Russia and its peuple, 1 vol. in
de M. le M. de Gurowski, qui a condensé en un volume les mte Gu- notions les plus précises et les plus nettes sur le gouvernement et sur les diverses classes de la nation russe, | roman. affecte, au contraire, dans son appréciation, de l'état de eur, par choses actuel, dans ses idées d’avenir, dans les concluqui con- sions de son travail, un très-vif libéralisme. Maïs il est int avec Russe de cœur, et malgré lui, ou à son insu, il est aillantes aisé de reconnaître dans son livre écrit en Angleterre caracté- une sorte de conflit presque permanent entre ses seniin Tour- timents innés et ses théories libérales. s Tour- Quoi qu’il en soit, les livres que nous venons de menncolique tionner nous donnent les plus lucides aperçus sur l’état Russie et du peuple russe ; notamment sur le servage, cette grande
à Cathe-
question si peu comprise, ou si mal comprise, par la plupart de ceux qui en parlent avec le plus d'assurance.
aturelle, Nul écrivain pourtant ne nous dit à quelle époque > vue de remonte le servage des paysans russes, et quel docudiciaire, ment historique en constate la primitive origine. > dont il Nous voulons indiquer les principaux événements par olumes, suite desquels il à peut-être été graduellement établi, effet de et essaver ensuite d'exposer la situation du paysan cprises russe, telle qu’elle est réellement, en dégageant la ent sur question des erreurs et des préjugés, qui aux yeux d’un pices du grand nombre de personnes, d’ailleurs éclairées, la [quefois faussent ou l’obscurcissent.
u reste, On a souvent comparé le servage des Russes à l’esclavec son vage des nègres en Amérique. Il y a pourtant entre ces sous le deux classes d’opprimés une immense différence. Le hospi- serf russe n'est point la propriété du gentilhomme kssaire- russe, comme le nègre du colon américain. Il apparvations tient au sol plus qu'au propriétaire de ce sol; on ne c auto- peut le vendre sans la terre où il à construit sa de-
meure, On ne peut le séparer de sa famille. Le serf n’est point, comme le nègre, d’une race étrangère, dont rien n’efface les stigmates. Il est de la mème souche, il est né sous le même ciel, il professe le mème culte et
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parle la même langue que ses maîtres. Le serf non affranchi peut se créer par son industrie une fortune | considérable, et en jouir très-librement. Le nègre non L: affranchi ne s'élève pas au-dessus de l’état de manœuvre F et de domesticité. Le serf affranchi peut occuper une à. place honorable dans les rangs de la bourgeoisie, etses (4 enfants peuvent un jour acquérir par leurs services la À noblesse personnelle ou héréditaire. Le nègre affranchi 4 reste impitoyablement relégué, refoulé jusqu’au der- : nier degré de l'échelon social dans ces philanthropiques | cités des États-Unis, qui demandent si ardemment et si pieusement l'abolition de l'esclavage.
Au point de vue matériel, il ne nous est pas possible
de nous apitoyer sur le sort des esclaves et des serfs, ù
comme une quantité de personnes sensibles, attendries à
par les lectures de l’histoire de l’Oncle Tom, ou par É.
quelque lamentable description des iyrannies du tzar. : , Nous avons vu les nègres aux Antilles et dans la Loui-
siane ; les serfs dans l’intérieur de la Russie. Nous avons pris à tâche d'observer leur véritable situation; s'ils n'ont pas le bonheur que toute âme honnête leur souhaïte par un juste principe d'humanité et de christianisme, nous sommes convaincus que leur existence est | infiniment moins malheureuse que celle d'une foule de paûvres paysans et d'ouvriers des manufactures de France et d'Angleterre, qui pour vivre misérablement doivent travailler plus que les nègres et les serfs, qui | par leur indépendance restent dans l'abandon, et qui | en réalité n’ont souvent qu’une liberté, la liberté de mourir de faim. | Mais il se peut que les paysans russes soient plus |
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douloureusement atfectés de leur servitude que les nèores de leur esclavage, s'ils se demandent pourquoi avec leur nom évangélique de Krestianin (chrétiens ?),
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leur origine slave, ils n’ont pas les mêmes droits que leurs maîtres, et pourquoi ils sont courbés sous cette rude loi du servage que leurs ancêtres ne connaissaient pas.
L'histoire nous montre en effet que parmi les différentes races qui dans les premiers siècles de l’ère chrétienne envahirent successivement les régions de l'Europe, la race slave se distinguait-par son caractère de mansuétude, son esprit d'égalité, et son‘organisation démocratique. Les diverses tribus de cette nation innombrable qui se répandirent à l’est et à l’ouest, au sud et au nord, sur les rives de l’Adriatique, de la Baltique et de la mer Noire, n'avaient que des chefs électifs, et ne condamnuient à la servitude que leurs prisonniers de guerre.
Chaque tribu se divisait en plusieurs communautés ; chaque homme de la communauté, à la fois agriculteur et soldat, batelier ou marchand, prenait les armes si l'ennemi le menaçait d’uneinvasion, choisissait avec ses compagnons le capitaine qui inspirait le plus de confiance, puis, la guerre finie, retournait paisiblement à ses travaux. Nulle aristocratie ne s'élevait audessus de la classe agricole; nul seigneur ne pouvait imposer au paysan une corvée arbitraire : Ni maîtres ni esclaves (Hvarken Herr, eller slave). Ge mâle axiome suédois, toutes les tribus de la grande nationalité slave pouvaient se l'appliquer. En Poméranie, ce régime démocratique subsista jusqu’à la conquête de cette province par les Germains. En Bohème, et en Pologne, des marchands et des artisans furent promus par la yoix du peuple à la plus haute dignité de l'Etat. En
ussie, deux grandes villes, Novogorod et Pskoff, conservèrent jusqu’au xv° siècle leurs institutions républicaines.
Dans cette contrée, nous voyons cependant apparaître au x° siècle une caste privilégiée, une noblesse,
qui donnait aux princes des gardes : Aniesi Mouji (hommes du prince) et des conseillers qui portèrent le titre de boyards. Cette caste, peu nombreuse d’abord, s’accrut de génération en génération, s'enrichit et se fortifia par la libéralité des Knieses qui l’attachaient à leur service. Les domaines qui plus tard ont formé le noyau de l'empire russe étaient alors divisés en plusieurs petites principautés dont les chefs restaient soumis, sinon de fait, au moins nominalement au Grand Knies, ou Grand-Duc résidant à Kieff,
Au-dessous de l'oligarchie des boyards, s'élève à cette même époque la classe des genslibres (Svobodni Lioudi) divisée en deux catégories : les habitants des villes (Gorodnii Lioudi) et ceux des campagnes (Celskii Lioudi).
Les premiers, qui s’organisèrent très-promptement en confréries de marchands et d'ouvriers, n'avaient individuellement aucune prérogative. Mais réunis en corporalions, ils résistaient avec fermeté aux empiétements des boyards, et plus d’une fois, en voyant celte énergique bourgeoisie se rassembler aux sons de la cloche de la cité, les nobles et les princes eux-mêmes furent obligés de reconnaître qu’il y avait là un autre pouvoir que le leur,
Les habitants des campagnes n'avaient pas à beaucoup près une position aussi avantageuse. Libres encore personnellement, ils n'étaient déjà plus les propriétaires du sol. Dès l’année 1177, les boyards s’intitulent : Seigneurs des villages. Le sol appartenait à la noblesse, aux princes, au clergé. Le paysan n’en était que le fermier, et primitivement devait donner à ses maîtres la moitié de ses récoltes. Mais quoique son labeur fût d’une si grande utilité, déjà un dédain marqué s’attachait à sa personne, et les lois du temps, expression de l'opinion publique, nous en donnent une preuve notable, La vie d’un Krestianin n’était pas
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évaluée à un plus haut prix que celle d’un esclave. Pour le meurtre de l'un ou de l’autre, l'assassin payait également cinq grivnas d'argentt, tandis que pour la mort d’un citoyen il fallait en payer quarante, et pour celle d’un gentilhomme quatre-vingts.
Cependant le paysan n’était pas encore attaché à Ja glèbe; il pouvait changer de domicile à volonté. Ceux-là seuls d'abord étaient esclaves qui avaient été faits prisonniers dans un combat. Mais par suite de diverses ordonnances juridiques, et de diverses circonstances, des Russes furent adjoints à cette caste d'origine étrangère. Ainsi, un Russe qui épousait une femme esclave tombait par là même au rang d'esclave, et ses enfants avaient le même sort.
Le nombre des esclaves s’accrut encore par l'abus des engagements volontaires, Souvent, par exemple, la noblesse prenait à son service des paysans, soit pour un temps limité, soit pour toute la vie. Dans le premier cas, ces paysans étaient désignés par l’épithète de Naimilti (gens à gages), mais dans le second, par celle de Zakupni (achetés). Parfois aussi, un débiteur prenait un engagement de même nature pour acquitter sa dette, L'accord entre les deux parties devait être fait dans la forme légale et devant des témoins, Quoique les Zakupni enchaînassent leur indépendance jusqu’au dernier jour de leur existence, il y avait cependant encore entre eux et l’esclave une grande différence, Leurs enfants restaient libres, et si leur maître leur infligeait un traitement immérité, ils avaient le droit de le citer devant les tribunaux. Mais si, par ignorance ou par indifférence, ils n’avaient pas eu soin de stipuler les con-
1. Le grivennik est encore une monnaie russe, mais il ne représepte plus que la dixième partie du rouble (environ 40 cent.). L'ancien grivna était un morceau d'argent, de l'épaisseur du doigt, de trois pouces de longueur. Il pesait une livre et se divisait en quatre parties dont chacune, estampée séparément, valait un rouble.
ditions précises de leur engagement, et la nature de leur servitude, ils passaient à l’état d'esclaves, ils devenaient la propriété de leur maître, qui pouvait les échanger ou les vendre, à son gré, les maltraiter et même les tuer comme des bêtes de somme.
En vertu des lois existant à cette époque, le débiteur insolvable pouvait tomber dans la servitude absolue. Ses créanciers avaient le droit de l’employer entièrement à leur service, et le droit de le vendre; seulement ils ne pouvaient disposer de sa vie, ni porter atteinte à la liberté de ses enfants.
Ivan IV, Ivan le Grosnoi, le terrible, qui dans le cours de son règne sanglant montra de la pitié pour les souffrances du peuple, Ivan trouvait la loi que nous venons de mentionner trop rigoureuse, et l’on n’imaginerait jamais le procédé qu’il inventa pour en prévenir les rigueurs. Par ses ordres, le débiteur, avant d’être livré comme un esclave à ses créanciers, était mis en prison, et de temps à autre conduit au dehors par un sergent qui lui administrait en public une vigoureuse bastonnade sur les pieds et les mains. On espérait par là attendrir le cœur de ses amis et de ses parents, et les déterminer à l’affranchir. La durée de cette épreuve était proportionnée à l'importance de la dette. Pour une dette de cent roubles, le paysan libre était exposé pendant un mois à ce honteux traitement. Mais souvent nulle main compatissante ne lui venait en aide, et le malheureux débiteur, après avoir été emprisonné et fustigé, tombait au pouvoir de son impitoyable créancier.
La caste des esclaves s’accrut encore par les hostilités qui éclataient fréquemment entre les petits princes russes, par les invasions des Lithuaniens, des Tschuds , des Polovtis, et enfin par l’asservisse:neñt de la Russie à la verge de fer des Mongols. Les pauvres gens des campagnes, ruinés par tous ces désastres,
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leur servage un moyen d'existence, et vendaient leurs enfants. La loi leur permettait de les vendre à l’âge de quinze ans.
Cependant, l'institution du servage n’était point encore complétement établie. Vers la fin du xrv° siècle les paysans cultivaient encore le sol à titre de fermiers, consérvaient le droit de passer d’un domaine dans un autre, et usaient largement de cette faculté de locomotion. Celui qui n’a qu'un léger bagage se déplace sans peine ; celui qui souffre au lieu où il demeure, se figure aisément qu'il souffrira moins ailleurs.
Mais par suite de ces perpétuelles migrations, les terres étaient souvent fort mal cultivées, et parfois entièrement abandonnées. Les nobles ne pouvaient se résigner au maintien d'un privilége qui leur enlevait une part considérable dans leurs revenus. Leur intérèt était de le supprimer, et la situation du pays favorisait leur cupidité.
Quelques faits historiques expliqueront cette situation.
L’aventureux Rurik, le fondateur de la monarchie russe, avait partagé avec ses deux frères la contrée que la ville de Novogorod lappelait à défendre et dont ils s'emparèrent. Ce principe de division de territoire qui pendant si longtemps a été dans les autres souverainelés de l’Europe la cause de tant de funestes rivalités et de tant de guerres déplorables, subsista en Russie pendant plus de six siècles, jusqu’au règne d'Ivan le Grand. En l'an 1015, Vladimir, qui avait réuni sous son sceptre les domaines de ses frères et les avait agrandis par ses conquêtes, partagea ses États entre ses douze fils. Par des partages subséquents et des subdivisions de même nature, le nombre des principautés s’accrut d'âge en âge. Au x siècle, on n'en comptait pas moins de cinquante, Toutes devaient, comme nous l’a-
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