‹ En AmériqueChapitre 14 sur 27 · Ceci est plus juste · texte numérisé non relu

Ceci est plus juste

l'adultère est une « question de santé » et que pour unhomme plus âgé il est la « poésie de l'amour». Le mal social existe nécessairement parmi nous, sous toutes ses formes, mais il se tient caché dans une sp'nère obscure, où le maintient un sentiment public d'ordre et de propreté. Il n'y a absolument aucune place dans notre manière de voir et de penser, pour la lèpre morale qui, sous prétexte de sincérité, découvrirait des ulcères qui coulent et ferait parade de cette pourriture nauséabonde aux yeux même des petits enfants. La malpropreté de l'esprit public à Paris, qui se manifeste particulièrement dans vos théâtres, vos journaux et la littérature courante vendue dans vos rues, ne cessera jamais d'être en horreur aux Américains. D'autant plus que, considérés individuellement, nous trouvons une foule d'âmes vertueuses parmi vous, qui luttent, et non tout à fait en vain contre l'influence pitoyable que votre atmosphère de fanfaronnade intellectuelle leur impose. Cette tendance de votre littérature, de votre art, de votre théâtre, n'est pas, je crois, celle de la majorité du peuple français ; elle est celle d'une minorité cultivée qui, dominée par Dieu sait quel malin esprit, dirige son éducation, ses facultés déjà exercées vers un but unique : perpétuer la bête dans l'homme*. c Du point de vue où vous vous placez, le raffme-

1. L'amour est pourtant ce que l'instinct a réalisé de plus efficace pour lutter contre la brutalité et la sauvagerie de la race humaine. N'est-ce pas l'amour qui rend les mâles plus doux et quelquefois les puritaines plus sensibles et moins hargneuses? Et puis, perpétuer la bête chez l'homme, n'est-ce pas assurer la perpétuité de l'espèce, sa sélection progressive? M.Roosevelt, dont Mrs. Thompson se réclame, gémit contre l'infécondité du mariage américain. Que Mrs. Thompson s'entende donc avec lui.

ment intellectuel dont vous vous faites gloire m'apparaît, avec ses conséquences, comme un crapaud couvert de joyaux. Son corps n'est qu'un désir. A travers les brillants ornements que votre art lui procure, il jette sur nous un regard de travers. 11 nous vilipende parce que nous préférons paraître homme au lieu d'être crapaud. Et pourtant, ce choix n'implique-t-il pas des efforts et des idées qui dépassent de beaucoup l'intelligence d'un crapaud ?

« Quant à notre absence d'art aux États-Unis, dites-moi, je vous prie, ce que nous avons à faire de Tart quand la nature en nous et autour de nous est si libérale, si variée, si prodigue ? Plus je reste à Paris, plus j'étudie votre art, moins je me sens capable de comprendre votre conception de l'art. Une fois sur dix mille, l'art est un message du ciel qu'aucun homme, qu'il vive à Kansas City ou à Rome, ne peut refuser, parce que c'est le Dieu Tout-Puissant qui le lui envoie ; mais le plus souvent l'art est une réminiscence de la nature dont l'interprète est un homme paresseux*. Avec les merveilles d'une nature laissée intacte, qui couvre toute l'étendue de notre vaste contrée, nous n'avons pas besoin de telles réminiscences pour nos fêtes de la Beauté. Nous pouvons nous passer de la triste consolation de la belle musique quand nous jouissons de la voix merveilleuse^ de nos forêts vierges, de nos prairies désertes, de nos rivières sans trafic, de nos montagnes inexplorées,

1. Nous y voilà. Nous sommes des paresseux. Et dire que ce ne sera que lorsque vous vous reposerez un peu du labeur maniaque auquel vous vous livrez, que vous commencerez à vous civiliser pour de bon!

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