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CHAPITRE VII

LES HIGHLANDS

L’entrée des Highlands. — Premier aspect. — Le pays. , i Les habitations. — Un laird. !

Au départ d’Inverness, les voyageurs sont nor i breux ; mais ils s’égrènent bien vite le long du ch min. A peine avons-nous dépassé Dingwall, qu’ deviennent rares.

Nous voici dans les Highlands, et, sans transitio 3 le pays revêt Taspect de grandeur triste et sévère d i contrées du Nord.

De grandes plaines ondulées vont jusqu’au ph t des montagnes aux sommets pelés; des cham f d’avoine et de pommes de terre à perte de vue; p i de forêts; ni arbres, ni arbustes. Les routes se ^ pentent sur le flanc des montagnes, et, de loin £ i loin, on aperçoit quelques troupeaux sans bergers sans chiens.

Les stations sont éloignées les unes des autres; 1 ' voyageurs font défaut. A une station, un mendia; en kilt joue du piebrock; c’est le premier mendiai que nous rencontrons depuis Édimbourg. A ur autre, la femme du chef de gare paraît, entourée c

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ize enfants dont Taîné n’a pas quinze ans; inforiitions prises , ils sont tous à elle.

Quelques habitations paraissent. Nous pourrons I visiter un peu plus loin. De grandes enceintes rculaires en pierres sèches servent à protéger les Qutons pendant les tourmentes de neige. Les murs ( sont énormes à la base, montés en pyramides : is mortier. La pierre est souvent remplacée par de j tourbe; les clôtures deviennent alors des monti- ('les couverts de végétation. Par endroits, la terre ]jraît mobile, noire et luisante; c’est un vol de cor- Ilaux qui vient de s’abattre. On revoit la mer; une ||tite maison est bâtie sur la côte. Le golfe est partnéd’îlots, de rochers. Des hérons volent; le ciel d’un gris bleuâtre, avec des nuages blancs qui tjit à l’heure se changeront en pluie.

Les côtes ont disparu, la mer est loin. Nous nous {fonçons dans l’intérieur des terres.

i\ Lairg, nous quittons le chemin de fer et montas en coach. Un vent froid nous fouette la figure. 1|8 highlanders relèvent sur leurs genoux leurs §j)s bas de laine et, des pieds à la tête, s’enveloppent c'is leur plaid. Ces hommes et ces femmes sont de ^ilis colosses, grands, élancés, robustes, bien décou- |:S, à la figure ouverte et sympathique.

-.es femmes ont de gros bijoux en argent, et les humes, en kilt, portent un fusil de chasse sur l'j’aule; un superbe griffon les accompagne.

|Jn berger conduit un troupeau de petites vaches, àjüifourchon sur la dernière.

Les habitations sont de plus en plus rares, dis-

tantes les unes des autres. Nous nous arrêtons po en visiter une sur le bord de la route. Murs épais gros blocs de granit débruti, aux parements app reillés et jointoyés , ouvertures étroites et ran pignons en pierre, couverture en fortes dalles d'a doises; aspect brutal et grossier, mais constructi( solide et durable.

Un seul rez-de-chaussée. Murs intérieurs blancl à la chaux. Meubles en sapin, tables, siège armoires et lits, le tout très-propre. Cheminée av fourneau. Les habitants de cette maison sont (' petits fermiers; ils nous servent un verre de l’in vitable whisky; nous n’osons payer et offrons d cigares.

Un peu plus loin, nous entrons dans une tris masure, couverte en chaume; intérieur sordide malpropre; on nous tend la main, et l’on regani bien vite ce que nous y avons mis.

Des poissons sèchent aux fenêtres; près de porte, un tas de tourbe; pas de basse-cour, ni d’ table; un semblant de jardin entouré d’une cl( ture de bois entrelacés, comme on en trouve ( Norwége.

Ni école, ni église, dans toute la contrée. Voici u petit cimetière avec un massif de pierres au miliei Des tertres gazonnés indiquent les tombes. Qu’otj été, de leur vivant, ceux qui dorment là-dessous lei dernier sommeil?

Notre coach s’arrête devant une hutte, et not coachman parlemente avec un paysan. Il s’agite prendre avec nous un laird qui se rend à Tongu

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I A ce mot de laird , notre imagination se met en j’ampagne et évoque l’image d’un de ces hauts et jouissants seigneurs, quasi rois sur leurs terres. Kous voyons les lairds chassant le cerf et le renard le leurs domaines. Nous voyons leur demeure illuminée pour ces fêtes qui dégénéraient en orgies. Nous myons les lairds entourés de leurs hommes d’armes,

: ombattant pour rindépendance de la patrie, se jetant 'ans la mêlée, la claymoreen main, et succombant ous les coups de l’Anglais. Nous voyons... que ne f oyons-nous pas?

Notre coachman sort de la hutte; il précède un ieux petit bonhomme qui, du revers de la main, ssuie sur ses lèvres les dernières gouttes de son verre e whisky. 11 est tout courbé, cassé, ratatiné; ses geoux rouges et écorchés sont cagneux; il a sur la .1 ke un chapeau mou, et un parapluie vert sous le ras. On lui demandait trop cher pour sa place,

] 'sait-il, et, tout en s’asseyant , il maugréait d’une I çon lamentable.

i Nous côtoyons un petit lac, passons au pied d’une tute montagne, le Ben-Loyal, et vers le soir nous : )mmes à Tongue.

j Tongue. — Un meeting religieux.

I Longue est une station de pêche renommée, c’est- : dire que, chaque année, un certain nombre '|\nglais excentriques et quelques troupes d’ « excur-

sionnistes » viennent là, pendant Tété, se promene ou se livrer au plaisir de la pêche avec des engin tellement perfectionnés que leur manœuvre exig un long apprentissage.

Après une journée de pèche ou de promenade, tou le monde se retrouve, le soir, à l’hotel. Les jeune femmes, en toilette élégante, essayent Pefîetde leur charmes sur des sportsmen en complet gris qui, la pip à la bouche et le verre en main , comptent le nombr , des lobsters qu’ils ont pêchés, ou le nombre de mille j qu’ils ont parcourus.

DèsTaube, nous remontons en coach. La routi) suit la côte, et l’Océan déferle à nos pieds. A notn' droite, s’étend la solitude immense; le silence n’es troublé que par les cris stridents des sea-gulls qui s | jouent au-dessus des lames. La tristesse est si grand | que nous ne pouvons échapper à son influence, et qu j nous n’échangeons plus une parole avec nos compaj gnons. Toute végétation a disparu; on ne voit quj des champs de pierres et de cailloux, et d’innombrable ; bandes de corbeaux. '

A trois reprises, nous traversons de petits village! tristes, mornes, sans vie ni mouvement; quelque; champs les entourent; près de l’un d’eux, un cime! tière dans lequel nous comptons quatre tombes.

Un clergyman ambulant prêche en gaélique, ail milieu d’une lande. Il vient, une ou deux fois pa| an, remplir les devoirs de son ministère. La popu lation réunie pour l’entendre est accourue de loin La pluie tombe, et tous ces pauvres gens écoutent 1| parole divine, abrités sous leur parapluie.

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