U CHARITÉ
IiM œarres philaathropiqiiBi. — La Société de Bieortiitoea •si exelniiTeroeDl compoiéa de femmei. — Une geitloo do 23 miUions de franc» conSée à un comité da douie Tammes. — Monopole discoté. — Le Jour des Paufres. — L'Hdpilal RivadaTia. — Le paTillon Joié Cobo. — L'Hoipice municipal des Vieillard!. — Physionamies d'hospitalisés. — Coaversatîoiu «TOC qnelqaes-UDS. — Ils aimeut l'Argeuliae, malgré leur destin. — L'Asile Natiooal des EafanU-TrouTés. — Les filles-mèr» et le ( zagooan >. — Lei Dames ds Saint- Vincent- de-Psnl. — ËlablisïemeoU modèles. — L« Pairenage de l'enrance. — Pédagogie intelligente. — Les eryhe- Unati et It joie.
Un mouvement superbe se constate dans toute l'Argentine pour la création d'hfipiiaux et d'établissements philanthropiques. Il correspond, évidemment, à la prospérité du pays, en même temps qu'au sentiment qu'il est dû quelque chose de cette prospérité à la population trarailleuse...
Les Argentins comprennent aussi fort bien qu'il
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est de rintérSt mftme de leur pays de ménager un peu l'existence de ces immigranls venus de si loin pour créer la richesse argentine, de celte précieuse main>d' œuvre sans laquelle le sol n'a plus de fertiUlé, le soleil et la pluie perdent toute leur vertu.
J'ai visité les principales œuvres philanthropiques de la ville. Un certain nombre d'entre elles sont dirigées par la c Société de bienfaisance > constituée en 1833 par Rivadavîa, grand homme d'Ëtat argentin, véritable pionnier de la dvilisaiion dans l'Amérique du Sud.
Il avait vite perçu que dans un pays alors composé presque exclosivement de colons espagnols, pas très riches eux-mêmes, d'ailleurs, et venus pour s'enrichir, la seule réserve de dévouement à exploiter pour le soulagement de la misère des faibles, il la tirerait de la sensibilité des Temmes. Son calcul était bon. Car, depuis cent ana bientôt qu'elle existe, cette oeuvre exclusivement Téminine n'a lïtit que grandir, et ses bienfaits sont innombrables. La Société est composée d'une soixantaine de femmes choisies dans les meilleores familles de Buenos-Aires auxquelles l'État confie — littéralement — le soin de ses pauvres et de ses malades. Ces dames se recrutent entre elles, par vote, et leur choix est approuvé par le gouvernement. Presque toutes celles qui acceptent cet honneur envié sont des mères de famille d'un certain âge que leurs enfants devenus grands ont délivrées des soucis hmilianx, ou des célibataires et des ve\ives pouvant consacrer tous leurs loisirs au bien puMie.
Ce monopole féminin est cependant bien discuté. A présent qu'il a grandi jusqu'à devenir l'un des rouages les plus Importants de la ne municipale, et
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malgré tout le dévouement et ta capacité dont les « dunes de bienfaisance > firent preuve dans l'adminiatration de leurs œuvres, il parait qu'on antagonisme se &it sentir de la part de lenre confrèrae en charité qni dirigent certains établissements municipaux et voudraient avoir en mains tonte l'assistance publique officieUe.
11 est déraisonnable, prétend-on, que des femmes, déclarées mineures par la loi en ce qui concerne l'administration de leurs biens personnels, aient le droit de disposer de millions qui leur sont confiés par le gonvemement et le publie.
Des bommes habitués an maniement des affaires ne B«aient-il8 pas plus aptes à régler des questions financières de cette importance, à constituer des réserves, à les faire fructifier, bref k concevoir plus largement l'admiDlatration des deniers publics?
Voilà la thèse.
Ne pourrait-on pas la retourner et dire : c Comment se fùt-il que des femmes qni donnent tant de preuves de sagacité, d'économie et de prévoyance dans l'administration des intérêts publics soient déclarées, par la loi, mineures pour ce qui eoncenie la gestion de leurs propres biensT >
Le gros argument contre la gestitm féminine, c'est le cfaifEra imposant dn budget que les Dames de la Beneficeocia ont à leur dispodtioD.
' L'Ëiat accorde à la Société de bienfaisance une subvention annule de 3 milliims 1/S de piastres papier, soit prés de 6 millions de francs. La Soci^ refoit, en outre, des dons et des legs de particuliers, ainsi que les bénéfices des ventes et des fêtes de charité, des collectes annuelles organisées par elle
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S fixes, ce qui constitue ud revenu d'une dizaine ; liions de ptaBtres, soit S3 millions de francs, • 'emploi ai)p3rlient entièrement & un Comité de ' femmes, élues parmi les sociétaires et par elles. ) trouve quelques banquiers retirée des affaires, i seraient pas fichés d'occuper là leurs loisirs prendre en même temps une importance.
s, fiëres & juste raison de leur passé et de la Srité présente de leur œuvre, les Dames de la cencia résistent.
en effet, à voir la perfection des œuvres, les h que le zèle de ses membres y apporte chaque on se demande en quoi les malades et les M bénéficieraient de rintrusion des hommes. >position avec l'insouciance civique de tant tntins, préoccupés surtout d'intérêts person- 11 de politique, j'ai été frappé, au contraire, et, i l'avouer, étonné du sérieux, de la gravité, du éressement et de la conscience arec lesquels âmes acceptaient une si lourde responsabilité, ai vues, exactes et avisées,' minutieuses dans inspections, sévères dans leurs contrôles, dis- . des adjudications avec un à-propos ettme con- Dce parfaite des hommes et des choses, ingés et finement persuasives dans les moyens de ■curer les sommes indispensables à la bonne e des affaires des pauvres. dit que ces œuvras sont subventionnées par qui lire ces subventions du fonds des loteries. %Ia ne suffit pas à l'activité bienfaisante de ces organisations. Et les dames du Comité, le procurer de nouvelles ressources, créèrent 108-Aires et en province U Jour des Pauvres.
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Le i octobre de chaque année, aidées de to bonnes volonléa qui se présentent, elles voni elles-mfimés, i travers la ville, et arrivent récolter en une seule journée près de 500,000 Elles envoient paiement, dans les principal de province, des aumfinières confiées à des pe actives et dévouées, et qui leur reviennent d'or.
Les grands dons magnifiques sont assez rare fait pourtant.
On cite Mme Unzué de Atvear qui vient < construire un hôpital d'enfants i Har del PI 'cite Mlle Agoirré, sorte d*ap6tn i la bonté inép qu'on trouve partout où il y a du bien i 1 H. Roveramo, le plus fort donateur de toute ', tine, qui distribue 500,000 francs par an en c Certes, beaucoup d'autres fondent un pavilloi lits d'hdpital, en mémoire d'un défunt chéri, : vent largement aux œuvres et, en général, tq familles riches donnent, et même généreuseme ces dons n'ont rien de comparable, toute pre gardée dans les fortunes, aux munificences qu< l'esprit de généreuse solidarité dans l'Ai du Nord, par exemple, ou en Allemagn protestants.
La Société de bienfaisance dirige à Buen l'hôpital Rivadavia pour les feinnies, deux ! pour les folles, celui des Enfants-Trouvés don chaîne jusqu'à la majorité pour les placer celui des enfants malades, des établissemei
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orphelins et orphelines, ceax des Goattes de lût, au nombre de huit i Buenos-Aires. Elle entretient ^[âlement près de H&r del Plata un hôpilal pour scroruleux et un autre pour les tuberculeux.
Dans une année, le mouvement des malades asds-
tés et hospitalisés à la charge de la Société de bien-
. ibisance se chiffre par 40,000 malades assistés sans
'. hospitalisation, i33,000 consultations gratuites,
4,000 opérations chirurgicales importantes.
J'ai visité ces établissements et n'entrerai pas dans le détail de leur organisation. Qu'il mesufOse de dire que leur installation répond en tous points aux exigences de l'hygiène moderne. Partout des salles spacieuses, bien éclairées, des cours verdoyantes et des jardins Qeuris.L'hâpitalRivadaTia, l'un desplns beaux, reçoit 560 pensionnaires dontMseulementpayantes, i cinq ou dix piastres par jour, selon les chambres occupées. Tous les malades ayant un certificat d'indigence peuvent parUciper gratuitement à la consultation, ceux qui n'en ont pas payent l'ordonnance quarante centimes. Avec cet argent, l'administration créa une salle de distractions qui renferme une bibliothèque et un oi^e électrique.
C'est li que les malades, dès qu'elles le peuvent, viennent se délasser de l'atmosphère ordinaire des salles de souflVance. Elles oublient alors qu'elles sont '. à rbôpilal. La plus grande tristesse des prisons et des hôpitaux vient du silence et de la monotonie pesante des heures, toutes semblables, qui vous laissent seul avec vos pensées et vos douleurs. I^ musique, mime la musique mécanique, si le son est beau, a la vertu suprême de vous faire évader dn présent, de la peine physique et morale; bien^t
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in^préciable qu'on devrait étendre i (ou lu hIIm de paoTrea et de uudades.
Il y a dans ce même hôpital Rindam nn pavillon récemment construit qui porte le nom d'une des plos riches familles de Buenos^Aires et qui fat offert à la Société par les enfants de José Gobo, i la mort de celui-ci. Il coûta 450,000 francs. Par la perfection de l'installation et la propreté exemplaire, ce parik loa vaut ce que j'ai tu de mieux dans les premien hôpitaux européens.
A la municipalité incombe l'entretieB de l'Hospice des vieillards qui lui coûte 25,000 francs par mois. Neuf cents vieillards, homme* et femmes, sont en train de Gnir leurs jours dam ce vieux couvent dont on aperçoit les murs vénérables derrière les plantes tropicales de la Recoleia. Quelle source amère de réflexions et de tristesse, que la contemplation de ces ruines humaines, venues il y a trente ou quarante ans d'Espagne, de France, d'Italie, remplies d'espoirs et d'énei^e pour séduire la Fortune I
Ces hommes et ces femmes ont dans le regard l'infinie désolation des vaincus ; ils ont l'air de dire : c Nous avons assez lutté, nous avons reçu assez de coups et de blessures, nous n'en voulons plus. Conservez^nous ici, toujours, toujours, à l'abri des tempêtes du ciel et de la méchanceté des hommes. ■ Une pitié fraternelle vous prend devant tant de résignation et de douceur. Notre égoïsnie est pins dur ; pour la jeunesse qui lutte encore, et notre combativité ne s'apiloie pas, ou s'apitoie moins, sur la fore
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blessée quipeat s'opposer à tacôtre. A voir ces centaines de vieillards brisés, cassés, nous faisons un retour sur nons-mëmes. Le peu de bonté qui nous reste, nous voudrions l'étendre toute et en réchauffer ces perclus et ces meurtris.
Pour les Argentins — qui sont des gens très sensibles, j'ai pu l'observer — il s'^'oute un autre sentiment. Us se disent : c Pauvres gens, qui ont travaillé ici pendant cinquante ans, nous ont apporté leurs forces, leur travail, ont contribué à enrichir le pays, i nous enrichir nous-mêmes, les voilà plus pauvres que le jour de leur venue, et sans plus d'espoir de bonheur... Quelle amertume ils doivent ressentir au Tond do cœur pour ce pays, quel regret de la patrie perdue 1 >
Eh bien, non I J'ai causé avec quelques-uns de ces malheureux. Ils n'ont plus la force de regretter ni de maudire. Ils ont oublié leur première patrie ou s'en sont tout ft fait désintéressés. Pour la plupart, devenus de simples<animaux humains absorbés par ridée de la nourriture, du lit, de la vèture, du repos surtout, leur bonheur vient de la satisfaction de quelque vice habituel, tabac ou boisson. D'ailleurs, écoutez-les : l'Ai^entine ne leur a fait aucun mal; ils y vécurent largement, ils profitèrent de son climat heureux, de la facilité générale et de l'abondance de la vie. Ils aiment l' Argentine malgré leur destin, et s'ils avaient à recommencer leur existence, c'est ici qu'ils viendraient, mais en agissant autrement.
Tel est, en général, l'état d'esprit des émigrés qui n'ont pas réussi.
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HalgrJ le peu d« goût qu'on i, «n rieillissaot, i se faire souffrir par le spectacle du malheur «t de la ■oufirance, il m'a bieo fallu aller visiter aussi l'asile des Enfants-Trouvés, institution nationale'. On les traite aussi bien que possible. Et it n'y a aucune différence entre cet hdpital-refuge et tes établissements du même genre que j'eus l'occasion de voir en France et en Allemagne. 260 enfants sont soignés i l'hôpital mftme; 1,800 sont élevés au dehors, dans des familles choisies par radministration. C'est exactement notre système d'assistance publique française. On fait l'analyse du lait des nourrices, des médecins inspecteurs vont une fois la semaine — ou doivent y aller — visiter les enfants chez les éleveuses.
Les malades sont soignés dans de coquets pavillons séparés, tout blancs, entourés de parterres et de jardinets; il y a celui de la coqueluche, celui de la rougeole, celui de la diphtérie, celui de la scarlatine, etc. Ëtuves de désinfection, laboratoires d'analyses, laboratoires pour la fabrication des aliments farinés et lactés, rien ne manque i cet asile modèle. Quatrevingts nourrices fournissent, à poste fixe, le lait à ces nourrissons de l'Etat.
Cest qu'il y a, en effet, beaucoup d'enfants abandonnés à Buenos-Aires. Des femmes, des filles, viennent ici pour travailler, un homme les abuse, les abandonne et les voilà mères... Que vont-elles faire
1. Le badgat uiiiasl de rUtdUl l'éltre 1 1,800,000 frenci, dont 900,000 traac» poui le pajremenl dai nourrlcu eitenui, 176,000 tt. poar le penoDoel et 110,000 treaci de fraie gtoAranx,
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du petit? Comment gagner leur vie avec ce colis encombrant, exigeant et oiard? Elles vont le placer dans le c zagouan » de la première maison venue, sorte de vestibule situé entre la porte d'entrée et le patio. (Test là que chaque soir, si la vocation vous en venait, vous pourries, à coup sfir, découvrir trois ou quatre petits abandonnés', comme les fermières savent où trouver les œufs de leurs poules.
Et à voir ces pauvres petites tètes rachitiques, contractées, fripées, qu'on dirait racornies dans un bain de saumure; ces petits corps blancs exsangues, d'une transparence nacrée, dont on se demande s'ils respirent encore, et qui, soudain, poussent, en se tordant comme des larves, leurs petits cris nasillards semblables à des sons de cornemuse de baudruche; i voir ces infortunés innocents, roi^és d'ulcères et couverts de croates, on se demande quels sont les plus à plaindre des vieux de l'hospice, déjà vaincns, qui vont bientôt mourir, ou de cette chair en souffrance, vouée au travail et à la défaite aussi, qui va grandir avec les tares et les infirmités héréditaires.
A côté de la Société de BeneQcencia, il y a des œuvres municipales et des groupements libres.
L'hôpital municipal de San Roque et la Polyclinique, qui reçoivent 600 malades, sont admirables d'organisation, de propreté et d'ordre. Les professeurs de la Faculté de médecine y font leurs cours. Il y a 66 inûrmiers, 14 médecins-chefs, 38 agrégés,