‹ En Amérique et en Europe [microforme]Chapitre 3 sur 76 · OT LE EE ME D · texte numérisé non relu

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avec ses onze enfants dans les guerres de la France, vaut bien celle du magnanime Germain.

Sous les auspices du comte de Pontchartrain, ministre de la marine, Iberville conduisit deux cents colons à la pointe du Mississipi. Il visita les environs du sol où s'élève aujourd'hui la Nouvelle-Orléans, donna à l'un de ces lacs le nom de Pontchartrain, à un autre celui de Maurepas. IL construisit un fort dans la baie de Biloxi (à trentelieues environ de la Nouvelle-Orléans), y fixa le siége de sa colonie, puis visita quelques tribus indiennes. Quand il entra dans un des villages des Natchez, la foudre venait d’embraser un de leurs temples, les hommes poussaient des cris féroces, les prètres demandaient des sacrifices pour apaiser la colère de Dieu, et les femmes jetaient avec fureur leurs enfants dans les flammes. Tel fut le premier spectacle qui frappa les regards de nos compatriotes parmi ces Natchez, dont un illustre écrivain a fait une poétique description. Iberville ne parvint qu'avec peine à calmer leur frénésie. Le sol qu’ils occupaient lui plaisait. IL y traça le plan d’un fort auquel il donna le nom de baptème de Mme de Pontchartrain, Rosalie. Trente ans après, ce fort devait être inondé de sang; trente ans après, cette tribu nombreuse, gouvernée par des chefs qui portaient le glorieux titre de Soleils, et pour lesquels chaque individu devait à tout instant être prêt à sacrifier sa vie, cette tribu dont nos armes n'avaient pu ébranler le courage, dont nos traités de paix n'avaient pu adoucir la haine implacable, ‘tramait un massacre des vèpres siciliennes. À son complot, elle avait associé plusieurs autres nations. Des faisceaux de roseaux, tous d'égal nombre, furent envoyés aux différents caciques. Chaque jour on devait en brüler un, et le dernier marquait l'heure à laquelle les peuplades devaient se lever à la fois dans chaque district et égorger les Français. On dit que la femme d’un Natchez, qui aimait un de

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nos compatriotes, parvint à dérober dans la demeure de son mari quelques branches des faisceaux sanguinaires, et, en précipitant ainsi le signal de mort dans sa tribu, fit échouer le plan des autres.

Partout les femmes ont pris pitié des proscrits. Une femme de la Dalécarlie préserva Gustave Wasa des poursuiles de Christian IT. Une femme protégea la fuite de Charles-Édouard après la bataille de Worcester‘, Une femme de l'Amérique du Nord, la jeune et belle Pocahonta, arracha au bûcher le capitaine Smith, le premier colon de la Virginie; une femme des Natchez sauva d’une ruine générale notre colonie de la Louisiane. Son pouvoir ne s’étendait pas plus loin. Elle avait fait, dit la tradition, prévenir le commandant du fort Rosalie des dangers qui le menaçaient. Il se moqua de cet avis, et fut massacré avec ses soldats. Ce ne fut qu’en 1732 qu’on en finit avec cette terrible tribu, par une bataille à la suite de laquelle les dernières familles des Natchez, abandonnant les domaines de leurs aïeux, se dispersèrent de côté et d'autre.

Iberville était mort de la fièvre dans une de ses expéditions. Son frère puîné, Sauvolle, mourut du même mal. Son troisième frère, Bienville, resta seul chargé de la direction de la colonie. Ses deux frères lui avaient, pour tout héritage, légué la tâche à laquelle l’un et l’autre venaient de succomber, comme autrefois les bénédictins se transmettaient d'âge en âge le soin de poursuivre une longue étude. Bienville dévoua son cœur, son intelligence à l’entreprise nationale consacrée par une fraternelle pensée. IL passa là près de.

1. Un pêcheur anglais s'était engagé à transporter un fugitif sur la côte de Normandie. En reconnaissant le roi, il fut tenté de-gagner la récompense promise à celui qui le livrerait. Sa femme lui dit : « Sauve-le, peu m'importe ensuite de mendier mon pain avec mes enfants. »

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quarante années, luttant avec une fermeté inébranlable contre tous les obstacles, aux prises avec l'inquiète jalousie des Anglais et l’animosité des Indiens, souvent abandonné et plus d'une fois méconnu. Outragé par un ministère qui eût dù donner une éclatante récompense à ses services, et qui longtemps le laissa dans un poste subalterne, il obéit sans murmurer à des chefs indignes de le commander; il vit sans se décourager naître et disparaître les divers modes d'administration auxquels la Louisiane fut soumise : gouvernement du Canada, puis gouvernement local puis la gestion commerciale de Crozat et celle de la compagnie d'Occident qui enfanta la fameuse banque, de Law, laquelle enfanta le grand désastre de la rue Quincampoix.

Nous n'avons pas le génie colonisateur. L'histoire de nos colonies ne le démontre que trop. Quand la Louisiane fut abandonnée aux spéculations commerciales de Crozat (1712), sa population se composait de quatre cents âmes, dont deux compagnies de cinquante hommes, soixante-quinze Canadiens volontaires, ;vingt-huit familles blanches et vingt nègres. Pour régir ces quatre cents âmes, la France leur envoyait un gouverneur, un commissaire ordonnateur, un contrôleur, deux directeurs. Bienville restait chargé du commandement des troupes. )

En 1741, Bienville quitta la Louisiane pour n’y plus revenir, Avant de s'éloigner, il avait fini par obtenir, non sans de vives contestations, que le siége de la colonie fût transféré de Biloxi à la Nouvelle-Orléans, et en se retirant en France, il pouvait dire du moins qu'il laissait son œuvre affranchie des principaux périls qui menaçaient de l’anéantir dans son germe. Arrivé dans la Louisiane avec deux cent tinquante hommes, il y laissait une population de six mille âmes, parmi lesquelles on comptait quinze cents nègres.

Treize ans après son départ, une douloureuse émigration augmentait de plusieurs milliers d'individus cette population. Dans leur lutte perpétuelle contre notre colonie du Nord, les Anglais en étaient venus à s'emparer des districts que nous appelions l’Acadie, et auxquels ils ont donné le nom de Nouvelle-Écosse, Leur conquète faite et acceptée par Louis XV, ils voulurent obliger les paysans français établis dans cette contrée à prèter serment de fidélité au souverain de la Grande-Bretagne. Changer de drapeau, c'était, pour ces honnètes enfants de la France, une telle monstruosité, qu'ils ne purent s’y résoudre. Ni les promesses, niles menaces n'ayant pu vaincre leur résistance, le

gouvernement anglais, redoutant de laisser cette masse”

d’ennemis dans un pays où il n'avait lui-même que de faibles moyens de défense, se décida à prendre envers eux une mesure effroyah}e.

En 1754, les villages des Acadiens furent livrés aux flammes, et à la lueur de leurs toits embrasés, sept mille Français furent entassés sur des navires et jetés, comme de vils troupeaux, sur les côtes de la Pensylvanie, de la Virginie et de la Caroline, sans autres ressources que le peu de hardes et de provisions qu’ils avaient pu dérober aux ravages de l'incendie. On vit alors ces malheureux, errant à l'aventure, à travers les bois, repoussant les services de ceux qui parlaient la langue de leurs bourreaux, et ne se reposant que sous le wigwam des Indiens, qui, touchés d’une telle infortune, leur apportaient le fruit de leur chasse et les guidaient dans les forêts. Les Acadiens savaient qu’il existait dans la Louisiane une colonie française. Ils voulaient la rejoindre; ils voulaient se rallier à la bannière qui les avait abandonnés, rester fidèles au roi qui les oubliait dans ses grandeurs de Versailles, et sans s'inquiéter de la longueur du chemin, des dangers du voyage, ils s’en allaient, dans leur sublime amour pour

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la France, à la recherche de la terre lointaine habiwe par des Français.

La moitié d'entre eux périt en route, : or les f mves, dans les marais. Les autres, après des muigues fmwuies, arrivèrent à Ja Louisiane, où ils furen: accueillis avec une tendre commisération. Le gouverneur leur donna des instruments d'agriculture, leur assigna un terrain au bord du Mississipi, et il s'établit là, à l'endroit qui porte le nom de côte des Acadiens, une colonie de laboureurs dont les descendants se distinguent encore par la simplicité de leurs mœurs, par leur culte pour les anciennes traditions françaises.

En venant chercher si loin, à travers tant de périls, le drapeau de leurs pères, les pauvres Acadiens ne se doutaient guère que ce drapeau allait encore bientôt leur échapper. En 1763, on apprit que la Louisiane était cédée à l'Espagne. A cette nouvelle un cri de douleur retentit dans toute la colonie, Une protestation contre cette inconcevable cession fut aussitôt signée et expédiée à Paris. Une vive résistance aux désirs de l'Espagne s’organisa sous la direction d’un groupe d'hommes énergiques. Le premier gouverneur espagnol, Antonio de Ulloa, courba la tête devant ce soulèvement, et se retira. Il fut remplacé par O'Reilly, qui arriva à la Nouvelle-Orléans avec quatre mille cinq cents hommes. Que pouvait faire notre pauvre faible colonie devant cette armée? Elle subit le joug qui lui était imposé. Mais cet acte de soumission ne suffisait pas au cruel O'Reilly. Il fit arrèter quatorze des principaux habitants de la Nouvelle-Orléans, accusés, les malheureux! d’une trop grande fidélité à la France. L'un d'eux fut tué au moment où il voulait se jeter dans les bras de sa femme ; six autres furent conduits à la Havane et enfermés dans la forteresse du Moro, et les sept qui restaient, condamnés à mort, en vertu d’une loi d’Alphonse XI. O honte ! le cabinet de Versailles

resta sourd aux plaintes de ces infortunés et insensible à cet atroce arrèt.

Par le traité de Saint-Ildefonse, l'Espagne restitua la Louisiane à la France, et, en 1813, Napoléon la céda aux États-Unis. Lui du moins, en abandonnant pour une somme de 75 millions de francs celte vaste possession, avait une raison politique. Il craignait que les Anglais ne s’en emparassent, et, au lieu de l'exposer à leurs armes, il en faisait une barrière contre leur ambition. « Cet agrandissement de territoire affermit pour toujours, disait-il, la puissance des États-Unis, et je viens de donner à l'Angleterre une ennemie maritime qui, LÔt ou tard, abaissera son orgueil. »

Le temps a déjà justifié cette prédiction ; l'avenir la justitiera mieux encore. .

Dans l'étonnant progrès des divers États de la confédération américaine, rien de plus étonnant que le développement de la Louisiane, et surtout de la Nouvelle- Orléans, depuis son annexion aux États-Unis. A l’époque où Napoléon s’en dessaisit, cette ville ne comptait pas plus de huit mille habitants : elle en a aujourd'hui cent cinquante mille, et Dieu sait ce qu’elle en aura quelque jour, avec son incroyable mouvement d’ascension.

On l'appelle la Crescent-City, à cause du Mississipi qui se déroule autour d'elle en demi-cercle, comme un croissant. D’un autre côté elle s'étend sur un espace de cinq milles le long du fleuve magnifique, son canal et son port; de l’autre, elle aboutit à une plaine de plusieurs milles d’étendue qu’elle envahit peu à peu, et par laquelle, dans quelques années, elle touchera au lac Pontchartrain. Du côté du fleuve, elle porteune ceinture de pierres de dix à douze pieds de hauteur, qu'on appelle la Levée, C’est un moyen de défense contre ce puissant Mississipi qui, en répandant la richesse sur ses bords, y porte aussi la terreur par ses inonda-

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