RARE
LA LOUISIANE, al
F tions, et c'est un quai garni de boutiques, de magasins de toute sorte. C’est la vaste artère par laquelle affluent, par laquelle circulent et s'écoulent les denrées des deux hémisphères.
Après le merveilleux aspect de la Tamise entre Blackhalle et London-Bridge, je ne connais rien de si vivant, de si pittoresque, que le croissant de la Nouvelle-Orléans, couvert d'une légion de bateaux à vapeur gigantesques, d’une triple rangée de navires, d'une masse de barques et de chaloupes, de radeaux qui, de Pittsbourg, amènent des montagnes de charbon de terre, de bateaux remorqueurs trainant à leur suite les lourds bâtiments qui viennent des régions lointaines.
La position de New-York, comme ville de commerce, est certes admirable; celle de la Nouvelle-Orléans est, sous un certain rapport, plus avantageuse, Par le canal et le chemin de fer qui la relie au lac Pontchartrain, la Crescent-City communique directement avec la baie de Mobile et la côte de la Floride ; par plusieurs bayous!, avec différents districts de la Louisiane; par l'embouchure de son fleuve, avec le golfe du Mexique, et par le cours supérieur de ce mème fleuve, elle étend ses relations jusqu'aux extrémités du nord et de l’est de l'Amérique. Vers le Mississipi convergent de tous les côtés des rivières qui, dans leur vaste réseau, forment un rayon de huit mille lieues de navigation, dont la Nouvelle-Orléans est l'issue, l’outlet, comme disent les Anglais.
Si New-York, Boston, Baltimore portent au loin leur activité, la Nouvelle-Orléans est le grand marché de l'Amérique. C’est là que les planteurs envoient la plus grande partie de leur sucre, de leur coton, et c’est là que l'Europe va chercher ces denrées. L'année der-
1. On appelle bayou un canal naturel par lequel le fleuve se rejoint à la mer,
nière, ses importations de l'intérieur des États-Unis représentaient une valeur de plus de 500 millions de francs. Il est impossible de calculer à quel taux elles peuvent s'élever, quand on songe à l’accroissement que doivent prendre les États qui lui livrent cette masse de produits, quand on réfléchit seulement à l'avenir de la vallée du Mississipi, qui, à elle seule, peut contenir ei alimenter cent millions d'habitants.
Autour de la Nouvelle-Orléans s'étendent de popupuleux faubourgs d’un aspect assez agreste. De riches négociants se sont bäàti là de charmantes retraites dans des jardins fleuris. Peu à peu la ville s’'avancera sur ce terrain, à présent rempli d'habitations d’une champêtre simplicité. De ces faubourgs on entre dans une féconde campagne, où tour à tour apparaissent les plantations de sucre avec leurs cabanes de nègres et leurs machines à vapeur, et de splendides enclos où les arbres d'Europe grandissent avec les plantes des tropiques. Le chène vert y marie son éternel feuillage à la fleur du magnolia ; la pomme d’or des Hespérides, l'orange douce et l’orange amère y répandent toute l’année leur parfum, et la rose y éclot sous les sombres rameaux de cyprès, comme une pensée d'espoir sous un voile de deuil.
Toute cette partie de la Louisiane, qu’on appelle la Côte, est d’une fertilité merveilleuse. Assez de rayons de soleil l’échauffent, assez de rosée l’humecte pour que sa végétation se développe dans toules les saisons. En hiver, elle m'est apparue comme nos îles d'Hyères aux beaux jours de mai.
La population de la Nouvelle-Orléans se compose de plusieurs éléments distincts : d’abord les créoles français, espagnols, américains, c'est-à-dire tous ceux qui sont nés dans le pays, puis les émigrants de diverses contrées, puis les hommes de couleur et les nègres, et enfin une masse flottante de marins, de négociants qui
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