II I
Le Sutherland. — Concours de révérends. — Dunrobin j castle. — Les fortunes en Ecosse. '
Thurso est à l’extrémité de la partie du comté de . Gaithness qui fait face aux Orcades. Ce sont les: mêmes paysages mornes et désolés déjà vus en allant! i à Tongue : des champs de cailloux; des montagnes! , aplaties; des troupeaux chétifs; des habitants misé-j , râbles. Pas de voyageurs aux stations; c’est à se de- à mander pourquoi le train s’arrête. ^
A Helmsdale, au contraire, on retrouve la civili- I sation. Grande affluence. Groupes de clergymen de l tout âge, de toute figure et de toutes tenues; lesj mines patibulaires, les têtes de cafards, les regards' i; sournois, les costumes malpropres, dominent, lly ] ' a pourtant quelques révérends propres et élégants; ; ils ont le lorgnon à l’œil, les cheveux bien peignés, | et ils brandissent leur parapluie comme une arme, ç Un pauvre diable fait pitié : il est mal vêtu, tient un 1 marmot endormi sur un bras; deux autres s’accro- ï chent à sa longue redingote; sa femme le suit, traî- j nant deux autres rejetons. Plusieurs des révérends 3
THURSO, ETC.
liont manifestement fait un séjour trop prolongé au P bar de la gare.
L La place de recteur d'une paroisse voisine est vacante, et les administrateurs ont ouvert un concours ipour choisir le nouveau titulaire. Le concours d’élo- .■quence, de charité et de vertus chrétiennes s’est [terminé dans la journée. Les concurrents évincés ; s’éloignent tristement; mais la lutte a été chaude, et ces pieux apôtres, après s’être réciproquement accablés d’injures, ont, paraît-il, été sur le point d’en ivenir aux mains.
i| Le chemin de fer suit la côte; le pays change d’as- ^Ipect. Les montagnes s’enchevêtrent; elles sont hautes, escarpées, couvertes de rochers et de forêts. Elles I- s’abaissent en approchant de la mer. Sur l’une d’elles, mi-côte, au milieu d’un épais fouillis, se détache :iane construction énorme, avec des tours, des toits .aigus dont l’aspect est imposant. C’est Dunrobin castle (château du rouge-gorge), la résidence des ducs ■de Sutherland.
N Du vivant du dernier duc, un yacht était constam- Lnent amarré dans le petit port; un train complet jetait remisé sous la gare du chemin de fer qui arrive jausqu’à l’intérieur du parc; des chevaux étaient sellés I dans les écuries; le feu des cuisines ne s’éteignait '' amais, et les appartements étaient prêts à recevoir les naîtres, toujours attendus.
' Cette existence fastueuse a pris fin. Tout ce qui '■n reste est la statue colossale du feu duc, élevée par ■>a veuve au sommet de la montagne, en face de son incienne demeure. Le château est fermé; il attend
IQO
son nouveau maître; on laisse seulement l’étrange i parcourir les allées du parc désert.
La duchesse a quitté Dunrobin. Un long interrègn!^ s’est produit. Le mariage du fils aîné, du chef de 1!) famille, rendra au château son ancienne splendeur;
Le dernier duc de Sutherland a, dans le cours d son existence, donné bien des fêtes. Deux ont, à de, titres différents, laissé des souvenirs. !
La première a été donnée à l’occasion de son mah riage. Tous les parents, tous les alliés delà famille avaient été réunis à Dunrobin. Tous les fermiers gardes et tenanciers du comté, habillés de neuf, au> frais du duc, faisaient la haie sur le passage du cortège. Quarante jeunes filles formaient l’escorte d’hon neur de la jeune duchesse. Elles étaient toutes vêtue:; de soie blanche, portaient au bras un bracelet et ai; cou un collier exactement semblables, bijoux offert: par le duc et décorés de ses armes.
La corbeille de la mariée contenait sept parure: complètes, colliers, pendants d’oreilles, bague et bracelet. Quatre de ces parures étaient en perles et er diamants, deux en perles et turquoises, une en émeraudes. Outre ces parures, dix bracelets en perles, diamants, rubis et améthystes, six en diamants, or et turquoises, quatre en or; dix-huit paires de boucles, d’oreilles en perles, diamants, saphirs et émeraudes; deux couronnes et une tiare.
Le jour de son mariage, la jeune duchesse était revêtue d’une robe de mousseline tout unie. Elle: ne portait ni un bijou, ni un diamant. Le seul ornement de sa toilette était une couronne et un bouquet!
THURSO, ETC. I
jde fleurs d’oranger. Elle était radieuse de jeunesse et !de beauté.
: ! Cette duchesse si jeune et si brillante est devenue jcette bonne vieille lady que l’on voit aujourd’hui jpasser de temps en temps dans Hyde-park, et faire ( jle tour de la serpentine, assoupie au fond de sa voi- ■|ture.
I La seconde fête du duc de Sutherland dont la gé- J Aération se souvient est la fête qu’il donna dans son palais de Londres. Elle fut splendide, éblouissante. ;|Toute la noblesse d’Angleterre y assistait. Les toi- ' lettes des femmes ruisselaient de diamants et de pier- .jreries. Au moment où la fête était dans son plus vif ! pelât, pendant que les femmes les plus jolies, les plus ^ iplégantes, les cavaliers les plus fiers, faisaient assaut ^jie grâce et d’esprit, s’abandonnaient à la joie et au olaisir, l’orchestre se mit à jouer une marche funèbre, i|a au travers des salons passa une lugubre proces- ^jiion : vingt cercueils portés par des croque-morts . firent le tour des salons, s’arrêtant au milieu de j:hacun. Le duc les accompagnait, soulevait les cou- -Ibrcles, expliquait le mode de construction de ces
|:|:ercueils, caisses à jour dans lesquelles la décomposiliion des cadavres devait être rapide. Puis, gravement, jijl engageait ses amis à faire leur choix, jj La fortune des ducs de Sutherland est colossale, ii Is sont propriétaires du comté dont ils portent le ,ffiom. Leur fortune territoriale est la plus grande de Jjl’Écosse, où cependant il en existe de si considéraitples. UEconomist en donnait, en 1874, le détail sui- ,|. i 'ant :
Le duc de Sutherland possède (et il n’est questioi ici que des terres d’Ecosse) 476,600 hectares, près que la surface d’un département français. Le reveni; de cette immense terre n’est pas en rapport avec s£ surface, et ne s’élève qu’à 1,428,675 fr.
Le comte de Breadalbane possède 183,844 hecta-. res, dont le revenu est de 1,475,300 fr.
Le duc de Bucceleugh possède 172,740 hectares, produisant 4, 6o3,55o fr.
Sir J. Mathesen possède 169,824 hectares, don-j nant un revenu de 487,000 fr. '
Enfin, pour abréger cette nomenclature, le duc dej Roxburg ne possède que 20,178 hectares, et en tire! un revenu de i,9o5,5oofr. Il a donc un revenu supé i rieur à celui du duc de Sutherland, bien qu’il nej possède que 20,172 hectares, au lieu d’en posséderl
En dehors de leurs terres d’Ecosse, les ducs de Su-j therland possèdent une fortune dont les chiffres donnent le vertige. j ^
Le duché de Sutherland, traversé par un chemir.|i de fer qui est la propriété du duc actuel, a été, depui^j ' quelques années, l’objet d’essais de culture dont les; résultats ne paraissent pas encourageants. On ne voit 1 guère dans les champs que des tas de pierres et de; ) cailloux. Les grandes fermes, aux pignons surmontés ‘ d’une S colossale, sont désertes ou à peu près, et les i engins perfectionnés, charrues, herses, semeuses, faneuses, batteuses, etc., etc. se rouillent sous Ics ^ j hangars. ,