CHAPITRE IV
Les troubles récents. — Gahvay. — Les maisons espagnoles. — La campagne. — Un marché. — Les enfants à l’école. — Une hutte de cottiers. — Les cottiers. — Leur existence. — Les propriétaires. — La land league.
Les troubles qui depuis si longtemps désolent rirlande ont, après une courte interruption, repris, en ces dernières années, leur violence première. L’Angleterre, désespérant de soumettre T a île sœur » à Paide des bons procédés pratiqués jusqu’à ce jour : famine, gibet et coups de fusil a pris le parti de la dépeupler. Les natifs, comme disent les Anglais, sont chassés de Pile ; ilsémigrent auCap, au Canada; la province de Manitoba est presque entièrement peuplée d’émigrés irlandais; ils sont remplacés en Irlande, au midi, par des Anglais; au nord, par des Écossais. Le centre est plus long à céder, et, de la mer d’Irlande à l’Océan, de Dublin à Galway, il existe toute une longue ligne de contrées réfractaires. Le Connaught est stérile; les propriétaires y trouvent difficilement des fermiers étrangers; la nécessité les oblige à y conserver les Irlandais.
Les « vieux )> Irlandais qui occupaient Cork tendent à disparaître. C’est donc entre Galway et Westport que l’agitation créée par la cdand league » a été la plus vive, que les attentats contre les personnes et les propriétés ont été les plus violents et les plus nombreux. C’est là que nous allons pour avoir une idée générale de l’excitation des esprits, de la misère intellectuelle et morale des habitants.
Galway est une curieuse petite ville, bâtie sur les bords d’une superbe baie. Dès le moyen âge, Galway entretenait des relations suivies avec les côtes d’Espagne. Les échanges entre les deux pays étaient continuels, et les marchands, les armateurs, les négociants irlandais faisaient, pour leurs plaisirs et pour leurs affaires, de fréquents voyages en Espagne. Ils en rapportèrent des habitudes, des goûts différents de ceux de leur pays, en sorte qu’on est tout étonné de trouver, sous le ciel gris et froid de l’Irlande, des maisons, des traditions qui rappellent un autre climat.
Les maisons de la vieille ville ont encore conservé au-dessus de leurs portes les armoiries sculptées de leurs anciens propriétaires. A l’intérieur, on revoit les décorations chaudes et mouvementées qui rappellent le beau ciel d’Espagne. Les moines, les prêtres catholiques, les couleurs voyantes du costume des femmes, le teint olivâtre des hommes, complètent l’illusion et font rêver d’un ciel plus chaud.
Malheureusement, les maisons sont en ruine, les habitants ont l’air triste et souffreteux; il pleut souvent; il fait froid; l’illusion n’est pas de longue durée.
GALWAY