LES FORTUKBS ET LA TERRE M
coupons de rente, il acquiert une DouveUe eslancia, qa'il Iroqaera l'année suivante oa dans deux ou trois ans, avec de gros profits.
Tant d'occasions se présentent dans ce jeu d'olTrei et de demandes que les revenus dont dispose t'acbe' teur sont insoftisants. Alors il hypothèque une de ses propriétés. On m'assure que, jusqu'aux plus riches Argentins, tous sont hypothéqués. L'hypothèque devient ici un jeu. Une spéculation s'offre à un propriétaire, n hypothèque ses biens, se sert de l'argenl qu'il en retire pour acheter un nouveau terrain ou pour bâtir une maison de rapport. Avec te hénéQce de sa spéculation, il paye les intérêts, rembourse l'bypo- thAque, et ainsi de suite. Il trouve dans les banques le plus lai^ crédit.
Cette libéralité des banques ne profite pas seulfrmeot aux riches. Beaucoup de geai sans fortune, fonctionnaires, employés, ou ayant une profession libérale bénéûcient de la confiance des établissements financiers dans la fortune du pays. Il leur suffît d'être honorables on d'avoir un répondant sérieux pour que des crédits de plusieurs années leur soient ouverts. Et le capital lui-même s'engraisse k cette spéculaiion.
Je connais des jeunes gens — mettons de 30 & 35 ans — sans fortune, mais exerçant ane profession libérale et vivant dans un milieu de gens riches i Buenos-Aires, Ton d'eux professeur i la Faculté de droit. Ils décidèrent, i trois, d'acheter an Tandil une terre de 6,157 hectares & S35 francs l'hectare, soit 1 million et demi de franes. Le contrat les obligeait i payer la première année 220,000 francs, la seconde année 350,000 francs, et ainsi de suite. Que fîrent-ils? Comme ils n'avaient pas d'argent, ils prirent une
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800 ZJl ARGENTIHE
hypothèque de 880,000 fnmcs, ce qoi lear fût ta.ak, la terre achetée par eux étant estimée i millicHi ei demi. Avec te produit de l'hypothëquef ils payeront les trois premières annuités, plus l'intdrftt de rainent emprunté.
— Et après? demandai-je & l'un d'eui.
— Après, on verra, fit-il gaiement Pais reprenant son sérieux :
— D'ailleurs, nous avons déjà revendu, qnelquei jours après la sigaature du contrat, — 300 hectares i 7S7 francs, soit 240,000 Trancs. Et comme notre terre est très bonne et très recherchée, elle va se valoriser encore et nous gagnerons de l'argentl
Ceci est, à proprement parler, da jeu. Le boursier qui spécule sur la hausse des papiers escompte, lui aussi, une plus-value & un terme plus ou moins éloigné. On ne peut donc pas dire que ce genre de spécolations soit sain. Qu'on achète un terrnin avec de l'argent qu'on a en trop, et qu'on attende qu'il se valorise, rien de mieux. Si l'on s'est trompé, on n'a fait de tort à personne qu'i soi. Tandis qu'acheter une terre sans autre argent qoe l'hypothèque qu'on en tire, c'est se mettre dans le cas de léser le teadeur de la terre ou le préteur hypothécaire, si U terre, au lieu d'augmenter, diminuait un jour de crise. Mais toutes les raisons que j'ai données de l'augmentation probable de la valeur du sol, les Argentins en sont tellement persuadés, que l'hypothèse pessimiste ne leur vient pas i l'idée. Comme tous les jeunes gens bien portants, comme tons les jeunes pays prospires, l'Argentine ne croit pas qu'elle puisse tomber malade.
De moins audacieux, sans s'adresser aux banques.
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