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I : conduisent aux étages n’ont pas de rampes; les mar

I I ches sont usées, couvertes de fange; plusieurs manquent.

Les logements se composent d’une pièce éclairée i - 18

par une fenêtre, parfois aussi sans jour ni air. Un trou dans le mur sert de passage au conduit de fumée. Comme meubles, une ou deux paillasses avec : quelques mauvaises couvertures, des chaises, une : table, quelquefois une commode, une armoire ou i des caisses. Des loques sont accrochées aux murs. | Des verres, des assiettes, des bouteilles, gisent par l terre. Pas d’ustensiles de cuisine. Les habitants vivent deiiors, achètent des mets tout préparés. Un ' logement de ce genre se loue de cinq à dix francs | par semaine.

Les habitants de ces tristes séjours ont l’aspect mauvais, le regard sombre, inquiet. Le soir, beaucoup, hommes et femmes, sont dans une demi- | ivresse. Le samedi soir, tous sont complètement i ivres. !

Les femmes ont les jambes et les pieds nus; elles ont pour vêtement un mauvais jupon, quelquefois une casaque et un châle qu’elles ramènent sur la ' tête; le tout en loques. Pas de linge.

Les hommes sont chaussés; ils ont une coiffure; | leurs vêtements n’ont plus de forme, on ne peut leur donner un nom. C’est une défroque, bien des fois transformée avant d’être avilie. Pas un ne porte de blouse.

Nous verrons encore pis que cela à Dublin. 1

On nous montre une chambre dans laquelle vi- . valent quatre personnes : le père, la mère et deux | enfants. Un des enfants est mort; les parents, obligés i de travailler le jour, et rentrant ivres le soir, n’ont pas été faire les déclarations nécessaires à la paroisse I

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et ont gardé trois jours le cadavre avec eux. La même maladie qui a enlevé l’enfant enlève le père. La mère s’enivre à tel point que, pendant cinq jours, elle reste étendue près du cadavre de son mari. Les voisins, prévenus par le dernier enfant qui criait la i faim, firent enlever le cadavre.

A côté, une malheureuse femme restée veuve avec f ; un enfant de cinq ans, ne peut payer son loyer, r L’house keeper, le gardien de la maison, obéissant aux ordres du propriétaire, arrache la malheureuse r| femme de son grabat et la jette à la rue. Il faisait grand froid, et il tombait de la neige. La pauvre P femme va, malgré sa répugnance, frapper à la porte t: d’un refuge ; elle grelottait et mourait de froid et de faim. Le directeur se chauffait en buvant un verre de ^Igrog. Il n’a pas de place pour les vagabonds; qu’elle revienne une autre fois. Elle revient deux jours après. Le directeur s’est humanisé; il consent à la P recevoir; mais il faut qu’elle produise un certificat jidu logeur où elle a passé la dernière nuit.

» (( Voilà trois nuits que je couche dans la rue. »

P Le directeur s’indigne. Croit-elle donc que le refifuge soit fait pour recevoir des gens sans aveu, sans ; deu ni lieu? Et il la met à la porte.

, La femme sort; elle était à bout; elle en avait ' assez; elle se couche dans la neige avec son enfant à nia porte du refuge; l’enfant mourut très-vite de faim i et de froid. Le lendemain, quand le directeur sortit, fia femme lui sauta à la gorge, le mordit, le renversa I^et l’étrangla avant qu’on eût pu le secourir. Elle ; .mourut elle-même quelques heures après.

La mendicité est interdite en Angleterre; mais la | nécessité rend ingénieux. C’est à Glascow qu’a été 1 inventé le moyen de mendier impunément à l’aide d’une botte de paille. Le commerce est libre, etaucune loi, aucun règlement de police ne défend à un gentleman de se promener une botte de paille sous le bras et d’en vendre chaque fétu aux passants.

Dans un terrain vague, près d’une station du Soulhwestern railway, est installé un théâtre, le théâtre de la Gaîté. Longtemps avant l’ouverture, le public fait queue, assis le long du trottoir, les pieds dans le ruisseau, se vautrant dans la fange. Des filles immondes, des ivrognes hideux échangent de repoussantes caresses. Les policemen froids, corrects, vont,’ viennent, regardent, sans s’émouvoir, ni s’alarmer.

Nous avons voulu pénétrer dans un des bars de cet effroyable quartier. Notre présence a passé inaperçue. Nous avons pu regarder, dessiner tout à notre aise, sans qu’on parût faire attention à nous. Chacun n’avait qu’une préoccupation, vider son verre, trouver moyen de le remplir.

Les émigrants qui s’embarquent à Glascow poui tenter la fortune dans le Nouveau Monde, sont naturellement presque tous Ecossais. Hommes et femmes sont forts, grands, robustes, jeunes el vigoureux; on devine, à leur aspect, que leur, entreprise sera fructueuse. Bien différents en ceci des émigrants allemands, obligés de se cacher, dt frauder pour partir, quand ils sont dans la force de l’âge, et ne pouvant librement s’expatrier que quanc les fatigues du service militaire les ont déjà affaiblis.

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{En Allemagne, chez Plon et Nourrit, 1884.) Bien différents aussi des émigrants irlandais, vieillis, abrutis par la paresse et Pivrognerie, usés par les 1 privations.

Le départ d’un bateau d’émigrants, à Glascow,

^ n’offre donc pas le côté triste, pénible, que les scènes ; de ce genre offrent au Havre, à Hambourg, à I; Dublin. {Notes de voyage.)

Le bateau est en avant du port, en rivière ; les em- , barcations chargées de passagers, de bagages, l’accos- :-l tentde toutes parts. Tout ce monde a l’habitude de : la mer, n’a pas passé un jour sans la voir, a vécu d’elle. A peine sur le pont, les émigrants semblent [' chez eux; ils savent se retourner, choisir l’endroit f qui leur convient; ils savent comment installer les femmes et les enfants.

Le médecin du bord les examine; un officier d’administration- s’assure que tous savent lire, écrire et (’ compter. L’ordre se' fait dans le grand navire. Le 'moment suprême est arrivé; pas de cris, pas de I chants. Les émigrants ne chantent jamais ; les Italiens eux-mêmes se taisent à cet instant si grave, si pénible du départ.

Une cloche se fait entendre, tout le monde des- I cend; on sert aux émigrants un repas qui coupe court aux émotions dernières. Ils mangent, boivent 'gloutonnement, avidement, comme des gens privés : depuis longtemps de boire à leur soif, de manger à ijleur faim. Ils oublient et ne pensent même pas à dire un dernier adieu à cette terre avare, improductive, qui ne peut nourrir tous ses enfants.

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Saint-Enoch. — Les journaux. — Miss Prodgers et les cochers.

Tribunal de police.

Saint-Enoch n’est ni une église, ni une chapelle, I comme pourrait le faire croire son nom. Saint-Enoch est le nom de la gare centrale du South-western i railway, gare à laquelle est annexé un hôtel du genre de ceux que les Anglais appellent terminus-hotel ; ' , et c’est de cet hôtel que nous voulons parler.

Saint-Enoch’s hôtel est très -moderne; c’est en 1884, croyons-nous, qu’il a été inauguré. Il est re- d gardé comme l’hôtel le plus luxueux de la Grande- j Bretagne, celui dans lequel les dispositions sont le ' mieux prises pour assurer aux voyageurs le confort ; | et le bien-être le plus complets. 1

Dans le vestibule, trois portiers : Allemand, Anglais, Français, reçoivent et guident le voyageur H jusqu’au bureau auquel il doit s’adresser. Le voya- | geur indique l’appartement qu’il désire, petit ou f grand, modeste ou somptueux, du deuxième au cinquième étage; le premier étage est occupé par les :| salons. On lui remet un petit jeton en argent por- j tant le numéro de sa chambre, en le priant dele j conserver avec soin pour éviter toute erreur et toute | recherche. f

Il arrive à Saint-Enoch et il en repart chaque jour $ deux cents voyageurs. Ij

Le nouvel arrivé monte par un ascenseur et trouve !|

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, ses bagages déjà installés dans sa chambre. Les fenê- ■ très sont toutes grandes levées, quelle que soit la i saison. Pas de mauvaise odeur, aucun souvenir du i prédécesseur. Le feu est prêt, et, le soir, le gaz s’al- I lume partout et peut brûler toute la nuit, j Les lits sont immenses, les sièges bas, profonds, i capitonnés, à fond et à dossier mobiles, couverts ! d’enveloppes oudehousses changées pour chaque arri- I vant. Pas d’autres meubles qu’une toilette très-com- I plète, des porte manteaux scellés au mur; tout ce qui I peut empêcher l’entretien de la propreté d’être facile I est proscrit d’une façon absolue, i De chaque côté de la cheminée de la chambre à j coucher, une rangée de boutons de sonnettes électriques, de tuyaux acoustiques, et un téléphone en I communication avec la salle de concert. Faire atten- ; tion de ne pas commettre d’erreur, de ne pas se I tromper, de ne pas sonner, par exemple, le domes- ! tique chargé d’allumer le feu, quand on a besoin j de celui chargé de lever ou de baisser les fenêtres.

I Eau chaude, eau froide à volonté. Montagne de seri viettes.

1 A tous les étages, plusieurs salles de bains; pas I d’autres formalités à remplir que d’entrer et d’ouvrir I les robinets.

' Escalier digne d’un palais; tapis doux, épais, moeljleux, qui étouffe le bruit des pas. Fumoir à chaque étage : il est interdit de fumer dans les chambres, i Quartier des hommes voyageant seuls. Quartier :1 des femmes voyageant seules. Quartier des familles jet des maris voyageant avec leur femme; ce der-

nier est de beaucoup le plus confortable et le plus soigné.

Sur sa demande, s’il ne parle pas anglais, le voyageur obtient, pour son service, un domestique parlant sa langue.

Au premier étage sont les grands salons, salles à manger pour la table d’hôte, pour les déjeuners, pour les repas de famille, pour les repas pris en dehors des | heures réglementaires; salon de réunion pour les s hommes seuls, pour les femmes seules, pour les familles; fumoir, billard, salle d’armes; salon de lecture avec tous les grands journaux, toutes les grandes revues d’Europe; salons pour la correspondance; ! salle de musique, salle de bal, de fêtes, de concerts, cette dernière miseen communication, au moyen d’un téléphone , avec tous les appartements importants.

Les domestiques ont les traditions anglaises. Ils : professent le plus profond respect pour qui, les paye et dépense beaucoup d’argent. Ils méprisent absolu- , ment les voyageurs économes. Ils parlent à peine et ^ ne font aucun bruit.

Les prix sont affichés partout; pas de discussion ni de mécompte possibles. Le temps est passé où les ^ maîtres d’hôtel anglais prenaient pour point de départ de leurs prix le voyageur voyageant seul; celui-là voyageait pour ses affaires, il méritait des ménagements; le voyageur accompagné de sa femme était riche, il payait double du premier; le voyageur accompagné de femme, enfants, domestiques, | voyageait pour son plaisir, il payait triple et qua- ; druple.

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I Au moment de quitter Saint-Enoch, il suffit au I voyageur d’indiquer au bureau de Thotel l’endroit I où il se rend ; il paye son billet de chemin de fer en I même temps que sa dépense. Il pénètre sur la voie I par une porte intérieure, ses colis ont été rangés par J' les soins d’un domestique de l’hôtel; il n’a qu’à

Il aller jusqu’à son wagon trouver la place qui lui est ^ réservée.

|j Les journaux de Londres s’impriment dans la nuit.

I Des correspondants habiles en extrayent immédiatement toute la partie importante, les nouvelles politiques, commerciales et autres, et les expédient par le télégraphe aux journaux des grandes villes, qui, de j cette façon, peuvent, sans grands frais, donner à leurs j| lecteurs la primeur des nouvelles à sensation, douze I heures avant leurs confrères de la capitale qui en ont r payé la dépense.

|| Or, les journaux de Glascow annoncent ce matin i l’arrivée de miss Prodgers, et aussitôt tous les cabmen I de la ville d’être sur leur garde, de devenir polis,

I empressés, et de s’enfuir dès qu’une femme s’appro- I che d’eux, craignant, toujours et partout, de voir L apparaître leur terrible ennemie.

I Miss Prodgers est une « excentric »; elle a juré de redresser les abus dont se rend coupable l’honoi rable corporation des cabmen, et elle les poursuit tous I sans trêve ni merci.

I Miss Prodgers passe sa vie à monter et à descendre I de cab : qu’un cocher réclame plus qu’il ne lui est dû, qu’il ne marche pas à la vitessse réglementaire, vite

elle appelle un policeman, fait constater la contravention et intente un procès à Pautomédon récalcitrant. Elle connaît tous les quartiers de Londres, mieux que les cochers; tous les détours des règlements, mieux que les hommes de loi ; elle ne s’avance jamais qu’à coup sûr.

Dernièrement, à Londres, après avoir pris une voiture « au temps », elle dut en descendre parce que le cocher prétendait avoir accompli le nombre de milles prescrits. Miss Prodgers fit mesurer par un ingénieur la distance parcourue, la trouva inférieure de cinquante yards à la distance réglementaire; elle intenta un procès au cabman, le gagna et fit condamner le délinquant à une sévère amende.

Il lui est devenu impossible de prendre une voiture à Londres. Dès qu’elle paraît, les cochers s’enfuient à toutes brides; on la signale de loin. Elle a dû donner quelque répit à ses victimes, et elle est venue à Glascow entreprendre une nouvelle campagne.

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Les Anglais s’en vont par le monde répandant sur leur compte une foule d’appréciations, favorables bien entendu ; on les accepte sans contrôle, et tout le monde finit par y croire.

C’est ainsi que, par exemple, on célèbre avec grand fracas la façon dont la justice s’administre chez nos voisins, les égards dont on entoure l’accusé, la liberté laissée à sa défense.

Nous avions assisté à une querelle survenue, quelques jours auparavant, au Music Hall, entre deux gentlemen; l’un voulait offrir du champagne à une

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jeune femme assise devant lui, Tautre s’y opposait. Cet autre, en costume d’Alphonse, chapeau melon à bords étroits et complet clair à grands carreaux, était, du reste, complètement ivre.

Une altercation s’était produite, des coups avaient été échangés, et nous allons, au tribunal de police, voir ce qui allait advenir.

Nous attendons l’appel de la cause qui nous intéresse. Les magistrats, président et juges, la perruque ramenée sur les yeux, s’abandonnent à une douce somnolence; les a baristers» (avocats) parlent sans dire grand’chose; les « solicitors )) (avoués) se chamaillent et échangent de gros mots; les huissiers crient des noms que personne n’entend ; les patients attendent leur tour; tout se passe enfin comme partout ailleurs.

La chaleur, mêlée à l’odeur du gin, a incommodé un assistant, il a entr’ouvert une fenêtre; l’air frais venu de l’extérieur a réveillé le président et l’a tiré de sa torpeur. Il jette des regards furieux sur l’assemblée et s’adresse à quelqu’un placé devant lui :

« Eh! là-bas, vous, coquin, qui vous a appris à paraître devant la justice armé d’un bâton?

— Votre Seigneurie fait erreur, ce qu’elle prend pour un bâton est simplement une canne.

— Canne ou bâton, n’est-ce pas la même chose? Vous manquez de respect à la justice en vous présentant devant les magistrats avec une telle arme. Huissiers, ôtez-lui ce bâton. Maintenant, vous, approchez; voyons, pourquoi êtes-vous ici? Dépêchez-

VOUS, croyez- VOUS que nous ayons le temps d’atten- H dre? Qu’avez-vous fait? B

— Je n’ai rien fait. B

— Rien fait. Tous les mêmes. Ils n’ont jamais B rien fait. Vous verrez que le constable ne l’a amené I ici sans autre motif que pour lui faire voir une cour

de justice. Eh bien, allons, quoi? Répondez donc, si vous ne voulez pas que je me fâche. Vous étiez ivre; vous avez battu votre femme; vous vous êtes disputé avec vos voisins.

— Mais pas du tout, [s' indignant) que Votre Seigneurie...

— Comment! pas du tout; so^^ez poli, autrement je vais vous apprendre à qui vous parlez. Vous irez deux jours en prison pour vous apprendre à parler d’une façon aussi irrespectueuse à un magistrat de la Reine.

— J’irai deux Jours en prison, moi, et pourquoi,

s’il vous plaît? I

— Pour avoir manqué de respect aux magistrats.

{A Vhuissier.) Maintenant, de quoi est-il accusé?

l’huissier. — Votre nom?

— James Hallay, je suis...

— Taisez-vous !

l’huissier, au président. — Je ne vois pas ce nom sur les affaires du jour. (^4 Hallay) : Vous ne voulez pas dire de quoi vous êtes prévenu?

— Mais je ne suis pas prévenu.

— Alors, pourquoi êtes-vous ici.

— Je suis témoin dans l’affaire Atriff contre Look-

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LE PRÉSIDENT. — Vous nc pouviez pas le dire plus tôt? C’est se moquer de la justice. Voilà un quart d’heure que perdent tous ces gentlemen par votre sottise.

— Ce n’est pas ma faute.

— Pas de votre faute ! C’est de la mienne, alors. Vous mériteriez que je maintienne les deux jours de prison prononcés contre vous. J’espère que la leçon vous profitera, et que vous serez plus convenable à l’avenir. Huissier, confisquez-lui son bâton. »

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