‹ En AngleterreChapitre 16 sur 46 · II · texte numérisé non relu

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|es renverser, les plats, bouteilles, verres, etc., placés jlevant lui et pouvant le gêner; il s’inquiète peu ll’encombrer ses voisins. Puis, prenant la salière, il m renverse le contenu à côté de son assiette. Ces lispositions préliminaires une fois terminées, d’une gorgée il avale une pinte d’ale, demande du sherry 3t se met à boire et à manger. Le lésuliat ne se fit jas longtemps attendre. On pouvait suivre des yeux ’ivresse qui envahissait cette brute : il ne parle pas, l’écoute rien de ce qui se dit, ne voit rien de ce qui ;e passe autour de lui; mais, régulièrement, automaiquement, il porte son verre à ses lèvres.

Sa femme toute souriante le contemple, sinon tvec admiration, du moins avec satisfaction.

La face du buveur s’empourpre toute à la fois, i’un seul coup; brusquement il s’incline sur son N^oisin de gauche. Un domestique le remet d’aplomb, nais il glisse de nouveau, et il faut l’emporter. Sa l'emme le suit; elle promène sur l’assemblée un regard qui semble prier les assistants de remarquer que son Tiari s’est enivré avec du porto à dix shillings la bouteille, et qu’une telle dépense mérite égard et confidération.

Les tables d’hôte des petites villes de France sont :oujours bruyantes. On y rencontre, infailliblement, quelque beau parleur cherchant à occuper l’attention, juelque bavard disposé à lui répondre, à entamer ane discussion politique.

En Angleterre, la situation est tout autre ; les ables d’hôte sont, en général, silencieuses. Les voiiins qui se connaissent échangent à peine quelques

paroles à voix basse. Il serait absolument a improper » d’élever la voix et d’adresser la parole à quelqu’un qui ne se trouve pas immédiatement à côté de vous.

Pourtant dans les hôtels moyens, hôtels du genre de celui dans lequel nous nous trouvons, les règles du (( cant » sont moins strictes. Cette circonstance nous permet d’entendre la conversation que deux gentlemen échangent ensemble.

L’un d’eux est un révérend, l’immanquable révérend qu’on rencontre infailliblement partout et toujours, en quelque endroit que ce soit du Royaume- Uni. Pas de train de chemin de fer, pas de bateau à vapeur, pas d’hôtel, pas de taverne, pas de lieu de réunion publique dans lequel on ne se heurte à quelque clergyman oisif, l’air béat, utilisant les loisirs que les devoirs de son ministère laissent à sa dévote personne.

Le nôtre est très-proprement tenu ; sa barbe fraîchement faite, son col bien blanc, sa cravate élégamment nouée donnent de lui une favorable opinion. Il explique à son voisin, un ancien ami retrouvé par hasard, semble-t-il, qu’après avoir été ministre d’une petite paroisse, il a renoncé à occuper un poste sédentaire, malgré l’offre des plus séduisants bénéfices.

Doué d’une grande érudition, d’une excessive faci lité de parole (c’est lui qui parle), il a d’abord été prêcher de paroisse en paroisse, aidant ou remplaçant un collègue et suppléant ceux à qui l’éloquence faisait défaut.

PI' R T n.

' Sa famille s’étant accrue, il avait onze enfants, ses I )esoins avaient augmenté. Le Seigneur, alors, est enu à son secours, une inspiration d’en haut a clairé son esprit, et il a écrit et publié les sermons i [u’il prononçait.

Ces sermons, mis en vente, trouvent de nombreux icquéreurs. Il a pour clients tous les clergymen dcsi- *eux d'éviter le fastidieux travail que leur impose la M'éparation d’un sermon, et heureux d’étonner leurs ddèles par l’étalage d’un savoir, d’une recherche de :')aroIes qui ne leur coûte que de débourser quelques i diillings.

Le révérei'd a surlui un catalogue de scs sermons; 'il nous est permis de hexaminer. Les titres de ces sermons sont des plus é liftants :

« Les bonnes œuvres ne sont rien sans la foi.

I (( L’amour du divin époux.

■; (( Fleurs de piété.

« Les transports d’une âme éprise du saint amour. « Préparons-nous à paraître devant lui.

(( Il nous appelle; il nous ouvre les bras.

(( Que toujours sa pensée nous accompagne.

(( Soyez avec lui, il sera avec vous.

« Soyez les brebis sans tache.

« Qui a la foi est à l’abri de l’erreur p, etc., etc. Nos dévotes n’inventeraient rien de mieux et se contenteraient même à moins.

Une fête champêtre. — Perth.

Une grande affiche illustrée, une de ces affiches monstrueuses avec les personnages grandeur nature, invite, de la façon la plus pressante, le public à assister à une fête champêtre qui doit avoir lieu a Brompton, village voisin. On promet des courses d’obstacles, des jeux de toutes sortes, distractions et plaisirs les plus variés.

Diablement curieux, font les Anglais arrêtés devant Taffiche et la lisant du haut en bas, sans en omettre le moindre détail.

Nous nous mettons en route pour Brompton en suivant le cours de la Tay. La promenade est charmante, la rivière coule doucement, au milieu des prairies unies, vertes, soignées comme les pelouses d\m parc. Des bouquets d’arbres superbes, de beaux troupeaux, de magnifiques chevaux, des cavalcades, de hardies amazones qui franchissent les haies, les trois grandes beautés de l’Angleterre : les femmes, les chevaux et les arbres, sont là réunis.

Devant les cottages, des jeunes garçons jouent au lawn-tennis. Les jeunes filles sont en toilettes claires; elles sont gaies, animées; le soleil brille; la nature et les humains ressentent l’influence de cette chaude lumière, de ce ciel bleu, de cette belle journée.

Des batelets montent ou descendent la rivière; des

; heurs sont installés sur les rives, pas de bruit, > de cris, pas de chants, pas de ces interpellations lyantes, sonores, répétées, qui sont la vie des popuions du Midi.

Une violente odeur de graisse cuite, de friture t plein vent, signale de loin rapproche de Bromp-

Sous distinguons bientôt au milieu d’une im- I nse prairie une longue file de tentes dressées à la i;e, tavernes, cuisines, salles de danse, etc. Les :arses et les jeux sont la partie la plus curieuse \ la fête. Une cloche annonce qu’ils vont com- ::iicer.

Les coureurs sont placés à une extrémité de la te; ils s’élancent. Le premier obstacle est une inde toile fixée par terre ; ils doivent passer dessous, second est une toile semblable, posée verticalent ; ils doivent passer dessus. Puis viennent des ies de cordes, de bâtons pointus, formant un dé- ,e inextricable, au travers duquel il faut trouver 1 chemin. Enfin, un portique en charpente suprte des tonneaux ouverts à leurs deux extrémités suspendus parle milieu à plus d’un mètre au-des- 5 du sol; il faut passer au travers, et la chose n’est ; commode.

N^ous voyons aussi un concours de grimaces. Les icurrents sont hissés sur une charrette. Ils s’en- Irent la figure dans un collier de cheval et font public les plus grotesques et les plus hideuses maces qu’il leur soit possible. Des juges, convain- 3 de leur importance, comparent, discutent froide-

EN ANGEETERUi:.

ment et décernent, avec impartialité, le prix de la deur.

Une distraction d\in autre genre, pour laquelle y avait beaucoup d’appelés et peu d’élus, est le jeu d( seaux. Les concurrents, un seau d’eau sur la têt( doivent parcourir une distance déterminée en cor servant leur seau plein. Les choses vont bien a départ; mais en approchant du but, chacun, sehâtan, pousse son voisin et s’inonde de la tête aux pieds.

Le bruit de la fête contrastait avec le calme et) silence de la campagne. Ces gens surexcités par 1 . plaisir d’avoir gagné quelque prix ou vexés par leii , insuccès sont animés par la boisson; ils ont perdu 1 , soir le calme qu’ils avaient le matin et pousser maintenant des huiTahs frénétiques, des cris assoui , dissants; la bête est lâchée et son contact n’a rie d’agréable. Le nombre des ivrognes égale celui d( v assistants, et, à cet égard, bien des femmes ont perd le droit de faire des reproches aux hommes. .

sa.

Perth est une petite ville assez triste. Une longt ^ rue la traverse; des deux côtés de cette rue, des maj, sons basses et malpropres; au milieu, des femmes t jj. des enfants mal vêtus, les jambes et les pieds ntr Dans les rues latéi'ales , des maisons de meilleui^ apparence, des magasins, des églises, et, le long del Tay, une promenade plantée d’arbres. Voilà toute! ville ou à peu pi'ès. ^

Les maisons de la promenade de la Tay sontabsc iument semblables : maisons anglaises élevées d’u seul étage avec une loge en saillie, à pans coupé‘

P F, i{ ni.

ü fenêtre sur chaque face; de quelque côté que le 0 il se montre , on peut ainsi espérer en voir un

les maisons sont bien construites; les parements Éjmurs, en granit rouge, sont laissés apparents, et e'* couleur tranche avec la teinte verte des ardoises hia toiture.

Im avant, un petit jardinet en pente. Devant la hre centrale, entre deux pots de géraniums, une pe contient des poissons rouges, et, tout le long de -promenade, qui a plus de cinq cents mètres, on r‘(!t se succéder des maisons toujours les mêmes, ijc des géraniums, des coupes et des poissons rouges, ytains prétendent que ces poissons sont en nombre |1 dans chaque coupe.

Quelques détails amusants recueillis au hasard. Jne bande de jeunes hiles, les coudes effacés, la irine en avant, marche au pas militaire, sous la iduite d’un vieux sous-officier. Elles se rendent à salle de gymnastique, et, au commandement de (RT chef, changent d’allure, marquent le pas, trott, courent ou s’arrêtent brusquement.

)ans une école, une maîtresse sèche, roide, angutse, fait placer devant elle sept petites hiles d’une lizaine d’années. La maîtresse est armée d’une lignée de verges, elle les tient à la hauteur de sa lare et fait réciter les leçons. La première enfant a :nmis une erreur; la maîtresse l’interpelle; Félève ;rs s'approche, relève sa robe et présente, au na- ; el, la partie de son individu que nous appelons le lissien. La maîtresse s’incline, frappe, conscien-

cieusement, trois fois, et ainsi des autres. Chaqi enfant regagne sa place sans pousser une plaint sans proférer un cri; pourtant la main qui manie L verges est solide, et les verges sont sérieuses. |

A rentrée de la nuit, au milieu d'un carrefou un gentleman, convenablement mis, s’arrête, mon sur un banc, pose son chapeau et son parapluie côté de lui, et interpelle les passants. Quand il a réui une douzaine d’oisifs, il commence un sermon e prenant pour texte : Que votre fin soit meilleure qi votre vie A peine a-t-il terminé l’exorde de son di; cours, qu’un autre gentleman sort du bar voisir armé d’un accordéon, l’instrument populaire pv excellence; il en joue de façon à couvrir la voix d prédicateur, puis s’arrête pour l'engager à aller prt cher plus loin et ne pas empêcher les clients d’entre chez lui.

Le prédicateur, qui n’est pas patient, le traii d’enfant de Bélial; la discussion s’échauffe, les deu personnages s’injurient; des injures, ils passent au coups et s’assomment, à la grande joie des assistan qui se gardent bien d’intervenir.

Quant à la jolie fille de Walter Scott, nous n’avor rien vu, à Perth, qui puisse faire croire qu’elle a laissé des descendantes.

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