‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 111 sur 115 · LES FORTUNES ET U TERRE SOI · texte numérisé non relu

LES FORTUNES ET U TERRE SOI

de la bière geztis et mAme & manger, si Ton fait bien les choses. Des plans du terrain arec l'indication des lots sont distribués aux assistants. Le rematador grimpe sur une table et commence son boniment qu'il ponctue de plaisanteries pour animer l'assemblée.

Les acheteurs signent un papier, et versent un acompledoDt le montent est fixé d'avance.

J'ai assisté à l'un de ces remates, une après-midi de dimanche.

D s'hissait d'aller vendre au mètre six hectares de champs, situés i quelques kilomètres du centre de Bnenoft-Aires et appartenant aux frères P... Nous allflmes, i deux heures, prendre un train bondé de gens se rendant comme nous au remate, femmes, enrants, marins, soldats, mais aossi des ouvriers et des capatazes en habits des dimanches.

Nous nous trouvions avec les deux propriétaires et le rematador tui-mème, H. Guerrico, qui méprise les réclames foraines et respecte la seule tradition du train gratuit.

En s'éloignaDtversTonest, la voie du chemin de fer est bordée de nouveaux quarlierst

— Il y a trois ans, dit H. Guerrico, tout ce que vous voyez \k était désert. Le bétail y paissait.

Quand le traia s'arrèla, au bout d'un quart d'heure, nous pâmes admirer la gare toute neuve. A vingt mètres & peine de la station, une tente entourée d'oriflammes se dressait au milieu d'un vaste champ. Des mes y étaient tracées et des rangées de jeunes arbres s'élevaient avec des lampes électriques de place en place. Des cordes attachées & des pieux indiquaiuit la division des lots de terre.

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Un petit vent froid EOufBalt da sud. If. Guemeo db:

•^ I) faudrait aa temps an peu pins chand pour stimuler les enchères.

Des marchands de biàre, de tabac, d'oranpei, le tiennent devant les tréteaux.

Des chars-i-lMucs amènent des petits propriétaires voisins venus pour se rendre compte, d'apiîsleiHii de la Tente, de la ralorisation probable de leartemi eux.

— Voici, pensais-je, en embrassant d'im coup d'œil le spectade, le tableau d'une ville argentine qui te fonde.

En effet, il n'; manquait rien : la gare, le propri^ taire du terrain, le remalador, les rues tracées, la bec d'acétylène tout neuf, les futurs habitants.

Nous pénétrâmes sons la tente àéjk pleine aux tnw quarts.

H. Goerrico monta sur nne table, cambra aa petiu taille, et son regard Qt le tour de l'assemblée. GoiS£ d'un chapeau noir fendu, le pied bien pris dans U bottine vernie, la coarte moustache militaire relevée en pointes, il a l'air énergique et décidé.

Il dit :

— Avant de commencer les endières ce terrain a si valeur d'avenir et vous le savez, puisque voua êtes U. Quand les enchères seront finies, il en aura ane bies plus grande, car vous serez deux cents qui apportera ici nn million de piastres pour bâtir vos msJaoBi, tracer vos rues et les éclairer,

11 aperçoit sans doute quelques sceptiques qoi cligaentdel'œil.n fiintcoupercourt, et les regardant ta face, il lance :

— Je ne riens pas ici ppnr vendre aux DDalins, li

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LES FORTUNES BT LA TERRS 509

Kux geni intelligents. Geux-Ii troaTeot toitjours tout trop cher et ne gagnent jamais d'argeot. Je vends aux stupides, aux idiots qui achètent les yeux fermés. Ceux-ci gagnent toujours de l'argent en ce pays et ils vont encore en gagner aujourd'hui.

Puis, une clef dans sa main droite, il commença la criée, lançant les chiffres par petits cris rapides, dansants et chantants. Les lots les plus proches de la gare étaient naturellement adjugés au plus haut prix : 32 et 25 francs le mètre. Quand le rematador, ayant questionné du regard l'assemblée, frappait de sa clef la paume de sa maia gauche, l'acheteur s'avançait vers la table aux écritures ; il sortait de sa poche, d'un geste lent, un paquet de billets de banque qu'il coinplaitdeses doigts gourds, signait, donnait sa car le et son adresse, et empochait son titre de propriété. La plnpart étaient des ouvriers endimanchés, ou des contremaîtres italiens, ou de petits boutiquiers.

Les lots se vendirent bien. Les propriétaires paraissuent contents.

La tente se vida. Dehors, je causai avec un capataz piémontais qui venait d'acheter un lot. Arrivé depuis un an à peine, comme contremaître maçon, il travaille déji i son compte, et a gagné assez d'argent pour verser une provisioD sur le prix de son terrain.

Des groupes discutent. Un Espagnol, contrebandier et marchand de hois de construction, venu pour acheter un lot avec l'intention d'y établir ses magasins près de ht gare, fait un bruit d'enfer parce que la première enchère monte & 30 et 95 francs le mètre.

— Je voulais bien mettre 15 francs, mais 35 francs, nonl non! non I Ces ventes sont de la blague neuf foif

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Kie EN ABGEifTIEIB

sur dix, criait-!!. Ce simt des compères qui aebèleai les premiers lots pour eieiter les autres.

— Achetex an lot plus éloigné de la sUtion, lui soufOe paciâquemeat qaelqu'ua, vous le payas moios cher.

— Pour qu'un concurrent vienne se mettre deiui moil... Non. Il faut qu'on voie mui enseigne en déb -[tiant du train...

Et il s'en allait, répétant furibond :

— Tout ces reniâtes, c'est de la blagne I

Cette valorisation outrée n'est pas toujours rédle, il est vrai. Des spéculateurs malbonnèles en aboseoL Ils font vendre leurs terraiog aux enchères, quelques compères poussent, poussent, et l'un d'eux achète fictivement i un prix élevé. Du coup, les terrains votsins, le bloc tout entier voient leur valeur augmenter, et la spéculation a lieu. Ces artifices, le jour d'oK réalisation véritable, pourraient produire de graves mécomptes.

La survalorisation se produit surtout dans les villes. Car, i la campagne, les terres sont encore loin d'avoir atteint leur prix normal. Je parte des bonnes terres de la province de Buenos-Aires, de Cordoba, de Sanla-Fé, d'Enire-Rios et de Corrientes.

Pourtant, un homme qui doit s'y entendre, H. Artla, chimiste renommé, doyen de rinstilut agronomique, me disait très honnêtement un jour, duis soo laboratoire, od nous causions du Rio-Negro :

— Il faut se méfier de cette valorisation exagérée des terres, de tout! Elle annonce toujours les crises...

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LES FORTUNES BT lA TERRB &11

Oui, on peut faire pousser des plantes dans ce limon des montagnes apporté par Teau des crues du Rio Negro; mais on obtiendrait les mêmes résultats avec de l'eau ordinaire et de la poussière de briques. Quant à la terre elle-même, elle ne vaut rien. Quatre cents piastres rbectarel C'est de la folie; tous ne payeriez pas cela & Ghivilcoy où on caltive depuis cinquante ans, sans arrêt, sans eau et sans fumure I

< Et puis, TOUS cultivez du blé ou vous élevez du bétail i Limay, mais il faut les amener i Bahia- Blancat

< Dans Hendoza, on déconvre une montagne d'alun , excellent produit poarpuriGerleseaoï. On vient offrir l'alun i Buenos-Aires.

< — Combien la tonne?

t — 20 piastres.

( — Et le fret?

t — -10 OH 15 piastres.

( — Au total 30 ou 35 piastres. Bon. Hais nous le recevons d'Angleterre à 16 piastres la tonne rendue à Buenos-Aires I

4 Oui, conclut ce-jour-là le vénérable savant, il y a d'innombrables richesses en Argentine, mais qu'il faudra savoir exploiter à l'heure propice. Pour Tinstant, cette valorisation me parait liors de toute proportion avec la valeur vraie des choses. >

Il y a là, certes, un grave danger. Le tort de beaucoup d'Ai^entins est de vouloir confondre la valeur acluetle de leur terre avec sa valeur possible dans un ; avenir peut-être encore lointain, quand le pays sera ' plus peuplé et que les conditions d'exploitation, i force de travail et de capitaux, se seront améliorées encore.

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5» El) ARGENTIKE

Grflce k ce blalFoa & cette so^estion iavolontiîre, ils en veulent obtenir des prix trop élevés et donaenl i la terre une valenr de pure oonvendoo.

Là crise de 1889 n'eut pas d'autre caose. On a arriva, en considérant le sol comme une simple matière à spéculation, i décupler sa Tslenr et i créer tiosi des fortunes fictives. Les banques les plus sérieuses prêtaient k des propriétaires sur des titres illusoires. Des Sociétés de prêts hypothécaires, des Sociétés anonymes d'achat et de vente se formaiat quotidiennement. Un jour vint où l'on voulut réaliser. On se trouva en présence de beaucoup de papier. Hais l'or manquait. Tant de fortunes, édifiées sur de simples espoirs et une confiance excessive s'évanouirent.

Les pessimistes, mais aussi des gens très sérieux, redoutent toujours pour l'Ai^ntine une crise analogue. Ils prêchent la prudence, redoutent le bluff des spéculateurs, n'ont foi que dans une Talorisati<m réelle de la terre par le travail, et désirent ardemment une réforme monétaire dont j'aurai l'occasion de par^ ter plus tard, réforme qui stabiliserait déflnitlTement k fortune de l' Argentine.

Il faut se méfier des bonds soudains du prix de Is terre dans des coins inconnus et des engouements auxquels les Argentins sont enclins. Leur enthousiasme naturel et l'instinct d'imitation des foules produisent des anomalies provisoires que, d'aillearSf le temps corrigera.

Trop souveot, les entraînements pa^agers, les inti-

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