CHAPITRE IX
THURSO. — CAITHNESS. SUTHERLAND. —
DUNROBIN CASTLE.
Thurso. — Le matin. — La ville. — La plage. — John O’groat’s] house.
Il est à peine deux heures, déjà le soleil luit ei, frappe gaiement à nos vitres; il entre sans gêne et sans obstacle, par les fenêtres dépourvues de per-^ siennes et de rideaux. '
Nous sommes bientôt dehors : il fait un temps, superbe, nous voyons de grandes raies de lumière, ' des ombres portées, des oppositions de tons qui rem-i placent la teinte grise et uniforme des jours passés. !
La ville dort encore : dans toute la grande rue, la ^
Victoria Street de Thurso, pas un passant, pas un signe de vie. Rien d’étonnant comme Faspect de cette ville éclairée par le soleil, et cependant déserte et abandonnée*
Nous gagnons la mer. Thurso est au fond de la baie. L’œil fait le tour de la plage, suit les lignes des falaises, s’arrête sur les eaux d'un gris verdâtre fin et ; délicat. La brise soulève de petites lames que trans- ' perce la lumière. A Fhorizon, s’élèvent des vapeurs ,1
THURSO, ETC.
ï'\ molles, blanches, légères, qui estompent les côtes et cl promettent la pluie pour le milieu du jour. l| Le soleil monte lentement, caressant de sa lumière éclatante le sommet des falaises couvertes de prairies. ) L’Océan resplendit; il est comme zébré de longs ./ traits de feu. Deux bâtiments vont en sens inverse, “î- là-bas, bien loin; leurs voiles se couchent, disparaisç;j sent presque, et tout à coup se redressent.
Ij Pas d’effets violents, pas de couleurs heurtées. Les y| spectacles de la nature du Nord ont une harmonie i\ à eux, une tristesse pénétrante à laquelle il est imi| possible de se soustraire, et dont l’impression est ineffaçable.
1 Une solitude absolue, aucun bruit humain. La ;t mer gémit et se plaint. Les mouettes courent à tra- . vers les lames, en poussant des cris aigus. Des cor- 'i beaux croassent d’une façon sinistre, s’abattent sur I |i des rochers, au-dessus de nos têtes. De grands hérons ;| s’avancent sur le sable, guettant la proie que leur 'j apporte la marée. Puis, les heures s’écoulent, les ;:| nuages, lentement, ont envahi le ciel et cachent le |i soleil. La brume couvre la terre et s’étend sur l’eau. k\ Un vent froid et humide s’est élevé, il faut se retirer, i \ le spectacle est fini, la toile est baissée, j Les rues de Thurso sont aussi larges que celles de f Kirckwall sont étroites. Du côté des maisons, règne [ un trottoir dallé, sans saillie; la chaussée est occupée par des pelouses, des prés dans lesquels paissent des ■ troupeaux. Les seules voitures qu’on rencontre sont i un petit caisson à bras qui transporte les dépêches et î les paquets de la poste, et un omnibus qui, deux fois
par jour, va au chemin de fer. Quand il fait beau les voyageurs montent dessus, et les bagages occupent l’intérieur; quand il pleut, c’est le contraire qu : arrive.
Au centre de la ville, la plupart des maison; comptent un et deux étages; aux extrémités, elles nt! sont élevées que d’un rez-de-chaussée. Ces maison; sont construites en pierre apparente et jointoyée' Les murs sont très-épais, et les fenêtres fixes le pluî! souvent, afin d’éviter toute issue, tout passage at| vent et au froid. .
Dans la partie de la ville rapprochée de la meij s’élève un groupe de maisons qu’habitent les pêcheurs. Maisons et habitants ont l’aspect misérable cependant nous n’y rencontrons aucun mendiant ni femmes, ni enfants n’y tendent la main. j
L’hôtel de ville est moderne, architecture anglo-’ i saxonne, forrhes et dimensions très-simples. Le;l , églises et les chapelles sont en grand nombre et res-l : semblent à celles qu’on voit partout, en Angleterre j ^ La métropole envoie des modèles qu’on reprodui| ' d’une extrémité à l’autre du royaume. ;
L’édifice le plus curieux de Thurso est une fon ! , taine circulaire placée dans une rue latérale. A cer ' taines heures, toutes les ménagères se réunissen ; i autour d’elle, leur cruche à la main. Ces femme , a attendent patiemment leur tour de puiser de l’eau ' j A peine si, de loin en loin, on les entend échange i une parole; jamais de réclamations ni de propo:, ^ aigres. |
UHôtel royal de Thurso est d’un confortable qu
THURSO, ETC.
étonne. Les quelques chambres qu’il compte sont vastes, d’une propreté irréprochable. Les lits sont immenses, avec cinq ou six couvertures qui ne sont pas superflues. Les bougies de suif sont remplacées par des bougies de cire. Les portes des chambres restent constamment ouvertes, et quand le voyageur est au lit, l’hôtesse vient lui demander (en gaélique) si tout est à sa complète satisfaction.
A table, des petits cornets de verre placés devant chaque convive contiennent des fleurs; une servante accorte les lui attache à la boutonnière, au moment où il quitte la salle à manger.
Sur le registre des voyageurs, nous relevons, en cinq ans, les noms de deux voyageurs français.
La plage de Thurso est une plage de sable fin, doux et uni, qui ferait la fortune d’une station balnéaire; mais les baigneurs y sont rares. On se déshabille sur le sable, on se jette à l’eau et l’on reprend ses vêtements, avec la candeur de l’innocence. Quand plusieurs baigneurs se rencontrent pour prendre leur bain, à la même heure, les hommes vont à gauche, les femmes à droite. Si un homme regarde de côté, il est très-vivement interpellé. L’eau paraît très-froide, et la sortie du bain est d’autant moins agréable qu’il ne faut pas compter sur le soleil pour se sécher.
En suivant la côte de l’est, on arrive, après un assez long trajet, au point de la côte connu sous le nom de John O'groaVs hoiise endroit morne, sauvage, absolument désert et inhabitable. Le vent y souffle sans cesse; les marées y soulèvent des lames énormes, et les courants de l’Océan et de la mer du
Nord s’y brisent avec fureur. On a construit un hôte] ‘ sur la pointe extrême, et bon nombre d’Anglais viennent sy installer chaque année. A leur retour, ils; trouvent que Londres est un séjour agréable, qu’il y | fait doux, et qu’il n’y règne ni vent ni brouillard. I