COMMENT LES COMPTES SE REGLENT COMMENT ON DÉFEND SON ARGENT
Un compte de six cents millions réglé en quinze minutes. — Pour une erreur d'addition. — 25,000 coffres-forts. — Unecave qui ne s'ouvre pas facilement. — En cas d'émeute. — La vapeur bouillante. — Employés détectives. — Les lingots. — Les machii:es brevetées. — Les coffres-forts de M. Georges Gould et de Pierpont-Morgan.
Le Clearing House.
On m'a assuré que cette institution financière ne fonctionnait qu'à New- York, et son organisation m'a paru à la fois tellement simple et tellement extraordinaire queje ne peux m'empêcher de vous l'expliquer en quelques mots.
Le Clearing House estune institution privée — c'està-dire existant sans charte de l'État — dirigée par les banques de New-York pour faciliter leurs transactions. On y fait sans peine, en quinze ininiUeSj ce qui prendrait autrement quatre ou cinq jours!
COMMEiNT ON DÉFEND SES CAPITAUX 181
Toujours la même préoccupation, admirablement, rationnelle, d'économiser du temps et de simplifier reiïort humain.
On sait que les chèques tirés sur une banque sont souvent payés par d'autres banques avant de parvenir à celle sur laquelle ils ont été tirés. Pour régler leurs comptes enlre elles, ces banques sont donc tenues, soit à des correspondances, soit à des courses que nécessite le remboursement de l'argent ainsi avancé. A New-York plus que partout ailleurs, il se l'ait un échange quotidien énorme de chèques, car il est d'usage courant de payer tout avec des chèques, jusqu'à ses notes de restaurant. C'est pour faciliter cette comptabilité colossale et éviter la perte de temps qui résulterait du règlement de banque à banque qu'a été créé le Clearing House, c'est-à-dire la Chambre des compensations.
Dans Wall Street — ^^si je ne me trompe, — une salle éclairéeparenhaut,meubléed'unesoixantainedepetits pupitres derrière lesquels se tiennent les employés des soixante banques comprises dans l'association. Les employés arrivent un peu avant dix heures du matin. Chaque banque a deux employés présents : l'un assis derrière son pupitre, l'autre debout, muni des chèques payés la veille par sa banque pour le compte d'autres banques. L'employé assis est là pour recevoir, des banques qui les ont payés, les chèques tirés sur sa banque.
A dix heures précises, le président, qui se tient derrière une espèce de haut balcon d'où il domine toute la salle, annonce l'ouverture du Clearing Uouse. Les employés des différentes banques, attendant debout, en ligne, porteurs de liasses de clièques,
défilent alors tour à tour devant chacun des pupitres et y font la livraison des chèques dont je viens déparier. Chaque liasse de chèques est accompagnée d'un relevé donnant la somme totale qu'ils représentent. Au fur et à mesure que ces liasses sont remises à l'employé assis, il les met de côté et en porte le total sur une feuille qu'il a devant lui. Quand toutes les livraisons sont faites, il additionne les sommes qu'il a inscrites et obtient ainsi le total des chèques tirés sur sa banque et qui ont été payés la veille par les autres banques de la cité.
Chaque banque connaissant ainsi le total des sommes payées pour elle la veille, par les autres banques, et ayant remis à celles-ci le chiffre des chèques payés par elle pour leur compte, se trouve devant sa situation exacte de débit et de crédit. Elle sait, ou bien qu'elle doit un million de dollars, par exemple, ou bien qu'on lui doit un million de dollars. Or, selon les règlements de l'institution de New- York, chaque banque débitrice doit verser à la caisse du Clearing House, avant une heure et quart, le jour même, le million de dollars représentant l'excédent payé pour son compte par les autres banques de l'Association, faute de quoi elle sera aussitôt déclarée en faillite.
Les relevés de chaque banque sont soumis au clerc du Clearing House qui fait lui-même un relevé de leurs comptes respectifs. Ces comptes doivent nécessairement se balancer, et ainsi, sans que la moindre petite erreur soit possible, on a réglé, en quinze ou vingt minutes, des transactions financières représentant des sommes immenses.
Peut-on rien rêver de plus simple que ce système et de plus magiquement appliqué?