurs. En même temps il s'efforce de rame-
1. Dans l’épitaphe de Jean II de Valenciennes, qui mourut en 1306, il est dit :
CHY GIST LE GENTIL JEAN DE PARIS, JADIS EUST DESSOUS LUI COMPRIS QUATRE PAYS DE GRANDE NOBLESSE ; C'EST HAYNAU, COME BIEN APRIS, ZEELANDE ET FRISE, QUE MOULT PRIS, ET HOLLANDE PLEIN DE RICHESSE.
ner par ses ouvrages la littérature dans une autre voie. Il traduit sous le titre de Riimbible (Bible rimée) la Historia scolastica de Pierre Comestor; sous le titre de Bestiaris, le Liber rerum, attribué à Albert le Grand, la Vie de Saint-François, et le Speculum historiale de Vincent de Beauvais. Les ouvrages de Maerlant eurent une grande vogue parmi les graves familles marchandes des Pays-Bas, et on le surnommale père de la poésie. À la même époque vivait, dans les États du comte Florens V, un clerc nommé Melis Stoke, qui écrivait une chronique rimée de Hollande. Dès ce jour, les œuvres romantiques des trouvères et des minnesingers furent moins lues encore que par le passé. La Hollande venait de trouver, dans les œuvres de Stoke et de Maerlant, les éléments de sa poésie future, po‘ie sèche, mesurée, didactique, qui s'appuie sur la Bibie et sur les livres de morale, et se distrait de son enseignement dogmatique par quelques pages d'histoire naturelle, ou quelques innocentes descriptions de paysage.
Toute cette première époque de la littérature hollandaise n’est intéressante à étudier que sous le rapport philosophique, car elle ne présente, comme nous venons de le voir, que des traductions ou des imitations. Cependant il y a là deux poëmes dont on n’a pas encore trouvé les originaux, et dont on peut, jusqu’à nouvelle information, faire honneur à la Hollande; l'un a pour titre Élégast et Charlemagne; l'autre est un roman du Renard qui ne ressemble pas aux nôtres.
Le poëme d’Élégast est le récit d’une de ces mille aventures attribuées à Charlemagne par les chroniqueurs ct les légendaires du moyen âge. L'archevèque Turpin a, comme on le sait, conté d’étranges choses sur l’illustre empereur; les poëtes franco-normands l'ont fait voyager en Palestine, les poëtes allemands le