John O Groat’s house
LES ORCADES
(.la plus intolérante, la plus absolue de toutes les ; i sectes protestantes. Leur tenue est vraiment édifiante; ;ils restent à genoux tout le temps de l’office, la tête 1 baissée et les yeux mi-clos. Afin d’édifier leur pro- :hain, sans trop se fatiguer, ils s’agenouillent comme nous le faisions au collège, la partie supérieure du corps en avant, les coudes sur les genoux et la partie . postérieure assise. De loin ils paraissent à genoux ; on admire leur zèle et leur piété. De près, ils sont i tout simplement assis.
Dans l’église anglicane nationale sont réunies les familles les plus riches; les fidèles sont tous bien mis. La religion anglicane nationale est, dans les Orcades comme dans les autres îles Britanniques, la religion de l’aristocratie et de la bourgeoisie. Mais si dans ces églises ou chapelles les pratiques sont différentes, le culte a un point commun, une ressemblance indiscutable, dans la fréquence des quêtes et l’absence de pauvres. Seuls, les pays latins ont des pauvres à la porte de leurs églises.
Nos deux compagnes de traversée sur le Saint- ' O/q/sont entourées d’un public assez nombreux : elles chantent un cantique, une hymne ou un psaume, et l’une d’elles se met à prêcher au milieu de la rue. On les écoute; on ne les assaille ni de railleries, ni de quolibets. Ce sont des étrangers; les assistants respectent leur initiative, leur droit d’avoir des convictions différentes des leurs.
Kirckwall possède une imprimerie dans laquelle s’impriment deux journaux, lesquels sont, bien en-
tendu, d’opinions opposées. Jusque-là rien que dt naturel; mais où l’étonnant commence, c’est dans ce fait que les deux journaux ont le mêmeTédacteur. Le Kirckwall News et le Kirckwall Progress paraissent tous deux, de deux jours Tun. Le rédacteur a donc un jour de réflexion pour rétorquer ses arguments, se répondre et s’adresser le lendemain des injures du même poids que celles qu’il s’est lui-même adressées la veille.
Il existe à Kirckwall une bibliothèque publique analogue à celle d’Inverness. Bibliothèque publique d’une façon absolue, ouverte tout le jour et une partie de la soirée. Hommes et femmes, tous y sont admis, même les étrangers. Les formalités d’admission, de présentation, sont inconnues. On trouve dans cette bibliothèque les grands journaux de Londres et d’Edimbourg, un grand nombre de revues et de magazines.
L’aspect de la ville est assez triste. Il n’existe pas d’industrie locale ayant une réelle importance.
On n’entend, dans les rues, ni appels de marchands, ni paroles bruyantes. Nous entrons dans un bar : les consommateurs sont silencieux; les uns boivent de grands verres de whisky; d’autres, du lait.
Partout des fleurs : aux fenêtres des maisons, aux corsages, aux cheveux des femmes. A table, devant chaque convive, une fleur enfoncée dans un étroit petit cornet en cristal.
La cuisine de l’hôtel est celle de tous les bons hôtels d’Ecosse. Les viandes sont servies sous forme de tourtes très-lourdes, d’un goût agréable, et que
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ileur assaisonnement très -relevé fait digérer. Pas I d’autres légumes que des pommes de terre; mais six jou huit plats d’entremets que chaque convive arrose 'delait et saupoudre de sucre lui-même sur son asisiette. On ne sert pas de bière; le vin est exécrable; lil vaut mieux le remplacer par du thé, du café ou iseulement de l’eau pure.
I Les monuments de Kirckwall, visités par les jétrangers, sont les ruines du palais épiscopal et celles 'du palais des comtes, qui n’exciteraient aucune curiosité si elles se trouvaient près de Londres, et la cathédrale de Saint-Magnus, qu’on met à tort au rang des merveilles de l’architecture saxonne.
Saint-Magnus est un édihce du commencement du douzième siècle, construit en granit rouge et bien conservé; son plan n’a pas subi de modifications isensibles. Une abside carrée termine le chœur. L’exjtérieur est froid ; les lignes d’architecture se profilent jsans relief. A l’intérieur, les piliers de la nef sont couronnés de chapiteaux ornés de sculptures naïves et rudimentaires. Les profils des nervures des voûtes, idu triforium, des arcs dosserets, sont énormes; c’est june œuvre brutale et grossière, mais, parcela même, I intéressante à étudier.
' Nous avons fait la connaissance d’un jeune architecte que l’Académie de Stockholm a envoyé à Kirckwall pour dessiner et relever les parties les plus importantes de la cathédrale. Il nous accompagne et nous fait les honneurs de son monument. C’est un garçon aimable, plein d’entrain et de joyeuse humeur, un vrai Suédois, un Français du Nord. Nous
faisons avec lui plusieurs excursions qu’il nous facijj lite et nous rend agréables. i
Nous allons à Stromnes, la seconde ville des Or cades, au vieil homme d’Hoy, énorme rocher à pic , séparé de la côte et debout au milieu des eaux, ;'i l’endroit où avaient lieu les sacrifices d’Odin.
Les sacrificateurs faisaient cuire la viande destinéi à leurs repas dans une excavation entourée de pierres ; Ils allumaient un feu ardent au fond de cette exca-i vation, plaçaient sur la braise des cailloux brûlants, rougis, puis la viande. Des fagots de fougère, de{. morceaux de tourbe concentraient la chaleur et l’eiri' pêchaient de s’échapper.
Les excursions se font à l’aide de petits poneys di pays, laids, hargneux, au regard mauvais, à ralltirc fatigante, et dont l’ardeur est difficile à modérer. j I Nous entrons dans une maison de paysans. Le fei: k est au milieu de la pièce : tout le monde peut ainsi k se placer autour, et la chaleur se répand également,; je; La fumée s’échappe par un trou ménagé dans le toit; on ferme ce trou quand la pluie ou la neige tombent trop violemment. Des poissons sèchent sui| des cordes'dendues d’un mur à l’autre. L’odeur de ces poissons prend à la gorge. Nous voyons dans cette pièce une armoire, une table, des sièges. Les lits sont grossiers, mais les couches ne reposent pas sur le sol, qui est pavé. A un clou est suspendue la ceinture de cuir dont les femmes se ceignent les reins pour éviter les douleurs de l’enfantement.
On nous mène derrière la maison, et l’on nous montre, avec un naïf sentiment d’orgueil, un petit arbre
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i-abougri aux feuilles plissées et jaunies. A Pextrénité des branches pendent des boules vertes, sèches j:t dures. Le dernier cerisier d’Europe, nous dit-on.
! Nous le connaissons, ce pauvre dernier cerisier ji’Europe; on nous Fa déjà montré en Norwége, et I j:elui des Orcades n’a pas meilleure tournure que son : Irère. Le vent du nord secoue ses branches, agite ses Veuilles; il tremble de froid. Nous goûtons à une , de ces cerises qui ne mûrissent jamais; une envenioppe verte sur un noyau.
Regnvald.
^ Un roi de Norwége, créant un précédent qui fut hlus tard suivi par Louis XIV, avait légitimé Regnvald, un de ses bâtards. Il Pavait, en outre, :réé comte suzerain des Orcades.
! Regnvald eut à se plaindre de ses frères Halfdan et Gadrod; il leur reprochait, fait assez grave, d’avoir tenté de le faire périr en mettant le feu à son palais. A la suite d’un combat, Halfdan tomba entre les mains de Regnvald. Celui-ci était très-pieux; il résolut, pour être agréable à Odin, de lui offrir son frère en sacrifice. Odin ne pouvait qu’être sensible à ane telle marque de piété. Cette combinaison offrait i Regnvald le moyen de satisfaire ses sentiments religieux et l’occasion de se débarrasser d’un ennemi redoutable, sans que personne ait autre chose que des éloges à lui adresser.
Le roi de Norwége apprit avec un vif mécontentement les dissentiments qui avaient éclaté entre ses fils; il jugea, en outre, que si le sacrifice de l’un de ses fils devait être agréable à la divinité, c’était à lui que devaient revenir les avantages et le profit pouvant en résulter. Il leva donc des troupes, fréta des barques dont la proue avait la forme d’une tête de cheval marin, et la poupe celle d’une queue de serpent de mer. Puis il attendit le premier vent favorable pour aller châtier son fils Regnvald.
Celui-ci connaissait le caractère de son père ; il crut prudent de ne pas attendre sa venue, et, passant le détroit, il se réfugia en Caithness. Une fois en sûreté, il entra en pourparlers avec son père et, pour calmer son courroux, lui offrit de lui livrer douze de ses sujets, lesquels subiraient, en son lieu et place, le châtiment qu’il avait mérité. Cette proposition permettait au roi d’éviter tout dérangement et de faire les économies d’une expédition. Il l’accepta, et Regnvald regagna ses Etats pour désigner ceux de ses sujets auxquels il réservait l’honneur de se substituer à lui dans les graves circonstances que traversait sa couronne.
Les sujets choisis se refusèrent énergiquementà entrer dans une telle combinaison. Regnvald, qui avait ledon de la persuasion, leur expliqua alors que leur refus l’obligerait, lui, à faire la guerre et, par conséquent, à se mettre à leur tête, et eux, à se ranger derrière lui pour aller combattre ; qu’il était de tradition, en pareil cas, pour les simples guerriers de succomber obscurément, et pour les chefs de revenir sains et saufs,
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't couverts de gloire; que, bien certainement, dans es combats qui seraient livrés, plus de douze d’entre îLix succomberaient, sans compter les déprédations ju’en cas de succès les soldats vainqueurs ne manjueraient pas de commettre sur leurs femmes, leurs hamps et leurs maisons. En suivant son conseil, au •ontraire, ils éviteraient toute fatigue, tout dérangenent, tout danger; ils en seraient quittes pour pleuer, pendant un temps convenable, les parents ou -mis disparus.
La force de ce raisonnement convainquit les sujets le Regnvald; ils choisirent parmi eux douze gredins, ' compris la belle Olda, dont les charmes étaient une ause de troubles continuels parmi les habitants des les, et les expédièrent au roi de Norwége, qui se délara satisfait.
Les succès que la belle Olda avait obtenus à la our de Regnvald ne furent rien à côté de ceux iu’elle obtint à la cour du roi son père. Chaque jour, l’étaient de nouvelles querelles : des guerriers s’enj-e-tuaient pour ses beaux yeux, des épouses abanonnées mouraient de désespoir. Impossible de lettre un terme aux déportements de cette femme, ui avait des moeurs réellement déplorables, se riait îs passions qu’elle inspirait, cédait sans contrainte tous ses caprices, et ne savait pas mettre un terme ses fantaisies.
Le roi de Norwége prit donc le parti de la renlyeraux Orcades; mais la femme de Regnvald, qui, îpuis le départ d’Olda, jouissait de la paix dans son énage et avait recouvré le cœur de son époux, ne
voulut pas la recevoir, et, de nouveau, voilà la guéri allumée entre le père et le fils.
Par bonheur, ils avaient tous deux un moyen g < terminer leurs querelles sans mettre leurs jours e péril. Au lieu de se livrer des combats meurtriers, i' désignèrent chacun douze de leurs sujets, les enfermé rent dans un champ clos; le souverain dont les sujet . seraient les plus forts devait être déclaré vainqueur i Puis le père et le fils s’assirent côte à côte, attendant t le résultat de la lutte.
La fortune favorisa Regnvald, et le roi de Nor 1 wégese retira humilié et vaincu. ; ^
Le père et le fils régnèrent longtemps et toujour i vidèrent leurs querelles de la même façon ; ils s’ei ' trouvèrent bien, firent le bonheur de leurs peuple ♦' et laissèrent un grand renom de courage et de sagesse -i
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Lady Seyfried. j
Five o’clock est l’heure du thé dans toutes les île ^ Britanniques, à Kirckwall comme à Londres. Notr | ami Nordensk, qui s’est créé des relations parm | la « gentry » orcadienne, nous présente aujourd’hu | chez lady Seyfried.
Nous poussons la porte d’une grille en bois, placé' f au devant d’un cottage de bonne apparence; nou traversons un petit jardinet dont le vent du nord ; i desséché les pelouses et flétri les fleurs, et nous péné |
trons dans la maison. I
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^ Nous entrons dans un premier salon, a drawing loom » ; les meubles sont confortables, sièges bas et apitonnés, un tapis épais, un piano. Par les fenêtres ||le la loge, on aperçoit la mer et la silhouette des jiôtes. Second salon, semblable au premier, mais plus )etit; celui-ci est occupé. Trois hommes sont atta- )lés, deux femmes causent auprès d’eux. Tous cinq, deux et jeunes, le visage hâlé, recoquillé ; ils joivent du punch et du thé en mangeant des sandvichs. Un vieux domestique les sert avec toutes iijortes de prévenances. Notre arrivée cause quelque rouble.
On nous présente à la maîtresse de la maison; ’est la moins vieille. Elle est vêtue d’un sarrau de oie puce, avec une ceinture bleue à bouts flottants ; es cheveux sont dissimulés sous un tour de cheveux jidonds, et sur la nuque s’étale un prétentieux petit hignon. Sa compagne a la figure cachée sous un aste chapeau. Elle porte un petit sac au bras gauhe, et ses épaules sont couvertes d’un châle orné de ranges. Les gentlemen ont des habits bruns avec des ilets jaunes.
Après les premières phrases banales, la conversaion devient plus intéressante. Ces bonnes gens s’éonnent que nous soyons venus de si loin pour voir 2s Orcades. Ils ne croyaient pas leur pays capable ’exciter tant de curiosité. Sauf lady Seyfried, pas un e l’a jamais quitté que pour aller une ou deux fois
Inverness. Ils se promettent bien de recommencer e voyage, maintenant qu’il est possible de traverser n chemin de fer le Gaithness et le Sutherland. Ils
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parlent Panglais et lisent beaucoup ; mais ils ne paraissent pas bien comprendre leurs lectures et en tirer grand profit. Le mouvement moderne, les questions sociales, les progrès de la science leur échappent. Ils ont entendu parler de téléphones et d’ascenseurs, et voudraient bien en voir. Ils vivent de petites fortunes patrimoniales, du produit de quelques terres et de l’intérêt qu’ils ont dans des entreprises de pêche.
Lady Seyfried ne parle pas ; elle a le regard égaré et, de temps en temps, laisse échapper des interjections dont la signification nous échappe.
Au moment de prendre congé, Nordensk demande! à lady Seyfried de nous montrer le portrait.
« Bavard, curieux, indiscret, malappris », grommelle la lady, dont l’air gracieux, la bouche souriante, contrastent avec ces paroles désobligeantes. Elle nous précède au premier étage et nous met en face du portrait d’une ravissante femme blonde, trèsjeune, en toilette décolletée. Nous regardons lady Seyfried; nous ne faisons pas erreur, entre le portrait et elle, il existe une vague ressemblance; cette pauvre vieille a, jadis, été jeune et jolie. Elle a un sourire, un geste d’enfant , ferme la porte, met un doigt sur ses lèvres, rentre la tête dans ses épaules et nous regarde de côté.
(( Il y a une histoire là-dessous ? demandonsnous à Nordensk, dès que nous sommes seuls sur le chemin qui nous ramène à Kirckwall.
— Certes, et une curieuse. »
Lord Seyfried, fils de lord Tropness, était joueur, .1
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ivrogne et libertin. Sa haute situation, sa grande fortune lui permettaient de donner libre cours à ses mauvais penchants, et il ne s’en faisait pas faute.
Un beau matin, après une nuit passée à festoyer à son club, il fut pris de l’étrange fantaisie d’aller ren- ; dre visite à ses nobles parents, en déplacement à j Cowes, dans l’îlc de Wight. Il se dirigea donc vers I la gare, prit son billet pour Southampton et monta i en v^agon.
1 II était complètement ivre en sortant du club, le j grand air lui avait fait du bien ; pour achever de se remettre, il entra dans le petit cabinet de toilette attenant à son compartiment, et se livra à d’énergiques ablutions.
Quand il rentra dans son compartiment, il vit sa :i place occupée par une jeune et jolie femme que sa > présence inopinée parut beaucoup effrayer. Elle f poussa de petits cris, se tapit dans un coin, jetant aulitour d’elle des regards inquiets. Ils étaient bien seuls, ile train, un train de vitesse, ne devait s’arrêter qu’à idesti nation.
j Lord Seyfried, dégrisé, s’efforce de rassurer sa jcompagne ; il lui prodigue les attentions, les préve- ■pances, est pour elle aux petits soins, et pour que |la pauvrette ne le prenne pas pour un malfaiteur, il . j>e nomme, fait connaître qui il est. j Ce renseignement paraît produire bon effet, Lucy, j'ile a révélé son nom, s’adoucit peu à peu, sa voix '.evient moins farouche, son abord moins sauvage. Üle laisse prendre ses mains; elle les a longues et mes; elle laisse prendre sa taille souple, et ses lèvres
rouges et épaisses ne refusent pas le baiser qu’on leur demande ; ses regards même semblent promettre bien davantage. Mais le train a ralenti sa marche et s’arrête ; les voyageurs sont arrivés.
Lucy change subitement d’allure; elle se précipite à la portière, demande du secours, crie, se démène de son mieux. Elle a été, par trahison, enfermée avec un gentleman déloyal, qui a lâchement tenté d’abuser de son innocence et de sa faiblesse. Elle montre son chapeau bossué, sa robe froissée, son parapluie cassé !
On s’attroupe, on s’indigne, on arrête lord Seyfried, | puis on le relâche quand on sait à quel personnage ' on a affaire; mais deux jours plus tard, il est cité devant la justice de son pays pour rendre compte de sa conduite.
Lucy, professeur de piano sans élèves, septième fille d’un employé du chemin de fer, n’avait pour dot que sa jolie figure. Elle cherchait aventure et ne veut pas laisser échapper l’occasion que la fortune vient de jeter sur sa route; elle entend en tirer i bon parti.
Lord Seyfried n’attendit pas le jour où il devait J comparaître devant la cour de police de Bo^v Street; a il s’y fit remplacer par son valet de chambre, charge -j par lui de donner des explications au juge. Depuis c longtemps, il devait chasser et pécher dans le Nord; fi il mit son projet à exécution. Des lettres d’un ami t l’inquiétèrent au sujet de son procès : il voulut I faire perdre ses traces, et passa dans le Sutherland, I du Sutherland dans le Gaithness et du Gaithness |
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dans lesOrcades, où il s’arrêta, pensantqu’il était en sûreté, et que jamais personne ne s’aviserait d’aller le chercher à Kirckwall.
Lucy, elle, s’était adressée à une de ces agences qui, dans les grandes villes, font profession devenir en aide aux jolies filles dans l’embarras. L’agent lui expliqua les avantages de sa position ; elle peut, ditil, se faire épouser, devenir lady, ou au moins recevoir une grosse indemnité. Lucy refuse toute indemnité. La perspectivede devenir uneladylui a tourné la tête; elle veut être épousée, bon gré, mal gré, et tous moyens lui seront bons pour arriver à un résultat aussi inespéré.
L’indiscrétion d’un domestique lui a fait connaître la retraite de lord Seyfried. L’agent lui prête la somme nécessaire; elle le remboursera avec bénéfices après le succès de l’entreprise. Lucy se met en route, à la poursuite de sa victime.
; Un jour que lord Seyfried, très à court de distrac- ' tions, regardait, du a pier » de Kirckwall, arriver le ; bateau de Leith, il eut la désagréable surprise de reconnaître Lucy parmi les passagers.
Le bateau ne devadt faire qu’une relâche de courte durée à Kirckwall et continuer sa route pour Lerwick, dans les Shetlands. Seyfried eut promptement pris son parti; il laisse Lucy descendre à terre et,
' pendant qu’elle le cherche à Kirckwall, il s’embarque I et arrive à Lerwick. Lucy l’y suit. Il revient à Kirck- I Wall, Lucy était derrière lui; mais, cette fois, instruite , par l’expérience, elle sut se dissimuler et usa d’un j odieux stratagème pour obliger Seyfried à céder.
Une loi d’Ecosse veut que deux fiancés qui ont passé seuls une nuit sous le même toit soient considérés comme époux. Dans leur situation, Lucy et Seyfried pouvaient passer pour fiancés ; il s’agissait donc pour Lucy, comme le lui avait expliqué son conseil, de passer une nuit sous le toit de Seyfried.
Un jour, ou plutôt un soir, Lucy se présenta au cottage habité par Seyfried, le cottage d’où nous sortons; Seyfried ne voulut pas la recevoir. Elle resta toute la nuit à le supplier, à se lamenter, et, le lendemain matin, sortit au vu et su de plusieurs personnes qui la rencontrèrent. Lucy fit les démarches voulues, remplit les formalités nécessaires et fut déclarée bien légitimement mariée à lord Seyfried,
Quand celui-ci apprit que les poursuites entamées contre lui à Londres avaient pris fin par le fait de son mariage, il se mit à rire; mais sa joie fut de courte durée. Ses efforts, ceux de ses amis furent vains, il était bien et dûment marié, et, à son corps défendant, était devenu l’époux de la belle Lucy. La consommation du mariage n’était plus qu’une formalité que, du reste, il refusa d’accomplir.
Tous les magistrats d’Edimbourg, ceux d’invernesset d’Aberdeen lui donnèrent tort. Il entra d’abord dans une violente colère, ce qui était son droit, et ensuite il jura de se venger, ce qui, en général, ne sert pas à grand’chose.
Lucy s’était, de par la loi, installée dans le cottage de son mari et y remplissait le rôle de légitime épouse. Dans les premiers jours, il l’eut en horreur et ne voulut pas la voir; puis, peu à peu, il céda à l’in-
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fluence de son aimable nature, au charme de sa beauté. Il devint bon époux, très-épris de sa femme, qui lui rendait son amour et sa tendresse.
' Ils prirent le parti de s’installer à Kirckwall et d’y I vivre loin des importuns et des curieux. Cette exis- : tence monotone, insipide, les rendit promptement : idiots ; ils vécurent heureux et n’eurent pas d’enfants.
Lord Seyfried partit le premier; sa femme est, depuis cette époque, devenue un peu folle.