LES MORMONS — LA POLYGAMIE
un objet de contestations continuelles entre les officiers du gouvernement central et les Mormons. Les prêtres mormons faisaient, en effet, fonctions civiles et religieuses. Ils détenaient par conséquent les registres de l'état civil et mariaient comme ils le voulaient, et qui ils voulaient.
Or, pour eux, le mariage plural était un dogme religieux. Ils invoquaient la Constitution fédérale des Étals-Unis, qui garantit à chacun le libre exercice de sa religion, et qui ne reconnaît aucune religion officielle. Ils citaient les paroles mêmes de Jefferson, de Madison, et des autres fondateurs de la République américaine, qui avaient promis de donner la liberté la plus complète « au juit et au gentil, au chrétien et au mahométan, à l'Hindou, et aux infidèles de toutes dénominations », selon leur langage même.
Pendant dix ans, de 1852 à 1862, le gouvernement central toléra donc le mariage plural dans TUtah.
Mais les plaintes des adversaires des Mormons — de leurs concurrents méthodistes surtout — finirent
permet à la femme de s'asseoir dans le ciel, près de l'époux bienaimé, en compagnie d'autres épouses.
Cependant, les cérémonies du mariage sont quelquefois accomplies soit pour le monde terrestre, soit pour l'éternité.
Par exemple : Si une femme devient veuve après s'être mariée pour ce monde et pour l'éternité, elle peut se remarier de nouveau, mais pour ce monde seulement. Elle vit sur terre avec son nouveau mari, lui donne des enfants, mais de l'autre côté de la Rivière de la Mort elle doit le quitter et rejoindre son premier mari. Si son deuxième mari n'a pas eu sur terre d'autre femme, il faut qu'il se résigne à être tout seul dans l'éternité.
Il existe une autre forme de mariage appelé le mariage céleste. Cette curieuse cérémonie unit l'homme à la temme pour la vie future seulement. La femme peut être sur terre l'épouse d'un homme et, d-'irr, riHernité, l'épouse d'un autre. En mourant, elle change tout simplement d'époux.
par remuer Topinion et par scandaliser sérieusement les puritains, tout-puissants à Washington. Et le 2 juillet 1862, le président Abraham Lincoln, qui allait décider Tannée suivante l'affranchissement des nègres, signait un décret pour punir et empêcher la pratique de la polygamie sur les territoires "ics États-Unis, et annuler certains actes du Parlement de i'Utah. Les polygames étaient menacés d'une amende de 2,500 francs et de cinq ans de prison. La loi avait un effet rétroactif de trois ans. C'est ce qui la rendit inapplicable. Gomment prouver aux polygames mormons que leur mariage datait de trois ans? Les mariages se faisaient entre eux, les registres leur appartenaient. Ils pouvaient toujours soutenir que leur mariage remontait plus loin. Et ils ne s'en privaient pas.
On s*y prit autrement. Le 22 mars 1882, vingt ans après la première loi prohibitive, une nouvelle loi fut votée. Désormais, la cohabitation avec plus d'une femme était punie d'un emprisonnement de six mois, les adeptes du mariage plural déclarés incapables de faire partie d'un jury, exclus des emplois civils et privés du droit de vote
Les Mormons protestèrent alors avec ardeur. Ils envoyèrent des délégations au président de la République qui plaidèrent leur cause.
Ils firent valoir la régularité, la sobriété de leurs mœurs, leur probité, la prospérité et la moralité générales de I'Utah; ils invoquèrent l'exemple des patriarches bibliques; ils démasquèrent la source des plaintes qui leur valaient ces persécutions, la jalousie, la convoitise des voisins du lac Salé qui végétaient dans la misère à cause de leur incapacité