B I R M I N G PI A M
I se grimer, changer de costume, de langage, d’at-» titude et de rôle, est merveilleuse.
Un autre plaisir du même genre, mais d’un ordre moins relevé, est celui que procurent les niggers, ou minstrels. On les retrouve dans tous les musichalls, les tavernes, et souvent même au milieu de la rue.
Ces personnages grotesques vont par bandes. Il n’y a jamais de femmes parmi eux. Ils sont habillés d’une façon ridicule; leur figure et leurs mains sont noircies. Ils dansent, chantent, jouent de certains instruments et se livrent à des plaisanteries triviales, à des contorsions grossières. Leur succès est énorme. Dès qu’ils se présentent, les spectateurs se tordent de rire et les couvrent d’applaudissements. Autrefois, on ne rencontrait de niggers qu’à Londres; mais à présent on en trouve partout. Ils vont dans les villes de bains pendant la belle saison, font les traversées sur les bateaux de plaisance et sont toujours et partout accueillis avec une faveur difficile à expliquer. C’est un spectacle commun, qui n’est pas fait pour plaire à des esprits raffinés et délicats.
Une baraque installée au milieu d’une construction inachevée contient divers phénomènes et choses curieuses. La plus étonnante est sans contredit le cadavre desséché d’une petite fille qui, pendant sa courte existence, a été la plus petite enfant du monde connu. La pauvre enfant a d’abord été exhibée de son vivant; elle est morte dans cette baraque, et la mère
Utilise son cadavre comme elle a utilisé son corps durant sa vie.
On paye un penny pour voir l’intérieur de la baraque et les phénomènes qu’elle contient. Il faut, pour voir le petit cadavre, payer, en outre, à la mère un half-penny. Cette mère peut avoir une trentaine d’années; elle est convenablement mise; un verre de gin est sur la table, à côté d’elle; elle ne paraît pas avoir conscience de l’infamie dont elle se rend coupable.
i CHAPITRE IV
! LKS KCOUl'RS
] School Town. — L’éducation des garçons en France et en ! Angleterre. — Les tuteurs.
I pendant un de nos séjours à Londres, nous avions, chez un ami commun, fait connaissance de Mr Saunders, tuteur à School Town, ville scolaire de création récente et destinée à faire concurrence à Eton et à Rugby.
Les c^uestions relatives à Pinstruction et à l’éducation des enfants de notre classe moyenne ont j depuis longtemps été en France Tobjet de discussions, d’appréciations vives et contradictoires, et Paccord n’est pas près de se faire. Un moyen d’y arriver est de se former, à ce sujet, une opinion per- ' sonnelle et raisonnée.
Un beau jour, donc, nous arrivons à School Town. Mr Saunders nous attendait. Il avait préparé un long discours sur la comparaison des systèmes d’éducation en usage en France et en Angleterre, et, sans perdre de temps, il voulut le placer. — En France, nous dit Mr Saunders, vous avez deux systèmes d’éducation :
l’éducation de la famille et Téducation du lycée. Il est bien entendu que nous ne confondons pas l’éducation avec l’instruction.
Dans le premier cas, les enfants sont externes à un lycée et passent les heures d’étude et de récréation à la maison paternelle. Ils ont des répétiteurs qui leur mâchent la besogne, et ils jouissent d’une liberté relative, excessive et déplorable, à cause des abus qu’elle entraîne, abus inévitables dans les grandes villes. Ils ne jouent pas avec leurs camarades, ne se frottent pas à eux, ne font pas avec eux cet échange de services, de bons et de mauvais procédés qui formele caractère, développe les sentiments d’aide et de soutien mutuel, et crée pour l’avenir de solides et durables amitiés. Leur situation dans la famille en fait des fruits précoces. Forcément initiés de bonne heure aux relations mondaines, à une foule de détails intimes de la vie intérieure, ils entendent des conversations peu faites pour leur âge, assistent à des visites, à des repas, à des fêtes, pendant lesquels des propos légers, des faits fâcheux frappent leur imagination, sont mal compris et mal interprétés. Ils arrivent ainsi à se faire des idées fausses sur une foule de choses qu’ils devraient rester longtemps à ignorer. Les flatteries des visiteurs, des domestiques, leur font s’attribuer une importance qui souvent, les rend pour toujours prétentieux et poseurs. (C’est bien là votre mot, n’est-ce pas?) Trop tôt initiés à la vie, aux scènes de ménage, ils perdent avant l’heure cet abandon, cette naïveté de l’âme, cette soudaineté d’expression et d’impression qui fait le plus grand charme de l’enfance et de la jeunesse.
LES |':C0L1ERS
Dans le second cas, vous vous séparez de vos enints, vous les mettez internes dans un lycée ou dans ne pension. Les inconvénients sont autres que dans i premier cas, sans être moins graves. L’enfant jeté, ès le bas âge, dans un des grands établissements ’instruction publique de Paris ou de la province, ne oit ses parents qu’au parloir, à condition de perdre ne de ses récréations, ou les jours de fête, s’il n’est as en retenue. 11 ne conserve donc pas longtemps Je mtiment des mœurs de la famille, de celte vie intéeure dont les douces jouissances sont à la portée e tous, et qui renferment tant de satisfactions pures t délicates.
En éloignant vos enfants de la maison paternelle, ous les privez complètement de cette vie de famille nécessaire à la jeunesse. Au lycée, ils se font, en uelque sorte, une autre vie, et, lorsque le moment )t venu de le quitter, de rentrer chez leurs parents, s ne connaissent plus les habitudes du père, de la 1ère; la soirée est longue, ils vont au dehors cherler des distractions.
Nous avons, en gens pratiques que nous sommes, Dulu remédier aux inconvénients que je viens de gnaler et laisser l’enfant à la vie de famille sans le river de l’existence en commun. C’est pour répondre ce double objet que nous avons créé les tuteurs, à fois maîtres de pension, professeurs et répétiteurs, , plus que tout cela, pères des enfants confiés à leurs )ins. Ces tuteurs, que nous n’appelons pas des marchands de soupe », vivent en famille avec leur mme et leurs enfants. Ils sont professeurs au col-
i-:n anglkterrk.
lége, ont avec eux, dans leur intérieur, un nombr restreint d’élèves, huit à douze, au maximum, ils leu servent de répétiteurs pour les leçons professées à 1 classe; ils ne les quittent jamais, ne se font ni aide ni remplacer par des « pions ». Ils regardent leir mission comme un sacerdoce, accomplissent leu tâche sans lassitude et sans ennui. L’excessive cons dération dont ils sont entourés, la reconnaissance d leurs concitoyens, la satisfaction de leur conscience sont la récompense d’un grand devoir accompli.
” J’ai ici avec moi dix élèves, fils de gentlemer,j destinés à occuper des postes politiques, à servir leuï pays dans les rangs de l’armée ou sur les bâtiment de l’Etat. Les pères, éloignés par leurs fonctions, le mères, absorbées par les soins de leur famille, d leurs devoirs sociaux, nous ont confié, à Mrs Saun ders et à moi, leurs enfants, objets de leur affection e; de leur tendresse.
Mes élèves vivent au milieu de nous, sans avoir redouter l’excès de la tendresse maternelle ou pater nelle, l’exagération de soins qui nuisent au corps ( amollissent l’âme. Ils font partie de la maison; il s’adressent à moi, leur tuteur, avec confiance et res pect. Je remplace leur père, ils voient en moi u guide dont ils sont sûrs. Je connais leurs qualités leurs défauts. Je me suis appliqué à distinguer d bonne heure leurs aptitudes et le secret de leur ca ractère. J’ai vu se développer leurs penchants, bon et mauvais, j’ai pu, dans cette tâche qui est celle d toute ma vie, encourager les uns, arracher et modifie les autres.
LES ECOLIERS
Afin que Panalogie de la vie de pension avec la '6 de famille soit plus frappante, chaque enfant a, lez nous, sa chambre, son mobilier personnel; il iiange à la même table que son tuteur, à côté de sa mme et de ses filles, qui président les repas II vit jins un milieu qu’il connaît, qu’il retrouvera plus rd sans grands changements, car nos familles an- [aises sont nombreuses.
I Nous écoutions avec la plus vive attention ce séjiisant exposé. Quand Mr Saunders eut fini, il nous roposa de voir par nous-même le fonctionnement b la machine dont il venait de nous expliquer le jécanisme. La chose semblait nécessaire; le seul îoyen d’asseoir notre avis était de ne pas nous conjnter d’explications purement théoriques.
jCe fut un travail de longue haleine, dont nous allons isumer les points principaux. Mr Saunders nous da de son mieux, il faut le reconnaître. Inconsciement, sans doute, il nous dissimula pourtant, le plus issible, le mauvais côté de l’organisation qu’il éconisait, pour ne laisser en évidence que les Dns.
Les chambres. — La vie des écoliers. — Le fouet.
Les chambres des élèves sont vastes, quatre mètres r cinq; elles ont quatre mètres de haut, sont lairées par une ou deux fenêtres donnant sur la mpagne. Toutes sont munies d’une cheminée, avec
grille pour la houille, et d’appareils à gaz pour Fécla rage et le chauffage de Peau.
Le mobilier est confortable ; un lit, placé debou une toilette, une grande armoire, un divan ba en avant, un petit guéridon pour prendre le tl du soir et celui du matin; sur une console accroch( au mur, une pendule-réveil, et enfin une table c travail avec des rayons pour placer les livres et h instruments d’étude, quelques sièges, et sur le paj quet un épais tapis. Aux murs sont suspendus d( portraits de parents et d'amis avec des cartes géogrt phiques, des tableaux chronologiques ou des chrom sans valeur. Pas un objet d’art; mais, partout, d( raquettes, des balles, des gants de boxe, des masque: des fleurets, des éperons, cravaches, etc.
L’habitant de l’une des chambres que nous visitor fit tout à coup irruption chez lui, et, sans se préoc cuper de notre présence, courut à sa toilette, rempl d’eau la cuvette, y versa le contenu d’un flacon t commença à se dévêtir.
(( Vous l’avez été? fit Mr Saunders.
— Je l’ai été », fit l’autre.
Et Mr Saunders sortit avec nous, fermant la portt Au même moment, retentissaient, dans le hall, le voix de mesdemoiselles Saunders appelant Fréde Frédé qu’elles attendaient pour monter à cheval.
« Il l’a été, fit M. Saunders en passant près d ses filles, peut-être ne nourra-t-il pas sortir ave vous. »
Mais Frédé était sur nos talons, en tenue de che val, botté, éperonné, la cravache en main, et, s’élan
LES ÉCOLIERS
• ant sur le cheval qu’un domestique tenait, il partit I a galop, à la suite des filles de son tuteur.
^ Ces deux demoiselles Saunders dont il est ici : uestion étaient les sœurs aînées de Mary Saunders, j ui devait, un peu plus tard, épouser M. Williams î ’nobbs, l’hôte de Stomiron house et le héros de i aventure que nous avons précédemment racontée, i .ucune des demoiselles Saunders n’était mariée à me époque. (Aventure de Will-Knobbs.)
« Il a du courage et de Ténergie, fit M. Saunders VQC satisfaction, car il Ta été, et bien d’autres à sa ''lace ne seraient pas, aujourd’hui, montés à cheval. » ht, s’apercevant que nous ne comprenons pas, il |îprend : « Frédé a été fouetté aujourd’hui, au coli ;ge, pour quelque méfait; mais il a voulu braver |l douleur, et je suis fort aise de cette preuve de coul|ige.
J — Il est donc bien vrai qu’on fouette encore les :'îèves de vos collèges?
— Certes, et j’espère qu’on les fouettera toujours, '|aand ils le mériteront, toutefois.
1 — Et mesdemoiselles Saunders savent que Frédé ^été fouetté?
■ ~ Il ne le leur a pas caché.
i — Néanmoins, elles l’acceptent pour cavalier, ne : trouvent ni sot, ni ridicule? »
M. Saunders nous regarde d’un air étonné. Éviîmment à ses yeux, ceux d’un homme sage et éclairé, ms contredit, recevoir le fouet n’est pas, pour un arçon de dix-huit ans, une punition humiliante, et reprend :
(( Le temps que nos élèves passent au collège et à] pension est bien employé. La manière dont ce temp est utilisé diffère, toutefois, sensiblement de celle e usage dans vos établissements scolaires. »
Lever le matin à six heures, ou avant, sdl plai aux dormeurs. Un timbre électrique est placé au dessus de chaque lit; en touchant un bouton, tou les timbres sont mis en mouvement, et le réveil lieu dans toutes les chambres à la fois. Dispositioi: précieuse, en cas d’incendie, par exemple.
Aussitôt après le réveil, entrée dans la salle de douches, ablutions complètes, .en toutes saisons Après, rendez-vous dans la cour et violent exercio en plein air. Dans l’intervalle, les lits ont été faits les fenêtres ouvertes et les feux allumés. Déjeune dans les chambres, thé, lait, beurre; les élèves sf réunissent souvent dans la chambre de l’un d’euj . pour prendre ensemble ce premier repas.
Travail en toute liberté jusqu’à neuf heures.
Classe au collège de neuf à dix. Récréation de di) j à quinze minutes. Nouvelle classe d’une heure. j A onze heures, retour chez le tuteur, déjeuner er j commun, puis récréation, étude ou promenade, ai j choix de l’élève. 1
A trois heures, nouvelle classe. A quatre heures. ' retour chez le tuteur. Collation: thé et beurre. Etude ' et récréation jusqu’à sept heures (heure du souper er famille), puis liberté complète. Heure du coucher facultative, mais obligation de ne pas être hors de la maison après neuf heures ou neuf heures et demie. Deux fois par semaine, pas de classe le matin et
LES ECOLIERS
ne de deux heures le soir. La classe du matin est emplacée par des exercices gymnastiques, cricket, anotage, boxe, courses, bâton, équitation ou marches )rcées.
Les repas sont substantiels. La cuisine est peu ariée : des viandes rôties ou grillées, des poissons ouillis, des farineux et des conserves d’Australie. Comme hygiène, le grand air, beaucoup d’exerice, un travail très-modéré et une liberté presque bsolue.
Les élèves ne sont astreints qu’aux heures de classe t aux heures de repas, l’intervalle entre les classes mr appartient. Les études, dans le sens du mot 'ançais, n’existent pas pour eux. Il les passent où Is veulent et comme ils veulent. Pourvu que les evoirs soient convenablement faits, le maître ne leur dresse aucune observation.
C’est un peu la situation faite aux externes de
I^os lycées ; mais combien elle diffère de celle faite aux nternes !
Ces jeunes gens, ces enfants, n’ont pas d’uniforme; is s’habillent comme il leur convient, comme le jomporte leur situation de fortune. Pourtant, au ollége, ils portent la robe et le bonnet plat. Dans îurs sorties, ils sont vêtus en gentlemen, veste noire t chapeau haut de forme.
Un anniversaire. — A table. — Un duel. — Conclusion.
En France, nous célébrons la fête ou ranniversaii du jour de naissance d’un des nôtres en lui offrai des fleurs et des présents qui nous rappellent à so souvenir. L’attention dont l’être aimé est l’objet, e pareille circonstance, lui cause les plus douces émc . tions, conserve et resserre les liens d’affection d( familles. Ces sentiments raffinés tiennent à noti race, à notre nature impressionnable; ils sont incoi nus des Anglais. Eux voient dans la célébratio d’une fête, d’un anniversaire, un côté pratique, u : prétexte à réunion qui maintient dans les familf : le principe d’autorité si cher à ces chauds amis de ; liberté. Ils remplacent les fleurs par un repas; c’e à table, en faisant bombance, qu’ils fêtent l’annive ' saire de naissance de l’un des leurs, et, comme 1 familles anglaises sont nombreuses, les réjouissance de ce genre sont fréquentes.
Master Georges Baimouth, fils cadet de M. Ba mouth, chef secrétaire à la Chambre des lords, ava reçu de sa famille, par l’intermédiaire de Sponne le célèbre marchand de comestibles d’Osborn( Street, les éléments du festin qu’il devait offrir à s camarades pour célébrer l’anniversaire de sa naissanc survenue seize ans plus tôt. Le père, la mère, h frères et sœurs avaient exprimé à master George;: