‹ En Amerique (volume 2)Chapitre 9 sur 15 · UN DRAME DE M-" CLARENCE MACKAY · texte numérisé non relu

UN DRAME DE M-" CLARENCE MACKAY

Où tu demeureras, je demeurerai.

Ton peuple sera mon peuple

Et ton Dieu, mou Dieu.

Où tu mourras, je mourrai,

Et là, je serai enterrée.

Le Seigneur fera cela pour moi

Et [Àds encore

Si la mort seule me sépare de toi.

Gomme elle arrive aux vers « Et ton Dieu mon Dieu B, les rideaux de la grosse porte sont tirés lentement par Théophile qui écoute sur le seuil :

— Viens à moi bientôt, apporte-moi de nouveau tes yeux clairs, les mains vigoureuses, ton cœur tendre. Viens, mon amour I

Théophile parlant de la porte, dit :

— Je suis ici.

Les deux amants reprennent leur discussion sur la nature de l'amaur. Mais il y a quelque chose de changé dans i'àrae de Théophile, et Gabrielle le sent :

— Quelque chose que j'aimais en vous a disparu, et une étrange ligne barre votre front... Avez-vous trouvé la philosophie en perdant l'amour?

— Je n'ai rien perdu.

— Avez-voui trouvé le bonheur?

— Le seul réel bonheur de la vie nous vient des joies intellectuelles.

Théophile est devenu l'apôtre de Tidéal mystique et platonique.

222 DE NEW-YOR[v A LA NOUVELLE-OaLLA^S ,

Leur discussion est interrompue par l'arrivée de Grégoire, le père de la jeune tille. Depuis huit mois, il cherchait cette sombre retraite.

A ses emportements furieux qui réclament vengeance et réparation, l'héroïne oppose le calme hautain de ses réponses :

— Je Taimais, je lui ai donné tout ce que j'avais. Il n'y a pas de péché à donner l'amour. Il n'a pas pris, j'ai doMué... Vous pouvez le traquer, le poursuivre, le tuer... , xMon amour est plus fort que votre haine.

Elle se résigne pourtant, sur les supplications de son père, à épouser Théophile qui le lui demande aussi, à condition que le -nariage ne soit connu que d'eux seuls.

Le troisième acte nous transporte dans un jardin en ruines, près d'un monastère. Théophile rêve sur un bane de marbre, près des statues d'Anaxagore et d'Empédocle, au milieu des fleurs et des arbres dont les branches se reflètent dans les eaux d'un petit lac à demi caché. Il songe à Gabrielle, croit entendre sa voix au milieu des fleurs et des eaux. Puis le rêve se fait réalité, et la femme, aimée jadis, fait place au fantôme évanoui.

Un double changement a transformé l'âme des deux amants. L'amour de Théophile est mort. Sa vie se passe désormais en paix dans le royaume de la raison. Si Gabrielle l'aime encore, elle doit le lui prouver en prononçant ses vœux. Tous deux vivront dans ce monastère, marchant la main dans la main, dans cette oasis de p?ii, en attendant l'Eternité,

UN DRAME DE M»" CLAREiNGE MACKAY 223

après avoir triomphé de TAmour par la Science.

Mais depuis la mort de son enfant (l'enfant a vécu quelques mois seulement) la conception de la vie s'est transformée chez l'héroïne. Tout ce qui, inconsciemment, satisfaisait sa p'uissanôe d'aimer, s'est évanoui. Ne peuvent-ils donc tourner une nouvelle page du livre de la vie, et y chercher la plénitude de l'amour ? Leur vie, avec le printemps, peut être une résurrection, ils peuvent aimer encore le soleil qui donne la jeunesse, chanter avec les oiseaux et comprendre Ja gloire de l'éternelle nature...

Ce rêve d'une existence nouvelle n'a pas d'écho dans l'âme refroidie et spiritualisée de Théophile. Et, résignée, mais persuadée que l'amour et la jeunesse sont assez forts pour conquérir la vie, Gabrieile préfère à la paix du cloître l'harmonie de la nature et la grande voix de l'Humanité. C'est donc vers la porte du jardin qui s'ouvre sur la vie qu'elle se dirige, après avoir exprimé, dans son dernier adieu, sa foi dans la Nature, la Vérité, la Mort :

— f Je crois dans la Nature, dans le Créateur universel et intangible de l'être spirituel et matériel.

c Je crois en la Vérité, qui nous montre notre chemin sur la terre.

€ Je crois en la Mort, car elle révèle à la raison le mystère del'lnlini.

c Adieu ! ô Passé ! Vous m'avez révélé quelle part vous aviez dans ma vie. Je vois le soleil briller sur mon chemin ; le premier pas que je ferai seule sur cette terre, je le ferai sous son ardcnie chaleur ; tandis que l'hymne glorieux de la Nature résonnera à mes oreilles. Adieu, Théophile 1 je marche désormais sur la Grande Route de la Vie, sentant au-dessus de moi le bruissement des ailes puissantes de la Vérité dans les vents de rétenieile f.iberlé!

Telle est la conclusion du drame de Mme Clarence Mackay.

Délibérément dépourvu de péripéties, il n'a pas la prétention d'être un drame jouable, excepté peut-être devant un public d'amis pour qui les idées comptent plus que le reste. Et, en effet, il fut question, je crois, de le représenter à Lakewood, chez Mme George Gould.

J'espère que nos lecteurs auront goûté l'analyse, malheureusement trop brève, de cette œuvre au moins originale. En dehors de sa valeur littéraire, que je ne me permets pas de juger, puisqu'elle est écrite en anglais, elle les aura intéressés par la hardiesse énergique des idées et par l'inattendue curiosité d'esprit qu'elle révèle chez son auteur. Et, enfin, n'est-il pas à la fois paradoxal et significatif de voir fleurir dans le milieu le plus pratique du monde, au sein des sociétés de'milliardaires, un tel poème de la divinisation de l'amour, et, dans une contrée puritaine, éclore des théories aussi humaines que celle-ci : « L'Amour, c'est toute la vie de la Femme 1 »

Les mendiants sont rares. — Où vont les épaves. — Spéculation d'un philanthrope pratique. — Les Mill's hôtels. — Descri ptioa. — Règlements. — La propreté. — La nourriture. — Les chambres. — Un bon toqué. — L'apostolat par la boxe.

J'ai déjà noté la sensation douloureuse qu'on ressent à New-York, plus qu'ailleurs il me semble, au spectacle de la misère. Les mendiants y sont très rares, et on dirait que les pauvres se cachent. Un Américain orgueilleux m'assure qu'il y a de l'ouvrage pour tout le monde en Amérique, que même les bras manquent, et il me montre, à l'appui de son dire, les colonnes des journaux remplies d'offres d'emplois. Il paraît avoir raison : les malheureux ne doivent pas s'aventurer dans ce torrent d'énergie qu'est la ville d'affaires, où leur faiblesse serait broyée, où leurs plaintes ne seraient pas entendues. Le flot d'activité prospère de la grande ville porte les misérables vers des golfes éloignés connus d'eux seuls. C'est un compatriote qui

y a trouvé quelquefois des épaves françaises qui m'a conduit vers un de ces asiles.

C'est un Mill's hoteL

On appelle ainsi d'immenses hôtels garnis qu'a bâtis à New-York un millionnaire un peu philanthrope, un peu spéculateur, où l'on reçoit à la nuit, moyennant vingt sous, les hommes sans domicile et d'où les ' femmes sont exclues. Vingt sous à New-Y^ork, c'est moins que dix sous en Europe; vingt sous, c'est à peu près l'unité du pourboire, c'est le prix qu'on vous demande pour blanchir une chemise, ou quatre mouchoirs, ou quatre faux cols.

On entre dans une vaste maison de huit étages dont les portes sont ouvertes. Au rez-de-chaussée, deux guichets où l'on délivre les clefs des chambres, moyennant le versement préalable des vingt sous. Une courcentrale, abritée par une verrière, et qu'enferment les quatre côtés de la construction, sorte de grand puits très clair, au fond duquel grouille, pendant le jour, la clientèle de Mill's hôtel.

Mais j'ai hâte de voir les « chambres ». Il y en a 1,554 qui sont occupées tous les soirs. On en refuse même des centaines par jour.

Des ascenseurs rapides montent et descendent constamment du haut en bas de l'édifice.

Les chambres s'alignent le long de couloirs de pierre et de fer, étroites comme des cabines, longues de 7 pieds sur 6. Les portes ne touchent ni le sol ni le plafond, elles sont séparées les unes des autres par une cloison de la même hauteur que la porte, de sorte que, pourtant indépendantes, elles communiquent toutes entre elles par le plancher et le plafond.

Il n'y a personne dans les « chambres » à cette

heure. Elles doivent être évacuées dès le matin neut heures, et restent libres jusqu'à cinq heures du soir. Pendant ce temps, on fait les lits, on change les draps et on nettoie.

— Mais si, un matin, quelqu'un se dit malade?

— C'est une affaire de jugement. Nous tâchons de voir s'il est sincère ou non. S'il est sincère, nous lui conseillons l'hôpital, car nous ne pouvons pas conserver de malades ici, dans l'intérêt de lasanté des autres.

On ouvre pour nous quelques cellules : le mur est blanchi à la chaux, un lit bas occupe toute la longueur du réduit, une carpette au pied du lit, une chaise et une petite armoire grillée de 50 centimètres. Rien d'autre. Et, d'ailleurs, pas de place pour autre chose. D'autres chambres qu'on loue 1 fr. 50 peuvent contenir une malle, une petite table ; une planchette est clouée au mur, et elles ont uiie lampe électrique, tandis que les chambres à 1 franc ne sont éclairées que par la lumière des couloirs et, dans le jour, par une petite fenêtre grillagée percée entre deux cellules.

A chaque étage, sur un palier central, sont installés des lavabos avec serviette et savon gratuits. Sur une pancarte est écrit : « Il est défendu de laver son linge dans les toilettes ».

Nous descendons dans le sous-sol où sont les douches. Cinquante cabines avec appareils automatiques sont à la disposition gratuite des clients. A côté des douches, plusieurs cuves de pierre munies de robinets d'eau chaude et d'eau froide servent au lavage personnel du linge. Juste à ce moment deux gentlemen d'apparence parfaitement correcte, leur chapeau de feutre dur sur la tête, en pardessus, sont en train de laver un col et une paire de chaussettes

qu'ils ont tirés de leur poche ; ils savonnent, ils frottent ils rincent, ils tordent sans faire la moindre attention àce qui sepasseautourd'eux; puis, ilsvontétendre leur linge lavé dans un séchoir chaud qui se trouve à proximité des cuves, en ferment la porte, et attendent qu'il soit sec, en fumant une cigarette.

Ce qui me frappe le plus, ici comme partout, d'ailleurs, en ce pays, c'est l'absence complète de gêne et d'embarras. Les gens ne s'aperçoivent même pas qu'on les regarde. Ils sortent leurs chaussettes dô leur poche comme on tire son mouchoir — ce qui tendrait à prouver que tout est, en somme, affaire de convention.

On peut manger si l'on veut dans l'hôtel. Mais il n'y entre pas une goutte d'alcool. Le déjeuner du matin, à six heures, coûte dix sous. Dans une vaste salle à manger très propre, toutfe en briques vernissées, on peut se faire servir une ou deux saucisses, ou du bœuf avec deux petits pains et une tasse de café. Le lunch ou second déjeuner coûte quinze sous. Il consiste en un plat de viande, un plat de légumes, pain, beurre, café, thé ou lait. Le diner coûte le même prix; on y sert une soupe, une viande, deux légumes, un dessert, du thé ou du café. De sorte que pour 2 francs par jour, on est suffisamment nourri. C'est bon marché pour New-York.

— Mais beaucoup de gens qui sont là ne font pas trois repas, me dit le directeur de l'hôtel qui nous conduit. Soixante pour cent de nos clients louent leurs chambres à la semaine, au mois et même à l'année; quarante pour cent seulement louent à la nuit.

— Quels sont donc vos clients ordinaires?

— Des employés, des étudiants, des infirmiers, etc. Ils ont ici toutes leurs commodités. Vous avez vu les chambres, les douches, le lavoir, le restaurant. De plus, on y reçoit leurs lettres, on y garde leurs affaires. Pour vingt-cinq sous par mois, nous leur donnons dans le sous-sol une boîte grillée qui ferme à clef. Venez voir ce vestiaire.

C'était une espèce de cave entourée de grillages derrière lesquels s'empilaient des centaines, des milliers de valises et de malles et de paquets et de boîtes de toutes sortes, des centaines de parapluies, de sacs, de portemanteaux, des pardessus râpés et poussiéreux, des étuis à violon et à guitare, des enveloppes de papier d'où sortaient des chemises sales et de vieilles cravates, cinq ou six bicyclettes rouillées, tout le bric-à-brac de la misère en chapeau, toute la richesse, tout le mobilier de centaines d'hommes perdus dans la grande cité tourbillonnante, égoïste et brutale.

Pourtant, à circuler dans les salles de lecture, les fumoirs, les couloirs, les vestibules de pierre, garnis de bancs, où des centaines d'hommes étaient assis, fumant, causant, lisant, ou rêvassant, on n'avait pas trop l'impression d'une misère définitive. C'était comme une ambulance de blessés convalescents, mais non pas de gens frappés à mort. Si, au lieu de les voir là, j'avais rencontré dans la rue ces gentlemen en chapeau melon, colletés et cravatés à la dernière mode, quelques-uns gantés, je n'aurais pas fait de différence entre eux et les banquiers du bas de la \ille. Mais, aperçus ainsi côte à côte avec des gens sans linge ou dont le linge était sale, les marques de la défaite frappaient davantage dans leurs physiono-

230 DE NEW-YORK A LA iNOUVELLE-ORLMNS

mies fiUiguées : la bouche mobile et nerveuse, le sourcil un peu froncé, l'œil inquiet. Il y en avait de vieux et de jeunes, de très vieux avec des barbes grises, l'air résigné, docile et patient, de très jeuaes la lèvre à peine ombrée de moustache, les traits tirés et l'expression dure. Et je ne savais qui je devais plaindre davantage de ces vieillards exténués par les tramways en démence et les bourrades des concurrents, et qui vont bientôt mourir, ou de ces jeunes hommes dont le premier assaut a été repoussé et qui venaient ici se recueillir un peu douloureusement, avant de se replonger dans la marée qui gronde au dehors.

Il était trois heures après midi. J'étais surpris de voir tant de gens inactifs. Que font-ils là? Pourquoi ces gens valides ne sont-ils pas dehors, à travailler, à chercher un emploi, à se remuer enfin, comme font toute leur vie les Américains?

Le directeur me dit :

— C'est que beaucoup d'entre eux ne travaillent que le soir, et comme il fait très froid dehors, ils préfèrent demeurer ici où ils ont chaud et où ils se reposent. D'autres attendent des réponses. Voyez-les, ils vont toutes les demi-heures au bureau demander s'il n'y a pas de lettre pour eux: D'autres encore, des courtiers, ont fmi leur besogne dès midi, le reste du temps ils fument, écrivent des lettres ou lisent les journaux, ou jouent aux échecs ou aux dominos.

Je voulus voir les chambres des habitués, et nous remontâmes dans un ascenseur.

On nous en montra d'abord une qui est habitée depuis plusieurs années par un employé : juste la place d'un lit bas et d'une malle sur laquelle repd-

saient deux autres malles. <I1 y avait pendus au mur ^deux énormes thermomètres à mercure hors d'usage, ^deux photographies de femmes quelconques, trois chromos représentant des femmes gracieuses et jolies, au teint de dragée, encadrées de roses et de myosotis, une brouette de muguets et de roses traînée par ,un enfant nu; dans un coin, deux vieux parapluies; une réclame de savon avec une femme et un bébé, nus tous deux; un drapeau américain, une glace; accrochée à la porte, une boîte de fer-blanc renfermant des brosses; sur l'unique planchette, des fioles, des boîtes et une pendule sans aiguilles; coût : 550 francs paK année. Il y a dix ans que le même locataire habite là.

— C'est un homme très bien, très distingué, me dit le directeur de l'hôtel.

J'aurais voulu voir cet original. Il n'était pas là.

Mais on me conduisit voir une autre chambre, habitée par un autre original, depuis plusieurs années. C'est un écrivain dont le nom est connu à New-York, M. Francis Train, qui vient de publier dernièrement l'histoire desa vie.Il fut autrefois très riche, et ses relations étaient des meilleures dans la société américaine.

On nous prévient.

— Ne lui tendez pas la main, il refuserait de la serrer. C'est un usage qui lui paraît stupide... Et pi|is, ne lui dites pas « Monsieur ». Vous le, froisseriez. Si vous voulez lui faire plaisir, appelez-le citoyen.

Le directeur frappe à la porte de M. F. Train et s'eftace pour nous laisser entrer, car on ne peut tenir à plus de trois dans cette cellule, qui n'a pas 2 m. 50 carrés et qui est encombrée de papiers. L'écrivain, étonné de notre visite inattendue, nous fait asseoir

sur son lit recouvert d'un tapis algérien. C'est un homme de soixante-dix ans, à la moustache blanche, aux longs cheveux blancs éparpillés en auréole autour de sa face rouge, singulièrement vivace et énergique. Ce qui lui donne cet aspect de force, c'est l'éclat inquiétant de ses yeux vert-de-gris.

— J'ai passé pour fou, me dit-il, et même les tribunaux ont décidé que j'étais fou, en effet. Qu'en savent-ils? Qu'ils lisent donc le Deutéronome...

Aux murs sont piquées une quantité de coupures de journaux qui parlent de lui, de ses polémiques, de ses aventures. Une illustration le représente en train de se livrer à un assaut de boxe. Et je vois, accrochée dans un coin, une paire de gants de boxe. Je lui demande ce que cela signifie?

Il se met à rire violemment et répond :

— Voici. Il m'arrive de parler quelquefois aux habitants de l'hôtel, de tâcher de leur expliquer le vrai sens de la vie, et il m'avait paru qu'ils se moquaient de moi parce que j'étais vieux. Alors j'ai voulu leur prouver que je n'étais pas plus sénile mentalement que physiquement, et j'ai convoqué ici le professeur Donovan, que vous connaissez. Je lui ai flanqué une pile très confortable, en bas, devant les habitants de l'hôtel. Je n'ai pas voulu abuser de ma victoire, parce que c'est un professeur et que cela aurait nui à sa réputation à New- York. Mais il a reçu tant de coups de poing en quinze secondes qu'il ne savait plus où il était. Depuis ce temps, on ne se moque plus de moi. . . La boxe est excellente pour faire entrer les idées dans la tête.

El il m'allonge sur l'épaule deux coups de poing que je ne songe pas à parer.

Je vois noué à sa boutonnière un long ruban tricolore, sale. Je le questionne sur cette singulière décoration.

— Ce n'est pas une décoration, me dit-il. C'est un ruban qu'un de mes amis m'a donné.

Je lui demande s'il se trouve bien là? Et pourquoi il a choisi un Mill's hôtel?

Il me regarde, étonné, et me répond sur un ton presque scandalisé :

— Mais c'est le seul hôtel du monde absolument à l'abri du feu ! le seul endroit vraiment démocratique I et où on ne voit personne, — ce qui est très important dans la vie I

Sur ces mots, nous nous levâmes et nous prîmes respectueusement congé de ce sage, sans lui tendre la main, comme il le désirait.

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