Ic mach der tortel duven wael leken
Die haren gaden verloren heeft,
parle, l'amour saute, l'amour appelle l'amour, l'amour dort, l'amour veille, l'amour peut tout imaginer'. »
Ce qui exprime encore très-bien le caractère de l'époque, c’est l’adoration de la Vierge, adoration ardente, passionnée, qui se manifesta surtout chez les peuples du Nord, et qui donna lieu à une multitude de chants religieux où toutes les expressions les plus éclatantes sont employées pour lui rendre hommage, où quelquefois même le Christ est représenté comme dépouillant auprès d’elle sa grandeur, et accourant à ses ordres dès qu’elle a besoin de lui *.
Enfin, il existe encore un grand nombre de poésies populaires sur la naissance du Christ, l’arrivée des mages, la fuite en Égypte, etc. Tous les détails de la vie commune y sont dépeints avec une incroyable naïveté. Dans l’une, c’est l'enfant Jésus à qui sa Mère fait prendre un bain, et qui s'amuse à faire jaillir l'eau hors du bassin’; dans l’autre, c'est saint Joseph qui lui prépare un plat de bouillie‘. Puis on nous montre Marie occupée à filer pour gagner sa vie, et saint Joseph faisant des ouvrages de menuiserie. Quelquefois aussi, dans ces poëmes dont il faut admirer la bonne foi et la simplicité, l’âne joue son rôle. Saint Joseph s'arrête pour cueillir des dattes et lui dit : Reste là, mon petit âne, ne bouge pas, il faut cueillir
1. Die minne staet, die minne gaet, Die minne singhet, die mienne springhet.
Ces vers sont tirés d’un long poëme sur l’amour céleste, composé par une religieuse d’'Utrecht nominé Bertha. (Horæ belgice, par Hoffmann de Fellersleben, Ile volume, p. 14.)
2. On trouve quelquefois dans ces chansons des détails comme ceux-ci : « Jésus prend une corbeille et s’en va cueillir des fèves dont il a besoin; puis il prend une cruche, va chercher de l’eau , et « vient aider sa mère à éplucher les légumes : Hi nam een corfin sijn « hant, etc. »