Ende clagede den conine in fransois
gnant, boitant, dans une rivière où ses ennemis furieux ne peuvent l’atteindre. Pendant ce temps, compère Renard avait trouvé moyen d'attraper une poule et s’en revenait l'esprit joyeux, le corps dispos, songeant que son ennemi Brun était mort, quand tout à coup, au détour de la colline, il l’aperçoit, couché sur le bord de la rivière, les flancs meurtris, la tête et les pattes pelées et toutes rouges de sang. « Oh! maudits villageois, s’écrie-t-il, qui avez laissé si sottement échapper la victime que je vous livrais! » Puis il s'approche de lui en riant et se dandinant, et lui dit : Seigneur prètre, que Dieu vous soit en aide? Connaissez-vous Renard le ribaud ? Si vous voulez le regarder, le voilà ce manant à la peau rouge, ce larron cruel. Mais ditesmoi, digne prêtre, mon bel ami, quelle est la confrérie où vous servez? dans quel ordre voulez-vous entrer, pour avoir ainsi ce chaperon rouge? Étes-vous donc abbé ou prieur ? Il a été bien près de vos oreilles, celui qui vous a taillé cette couronne. Vous avez perdu votre toupet, vous avez ôté vos gants. Vous allez, je suppose, chanter les complies ou dire votre bréviaire.
Hors d’état de se venger des trahisons de Renard, et ne pouvant supporter cette froide raillerie, Brun se jeta de nouveau dans la rivière, regagna la terre à quelque distance, et s’en alla rejoindre la cour, tantôt en posant péniblement une patte devant l’autre, tantôt en glissant sur sa queue ou en roulant sur lui-même.
Toute cette scène est vraiment une charmante comédie.
L'arrivée de Brun à la cour, l’état piteux où on le voyait reparaître, lui qui était parti si sûr de lui-même, excita une nouvelle tempête contre Renard. Le roi jura par ses grands dieux que Renard serait puni, et chargea le chat Tibert d'aller le sommer de venir. Le chat. moins présomptueux que Brun, n’accepta qu'avec peine celte dangereuse mission. Il connaissait les ruses de son
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cousin Renard, et n’aimait guère à entrer en lutte avec lui. Mais le roi le voulait : Tibert partit, l'esprit tout préoccupé de sombres pressentiments. Le long du chemin, il rencontra une corneille, et lui dit de voler à sa droite. La corneille prit la gauche. Ce fut pour le craintif Tibert un triste présage de plus. Ses sombres pensées ne devaient que trop tôt se réaliser. Il se laissa conduire par Renard dans le piége le plus cruel, et faillit y perdre la vie. Ces deux funestes tentatives avaient profondément exaspéré le roi. Cependant il résolut d'en faire encore une nouvelle, et cette fois il chargea Grimbert !e blaireau d'aller porter ses derniers ordres à Renard. Grimbert était son ami dévoué, son neveu; il l'avait toujours fidèlement défendu à la cour. Aussi Renard ne cherche-t-il pas à lui jouer un méchant tour; 1l l’accueille comme un bon parent, il le présente à sa femme et à ses enfants, puis se met en route avec lui pour s’en aller comparaître devant le roi. Chemin faisant, Renard se met à sonder sa conscience et se sent effrayé de tous les méfaits qu’il a déjà commis : « Cher neveu, dit-il, il faut que je me confesse à toi; quand j'aurai avoué tous mes péchés, mon âme sera soulagée. » Et il se confesse avec toutes les formules du catholicisme ; dans cette scène et dans plusieurs autres, on dirait que l’auteur du poëme a pris à tâche de tourner en ridicule les pratiques et les enseignements les plus graves de l'Église.
La confession faite, l’absolution reçue. Renard continue sa route, fort repentant en paroles, très-peu en réalité, cherchant toujours de l’œil le poulailler, et s'arrêtant avec un appétit sanguinaire en face d’une basse-cour de nonnes, où il voit passer les plus belles oies du monde. Enfin il arrive devant le roi, un pe’: inquiet au fond de l'âme, mais comptant cependant sur son esprit et son habileté. Il arrive, il va se placer en face de son souverain et lui adresse une magnifique
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ANCIENNE LITTÉRATURE. 213 protestation de respect et de dévouement. « C'est bon, atte c’est bon, s’écrie le roi; nous connaissons la souplesse prit de votre langage, mon maître, et nous n’en serons du plus dupe. »
r à Les ennemis de Renard, déconcertés d’abord par sa le présence et sa harangue, reprennent leur audace à ces res paroles du roi, et crient, et se lamentent, et s'empor- Ssa tent plus fort que jamais. Le roi assemble ses hauts et barons, en appelle à leur jugement, et tous, d’une ves voix unanime, condamnent le traître à être pendu. ré « Eh bien ! soit, s’écrie Renard en courbant la tête d’un il air résigné ; j'ai péché, j'en conviens, et la mort n’est ers peut-être qu'une faible expiation pour tous mes on crimes. Allez donc, vous qui voulez me voir périr, 1. , allez préparer la potence. Portez la corde et le poteau ; é- je suis prêt. »
le Là-dessus ses ennemis s’éloignent, croyant l'arrêt | en sans appel et la mort du scélérat inévitable. Ils s’en | le vont faire les apprèts de son supplice; lui les regarde n- avec un rire sardonique, puis à peine ont-ils disparu, a qu’il commence une autre harangue. Il raconte au roi | € comment il était né bon et vertueux, aimant la vie 4 S, simple et honnête, la douce et riante nature; com- 8 ÿ ment une première faute l’a entraîné dans une autre 1S gr faute ; comment en prenant ainsi peu à peu goût au IS mal, il a fini par devenir un grand coupable, par s’ha-
; bituer au crime et par s’y complaire; puis il laisse comme par hasard tomber dans son discours un mot - sur ses trésors immenses. À ce mot, le roi et la reine
n l'arrêtent, l’interrogent avec bienveillance. Renard leur et dit qu'il a découvert une conspiration tramée par son | e père, par le Loup et l’Ours, pour détrôner le roi; qu'il | S a trouvé le trésor d'Ermenric, dont son père s'était
Li emparé, et qui devait être employé au succès de la d' conspiration ; qu’en enlevant ce trésor, il a déjoué tous les complots.