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CHAPITRE XI

LES HÉBRIDES

: révérend Bugnall Johnston. — Aspect des Hébrides. — Portree. — La pluie. — Le brouillard. — Les génies Browny et Greegach.

Des amis de Londres nous ont recommandé au vérend Bugnall, missionnaire envoyé dans les ébridespar une des innombrables sociétés bibliques Londres. Ce Bugnall est un descendant du Johnston qui fit un voyage aux Hébrides en lyyS, en écrivit la relation. Son petit-neveu a en sa ssession des notes importantes laissées par son rent. Il leur a joint des renseignements précieux meillis par lui-méme, et nul mieux que lui ne ut, nous assure-t-on, nous faire voir et connaître Hébrides.

Ce digne clergyman, quoique encore jeune, passe, puis longtemps, une partie de l’année dans les îbrides, évangélisant et instruisant ces pauvres pulations, remplissant les devoirs de son minise dans les conditions les plus pénibles et les is ingrates. Il brave le climat, les privations, et

tous ses efforts tendent à relever le moral des hab tants de ces tristes îles.

On lui avait écrit pour le prévenir de notre arrivé' on nous répondait de son accueil. On craignait sei;, lement que, entraîné dans quelque île éloignée p£ les devoirs de son apostolat, il ne se trouvât pas i Portree au moment de notre arrivée.

Les détails de cette vie d’abnégation et de dévoue | .| ment nous avaient impressionné, et, à part le prof j que nous devions retirer de nos relations avei ; Mr Bugnall, nous nous sentions un vif désir dl connaître un tel homme.

Mr Bugnall était à Portree pour nous recevoir il vint nous chercher à bord et nous devina facile - i ment, prétendit-il; il nous conduisit à son hôtel, 1 meilleur de Portree, nous installa et ne nous quitt plus.

Le soir, à table, Mr Bugnall but force rasades d champagne; au salon, il dansa un reel très-réuss avec les plus jolies filles. Il eut un vrai succès, et n’étaient son col rabattu, sa redingote boutonné droit, on ne l’eût certes point reconnu pour ui homme d’église.

Le lendemain, quand il entra dans notre chambre | nous avions le front appuyé contre les vitres de Iv fenêtre, nous regardions mélancoliquement l’eau di| ciel tomber dans l’eau de la mer, et étions en proitj aux lugubres pensées qu’inspire toujours un auss i triste spectacle à un homme habitué à voir le soleil Bugnall, lui, était toutpimpant; il pensait sans dout(| à ses succès de la veille, et fumait avec entrain unti

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ipe en bois au tuyau recourbé. Il nous proposa une romenade sur la plage.

Pour toute réponse, nous lui montrons les vitres )uettées par la pluie et ruisselant d’eau.

— N’est-ce que cela? Si la pluie doit vous arrêter, u’êtes-vous venu faire aux Hébrides? Vous serez Dndamné à garder la chambre deux jours sur trois U moins, pendant la belle saison. Dans les Hébrides, L moyenne des jours de pluie est de 244 par an, et endant les 122 jours restant, il fait du brouillard, ependant, pour être juste, il faut reconnaître que arfois en été le soleil a la force de percer le brouilird et de se montrer plusieurs heures par jour. Dans ;s belles années, celles qui ont laissé un souvenir, a a compté jusqu’à 60 jours pendant lesquels le )leil s’est montré.

— Comment se fait-il que, dans des conditions assi peu attrayantes, les Hébrides soient devenues n but d’excursions, un lieu de villégiature, et que ortree, le seul endroit que nous connaissons encore, t pris un tel développement et se soit couvert de instructions importantes?

— Le besoin de changer de place, de voir du nou- ;au, d’aller à l’inconnu, a décidé, en ces derniers mps, quelques voyageurs curieux et chercheurs à înir voir ce qu’étaient les Hébrides. Personne alors e les connaissait. A ces premiers voyageurs se )nt joints des oisifs voulant se promener, pêcher, lasser, prendre des bains. Il a fallu les loger, les ourrir. On a élevé des hôtels le long de la côte, aux aints les plus pittoresques. Des complications de

plus d’une sorte ont rendu, depuis quelque temps ^ l’accès du continent difficile aux Anglais; ils ont di! . rester chez eux. Le nombre des visiteurs aaugmenti en Écosse; les Hébrides ont profité de ce mouvement! - Il valait encore mieux venir à Portree voir du nouj i veau que garder la maison ou retourner dans des en ! droits trop connus, trop fréquentés. L’exploitatioi| idu voyageur a donc pris un grand développemen' j, dans certaines îles, qui, par suite, ont subi une véri lî» table transformation; mais toutes les autres, et mêm^'r les parties des grandes îles éloignées des points habi' Le tés par les touristes, ont gardé leur apparence pre | , mière. Elles ne diffèrent de ce qu’elles étaient autrefoil . que par des changements politiques et sociaux qu j nous examinerons plus tard. Les Hébrides ont, i| i très peu d’exceptions près, conservé un puissanU caractère d’originalité, et quiconque aime le nouveauj ;■ l’inconnu, fait bien de les visiter. Mais, pour tire! T quelque fruit d’un voyage de ce genre, il ne fau| j craindre ni la pluie, ni le brouillard, et prendre su I soi de braver l’inclémence du climat. j ?

Un moment après, enveloppé de notre manteau d' | caoutchouc et abrité sous notre parapluie, nou: f suivions la côte pour aller visiter la grotte du prino jf Charles.

La pluie cessa; elle fut remplacée par le brouil.j jî lard ; le soleil parut un instant, puis la pluie tombai | le brouillard revint; le tout avec une régularité jamaili démentie. i

Tout le long de la plage, de nombreux promeneurs i notre compagnon les connaît tous. Il échange de;

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laluts avec les hommes, des sourires avec les femmes. 1 s’arrête à chaque pas, tient des propos des plus noiidains, nous présente comme « le Français » dont 1 a annoncé la venue. On lui parle du pick-nick de a veille, de la chute de miss *** qui s’est laissé lésarçonner, d’un bar où le whisky était diablement )on, etc. Notre apôtre se montrait à nos yeux sous in aspect nouveau et inattendu. Il était difficile de e figurer sous ces dehors légers un champion de la u'aie foi, consacrant ses jours à propager la sainte Érité, et allant au fond des solitudes consoler, intruire les malheureux confiés à son zèle.

Du reste, il ne cherche pas à paraître autre qu’il l’est en réalité. Une fois la glace rompue entre nous, l se montre sous son véritable jour : joyeux vivant, ;ai, spirituel, ni dévot, ni cagot, très-satisfait de rouver dans l’exercice de son ministère une pro- 2ssion lui assurant le moyen de vivre grassement, acilement, aux frais de la société dont il est le repréentant.

Il jouit d’un traitement avantageux, vient passer été dans les Hébrides, y fait des excursions, des romenades en joyeuse compagnie. Il a ainsi fini ar bien connaître le pays, et, pour ce motif, est trèsecherché. Il ne veut pas se marier; il préfère rester élibataire, il verra un peu plus tard.

Quant à évangéliser, à prêcher en plein vent, la hose paraît facile à distance ; de près, on en voit les ifficultés. Ses efforts seraient vains. Depuis longîmps il a reconnu qu’il perdrait son temps et sa eine, et s’est résigné à tout attendre des circonstances.

Les habitants des Hébrides, les natifs, ont ur religion à eux, religion à peine connue, se rapprc chant, il est vrai, de celle d’Écosse, mais en diffe rant par certaines croyances que « la volonté divin: pourra seule arracher de leur cœur )). Ces croyanctl reposent sur un mélange d’erreurs et de superstition, qu’il est invraisemblable de voir encore debout e' Europe, au dix-neuvième siècle. C’est ainsi que k Hébridiens attribuent à deux génies bienfaisants' Browny, la vierge féconde, et Greegach, le vieillar' à barbe blanche, le pouvoir de faire mûrir les fruit! et germer les semences. Pour se les rendre favo râbles, ils leur offrent des sacrifices de victuailles e de lait frais.

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