Die moeder die makenden den kinder een bat
4, La même idée se reproduit dans une chanson en allemand sur les trois mages : « Joseph nahm ein Pfannebier, »
l'amour ri, »
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composé par Hoff-
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ces fruits pour nous rafraîchir, car nous sommes trèslas', Ce sont des images à mettre à côté de ces anciens tableaux de l’école de Cologne, où l’on voit Jésus s'amusant avec les ducats qu’un des mages lui présente dans une coupe d’or.
L'un des chants religieux les plus célèbres du xve siècle est &elui qui a pour titre: La Fille du Sultan. On le retrouve aussi en Allemagne * en Suède et en Danemark, mais sous une forme concise, C’est un chant qui a toute l'allure naïve de la ballade, et qui, sous un voile symbolique, porte tout le mysticisme de cette époque. Quoiqu'il soit un peu long, nous ne craignons pas de le citer en entier; car il nous apparaît comme un monument curieux et sous le rapport de l'art, et sous le rapport des idées religieuses.
« Écoutez vous tous qui êtes pleins d'amour, mon esprit va chanter un chant d'amour et de concorde, un chant de grandes et belles choses. Une fille de sultan, élevée dans une terre païenne, s’en alla un jour, au lever de l’aurore, le long du parc et du jardin.
« Elle cueillit les fleurs de toutes sortes qui brillaient sous ses yeux, et elle se disait : Qui donc a pu faire ces fleurs et découper avec tant de grâce leurs jolies petites feuilles? Oh! je voudrais bien le voir !
« Je l’aime déjà du fond du cœur; si je savais où le trouver, je quitterais le royaume du ciel pour le suivre. — Et à minuit, voici Jésus qui arrive et qui s’écrie : Jeune fille, ouvrez! — Elle se lève sur son lit et accourt en toute hâte.
« Elle ouvre la fenêtre, et aperçoit le bon Jésus resplendissant de beauté. Elle le regarde avec tendresse; puis, s’inclinant devant lui : — D'où venez-vous donc, dit-elle, à mon noble et majestueux jeune homme ?
« Quel est le cœur qui pour vous ne s’enflammerait pas? car vous êtes si beau! Jamais, dans le royaume de mon père, je
1. « Och! eselken, die moetste stille staen.» (Voy. les Horæ belgicæ de M. de Fallersieben et les Volkszangen de M. Lejeune.) 2. « Der sultan hatte ein tochterlein. » (Wunderhorn, ersten band.)
n’ai trouvé votre pareil. — Et moi donc, jeune fille, je te connais, je connais ton amour; apprends donc qui je suis : C’est moi qui ai créé les fleurs.
« — Est-ce bien vous, mon puissant Seigneur, mon amour, mon bien-aimé? Combien de temps je vous ai cherché! et
aintenant que vous voilà, il n’y a plus ni bien ni patrie qui m'arrête; avec vous je m'en irai. Que votre belle main me conduise là où il vous plaira.
« — Jeune fille, si vous voulez me suivre, ii faut tout abandonner : votre père, vos richesses et votre beau palais. Votre beauté m'est plus précieuse que tout cela. C’est vous que j'ai choisie, c’est vous que j'aime. Il n’y a rien sur la terre d’aussi bien que vous.
« — Laissez-moi donc vous suivre où vous voudrez. Mon cœur m'ordonne de vous obéir, et je veux être à vous. — Il prit la jeune fille par la main. Elle quitta cette contrée païenne, et ils s’en allèrent ensemble à travers les champs et les prairies.
« Le long du chemin, ils s’entretenaient avec gaieté l’un l’autre, et la jeune fille lui demanda son nom. — Mon nom, dit-il, est merveilleux. Par sa puissance, il guérit le cœur malade; sur le trône élevé de mon père, tu pourras le lire.
« Donnez-moi votre amour, consacrez-moi vos sens &t votre esprit. Mon nom est Jésus. Ceux qui m’'aiment le connaissent bien. — Elle le regarda avec tendresse, et, se courbant à ses pieds, lui jura fidélité.
« — Comment, dit-elle, comment est votre père, à mon beau fiancé? Pardonnez-moi cette question. — Mon père est trèsriche; la terre et le ciel lui obéissent; l’homme, le soleil, les étoiles lui rendent hommage.
« Un million de beaux anges s’inclinent devant lui les yeux baissés. — Si votre père est si puissant et si élevé au-dessus de nous tous, mon bien-aimé, comment donc est votre mère?
« — Jamais il n’y eut dans le monde une femme aussi pure. Elle devint mère d’une façon miraculeuse, sans cesser d’être vierge. — Ah! si votre mère est si belle et si pure, de quelle contrée venez-vous donc?
« — Je viens du royaume de mon père, où tout est joie, beauté, vertu. Là, des milliers d'années se passent comme un jour; d'autres milliers d'années leur succèdent pleines de repos et de félicité.
« — Seigneur, que de prodiges vous m'’offrez! Hätons-nous
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tabanis. Votre que j'ai d’aussi
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donc, Ô mon roi, d'arriver à la demeure de votre père. — Restez pure et sincère, je vous donnerai mon royaume, et vous y vivrez éternellement.
« Ils continuèrent jeur route à travers les champs et les prés, et ils arrivèrent près d’un couvent où Jésus voulait entrer. — Hélas! voulez-vous donc me quitter? Si je n’entends plus votre douce voix, je languirai sans cesse.
« — Attendez-moi ici, dit-il avec grâce et bonté; il faut que j'entre dans cette maison. — Il entre, et elle reste à la porte pour l’attendre; mais, quand elle ne le voit plus, des larmes d'amour tombent sur ses joues.
« Le jour se passe, le soir arrive, elle attend encore; mais son fiancé ne vient pas. Alors elle s’avance vers le couvent, et frappe, et crie : Ouvrez-moi la porte, mon bien-aimé est ici.
« Le portier ouvre, et regarde cette jeune fille si belle et si imposante. — Que voulez-vous? dit-il. Pourquoi venez-vous ici toute seule? Pourquoi ces larmes? Dites-moi, quel chagrin avez-vous ?
« — Hélas! celui que j'aime si tendrement m'a quittée; il est entré dans cette maison, et je l’ai attendu longtemps. Pressez-le de sortir; dites-lui de venir me trouver avant que mon cœur se brise, car il est mon fiancé.
« — Jeune fille, celui qui vous a quittée n’est pas venu ici; j'ignore qui est votre bien-aimé, je ne l’ai pas vu. — Mon père, pourquoi voulez-vous me le cacher? mon bien-aimé est ici. En me quittant, il m'a dit : J’entre dans cette maison.
« — Mais apprenez-moi comment il s'appelle, je saurai si je le connais. — Hélas! je ne puis le dire, j’ai oublié son nom. Mais c’est le fils d’un roi; son empire est large et profond; son vêtement est bleu de ciel et parsemé d'étoiles d’or.
« Son visage est blanc et rose, ses cheveux sont blonds comme l'or, et toute sa nature est si merveilleuse et si douce, que rien au monde ne lui ressemble. Il venait du royaume de son père; il voulait m'emmener avec lui; mais, hélas! il est parti.
« Son père tient le sceptre de la terre et du ciel; sa mère est une vierge très-belle et très-chaste. —- Ah! s’écria le portier, c’est Jésus, Notre-Seigneur ! — Oui, mon père, c’est lui que j'aime et que je cherche.
« — Bien, jeune fille; si c'est là votre fiancé, je veux vous le montrer. Venez, venez; vous êtes au bout de votre voyage. Entrez sous notre toit, à jeune fiancée! et dites-moi, d’où venez-vous ? Sans doute d’une terre étrangère ?
« — Je suis la fille d’un roi; j'ai été élevée dans les grandeurs, et j'ai tout quitté pour celui que j'aime. — Vous retrouverez plus que vous n'avez quitté près de celui d’où les biens proviennent, près de Jésus, votre amour.
« Entrez donc, et suivez mon conseil. Je vous mènerai à Jésus; mais renoncez à toutes les grandeurs j'aïennes, renoncez à la tendresse de votre père, oubliez votre pays de paganisme, car désormais vous devez être chrétienne.
« — Oui, mon père, je me rends à vos avis. Mon amour est ce que j'ai de plus cher, et nul sacrifice ne peut m’effrayer. — Et alors le religieux lui enseigne la vraie foi et la loi de Dieu. Il lui dit la vie de Jésus depuis sa naissance jusqu’à sa mort.
« La jeune fille dévoua son âme à Dieu; elle avait un grand désir de voir Jésus, son bien-aimé, et elle l’attendit longtemps. Mais quand elle fut près de mourir, Jésus lui apparut.
« Il la prit doucement par la main et l'emmena dans son beau royaume. Là, elle est devenue reine, elle goûte toutes les jouissances que son cœur peut désirer, et des milliers d'années passent pour elle comme un jour. »
On pourrait faire remonter très-haut l’origine de ce P 8
chant religieux ; celui que nous venons de citer tel qu’ilexiste aujourd’hui dans divers recueils hollandais", n’est probablement qu'une amplification assez récente d’un chant très-simple et sans doute beaucoup plus court du xv° siècle. Il en est de même d’un grand nombre d’autres pièces, dont il faut reporter au xv* siècle, et quelquefois plus haut l'invention et la composition première. L’original s’est perdu, et nous ne le connaissons que par des imitations disséminées de distance en distance au xvr° ou xvrr° siècle; mais il nous a paru plus convenable de les ramener toutes à léur point de départ; pour les resserrer en un même faisceau.
Après la série des chants religieux vient celle des chants profanes, chants de guerre et d'amour, ro-
1. Lejeune, Neederlandsche Volkszangen.— De Nieuwe Oostindische Roozeboom (Horæ belgicæ).
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mances et ballades. La même naïveté poétique, la même effusion de cœur que l’on admire dans la première, se retrouvent dans celle-ci, mais quelquefois avec plus de chaleur. Les sujets de ces chants sont trèsvariés ; c’est tantôt une tradition populaire qui présente toutes les péripéties du drame comme celle du Comte Floris, tantôt un chant national comme celui de Guillaume de Nassau, tantôt un conte de géant comme dans le Chasseur de la Grèce. Les scènes d'amour surtout reviennent à {out instant, l’amour occupe une grande place dans ces fraîches et chastes imaginations. Elles nous l’ont peint sous toutes les formes, avec la couronne de myrte sur la tête ou la branche de cyprès à la main, avec le sourire sur les lèvres ou les larmes dans les yeux, mais toujours tendre, religieux, dévoué. Ses chants de joie viennent du fond de l’âme, ses mots d'adieu font pleurer. Un chevalier revient d’une contrée lointaine ; il aperçoit la tour d’un chàteau; il se hâte, car il est impatient de revoir sa jeune femme. Il rencontre en chemin un autre chevalier qui lui dit : « Ta femme est infidèle ; tiens, regarde cet anneau que je porte au doigt. Ne le reconnais-tu pas pour le sien? — T1 en as menti! » dit le voyageur, et il tire son épée et le tue. Cependant, quand il a observé l'anneau, il croit aux paroles du chevalier ; il arrive plein de fureur et résolu de se venger. Sa femme vient au-devant de lui, et le salue du regard et de sa voix angélique ; à son doigt, elle porte l'anneau de fiançailles, l’anneau que son mari ne croyait plus revoir, et en la retrouvant avec ce gage de fidélité, il la presse dans ses bras, et se jette à genoux pour remercier le ciel.
Une jeune fille attend son amant qui demeure de l’autre côté du fleuve ; elle allume le flambeau qui doit lui servir de guide. Le flambeau s'éteint. Le jeune homme se met à la nage et se noie. Son amtante va le
chercher avec un pècheur, et, en retrouvant son corps, elle se jette sur lui, l’embrasse et meurt.
C'est quelquefois aussi une idée plutôt qu’un fait, une idée si simple, qu’il est en quelque sorte impossible de l’analyser, comme, par exemple, dans ce chant des Trois jeunes filles :
« Trois jeunes filles s'en allaient ensemble le long d’une forêt. Elles marchaient pieds nus sur la neige et la glace, et il faisait très-froid.
« L'une d'elles pleurait amèrement; les deux autres avaient l'humeur assez joyeuse, et elles lui demandèrent comment allait son amour.
« Pourquoi me faites-vous cette question? dit-elle; trois hommes à cheval ont égorgé celui que j'aimais.
« — Si trois cavaliers ont égorgé celui que tu aimais, il faut choisir un autre amant et vivre avec gaieté comme nous.
« — Comment pourrais-je choisir un autre amant, quand mon cœur est déchiré? Adieu, mon père et ma mère, vous ne me verrez plus.
« Adieu, mon père et ma mère, et toi, ma douce petite sœur; je veux aller sous les verts tilleuls où repose mon bien-aimé. »
Je citerai encore cet autre chant qui paraît être fort ancien :
« Une jeune fille se levait le matin de bonne heure, et s’en allait sous les tilleuls pour attendre son amant, et son amant ne venait pas.
« Un jour, un cavalier s’approche d’elle et lui dit : Mon enfant, que faites-vous ici toute seule? Venez-vous compter ces arbres verts ou cueillir ces fleurs ?
« — Non, je ne viens pas compter ces arbres verts ni cueillir ces fleurs; j'ai perdu mon bien-aimé, et je ne peux en apprendre aucune nouvelle.
« — Si vous ne pouvez en apprendre aucune nouvelle, moi, je peux vous en dire. Il est dans la Zélande, et il aime plusieurs jolies femmes.
« — Si ce que vous dites est vrai, que le ciel répande ses bénédictions sur lui et sur toutes les jolies femmes qui l’entourent.
dm, an Mn DO AD JU Ê Cd OR ml SO D de Se —
ANCIENNE HITTÉRATURE.
« Qu'est-ce que le chevalier tire de dessous son manteau ? Une belle chaîne en or. — Voyez, dit-il, je vous la donnerai si vous ne voulez plus penser à votre amour.
« — Quand cette chaîne d’or serait assez grande pour pouvoir toucher à la fois la terre et le ciel, j'aimerais mieux ne jamais l’avoir que de songer à un autre amour.
« Le chevalier se sentit ému. — Ma douce enfant, dit-il, je veux vous épouser, et je n’aimerai pas une autre femme que vous. »
Le morceau allemand qui répond à celui-ci est peutêtre moins simple, mais il est poétique, plus richement développé, et se termine d’une manière plus complète que le chant hollandais :
« — Je voulais seulement t’éprouver, dit le chevalier ; si tu avais fait entendre un reproche ou une malédiction, à l'instant même je t’aurais quittée. »
Un de nos amis de Hollande, M. Bogaers, l’auteur des deux charmants poëmes, se propose de publier un nouveau recueil de traditions et de chants populaires hollandais. Nous avons vu quelques-unes des pièces qui doivent faire partie de ce recueil, entre autres une légende qui a pour titre : les Pains de pierre. C’est un récit des plus dramatiques et des plus touchants, la description terrible d’une famine à Leyde, la chronique pieuse d’une sainte femme qui se prive du nécessaire pour soulager les misères du pauvre, tandis qu’à côté d’elle sa sœur repousse impitoyablement ceux qui viennent implorer son secours. A la fin, Dieu récompense par des dons abondants la femme charitable, et punit sa sœur cruelle en changeant en pierres les pains qu’elle gardait sordidement chez elle. Ainsi, au xiv', au xv° et au xvi* siècle, le peuple hollandais racontait en vers grossiers encore, mais pleins d’une douce émotion, l'événement qui l'avait frappé ; et pour donner plus de force et de popularité à ses sympathies politiques ou à ses
principes de morale, il encadrait ses idées dans le récit d’un fait dramatique. Mais bientôt le langage étudié et prétentieux des Chambres de rhétorique l'emporta sur ces naïves compositions, et les ballades d'amour et les pieuses légendes, œuvres de sentiment, d'originalité, de candeur, disparurent sous le manteau brodé de la littérature académique.
Je ne connais pas de pays où l’on ait autant mesuré d'hémistiches et façonné de rimes qu’en Hollande ; pauvres et riches, gens de la ville et gens de la campagne, tout le monde rime. Si positif que l’on soit, il faut bien qu'à certaine heure un rayon d’or, un rève, un son harmonieux ramène le cœur vers les vagues régions du monde idéal. La rime est ce son harmonieux qui vibre comme un accord du monde mystérieux des songes au milieu des occupations matérielles des Hollandais. La rime récrée le marchand à son comptoir et l’ouvrier à son labeur. Vous êtes assis le soir dans une honnête taverne d'Amsterdam avec trois ou quatre bons bourgeois de la cité, fumant de vrais cigares de la Havane, comme il convient à des gens qui ont une position recommandable, et faisant de la simple prose, de la prose comme M. Jourdain, quand tout à coup, après le plus pacifique entretien et le plus innocent verre de genièvre, voilà que l'imagination de vos interlocuteurs s'enflamme, que leur langue s’accentue, se scande, et qu’à :a place de cette vülgaire prose, dont vous attendez encnre naïvement les longues phrases, résonnent deux fortes rhines comme deux coups d’archet,
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suivies bientôt de deux autres non moins éclatantes. Vous allez un matin visiter une de ces magnifiques maisons de campagne où les nababs de la finance étalent le luxe de l'Europe et des Indes, et sur la porte d'entrée vous voyez deux rimes solennelles peintes en bleu sur un fond blanc , deux rimes qui vous invitent, comme deux anges de paix, à vous livrer sans arrièrepensée au calme et au bonheur de la vie champêtre. La rime est inscrite aussi sur tous les monuments de pierre et de bronze : la rime mythologique embellit le piédestal de tous ces petits dieux si bien coloriés et si bien lavés qui ornent les allées de jardins; la rime flotte avec le trekschuit sur les canaux ; elle orne l’enseigne des cabarets, la couverture des almanachs, la boutique ambulante des kermesses et la feuille d’annonces du journal. Un ancien voyageur raconte que l'hiver, dans le Nord, toutes les paroles que l’on prononce sont aussitôt gelées, tant il fait froid dans ces lointaines régions que nous avons encore la folie d’aimer. Au retour du printemps, l'air pénètre peu à peu dans cet amas de phrases interrompues, le soleil les dégage de leur enveloppe de givre, les paroles prisonnières reprennent leur essor et tourbillonnent, et résonnent dans l’air avec l'accent de joie ou de douleur qui leur fut donné. Je vous laisse à penser quelle singulière musique ce doit être, quel vacarme de mots et d'idées, de reproches qui n’ont déjà plus de sens, de
promesses faites solennellement à la face du ciel et à
jamais oubliées, de soupirs d'amour exhalés dans l’ombre, entre deux jeunes cœurs, qui viennent indiscrètement frapper l'oreille du passant ! Dé mème en Hollande, quand les saules de la prairie ont revêtu leur feuillige vert, quand le jardinier de Harlem voit poindre hors de leur étroit bourgeon les feuilles riantes de la tulipe, le voyageur entend sur les canaux, sur les grandes routes, au milieu des champs, au sein des
cités, un bourdonnement confus de paroles flottantes et accentuées. Ce sont autant de rimes auxquelles le soleil de mai, le vent frais des beaux jours, donne l’essor et le mouvement, et qui s’en vont de tous côtés chantant l'amour, la liberté et la morale. Alors vraiment plus d’un étranger, surpris par cette musique sonore, a bien pu se dire : La Hollande est l’un des pays les plus poétiques qui existent au monde. Il a pu se le dire encore en voyant dans les magasins des libraires, dans les bibliothèques, tous ces poëmes anciens et modernes dont la Hollande s’honore. On les compte par centaines, par milliers, et nulle part, ils n’ont été publiés avec tant de luxe. Mais la rime, si musicale qu’elle soit, ne constitue pas la poésie, et le poëme le plus élégant, le plus correct, peut bien n'être qu'une œuvre de labeur et de patience dénuée de verve et d'inspiration. Or, tel est souvent le cas en Hollande. La patience est l’une des qualités les plus caractéristiques des habitants de ce pays ; la nature même de leur sol la leur enseigne ; l'entretien de leurs digues, le desséchement de leurs marais, les forcent à la mettre sans cesse en pratique ; l’art dont ils se glorifient, l’art des Gérard Dow, des Mieris, des Berghem, en est la plus gracieuse, la plus idéale expression, et leurs poëmes épiques, leurs bergeries, leurs strophes didactiques, ont pour la plupart le même caractère d'élaboration calme, régulière, soutenue.
L'organisation sociale de la Hollande, la tendance pratique des esprits, tendance qui se manifeste déjà daus les plus anciennes annales de cette contrée, n’étaient pas de nature à donner un grand essor à l’imagination des poëtes. Tandis qu’en France, en Allemagne, les grands seigneurs appelaient la poésie dans leur château, dans leurs tournois, et lui donnaient pour ornement l’écharpe brodée par une main chérie, ou le blason conquis sur un champ de bataille; tandis
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ner rene bnnneemen nos co nenete tente tte ct ne nn ou SL
es que la chevaleresque Espagne chantait sous les oranle gers de Grenade la grandeur des rois maures et le = triomphe du Cid; tandis qu’en Italie Boiardo et Arioste és faisaient revivre dans les merveilleux caprices de leur ai- imagination les riantes et glorieuses traditions du uc moyen âge ; landis qu'en Angleterre, Spencer consales crait dans sa Reine des Fées les dogmes symboliques de pu la chevalerie, et que Shakespeare de sa main gracieuse li- et puissante broyait tour à tour sur sa palette immortelle n- les roses de l'Orient et les sombres couleurs du Nord,
en Hollande, les grands seigneurs succombaient l’un
ils après l'autre dans le désordre des guerres civiles. La S1 féodalité était vaincue par le commerce, la noblesse Je par la bourgeoisie. De bonne heure les villes de Flandre tre et de Hollande s’élèvent et prospèrent par l'habileté de ve leurs calculs et les efforts de leur industrie; et s’il y a le. dans ces villes une corporation qui défend avec in- = trépidité ses privilèges, un Arteweld qui fait trembler ur Louis XI, il n’y a point de Médicis.
ès- | Cependant, comme il faut que la poésie, cette fleur ns du ciel, jette partout ses racines et germe sur les rocs Les sauvages du Nord comme dans les jardins embaumés us de Sacountala, sous l’humble toit de l'ouvrier, comme Les sous les plafonds dorés des châteaux, la poésie éveilla ES, l'attention des bourgeois de Hollande. Ils l’accueillirent on avec une grave bienveillance, comme une ingénieuse distraction qui devait être soumise à certaines règles, ce et qui pouvait avoir ses agréments à certaines heures. rjà | Il se forma de côté et d'autre des sociétés littéraires (Ce qui faisaient profession de se dévouer au culte des a- Muses, de travailler aux progrès de la langue natioe- nale et au perfectionnement de la poésie. Kops, qui ns a écrit une histoire de ces sociétés, fait remonter leur ni origine très-haut. Il y en avait une, dit-il, à Leyde e, avant l’année 1200, une autre à Diest, fondée en même
dis temps que l’Académie des jeux floraux de Toulouse,
la plus ancienne académie de l’Europe. Cependant nous croyons que l'association des confrères de la passion et des clercs de la bazoche a servi de modèle à la plupart de ces sociétes. Elles prirent seulement à tâche de remplacer ce qu’il y avait de trop aventureux dans les œuvres de leurs confrères de France, de trop gai dans leurs allures, par une tenue décente et des lois respectables. La première avait pris le titre de chambre de rhétorique, toutes les autres suivirent son exemple. Ce mot de rhétorique n'était pas une expression abstraite. C'était le nom d’une belle et puissante reine qui avait dans son empire des princes renommés, tels que Démosthène et Ciceron, Homère et Virgile. On n'entrait point au service d’une si grande dame sans quelque préliminaire. À moins d'un mérite extraordinaire, on n’arrivait pas tout d'un coup au premier rang. Il fallait monter de grade en grade, gagner ses priviléges par ses services. Mais aussi quelle magnifique perspective s’ouvrait aux regards des fidèles sujets de leur reine Rhétorique ! D'abord on était trouveur (trouvère), inventeur de nouveaux sujets et de nouveaux mots. De là on arrivait au grade de doyen qui exerçait déjà une sorte d'autorité magistrale sur les jeunes disciples des Muses. Puis on était promu à l'emploi de facteur, et chargé par là de composer les pièces officielles pour les solennités, de préparer les programmes des fêtes et des grandes réunions. De cette imposante dignité au titre de prince, il n’y avait qu'un pas. Pour une ode, pour une ballade rimée, on se trouvait un beau matin placé par la société au même rang que Démosthène et Virgile, ce qui ne laissait pas que d’être fort honorable; et en faisant encore un effort, on avait la chance d’être proclamé empereur, c’est-à-dire quelque chose de plus élevé que dame Rhétoriqué elle-même. L'histoire ne dit point combien d’heureux poëtes hollandais sont ar-
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