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vons déjà dit, reconnaître la suprématie du chef de la famille, de l'héritier direct des Rurik, du souverain qui depuis le miieu du x° siècle résidait à Kicff, et qu'on appelait le grand prince ({ Veliki Knies)'. Mais ces fiers vassaux, ces hauts barons de Russie, tendaient perpttuellement à s'affranchir de leur état de subordination et à se constituer une souverainelé indépendante. Comme les boyards les secondaient dans leurs tentatives, ils étaient par réciprocité très-disposés à augenter la fortune des boyards. De cet accord entre l'ambition des princes et l'avidité de leurs conseillers, résultèrent les édits qui d’abord appauvrissaient les paysans en leur imposant de plus nombreuses corvées, qui ensuite restreignaient de plus en plus leur faculté de déplacement, et qui enfin leur enlevaient cette dernière liberté.
Quelques communautés villageoises échappaient peut-être encore à ses mesures rigoureuses. Mais en 1388, tous les paysans étaient attachés à la glèbe. Il est probable que cette loi générale fut le résultat d’une nouvelle exaction du Khan des Mongols qui tenait alors la Russie sous sa domination, de Bereke, successeur du fameux Batou Khan. Les présents, ou pour mieux dire, les tributs que les Russes devaient remettre annuellement comme un témoignage de leur soumission ne lui suffisant plus, il les remplaça en 1257 par une taxe régulière que chaque individu était condamné à payer. Cette capitation ne lui donnait pas en totalité un revenu plus considérable que celui qui lui était alloué précédemment, mais elle était perçue par ses propres agents, ct elle souleva de nombreuses révoltes parmi les gens des campagnes, qui payaient sans difficulté leurs tributs entre les mains des fonctionnaires
1. C'est seulement vers la fin du x11° siècle que Moscou est devenu la capitale des Grands-Ducs. |
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Ivan le Grand brisa le joug barbare qui pesait depuis deux siècles et demi sur les Russes, asservit à son pouvoir les diverses principautés de la monarchie, et constitua l'unité de gouvernement, l'autorité suprême, le Tzarisme, qui n'avait pas existé avant lui, Ni lui, ni son fils Vassili ne s’occupèrent du sort des paysans. Son petit-fils Ivan IV fut le premier qui leur témoigna enfin quelque compassion; il est triste de reconnaître que lorsque sa pensée se tourna de leur côté, ce n’était point par une généreuse sympathie pour leurs souffrances, mais par l'effet d’une violente animosité envers une autre classe de ses sujets.
Ivan avait à peine sept ans lorsqu'il hérita du trône, sous la régence de sa mère Hélène Glinka. C'était une femme ambitieuse, cruelle, vindicative, qui prit d’une main vigoureuse les rênes du gouvernement et régna fièrement malgré l’hostilité des boyards. Mais quelques années après, clle mourut empoisonnée, Ivan avait une tendre affection pour elle et pour son favori Telennef, qui était comme elle abhorré des boyards. Telennef fut jeté en prison et y mourut de faim. Il ne restait plus au jeune prince qu’une amie fidèle, sa gouvernante Agrippine Tchesladnin, cousine de Telennef. Elle lui fut enlevée. Les principaux boyards, ayant à leur tête les Schuisky, s’emparèrent du gouvernement et firent souffrir au fils de leur Tzar tant d’injures et , d'humiliations que dans son âne se développa le germe d’une haine ardente et d’un implacable désir de ven-
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geance. Ses oppresseurs, remarquant ces dispositions hostiles et en redoutant les conséquences, essayèrent de l’apaiser en favorisant ses plus mauvais penchants, et de l’affaiblir en le pervertissant, Toute son éducation fut dirigée dans ce but ignominieux, ses compaynons de jeux furent choisis parmi les jeunes gens de son àge les plus grossiers, et ses récréations disposées de façon à corrompre en lui tout sentiment de dignité et de morale, Quand il maltraitait ses chiens, mutilait ses chevaux, ou commettait quelque autre froide cruauté, les boyards disaient : Laissez le Tzar se divertir; tandis qu’il s'amuse, nous régnons.
Tout à coup Ivan, à l’aide de ses oncles maternels, rompit les liens de sa honteuse sujétion, et quoiqu'il | ne füt pas encore arrivé à sa majorité, se déclara souverain de la Russie; la sauvage énergie avec laquelle il s'empara du pouvoir terrassa ceux qui auraient E voulu se révolter contre lui. Il commença son règne par instituer une cour de justice qui condamna au dernier supplice plusieurs des arrogants seigneurs qui l'avaient outragé dans son enfance, et entre autres, André Schuisky. Tous les actes d’oprression et d’exaction dont les nobles s'étaient rendus coupables envers les bourgeois et les paysans furent sévèrement recherchés et impitoyablement punis. Mais ce n’était pas tant pour accomplir un acte de justice qu’il poursuivait cette mesure de répression que pour satisfaire ses intérêts cruels. Le moindre soupçon suffisait pour éveiller dans son esprit un désir de persécution et de châtiment, et s’il se croyait personnellement insulté, sa fureur ne connaissait plus aucune borne.
Cependant le peuple n'avait point à souffrir de ses emportements. Tout au contraire, il se montrait affable envers les pauvres gens. L'âge, au lieu de tempétrer ses sentiments de défiance et de haine envers la noblesse ne fit que l’accroitre. Ses prédécesseurs n'avaient
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La condition mentale de ce prince, surnommé à juste litre le Terrible, est une sorte d’énigme psychologique. Les phases de férocité, de persécutions sanguinaires, d'égorgements et de massacres qui pendant tout le cours de son règne éclataient brusquement après des jours de sage administration ne peuvent être expliqués que par une aliénation d'esprit. Dans ces heures de crise, ce n'était plus un homme, c'était une sorte de bète fauve. Il ne pouvait se rassasier de carnage, et l’abjecte soumission de tous ceux qui l’entouraient lui persuadait sans doute qu’en accomplissant ces exécutions barbares, il usait légalement de ses droits, car en temps de guerre, il ne se montra pas cruel envers ceux qui lui résistaient. Les nobles irritaient surtout sa furie, mais ils ne furent pas ses seules victimes. Dans un de ses paroxysmes de rage, il se précipita sur son fils et l’assomma d’un coup de canne. Il était perpétuellement tourmenté par l'idée que ses sujets tendaient à s’allier aux Polonais. Les citoyens de Novogorod lui ayant, à cet égard, inspiré une plus vive défiance que d’autres, il les fit massacrer par milliers, et la population rurale des environs de la ville fut également torturée, décimée.
Cependant le sauvage Ivan peut être considéré comme un des bienfaiteurs des paysans, car il essaya de les soustraire à la loi qui depuis deux siècles leur avait ravi leur dernier privilége. Il promulgua un ukase en vertu duquel les paysans mécontents de leur situation pouvaient, à une époque déterminée de l’année, se retirer dans un autre village, ou dans une autre province, à la condition seulement de payer avant de
partir une certaine redevance à leurs maitres, Il essaya aussi de diminuer le nombre des contrats de servitude et des ventes d'enfants en astreignant ces ventes et ces contrats à des formalités qui les rendaient plus dufficiles. Entin il décida que la captivité du prisonnier de guerre cesserait de droit à la mort de son maitre.
Le peuple russe a conservé la mémoire de ce souverain qui lui fut favorable, Ivan le Terrible est le héros d’une quantité de ballades populaires qui le réprésentent comme le père de ses sujets et racontent en termes enthousiastes ses hauts faits d'armes, sa conquète de Kasan. L'histoire relate ses crimes : la poésie n'a transmis à la postérité que le souvenir de ses œuvres de commisération et de ses expéditions glorieuses.
Mais les lois que ce prince avait faites en faveur des paysans, mécontentaient la noblesse, et sous le règne du débile Feodor, qui était complétement soumis à l'influence de l’astucieux et ambitieux Boris Godounoff, ces lois furent révoquées, et remplacées par des écrits plus cruels que ceux qui existaient avant l’avénement au trône de Ivan. Par l’un de ces édits, le paysan libre qui restait six mois au service d’un noble, devenait par là même son serf insqu'à la fin de sa vie. Par un autre, le débiteur était livré à son créancier comtmne une propriété avec sa femme et ses enfants. Non content d'avoir donné cette satisfaction à la noblesse, dont il cherchait à capter les suffrages, Boris fit faire en 1597 un recensement de tous les paysans, et il leur fut enjoint de rester au lieu même où ils se trouvaient lorsqu'ils furent inscrils dans les registres du recensement, qu'il décora du nom de Livres fondamentaux.
Mais cette fois, il outre-passa son but. Les principaux propriétaires furent très-mécontents de cette me-
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Quelques années après, sous le règne du faux Démétrius, elle leur était de nouveau enlevée, puis restiluée, puis enfin Michel Romanoff la supprima. De plus, il publia un édit en vertu duquel chaque noble avait le droit de rechercher jusqu'à la distance de neuf années les serfs qui auraient déserté son domaine, et d’en reprendre possession.
Dès cette époque, jusqu’au commencement de ce siècle, les paysans ont porté patiemment le joug que leurs pères avaient porté. Mais, par la généreuse initiative d'Alexandre, par ses décrets d’émancipation et par ceux de son frère Nicolas, par d’autres mesures bienfaisantes de ces deux intelligents souverains, le peuple russe est entré dans une nouvelle ère. Déjà plus de la moitié des serfs est affranchie, et les autres ne sont plus, comme autrefois, livrés sans défense à une autorité arbitraire.
Nous essayerons de montrer quelle est la situation actuelle de ce peuple, si longtemps opprimé par les lois, terrassé par ses maîtres.
On compte en Russie quarante-cinq millions de paysans, qui se divisent en plusieurs catégories :
1° La libre population rurale;
2° Les paysans de la couronne ;
3° Les sertfs. |
La première classe se compose des agriculteurs
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