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OXFORD. — ÉTUDIANTS ET PROFESSEURS

LES ÉCOLIERS. 8l

jns des dépêches reçues à l’heure convenable, les " kjuhaits qu’ils formaient pour le voir demeurer en Bj)nne santé et devenir de plus en plus grand et fort, lous aurions, en pareil cas, engagé notre fils au traril et à la vertu.

: Le festin fut digne de ceux qui l’offraient. Tous is jeunes gens avaient le cœur en joie, joie qui ne

i. nait pas du motif de cette réunion, mais des conséliences que cette réunion devait avoir. Malgré leur [ trême jeunesse, ils étaient sensibles à la perspective ÿun bon repas, et leur figure exprimait la satisfaction Ji’ils éprouvaient en pensant boire et manger avec !;cès.

Aussitôt à table, ces jeunes hommes, ces jeunes les blanches et roses, satisfont leurs appétits glou- >ns avec une liberté poussée jusqu’à l’abus. Il vint Q moment où les convives gardèrent le silence, Ddelinant de la tête; il fallut même, par instants, )utenir les buveurs, les raffermir sur leur chaise, es domestiques s’acquittaient de ce devoir gravelent, sans un sourire.

Enfin on se lève de table. Le vénérable M. Saunsrs paraît lui-même avoir mal à la tête, il nous pro- Dse une promenade aux champs.

Comme nous étions près d’un petit bouquet d’arres, au bord de la rivière, un murmure de voix ttire notre attention ; nous nous approchons et ^connaissons un groupe d’élèves discutant avec jnimation. Il nous est facile de comprendre ce dont

j. s’agit : deux élèves d’un collège ont eu une quebile et vont la vider sur le pré. L’un d’eux est Frédé,

le héros du châtiment que nous avons précédemment raconté.

Les combattants ont mis habit bas; leurs manches de chemise relevées laissent voir leurs bras déjà vigoureux et bien formés. Ils sont calmes, de sangfroid et en pleine possession d’eux-mêmes. Les voilà en position, et le combat commence d’une façon régulière, suivant toutes les conditions en usage. L’adresse, le courage, l’énergie dont font preuve ces enfants sont vraiment admirables. Ils échangent des coups terribles, les donnent, les reçoivent ou les détournent, sans trouble et sans effroi. Après un premier assaut, vient un repos de quelques minutes. Un des témoins ploie le genou, offrant ainsi un siège au combattant qu’il assiste, pendant que l’autre lui éponge la figure et lui frotte les tempes avec du vinaigre. Nous voulions intervenir, mais M. Saunders nous engage à laisser ces enfants terminer leurs affaires comme il leur convient. Après trois ou quatre reprises, un des combattants est à bout, et la* lutte cesse.

Ces pauvres enfants ont la figure couverte de contusions, de plaques jaunes, bleues, noires; leurs brasi sont meurtris, déchirés par endroits, et des taches dei sang se montrent sur le blanc de la chemise.

Les choses ne se terminent pas toujours d’une' façon aussi anodine, nous dit M. Saunders; on parle souvent, en pareil cas, de dents brisées, d’yeux pochés, de doigts cassés ou démis. Et M. Saunders part de là pour faire l’éloge de l’éducation mâle, énergique, que reçoivent les enfants anglais. Il la

LES ÉCOLIICRS.

t mpare à celle des jeunes Français, étiolés, soumis caprice, aux ordres d’un professeur, presque tou- ■jjrs quelque pédant ou quelque cuistre. Tous ceux (l’il a connus étaient de basse extraction, mal élevés, ilns relations, sans habitudes du monde, maîtres (jigeants, tyrans subalternes, bourrés de grec et de J in. Leur influence est funeste; leurs élèves les jlennent en haine et en dédain.

{Nous le laissons dire. Sa surexcitation se calme èlle-rnême, et, avant de prendre congé, nous pas- ‘Ins en revue, avec lui, ce que nous avons appris et (Iqui nous a frappé, pendant notre séjour à School own. Le premier soin est le développement de la Htière, la culture de l’esprit ne vient agir qu’a- ]ès.

;Au premier rang, l’adresse, la force physique; au ij:ond, les études et le travail intellectuel. Un tel ‘Islème forme des êtres énergiques, mais inférieurs V point de vue des sentiments élevés et des aspiraii>ns de Pâme.

Les exercices violents auxquels les Anglais s’a- (innent avec tant d’ardeur sont la cause de la brutal|é, delà grossièreté dont ils font si souvent preuve,

< qu’ils se plaisent à étaler. C’est la cause de la f'nlité avec laquelle tout Anglais, gentleman ou 1 mme du peuple, est toujours prêt à échanger des

(iLips.

iQuant à l’éducation des enfants élevés hors de la linille, chez un tuteur, ce système, auquel il faut connaître de sérieux avantages, contribue, quoi ç 'on en dise, à diminuer les liens de la vraie famille

en en créant une factice. Nous nous étonnons beau coup, en France, de la facilité avec laquelle le Anglais envoient au loin leurs enfants. Gommen pourrait-il en être autrement? Ces séparations n rompent aucune habitude, ne brisent aucun liei d’affection.

Dès son bas âge, Penfant est élevé dans une nur sery. C’est une étrangère qui lui donne ces premier soins que, chez nous, la mère se réserve. Dès qu’i est en âge, on le met en pension chez un tuteur qu tient lieu et place du père de famille. Devenu jeunn homme, il va achever ses études dans une ville universitaire, et, pendant les vacances, il voyage sur 1( continent. Son départ définitif, son éloignement, n( sont donc pas une séparation nouvelle, une ruptun des liens de tendresse et d’affection qui l’unissen aux siens. C’est la continuation d’une situatior acceptée de tout temps, et que la rentrée de l’enfan à la maison paternelle troublerait plus que sot absence.

D’où il ne résulte pas que notre système d’éduca tion soit parfait, tant s’en faut. Seulement, quam nous nous déciderons à le modifier d’une façon sérieuse, c’est-à-dire autrement qu’en modifiant de programmes qui, périodiquement, redeviennent le; mêmes, il ne faudra pas copier le système anglais. 1 faudra nous en servir, l’amender, le modifier de façor à le mettre en rapport avec nos sentiments, nos habitudes et notre civilisation.

LES ÉCOLIERS

Les écoles primaires, — Leur construction.

Nous étions, en 1874, chargé d'aller en Anglerre étudier les questions relatives à la construction îs écoles primaires. Le gouvernement se préoccupait a projet, presque réalisé depuis, de la transformaon de nos écoles existantes, de la création d’une oie dans chaque commune.

Nos écoles étaient, à cette époque, dans une situaon déplorable, et les écoles anglaises leur étaient ipérieures à tous égards. Depuis, nous avons été te, si vite même que, tout récemment, nous avons 1 constater, avec une satisfaction bien naturelle, à Exposition d’hygiène et d’éducation de 1884 à pndres , qu’à leur tour , nos excellents voisins raient bien de venir prendre nos leçons. C’est, du ste, ce qu’ils font; ils s’approprient les parties essendles du grand document que l’administration de nstruction publique a publié en 1880, pour régleenter la construction de nos maisons d’école. Mais, r un sentiment peu honorable, mélange de vanité ' de déloyauté, il ne veulent pas reconnaître l’origine <|i bien dont ils s’emparent, et, cherchant à froisser <ux qu’ils dépouillent, appellent écoles prussiennes écoles imitées des nôtres.

La chose, en somme, importe peu; ce qui importe,

c’est de voir nos idées, nos progrès, s’imposer à ceu là mêmes qui veulent y être les plus réfractaires.

Ceci dit, nous n’éprouvons donc aucune difficult i aucun embarras à reconnaître que la construction d( . écoles ne rencontre pas en Angleterre les mêriK i complications que chez nous; qu’au lieu de dépend i seulement de l’administration officielle, elle est, a ! contraire, laissée au bon vouloir de chacun, à l’in i tiative privée de tous ceux qui veulent prendre u tel soin : groupe d’habitants d’un quartier, gens c noblesse, membres du clergé ou hommes d’affaire; peu importe, (iette condition est singulièremei propre à faciliter les perfectionnements^ des ir stallations scolaires. Une autre cause des amélic rations dont les écoles anglaises sont sans ces l’objet vient des efforts des architectes chargés d travaux.

Ces architectes ne sont pas des personnages ofl ciels, irresponsables, favorisés à cause de leurs op nions ou à cause de celles de leurs protecteurs, l seule garantie qu’on exige d’eux, en pareil cas, e celle du savoir, des études et de l’expérience ; p. suite, les architectes n’ont pas à plaire à telle ou tel coterie, à se plier à des exigences qu’ils n approuve» pas. Us sont abandonnés à leurs propres forces, l’œuvre se ressent de la liberté laissée à leur auteu La solution qu’ils apportent se trouve en dehors ( toute idée préconçue, de toute tradition banab aussi, bien que le programme soit forcément un pc toujours le même, ces solutions sont-elles infinimei plus variées qu’elles ne le sont chez nous. "

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I Cette situation favorise une constante émulation irmi les architectes; un échec a pour eux des con- Iquences fatales ; aussi s’efforcent-ils d’améliorer et

I; perfectionner l’œuvre de leurs devanciers, cerins de voir leurs efforts favorablement accueillis et urs tentatives approuvées sans restrictions, si elles ! méritent.

j L’initiative privée prend volontiers en main les

Itérêts de tous; c’est elle qui reconnaît que dans l quartier, dans telle paroisse, une école peut être ile. Les fonds sont réunis au moyen de souscrip- )ns volontaires et de collectes paroissiales. Si les ssources ainsi trouvées sont insuffisantes, le comité l’instruction publique vient à l’aide. Puis, une îîciété s’organise, construit l’école, l’ouvre, la sur- ’iille et assure son existence régulière, son fonctiontment légal. [Les Ecoles publiques en France i\en Angleterre.)

!Les dispositions des écoles anglaises ne sont plus tjîez différentes de celles des nôtres pour être signal|‘s d’une façon spéciale. Il faut cependant apjler l’attention sur les halls ou grandes salles destilies à la réunion de tous les élèves. On donne Ijrtois à ces salles des dimensions et une décoration Éxquelles nous ne sommes pas habitués dans nos éi)les publiques ; elles deviennent une partie import|ite de la construction et offrent un véritable intérêt Si hitectural.

|Les écoles rurales ont une très-grande variété de fj mes, tandis que les nôtres sont trop souvent foncjes toutes dans le même moule. Elles sont aussi

plus importantes, parce qu’en général, surtout da les districts industriels, la population des commun ou paroisses est plus grande, et que les petits hameai sont plus rares que chez nous.

Nous avons visité bien des écoles anglaises et ^ bien des maîtres et des maîtresses. Nous nous ra pelons une de ces dernières, type « excentric » trè réussi. I

Quand nous nous sommes présenté dans scj école, celle de l’un des faubourgs de Londres, el était à sa toilette. Sa classe était confiée aux soi d’une élève. Elle vint, un moment après, en teni] élégante, bien coiffée et fort avenante. Elle avtj chanté, la veille au soir, dans une réunion d’ani| et s’était un peu reposée le matin. Elle nous intr| duisit dans un petit parloir très-confortable, ass éloigné de la classe pour que le bruit ne pût parvenir. Son thé était servi, elle nous offrit de partager. ■

Comme nous lui demandions si elle ne voyait p d’inconvénient à abandonner ses élèves à elles-m mes, elle se mit à rire : — Pour le profit qu’eh; retirent de mes leçons! dit-elle. Puis la conversaticj devint plus facile. Elle habitait seule, ses parents h ■ bitaient en province. Elle avait vingt-quatre ans,p' de fortune, et avait pris la profession de maîtres] d’école de préférence à celle d’institutrice, pat: qu’elle était plus libre.

Un de nous lui offrit de nous accompagner da j notre promenade à ***. Elle accepta sans se fai prier, monta en voiture, luncha avec nous, fut to

le jour très-gaie, très-amusante et surtout très-convenable.

j Nous nous sommes quittes les meilleurs amis du jjmonde, en lui promettant de lui faire bientôt une ^seconde visite. Une de ces promesses qu’on fait tou- ;|jours et qu’on ne tient jamais.

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