Een vraie historie ende al waer Mach ic u tellen
Et plus loin :
Hoort hier wonder ende waerhede.
Eh bien! soit; je suivrai l’ordre de Dieu et je me ferai voleur, dussé-je être pendu par la gorge‘! Il se lève, s'habille, prend ses armes qui étaient toujours posées près de son lit, passe au milieu de ses gens qui dorment d’un profond sommeil, descend à l'écurie, selle son cheval et se dirige vers la forêt, la tête baissée, le cœur désolé de l’ordre fatal auquel il doit obéir. Chemin faisant, il se rappelle qu'il a banni de sa présence, pour une faute de peu d'importance, le chevalier Élégast , et s'apitoie sur son sort. Élégast attend les passants sur la grande route, et respecte le pèlerin, le marchand, mais il ne ménage ni les évèques, ni les chanoines, ni les abbés, ni le pape; tout ce qu'il peut leur prendre, il le prend sans pitié.
Ainsi révant et soupirant, Charles s’avance dans la forèt, et tout à coup il aperçoit un chevalier couvert d’une armure noire, portant un casque noir. Ce che- | valier l’arrête et lui dit d’une voix impérieuse : « Qui | es-tu? Où vas-tu ? Comment se nomme ton père? »
À ces mots Charlemagne reprend sa fierté d’empereur : « Jamais personne, s’écrie-t-il, ne m'a contraint de faire ce qui ne me plaisait point ! Je ne te dirai pas qui je suis, mais nous combattrons l’un contre l’autre, et le vainqueur dictera ses conditions au vaincu. » Le défi est accepté ; les deux champions font reculer leurs chevaux, puis fondent l’un sur l’autre avec impétuosité. Après une lutte violente, le chevalier noir est vaincu; |! il avoue alors son nom et sa profession de voleur, c’est Élégast; puis il invite son adversaire à montrer la même franchise, et l’empereur répond naïvement : « Moi, j'ai coutume aussi de voler, je vole les églises et les cloîtres, les grands et les petits. Il n’est si pauvre homme au monde de qui je ne tire quelque chose, et dont je