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lier de licues, et restent près d’une année en route avant d’être embarquées pour l'Angleterre’. Les cargaisons de pelleteries sont divisées par ballots trèsfortement serrés, de 84 à 90 livres ; au centre sont les fines peaux de rats musqués, de martres, de loutres ; en dehors, les peaux d'ours, de loups et de rennes. Tous les ballots, faconnés dans les mêmes formes et à peu près dans les mêmes dimensions, sont liés avec des courroies que parfois les pauvres porteurs de ces denrées de luxe dévorent dans leur détresse pour y chercher, d’une dent vorace, un dernier reste de suc gélatinceux.
Souvent, en effet, les malheureux habitants de cette terre désolée ont à subir les tortures de la faim , et si l'approvisionnement que la compagnie de la baie d'Hudson fournit à ses employés vient, par quelque accident, à manquer, ceux qui occupent les postes des districts septentrionaux sont exposés à la même famine. In’y a là ni moissons, ni fruits, ni culture, pas d’autres ressources que la pèche et la chasse. En hiver, les oiseaux émigrent, les daims, les rennes se tiennent tapis dans les profondeurs des bois, et les poissons sont enfouis sous une épaisse couche de glace.
M. Hearne, qui, en 1762, le premier atteignit par ces cffroyables régions la rivière de Coppermine, à fait
1. En 1789, M. Mackenzie, à qui nos devons un curieux travail sur le commerce des pelleteries, établissait par le calcul suivant la durée d’un échange régulier de marchandises entre Londres et les tribus indiennes de l'Amérique du Nord.
Les demandes de denrées anglaises sont expédiées de Montréal le 25 octobre 17%;
Elles sont embarquées à Londres au mois de mars 1797 ; | : Arrivées à Montréal en juin 1797,
Elles n’en partent qu’au mois de mai 1798;
Elles arrivent aux Indiens en échange des produits de l'hiver 1799;
Ces produits arrivent à Montréal en septembre 1799;
Hs sont rendus à Londres au printemps de 1800.
(4 generale history of the fur trade, p. 22.)
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route | un touchant récit des misères qu'il endura. Plus d’une S Car- fois, il passa plusieurs jours de suite sans manger, et très- | il en vint à se réjouir quand il trouvait quelques ossent les ments desséchés d'animaux qu’il faisait bouillir. Et utres ; | Franklin, l’intrépide, l’indomptable Franklin, que n’annes. t-il pas souffert dans sa première expédition, quand 3 et à des côtes de l'Océan arctique il revenait chercher pour s avec l'hiver un refuge dans l’intérieur de l'Amérique. Après le ces | des semaines d’angoisses, pendant lesquelles il avait our y | jour par jour supporté le martyre de la faim et du le suc froid, il atteignit enfin un poste où il espérait trouver un asile, un foyer, un remède à ses douleurs, et ce cette poste était désert, et il n’y restait que quelques peaux , et si | de rennes, quelques feuilles de parchemin collées en baie guise de vitres aux fenêtres, qu’il détachait d’une main elque | débile et faisait griller pour pouvoir, en les mâchant, es des | en extraire encore quelque suc. Plusieurs de ses commine. | pagnons s'étaient séparés de lui; d’autres étaient tres | morts, de froid et d’inanition, ct lui en était réduit à cs oi- | un tel état de faiblesse, qu'il ne pouvait pas mème at ta- | aller à quelques pas de sa hutte prendre du bois. Il s sont Î s’affaissait de plus en plus, il allait mourir ainsi quand | un groupe d’Indiens lui apporta un secours providen-
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à fait Ë Dans de tels désastres, les Indiens en viennent aisément à des cruautés de cannibales et finissent par faire travail très-gaiement des repas de chair humaine. M, Hooper fie dit qu’il a rencontré près du lac de l’Ours un homme qui, en 1826, avait été employé par Franklin, et qui dans pntréal le cours de son existence avait dévoré une douzaine de
personnes, en commençant par celles qui étaient le plus près de lui, c’est-à-dire par sa femme et ses enfants. Il ne lui restait plus qu'un fils qu'il paraissait ai- F1993 mer beaucoup et que probablement il ne pourrait se décider à manger qu’à la dernière extrémité. Un autre Indien, nommé Geero, qui demeurait près du fort
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Simpson, avait pris un tel goût à ces festins d’anthropophage, que le plus beau quartier de daim lui semblait fade à côté d’une côtelette de chair humaine. Comme il connaissait sa faiblesse gastronomique, il évitait autant que possible les trop vives tentations, ainsi qu’un ivrogne qui essaye de vaincre son penchant évite l'enseigne du cabaret. M. Hooper lui ayant demandé s’il voudrait l'accompagner dans une excursion de quelques jonrs à travers les bois, l’Indien s’y refusa; et comme M. Hooper insistait, l'honnête Geero finit par avouer à l’inteprète que lorsqu'il serait seul loin du fort avec ce blanc visage, il n’était pas sûr de pouvoir résister au désir de tâter d’une si attrayante friandise.
Les belles ladys dont le luxe enrichit la compagnie de la baie d'Hudson, savent-elles ce qu’il en a coûté de fatigues et de privations à des centaines de chasseurs, de bateliers, pour satisfaire à une de ces élégantes fantaisies ? Et lorsqu'elles sortent joyeusement d’un bal en jetant une palatine de martre sur leurs épaules, savent-elles que pour enlever aux forêts lointaines cette soyeuse fourrure, plus difficile à conquérir que la peau du lion de Némée, des hommes sont morts de faim ou peut-être ont été massacrés par les Indiens ?
C'est sur ce sol implacable où tant de voyageurs ont en vain exhalé leurs lamentations, que les équipages anglais s’'avancent lentement, c’est vers un des ports septentrionaux qu'ils se dirigent. Arrivés au fort Mackensie, le peu de provisions qui leur restait et le peu de ressources que leur offrait cette station les obligea à se séparer. M. Pullen continue sa marche jusqu’au fort Good-Hope, et M. Hooper va s'installer au fort Norman. Là il trouve d’abord une quantité suffisante de comestibles; pas de pain, ni de farine, mais des quarticrs d'ours, de castor et du poisson. Cependant l'hiver es long, la chair d'ours ne peut se renouveler comme
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dans les banquets mythologiques des Scandinaves, aux tables éternelles du Valhalla. M. Hooper se décide encore à une nouvelle migration, et s'en va camper près du lac du Grand-Ours. Des familles d’Indiens l’aident à construire une cabane. Les femmes transportent elles-mêmes sur leurs épaules les matériaux nécessaires à cet édifice. Les femmes sont là soumises au plus complet esclavage. L'homme ne s'inquiète pas de leur toucher le cœur par de douces paroles. L'homme dispute à coups de poings à un rival la jeune fille qu’il veut posséder, et le plus fort est celui qui lui plaît le plus. « Tu n'as pu réussir dans ton projet, disait un individu à M. Hearne, après sa première tentative pour ateindre la rivière de la Mine-de-Cuivre, parce que tu n'avais pas avec toi assez de femmes. Ce sont les femmes qui se chargent des plus lourds fardeaux, dressent les tentes et mangent peu. » En effet, M. Hearne, à sa seconde expédition, prit avec lui plusieurs femmes et atteignit son but.
Au lac du Grand-Ours, il faut que M. Hooper et ses compagnons s’habituent à un autre régime. Il n'ya point d'oiseaux dans les airs, point d'animaux visibles dans les bois. Les Indiens creusent des trous dans les glaces, y placent leurs filets et en retirent du poisson. « Le poisson, dit gaiement M. Hooper, est devenu notre unique aliment. Il n’y a pour nous de variété que dans la manière de le préparer. Ainsi nous avons du poisson bouilli et frit, du poisson sec, du poisson fumé, du poisson salé, de la soupe de poisson, des gâteaux de poisson, et toujours du poisson. Notre plus précieuse richesse se composait de deux livres de thé et de douze livres de sucre que nous réservions soigneusement pour les dimanches. Notre perpétuelle alimentation de poisson, uniquement arrosée d’eau froide, affaibli bientôt nos organes digestifs et produisit en nous un désordre que nous ne réussimes à corriger qu'en pre-