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LB QUARTIER DES RÉSIDENCES

Jolii Domi io Ri«9. — Dnnmirea «omplnraiei . — La Recoleta.

— L'arema k>- or. — Le Semenr elle Fancbear de RodÎD.

— Pabrmo. — Con» quotidien. — Promenado fatlidîeage.

— On Tieot u montrer. — L'arenue des aveux. — Beanté dei femmea argeatinei. — Lei vieux jeunei geu. — Sain d*<té.

Le Jardin bolaniqae. — Un architecte payiagiito franfidt t M. Thaji. — U Jardin aoole^oe. — H. OnellL

Le quartier des résiâences commence autour de U place San Uarlin, qui est un morceau de parc anglais, et i^oriânte vers le Nord, dans la direction de la Recoleta etde l'avenue Alvear. Écoutez ces jolis noms de mes : Esmeralda, Gerrito, Parera, Callao, iuncal, Arenales. Elles sont pavées de bois; quelques-unfta bordées de platanes. Rue Parera, on a fait i gracieux : sur le bord du trottoir déjà planté d '^radministration a semé une bande de gazon qoesfleors. Quand toutes les rues aaruiL cette U n'y en «ara pas de plus belles au monde.

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C'est dans ce quartier que se dressent les somptueuses demeures des gens riches de Buenos-Aires, de l'aristocratie, comme on dit ici, les hôtels des Âlrear, des de Bary, des Anchoreoa, des Gobo, des Casarès, des Unzué, des Quintana, des Pereyra. On y voit des balcons fleuris, des essais de style composite, dont beaucoup sont heureux. Certains de ces hôtels sont entourés de jardins — magnolias, patmiers» pins, platanes, — bordés de grilles ; la plupart n'ont qu'on petit jardin derrière, car le terrain atteint ici des prix exorbitants. Si l'on né regarde que Taspect général des façades, on pourrait parfaitement se croire dans le quartier de la Plaine-Uonceau; les maisons paraissent aussi riches, le style en est quelquefois pareil, souvent plus joli, au moins plus hardi et plus varié; les architectes s'y sont permis des tentatives qu'ils n'osent pas i Paris. Pourtant des diGTArences n'échappent pas i un œil exercé. Les façades ambitieuses imitent parfaitement ta pierre de taille, ' mais sont en briques recouvertes d'un crépi auquel on a donné l'aspect de la pierre. Les plus riches sont mêmes revêtues à leur soubassement d'une fine lame de pierre.

Toutes sont serrées les unes contre les autres, comm* des loges de théâtre. A peine si, de place en place, on peut apercevoir, par une étroite allée, entre des pergolas couvertes de volubilis, les flots jaunes du Rio de la Plata qui, de loin, miroitent an soleil.

A un tournant do l'avenue Alvear, le seul tournant peut^tre de toute la ville qui ne soit pas & angle droit, on a la surprise charmante d'un i point de vue >. Ils sont asses rares dans la ville plate et reo-

BUENOS-AIRBS Cl

titigae pour qu'on s'y arrête. C'est la Becoleta. On «'est empressé de profiter d'un petit v&llonDement propice au pittoresque en y eemaat des pelouses en pente, en y traçant des allées en labyrinthes, plantées ' d'arbres, lauriers, magnolias, eucalyptus, ceïbos, palmiers, cactus-cierges, dracénas, ricins, aloës, et de toutea ces planta aiguës des tropiques, poignards, lances, scies, baïonnettes, dagues, parmi des rochers coorerts de plantes grimpantes, où de l'eau court et saute en cascadant et en, chantant. Derrière cette T^tation s'élèvent an ancien couvent de Récollets qui sert aujourd'hui d'hospice de vieillards, et le cimetière aristocratique de la Recoleta dont l'entrée e'it un lat^ fronton grec dominant un parvis spacieux 'planté de colonnes. Au-dessus, un vieillot petit clocher ^pagnol i jour, avec sa cloche Tisible,6e dessine sur le ciel bleu, et conlribae, ma foi, à faire de ce coin, qui est l'entrée de la grande avenue, le point le plus joli de la ville.

Après la Recoleta, l'avenue Alvear fuit en ligne droite jusqu'au Parc de Palermo. C'est une voie spacieuse de quarante mètres de large, macadamisée et goadronnée,plantée d'arbres, Apeine habitée jusqu'à présent, une avenue du Bois de Boulogne dans l'en* fance. Quelques jolies demeures pourtant, celles des ramilles Hariano Unzué, Chevallier et Targa, lui donnent déj& son caractère de luxe, tandis que des terrains vagues, des hangars, des ateliers, des remises, des dépôts de fer et de bois, des échoppes de marchands de vins, des pépinières, des maisons sans étage, la haute cheminée des machines élévatoires pour les filtres des eaux courantes, témoignent de la ville en formation et créent des contrastes pittores- •

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qu6s ; des eheraux paissent eatre deox villis ; d'immeoses affiches égaient les échafaudages de nuiaoos enconBlniclioa. Dei restaucanls équivoques se sont élevés là, et ont pris des noms prétentieux : LongchanÉps, Bristol, ArmeaonvUle. Ou y trouve aussi no Sfcatii^-Rink qui s'appelle le Pavillon des Roses oâ la Société de Beneficencia o^anise souvent des tHet lu profil de ses œuvres.

De place en place, le milieu de l'avenue est occupé par des pelouses plaotées de fleurs et d'arbustes. La . perspective s'ennoblit de deux superbes statues de bronze de Rodin, le Semeur et le Faxteheur, et de fontaines & trob vasqnes. Les detB c6tés de ruenoe | sont bordés d'arbres superbes.

Et on arrive & Palermo.

Palermo est le seul lieu de rendex-vous publie de la société de Buenos-Aires. Parc assez vaste* i^anté d'eucalyptus, de palmiers, de tipas, d'acacias, de saules pleureurs et d'ombus. Il date d'uiM quartntaine d'années; on manquait alors d'hommes de goût qui sussent tirer parti des choses existantes, mais il Alt terminé par notre compatriote, H. Thays, l'architecte paysagiste de Buenos-Aires. C'est lui qui dessina les lacs semés d'Iles et distribua les éclaircies et les points de vue. Halheureuseinent, il ne put alors supprimer le chemin de fer qui traverse le pare et tirer parti du Rio de la Ptata, qui le longe de bout en bouL II paraît qu'on va déplacer bientût ce chemin de fer et construire une alléie sur les bords du fleuve. k la bonne heure I

C'est li qu'a lieu le Corso qaotidiea.

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Dès efaq benres apris midi, qund le soleil est deveav Moins duod, on voit let autos de luxe, les Tktoriu defraad style aitelées de eupeiiies trotteurs, et qiM^[nes fiacres, traverser A toute vitesse l'avenae Ah«ar, se dirigeant vers l'avenae Sarmienlo, ear ce n'est pu dus le parc que vont ces équipages. Il ne s'agit pas de respirer l'air firais et pur, ni de rêver, ni de se recDeilUr, ni de causer. Non. Ceet dans une seule avenue, longue i peine de quatre cents mètres, rarenne Sarmiento, {rfantée de hauts palmiers on peu Enés Bisôs qui lui donnent «ne grande noblesse, que loat le nonde se précipite, an mitien des Tuteurs da pétrole, on parmi le crottin de cheval. ^ rangées 4e véhicules, allant an pas, se frdlent dans les deux •ras. Quand on est arrivé an boat de l'allée, oo revient, et ainsi de suite jinqn'i la tombée dn joar. Les «otres allées dn parc restent désertes, et pourtant quelle b^e promenade k hin sons ces saules pleulears d>u vert si tendre, ces «nbus, ces eacatyptus, ces peapliwst

TCnit le monde se connaît, natareUement, et se salue cérémonieusoDent. L'étrai^w est ftappé du silence de cette foule, de son mainUen lin peu raide, de la grave immobilité des figures et de U vie extraordinaire de* Tcux. Chacun vous dévisage fixement, avec une hardiesse inconnue. Visiblement, les bommes viennent regarder tes femmes, sans antre dessein ; les femmes viennent se regarder entre elles. Elles arbwent leurs pins belles toilettes, l«irs chapeaux les phis magnifiqnes et les plus nouveaux; elles sont H pour se montrer et pour voir les antres; cdies qui ont asseï tonmé ^t arrêter leur équipage contre le trottoir et regardent le défilé. Qnelqaee-nnes dee-

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cendent de leur voilare et marchent sur le trottoir de fauche ou s'asseyent sur les bancs, par petits groupes, échangent des saluts, des sourires. Sur cette allée de gauche, la jeune fille rencontre enfin le jeune homme qui depuis si longtemps se contente de la dévorer des yenx, et qui se fait présenter. C'est Tavenae des aveux. Presque toutes les conversations tournent autour des récentes et des futures fiançailles.

Le luie des femmes est remarquable. Quant à leqr beauté, elle est sans égale. On peut préférer, eertef^ la souple élégance naturelle des Américaines du Nor^ ou la gr&ce coquette des Françaises, mais il est imposa sible de voir de plus jolies figures que dans les équipages de Palermo. Jeunes femmes au teint mat, aux grands yenx brûlants, aux traits reliera et fins, mais immobiles, d'une expression grave ; pures jeunes filles au regard sans timidité, au sourire discret, elles font penser aux beautés de choix cloîtrées dans les mystérieux harems des rois arabes et qui, par un afro>. lant miracle, se dévoileraient soudain pour voire perdition. Leur ardente grflce, la passion contenue et peureuse de leurs gestes, et surtout le feu profond de ces regards dans ces physionomies sérieuses et concentrées, mettent au cœur du passant étranger, i l'heure du Corso de Palermo, des rêves de volupté intense et religieuse qu'il lui faudra bien vite éteindre.

J'ai bien souvent assisté i ce Corso. J'y venais, chaque fois, avec la résolution d'observer un aspect différent de la foule, et, chaque fois, j'étais obligé i la même constatation : on vient ici pour montrer ses toilettes et pour en voir. En voiture, on ne parle même pas. It faut se hâter de regarder la file de

droite et la file de gauche, et il ne reste pas de temps poar dire un mot. Aussi le silence estil général. Jamais un rire, ja'mais un éclat de vois.

Parmi les équipages se trouvent quelques victorias, quelques autos et quelques fiacres oA s'étalent des jeunes gens. Ils sont trois, quatre ou cinq dans une Toiture, affalés, l'air revenu de tout, ou bien le chapeau enfoncé en arrière, fumant de gros cigares ou des cigarettes. Agés de seize à vingt ans, ils affectent I ces poses fatiguées, et par contraste, ils évoquent la virilité saine des jeunes Américains du Nord, ou la tenue sérieuse et digne des Allemands et des Scandinaves de leur âge.

' Le soir tombe. Peu & peu les fîtes de voitures s'épuisent. Elles quittent l'avenue Sarmiento et remontent l'avenue Alvear. Les autos somptueuses s'éclairent à l'intérieur des lampes électriques qui font resplendir les capitons et les mélaux I de ta carrosserie; on a une dernière vision des jolies figures et des yeux troublants, sous les fleurs et les aigrettes des chapeaux. On rît à présent, on jabote, car il n'y a plus rien à voir.

Les soirs d'été, de novembre à janvier, avant de partir pour la plage de Har del Plata ou pour l'estancia de l'intérieur, on retourne & Palermo. Car il n'y a pas un seul autre endroit pour respirer et surtout pour se rencontrer. Hais alors on descend plus volontiers de voiture.

Les jeunes filles, assises sur les bancs et les chaises, cotre les hauts palmiers, semblent dévorer du re-

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gard les hommes qai passent, les jeunes gens snriOQt, qni, i leur tour, les fixent avec nne impertinence sans pareille. L'éclat des yeux vii^naux brille plus fort que les rayons de la lumi&re électrique qui vient s'y jouer. (I faut avoir vu celte rangée de grands yeux noirs alignés et vous soivant dans l'obscurité en ayant l'air de vous parier, sans jamais se détourner ni s'abaisser, — et qui ne disent d'ailleurs rien que lear cnriosité — pour avoir une idée de ce qu'un regard de vierge peut contenir de phosphore. Car, fait curieux, il n'y a li, entre jeunes gens et jeunes fiîles, nen d'équivoque ni de malsain. Les uns et les antres savent parfaitement ce qu'ils ont i attendre d'eux. Visiblement, ils jouent k se regarder, parce que c'est le seul jeu qu'ils savent permis et qu'ils se permettront.

Le Jardin botanique deBuenos-Aires, sîluéàproximité de Palermo, est sans doute le plus précieux et le pins complet des Jardins botaniques du monde. S'il a'apasiabeauté somptueuse de celui de Rio de Janeiro, il renferme, au point de vue scieniiGque, une collection sans pareille des arbres de l'Amérique du Sud. A l'entrée, on est charmé par une réduction du jardin de TrianoD, planté de troènes, lilas, lauriers, bais taillés, ormes, tilleuls, et fleuri de verveines, de valérianes, de pensées, de roses et de genêts d'Espagne. La section argentine est une véritable création de M. Thays. Avant lui, les Argentins ignoraient complètement la Bore de leur immense pays.

Ils peuvent i {vésent y voir représenter lears bois

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