‹ En AngleterreChapitre 23 sur 46 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LES ORCADES

Scrobter. — Le Saint-Olaf. — Swelkie. — Kirckwall. — Les églises. — Les chapelles.

Vers le soir, le soleil perce le brouillard. Nou avons fait du chemin; nous distinguons mainte nant des cultures et des troupeaux. Les chevau: courent plus vite; ils descendent la falaise. Aprè un brusque détour, nous voyons l’Océan s’étale devant nous. Il nous faut décrire un long circuit ei suivant les flancs de la montagne; puis le chemii côtoie la plage. Deux ou trois barques sont amarrées un grand bateau à vapeur s’abrite derrière une petit jetée. Quelques maisons sont adossées à la falaise Notre cocher s’arrête; nous sommes à Scrobter, por d’embarquement pour les Orcades. Devant nou s’ouvre le terrible détroit de Pentland.

Un grand silence : les portefaix embarquent le bagages et. les marchandises, sans échanger uni, parole; du geste, le patron leur désigne l’endroit oi ils doivent déposer leur fardeau ; la chose est bientô faite, du reste. Nous attendons, sur le quai, le mo ment du départ.

LES ORCADES

' Un douanier fait les cent pas, sans regarder, sans iraître voir. Un matelot manchot, assis sur une 'osse pierre, fume mélancoliquement. Devant la or te du bureau du télégraphe, une grosse femme ^ec cinq petits enfants; les enfants ne Jouent pas, an d’eux jette des pierres dans l’eau, les autres le gardent sans l’imiter.

Sur les portes, à demi ouvertes, de deux remises, ,1 lit : Bateau de sauvetage, Société libre... Bateau sauvetage, Marine royale. Les équipages sont là , |3 bateaux montés sur roues sont prêts à prendre la er, avec tous leurs agrès: précautions aussi sages, lie peu rassurantes.

Deux matelots et une vieille femme boivent, bout, devant le comptoir d’un petit bar. C’est lit ce que nous apercevons de mouvement et de vie ; tour de nous.

La journée s’avance, le soleil a disparu derrière la Jbntagne, le ciel est gris, la mer est terne, tout est anbre et mélancolique. Une cloche sonne, ce bi^uit snble détonner au milieu du silence général. L’eml'quement est fini, les passagers sont à bord; on lève Ipasserelle et l’on ferme la coupée.

'^ous sommes neuf passagers en tout : deux vieilles f es, membres d’une Société biblique ; elles vont dans 1 Shetland; un révérend et sa femme, un marchand c poisson, un jeune highlander qui va chasser et P her, un aveugle, avec son violon, iflü est dix heures, la nuit vient; mais l’obscuirl: n’est pas encore complète; les roues du bateau sgitent; le vent a subitement fraîchi; le Saint-

Olaf 2i pris la mer. Nous débordons le Dunnet-Heac et, le long du rivage, on distingue des points noin i carcasses déchiquetées des navires brisés par la tem j pête et jetés à la côte. i

Nous passons au large de Stroma. C’est à quelque , encablures que mugit le redoutable tourbillon d i Swelkie, qu’un chant de l’ancienne Edda regarda' 1 comme le moulin, toujours en travail, où devait s moudre le sel de l’Océan. Le courant que nous tra, versons a parfois une vitesse de seize kilomètres . l’heure. En décembre 1862, pendant une tempête': les vagues, se brisant sur les rochers de Stroma, porj; tèrent au sommet des falaises , à plus de soixant , mètres de haut, des débris de roches et de navires i Les eaux qui accouraient du pôle, ne trouvant pluii dans le détroit un passage suffisant, s’élevèrer comme une muraille, atteignirent le sommet des fa‘: laises et passèrent par-dessus l’île.

Le Saint- OlafQst construit pour résister aux grosse, mers : son pont couvert à l’avant et à l’arrière h donne l’aspect d’un gigantesque cigare. A peir avons-nous dépassé l’extrémité des côtes pour nous ei ' gager dans le détroit, qu'un terrible coup de, vent not assaille et, pendant deuxheures, nous malmène for Les lames énormes s’abattent sur le pont, le recot vrent avec un bruit sinistre; le vent fait rage, et l i traversée est pénible. Par instants, entre deux lame ; nous apercevons le dernier feu d’Ecosse, celui c Stroma; la direction du feu nous montre combie les courants nous font dévier de notre route. Voûj enfin le feu de Canlick-Head, le premier des Orcade:i

LES ORCADES

I Nous entrons dans des eaux plus calmes, au millieu des îles qui nous font abri.

Les Orcades forment un groupe séparé du nord de rÉcosse par le détroit de Pentland, passage très-redouté des marins, à cause de la rapidité des courants qui le traversent et de la violence avec laquelle î’y fait sentir Telfet des marées. Les grands courants |ui arrivent du pôle se brisent contre les Orcades; 'e sont les premières terres qu’ils rencontrent et contre j esquelles ils se heurtent avant de gagner la mer du Nord et l’océan Atlantique.

Le groupe des Orcades comprend cinquante- six îles, dont vingt-quatre seulement sont habitées. L’île l’Hoy est la seule qui puisse être regardée comme nontagneuse. Toutes ont une forme irrégulière, lUX bords très-découpés. Elles sont bordées de alaises hautes et escarpées; leur sol est plat et sajdonneux.

Quand on passe au large, à l’ouest des Orcades, )n distingue très-bien, par un temps clair, les j)oints les plus saillants du groupe et les montagnes jl’Hoy.

Du i5 juin au i5 août, la navigation n’offre )as de dangers dans les Orcades, si le temps est >eau, c’est-à-dire sans brouillard. Cependant, même cette époque, il faut craindre la brume et les coups e vent.

Pendant cent seize jours de l’année environ, il n’y pas de nuit dans les Orcades.

Les courants qui séparent les Shetland des Orcades mt très-rapides. La mer est mauvaise, et la traversée

entre les deux groupes d’îles encore plus difficil ■qu’entre les Orcades et l’Ecosse.

La baie de Scapa que nous traversons est calme il fait presque jour quand nous débarquons à Scapa d’où un «omnibus» nous conduit à Kirckwall.

On nous installe à Y Hôtel royal, dans une chambr vaste et confortable que, certes, nous ne nous atten dions pas à trouver, et quelques heures plus tard, un aimable maid frappe à notre porte, nous apportan l’eau chaude réglementaire en usage dans tous le grands hôtels du Royaume-Uni.

Nous nous étions étonné en arrivant à lnvernes| de trouver, au nord de l’Ecosse, une petite ville biei bâtie, agréable, vivante et animée; nous l’avons ét bien plus de trouver, après les solitudes des comté de Sutherland et de Caithness, après la tempêt du détroit de Pentland, une autre petite vilf industrieuse, pleine de mouvement et de travail.

La ville n’est pas bâtie immédiatement au bon de la mer. Elle comprend une rue principale telle ment étroite qu’à certains endroits seulement deu; voitures peuvent s’y croiser. Pour se garer des roue et des chevaux, il faut ouvrir la porte des maison et y chercher un abri.

Ces maisons sont construites en pierre; plusieur sont fort anciennes, sans que pour cela leur archi tecture offre grand intérêt. Celle de ces maisons qu s’élève en face du Post-Office a été habitée pa Jacques V.

Les façades de ces maisons ne suivent pas ui alignement régulier : les unes avancent, les autre*

LES ORCADES

reculent. Les loges et les balcons couverts des anciennes demeures bourgeoises font des saillies telles, qu’un passant distrait peut s’y heurter la tête. On voit aux fenêtres de la plupart de ces naisons des fleurs et de la verdure, et du côté apposé, en arrière, s’étend un petit jardin soigné, ^âtissé, fleuri.

Les intérieurs de ces maisons, qu’on aperçoit de a rue, sont très-propres , très-modestes. Les meubles l’ont pas de caractère particulier. Dans plusieurs naisons de nos vieilles villes de province, on trouve souvent des armoires et des sièges d’apparence à peu jirès semblable à ceux qu’on voit ici.

I On rêve à l’existence calme et tranquille que jloivent mener tous ces gens, vivant en bonne harjnonie, à l’abri des agitations et du bouleversement lies passions, se réunissant pour passer ensemble me partie des longues nuits qui en hiver comptent ingt heures , se prêtant un mutuel soutien pour raver les rigueurs de ce dur climat. C’est un rêve, t l’on est désagréablement surpris d’apprendre que humanité ne vaut pas mieux là qu’ailleurs; que is hommes s’y détestent, s’y déchirent comme par- )ut oü ils sont réunis.

La presse. — Saint-Magnus. — Le vieil homme d’Hoy. | Les sacrifices d’Odin. — Une maison de paysan. ,

Kirckwall compte, avec ses faubourgs, 3,400 ht' I bitants. Ces habitants sont divisés en six principali!! sectes religieuses, sans compter les sous-division 11 Toutes ont les unes pour les autres le plus vkj | lent mépris. Leurs membres ne veulent ni se voüf ni se connaître, et se traitent réciproquement c Ésuppôts de Satan , d’échappés de Tenfer.

En Angleterre, les édifices consacrés au culte c t la religion officielle d’Angleterre et d’Ecosse portei seuls le nom d’églises, les autres sont désignés soi 1 le nom de chapelles. A Kirckwall , on compte dor l’église épiscopale, les chapelles presbytérienne, unit' libre, congréganiste, catholique romaine, etc. L(| adeptes de ces diverses confessions partagent la pci pulation en véritables ennemis, toujours prêts à ?; battre. .

C’est aujourd’hui dimanche, nous assistons I l’entrée des offices. Ces fidèles, pieux et dévot [ échangent de mauvais regards, et ne dissimulent pcj les sentiments qu’ils professent les uns pour k' autres.

Nous entrons dans Saint-Magnus; la vieille catb^ drale (nous parlerons plus loin de l’édifice) para' vide. Les fidèles présents appartiennent à la sec

Page 1