‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 106 sur 115 · LES FORTUNES ET LA. TERRE · texte numérisé non relu

LES FORTUNES ET LA. TERRE

Lea btu et Im Mgoa. — L'orisine des fortOBei en Anrentîiie. — Valorisations socceMires d« la tsm. — Exemples incroyables. — Ponr la campaf ne da Rio-Negro. — 2,000 francs la lieae de pampa. — Le pairiotiime proBlable. — A Buenos- Aires, 12,000 franci le mètre. — Tout le monde ipécnle. — DifTéreats modes de ip^nlatîon. — La Décimal. — Dii amis qai ont lenr arenir assaré. — Ouvriers propriétaires. — Les colonifls. — Lotissement des terres. — Speclaela d'an < remate > ou Tente au encbâres, — Un rematador spirituel. — H, Guerrico. — Danger de la surralorisation. — Appel 1 la prudence. — L'Anstralien enthousiaste. — Opti-

On prèle à Mme de Alvear, d'une très vieille ramille argeniine dont le nom est bien conou & Paiis, cet q»horisme :

— II y a deux sortes de gens : les fous et les safes. ËÔ Argentine, les sages sont ceux qui consenrent leurs terres on en achètent de nouvelles; les fous» ceux qui vendent.

Ua adage argentin, inspiré du même point de vue, dit:

Cota quanta quepat, ean^os atanlos veai. Ce qui signifie : < N'achète de maison que si tu en as bûoin, mais des champs autant que tu ea vois, t

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4» SI AR6BNTUIE

Presque toutes les grosses fortunes argentiDei oit. en efTet, pour origine la plus-value des terres, qui x poursuit depuis quarante ans, malgré d'inéritabis crises de croissance. Cette plus-value est le résala logique de l'évolution économique qui, en ces tÎ^ dernières années surtout, transforma le pajs. J'ti analysé en détail, au cours des précédeats cha{HtRi les formes de cette heureuse évolution, faTorisit par l'apport des capitaux anglais et l'émii^oi européenne. L'exploitation plus rémunératrice d«t vastes estancias, grâce aux progrès de l'élevage, eli la mise en culture des terres; rezleoston coatinnele de la culture des céréales et l'augnenlatioa 4t l'exportation qui en résulta; la conquête par l'îrrqi- Uon de r^*ons jusqu'ici dédaignées; la péoétntioi des voies ferrées, dans des contrées lointaines telkt que le Rto-Negro M le Chaeo ; la tendance qai s'accentue de plos en |^ua i lotir, pour la colonisatïoB, d'immenses étendues appartenant i l'État on aoi particuliers, voilà autant de facteurs qui explîqneot et justiSent, entre autres, le jeu complexe de la valorisation des terres.

lu expltqoeat auan l'extrême variabilité du prà de la terre, car, en dehors de ces causes géoérâla de prospérité, des causes accidentelles comme b constnicticKi d'us diunîn de fer, use série it bonnes réeoltes dans une zone déterminée, la découverte de couches d'eau souterraines, la formatim d'an centre de pi^niatioa on riraplemest la transTorniation par un voisin d'un campo naturel en lute^ nièrc ou en champs de céréales, sufliaent i valoriser subitement nne propriété. Il 7 a quelque temps, Taicien goovemew de la province de Iteidoit, M. Emi-

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lio Cirit, vint passer plusieurs mois â Paris. Quand il reviot ches lui, l'une de ses propriétés, qu'au moment du départ il consenlait à vendre 500,000 piastres, fut veudue 1,500,000 piastres. Que s'était-ÎI passé 7 Un chemin de fer, sur lequel il ne comptait pas de si Uït, s'était construit à la lisière même de aon domaine.

A rtieure qu'il est, ceux qui s'enrichissent vite ne sont donc pas tant les iodusiriels et les commerçants que les propriétaires, les spéculateurs de biens ronciers et tes banques. El c'est si Trai, qu'un commerçant enrichi par le négoce n'a rien de plus pressé que d'acheter des terres. S'il est avisé, il a doublé et triplé sa fortune en très peu d'années.

J'ai recueilli, dans les milieux autorisés, des centaines d'histoires de fortunes argentines, les unes déjà anciennes, d'autres de date récente. Je n'en citerai que les plus pittoresques et les plus topiques.

Lorsque le gouvernement argentin décida, en 1878, la campa<!ne du Rio-Negro contre les Indiens, il manquait d'argent. II offrit aux estancieros riches des lieues de campo dans la pampa et dans le sud de la province de Buenos-Aires pour 1,000 et 9,000 francs la lieue carrée (2,500 hectares). Ces terres n'avaient alors aucune valeur. On y trouvait seulement une herbe grossière et ligneuse que les animaux ne mangeaient que poussés par la faim, dans les années de sécheresse. Beaucoup d'Argentins, par patriotisme, en achetèrent.

— UoD père en prit dix lieues, à S,000 francs la lieue, me dit M. U... G... Quand il mourut, elles furent partagées entre ses quatre Qls avec le reste de l'héritage. En 1885, l'alné Tendît son héritage

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pour 30,000 francs la lieue. Eu 1890, le second mai dit le sien pour 75,000 francs la lieue. Eu 1905, le troisième en obtint 3^5,000 francs, le dernier TÎenl de céder sa part pour 325,000 francs la lieue.

II fut même un temps où la terre s'acquérait encore à meilleur compte, où l'on troquait un char de provisions, des chevaux ou des troupeaux de moutons pour des lieues de terrains.

La l^ende veut que la famille R... M..., l'une de* plus anciennes du pays, ait troqué, il y a cinquanu ans, aux Indiens alors maîtres de la contrée, 50 lieues carrées, soit 125,000 hectares de terra, à Mayptt, au milieu de la meilleure partie de la province de Buenos-Aires, contre un troupeau de chevaux blancs.

Quelqu'un me raconte :

— Au retour de cette même campagne du Rio- Negro qui chassa les Indiens, c'est-i-dire vers 1880, M. del C... achetai des of&ciers qui araient reçu des terrains comme don de l'ktat, en récon^ense de leurs services, 100 lieues i Ti'enque Lauqaen qu'il paya S,000 francs la lieue. Eu 1893, on lui offrait 30,000 francs la lieue. Aujourd'hui la lieue nul 300,000 piastres, et toute la propriété 15 millions.

Yers le même temps, le vice-président actuel de la République, M. de laPlaza, obtenaitde l'État 30 lieoei de terre à 2,000 francs dans le sud de la province de Bueno»-Aft%s. Puis, il s'en alla eu Angleterre od il demeura quelques années. Pendant son absence, des agriculteurs se mirent i cultiver leurs champs {voisins des siens, et des chemins de fer furent construits. Quand il revint en Argentine, on lui offrit 150,000 fï'ancs la lieue. Les laboureurs ïtalieuet

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!S capitalistes anglais avaient travaillé pour lui. Vers 1876, un M. Bertram, représentant de la laison Kœnigsgunther, importateur de cuirs et de Lines d'Anvers, avait fait de mauvaises aOaires. 'our dédommager sa maison des quelques centaines a mille francs qu'il lui devait, le brave homme avait raité avec des cliente estancieros et lui ofTrait un otal de 150 lieues,de terre dans la province de Buelos-Aires, soit 375,000 hectares. Ses patrons loi ■épondirenl vertement :

— Que voulez-vous que nous fichions de vos 150 lieues de terre ?

Ai^ourd'hui, elles valent, en moyenne, 500 francs .liectare, et représenteraient une fortune extravagante de â06 millions de francs, si la maison Kœnigs- ^nther avait eu le Qair de conserver son gage, — ce dont je doute.

En 1880, M. H... de H... achetait dix lieues de terrain i Lincoln, dans la province de Buenos-Aires, & raison de 3 francs l'hectare, qui vaut aujourd'hui 600 francs I

Yers 1885, les parents de H. P... reçurent en payement d'une dette de 10,000 francs une terre dans la région de Rosario estimée maintenant 3 millions et demi de francs. Elle a donc plus que trois fois centuplé en vingt-cinq ans.

Dans la Pampa, les terres se donnaient pour rien.

— Nous avons calculé, il n'y a pas tris longtei me dit H. de B..., que nous pouvions avoir un m carré de pampa pour le prix d'une allumetie-boi dans les régions oû sont ai^ourd'hui de magnifi< luzeraiérei.

DinliîHinvGoO^lc

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Dn de nos compatriotes, frasd amateur ii j chasse, acheta il y a dix ans, an prix total it I 130,000 frana. 5.000 bectares de teiro A Geaenl- Villegaa, dans l'ouest de la province de Boeone-Aim, ponr cbasser la marlinette, le lièvre et le eaavd. S revendra sea deux lienei carrte, quand it Toodn, poar S milliona.

Le sud de la {Hrovince de Buenos-Airet a angowalf dans des proportions à peu près égales. En i89t, li lieue carrée à c&té de Babia-Kanca sa vendait 800 francs, soit Si oenlinies l'iieclare, qtti vaat aojourd'hui 300 francs et plus, ce qni met la lieae i 500.000 Iraacs. ■

Hieux encore : |

— Un de mes parents, me racontait le secrétaiie I de H. Manuel Cobo, acheU 67,500 hectares A 14 eea- I tioies et demi, soit 10,000 francs. L'hectare vaut sajonrd'hui 375 francs, et la propriétéf 18 millieoi et demi.

C'est surtont depuis dix on quiaie ans qne ks terres se valorisèrent A ce point.

Plus près de nous, les anecdotes de la valorisatioD, poar être moins fantastiques, n'mt pas moût d'éloquence.

Un esuociero de Rasario, M. delà T..., oie raconte :

— Il ya cinq ans, j'achète une lerrede l,500faectares à 100 francs. Six mois aprèa je la reveads le double à nn Français habitant Paris. Il l'affenne pour quatre aas avec un lo]er ' de 34 fraDci

1. n r« leulamMil qatnia au, k loiw i* la tam, kqalan llMiMda Ttrrnrln (llilt ili T |iI«i1im n m ■■Jiwffcil j» Ij |^ tTM «t aufmMte ctuvM unfti ,

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LES FOIIIVHBS ET Li TERRE i9S

l'hectare, ce qui fittt da H p. iOO. Cette vinée, son fermier est ailé i Psris exprès ponr lui offrir an lojer de 70 francs rbeetare. Ea trois ani, votre compatriote aura donc récupéré le prix de aa terre I

Ces exemptes sont pris au hasard des coDversatioDS, car l'on peut dire sans exagérer que dans toutes les parties de la République, avec des difTérences en plus on en moins, les mêmes ^ts se répètent. La proTÎnce de Cordoba, celles de Santa-Fé, d'Eutre- Rios, de Corrieotes, ont tu leurs terres augmenter considérablement de valeur en quelques années. Dans des régions plus loiolaines, que le chemin de fer n'a pas encore atteintes, les fortunes s'édiûent i Toe d'œil.

Un jeune homme, dont je connais quelques vastes spéculations très intelligentes, et qui est sur la voie de la grande fortune, M. P... S..., avait acheté le long du fleuve Vermeil, 40,000 hectares de forêts ft i franc. Il vient de vendre à une Compagnie le droit de couper les arbres sur son domaine pendant huit ans, à raison de 6 fr. 50 la tonne. Le calcul est Tait sur 200,000 tonnes, soit 1,300,000 francs. La Compagnie s'engage, en outre, à installer un chemin de fer. Dans huit ans, te propriétaire, ayant touché près d'un million et demi, rentrera en possession de ses 40,000 hectares, qui auront pris alors une valeur décuple et oà it pourra installer un troupeau de 35 à 30,000 vaches.

Dans les centres urbains, snrtont i Rosarto et i Buenos-Aires, il va sans dire que la valorisât!''

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suivituDe marche bien plus extraordinaire encore.Le prix des terrains, dans le quartier élégant et le quartier commerçant, touche à la fable. On vend ici U mètre cent fois le prix d'un hectare de champ.

La famille Alvear possédait, sur la place Su Martin, une maison et un jardin établis sur one snpvficiede 6,000 mètres carrés payés aabreroîs quelqoa milliers de francs. Elle rient de revendre cette propriété au Jockey-Ctub à raison de l,i29 francs le mètre, soit près de 7 millions de francs.

Au coin de Florida et de Rivadavia, le mètre ml 5,500 francs.

En passant me Florida, à l'angle de la rue Cangalto, je m'étoDoe devoir, dans une b&tisse en construction, les chantiers déserts. Le haut de la maison est déji décoré, tandis que le fer et les briques des étagei inférieurs sont encore visibles. Je m'informe et j'apprends que la maison, presque achevée, va être démolie par un nouveau propriétaire qui a payé près de 13,000 francs le mètre (le double du terrain le phu cher de Paris, place de l'Opéra et boulevard des Italiens).

Des imprévus comiques :

La ville ou l'État, je ne sais, donne à la colonie Italienne un vaste terrain pour y tirer à la cible. Au bout de trois ou quatre ans, l'emplacement a pris une grosse valeur, la société de tir — société privée — i» vendre à son proGt ce terrain, c'est-i-dire faire une opération magniCque, et aller s'installer ailleurs. Ed attendant, un entrepreneur fait des briques avec la terre des talus du champ de tir.

Dans !a banlieue proche de Buenos-Aires, les anciennes maisons de campagne, abandonnées mainte-

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