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CHAPITRE XIV

GLASGOW

Le brouillard. — La Clyde, — Les quais. — Les rues. — Les enseignes. — Les marchands de lait.

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Le souvenir que nous avons conservé de notre premier voyage à Glascow est un brouillard tel que la ville demeura éclairée au gaz pendant quarante- ' huit heures sans interruption. On allait à ses affaires en pleine nuit; toutes les maisons, toutes les rues étaient éclairées durant le jour, et le soir on retrouvait sa chambre dans laquelle le gaz n’avait pas été éteint. Cette ville, si longtemps, non pas plongée dans les ténèbres, mais éclairée d’une lumière factice, donnait ^ l’impression d’une existence à part, hors des conditions humaines. Nous aurions vécu deux jours sous terre que nous aurions, croyons-nous, éprouvé un semblable malaise.

Nous avons revu Glascow par le soleil, la chose n’est pas ordinaire, et la différence est telle qu’il nous semble retrouver dans notre mémoire l’image de deux villes différentes.

Au milieu du brouillard, une population en gue-

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nilles, sans chaussures, tête nue, les pieds nus dans une boue noire, fétide, se presse à la porte de bars : pleins à regorger. Les rues sont bordées de hautes ' maisons sombres. Le pavé encombré de voitures, de , piétons qui vont en hâte, se heurtent et se bouscu- ' lent. Le brouillard se convertit en pluie; les becs de gaz piquent Pombre de lueurs rougeâtres. Ces rues, j ces lignes de maisons, ces grands espaces entre lesquels coule la rivière qu’on entend sans la voir,

' prennent un aspect fantastique, effrayant.

Par une belle journée de soleil, c’est sur les quais de la Clyde que, dans Paprès-midi, se concentre toute la vie, tout le mouvement de Glascow.

Les bateaux de promenade remontent le fleuve;

; ils arrivent d’Oban, des Hébrides, de Rotshsay, de i Tîle d’Arran, de Greenoch, de Belfast...

Les voyageurs encombrent les jetées, le pont, PAr- ■ gyle et la Trongate Street. Du centre, au contraire, i part la foule des gens d’affaires qui, leur journée ^ finie, se hâtent d’aller se reposer dans leurs villas des ■: lacs. Tout ce monde se rencontre sur la place Saint- I Georges, dans un désordre, une poussée sans nom.

' Les petits marchands, les camelots harcèlent les ' passants; les paper’s boys étalent leurs journaux par : terre, et les moineaux qui nichent dans le chapeau de Jean O’want piaillent avec un redoublement d’ar- I deur.

Dans les quartiers d’affaires, la pluie ou le soleil j ne troublent personne, ne changent ni les allures, ni : les habitudes. Tout Je monde se précipite, court, a la j fièvre. Une seule pensée, un seul souci, le gain,

absorbe les facultés de tous les gens qu’on rencontre. Il faut gagner sa vie, réaliser des bénéfices, attraper un shilling ou une livre. Il faut de l’argent, des bénéfices rapides, immédiats, des jouissances brutales, matérielles. Tous les efforts tendent à atteindre ce but, à satisfaire ce désir.

Parler à ces gens, à ceux d’en haut comme à ceux d’en bas, du travail calme et régulier, des créations de l’esprit, des oeuvres de la pensée, est leur parler une langue inconnue, ils ne la comprennent pas.

Dans ces splendides rues de Glascow dont les magasins regorgent de marchandises rares et chères, à peine quelques rares libraires, de plus rares marchands d’objets d’art. Une exposition permanente d’affreux tableaux qui se vendent aux enchères, c’est là tout ce que trouve l’artiste, l’homme d’imagination.

En revanche, partout s’étalent les produits les plus perfectionnés de l’industrie humaine et le déploiement des moyens les plus violents pour attirer, pour forcer l’attention du passant.

D’immenses bandes de calicot l’arrêtent à chaque pas : Curieux — curieux — curieux; elles recouvrent une maison du haut en bas : Étonnant — étonnant

— étonnant; elles s’étendent sur le sol, dans toute la largeur de la rue : Arrêtez — arrêtez — arrêtez, etc.

...Il y en a en haut, en bas, partout.

Smith, de la maison Smith and C% vient de décéder, nous vendons à tous prix : Entrez — entrez

— entrez.

Lukson a disparu : Lisez — lisez — lisez ; il laut

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L écouler les marchandises de ses fabriques de Stenway. ; Absay and C” ont une échéance le 20 ; les fonds I leur manquent : Voyez — voyez — voyez, t Les tavernes, les bars, les pâtisseries rivalisent de luxe, de dimensions. On entre, on mange, on repart, sans même s’asseoir. Les plus pressés accourent au ‘ son de la grosse cloche qui annonce les tonneaux de j» lait; ils repoussent les servantes pour se faire place,

I dévorent un petit pain et, d’un seul trait, vident un grand verre de lait.

La misère. — Les émigrants.

Quand, de la place Saint-Georges, on se rend à la cathédrale et de la cathédrale à la Glyde, on traverse une série de rues populeuses, malpropres, répu- : gnantes, dans lesquelles débouchent d’autres rues ■ montant et descendant.

Des maisons à peine achevées bordent ces rues.

, Un couloir, sans porte, donne accès dans des cours intérieures coupées, rétrécies par toute une succession t de bâtiments. Ces cours ne sont pas pavées, l’eau des I . toits s’y accumule. Les eaux ménagères n’ont pas : d’écoulement ; elles croupissent avec les ordures de . ' toutes sortes jetées par les fenêtres. Les escaliers qui

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