QUELQUES INSTITUTIONS
Traces de l'inflnenM espagnole. — Fiers el binéficoi dans les adminislralions, — Types d'emplojâs. — La Caisse d'épargne. — Un joli denier. — Le Hont^a-PUté. — Beanconp à» bijoQZ et peu d'argent. — La Banque de prêts. — SolUcltade de l'administration pour ses employés. — Sinécures agréables. ~- Lute des installationi, — Souci génteil d'bygiène. — Les secours aux malades et au blessés. — Rapidité dn terTiee. — L'inspection da lait. — Btn potablo eicellente. — Diroiantion des épidémies. — HUère des quartiers ouTriers. — Les ConTenlillos. — Prix scandaleux des loyers. — ConTeutillos modernes. — Propreté obligatoire. — Exclusion des perroquets, des singes, des chieu, — fit des enfants.
A partir de ce jour, mes promenades dans Baenos- Aires en compagnie de l'intendant municipal fureat une série de surprises du même ordre. Je choisissais moi-même les visites à làire, pour être sûr qu'on ne flons attendrait pas. Je craignais qu'on ne préparit les choses pour frapper l'imagiination de l'étranger et qu'on lui cachât leurs imperfections.
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Met enquêtes «Ion deveiiiient aussi inntiltt et aussi nines que celles des foiKtionnaires.
OA l'on retrovre le plus de tnees espagnoles, c'est dans les administratiotts. Comme an temps colonial, il y a des gens i qui est dû un bénéfice simplement parce qu'il est un tel, ûls d'un tel, et que celui qui dispose de cas fiefs et bénéfices est nn ami de sa famille. Ces bénéficiaires sont presque tous d'un ; brun de jais, avec de grands yeux caressants et roublards et une allure de paresse, gros et gras, parfaitement habillés, pommadés et cirés. Ils ont le pied petit. Ce sont des Ândalous chez qui domine le sang . maure. Ils pullulent dans les bureaux où d'autres tranillent; eux ne font rien; ils sont pourvus d'un titre qui les dispense de tout souci — chef, sous-chef, inspecteur, sons-inspecteur, que saisrje? Je me suis laissé dire qu'ils s'occupent extrêmement peu des afiaires qui se traitent sous leurs yeux. Quelque rondde-cuir assidu les supplée. J'eus cette impression en visitant, entre autres, la Banque municipale, qui comprend la Banque de préls, le Honl-de-Piété et la Caisse d'épai^e. On m'assure que ce sont U des institutions destinées à faire de la popularité politique aux amis. Je crois qu'on exagère. Elles ont quand même leur utilité.
Ainsi la Caisse d'épargne reçoit des dépôts depuis 1 piastre jusqu'à iO,000 (la piastre ou peso vaut 3 fr. 20). L'intérêt servi aux déposants est sérieux. De iO piastres i i.OOQ piastres, c'est 6 0/0 1 De 1,000 à 3,000 piastres, 5 0/0 ; de 3,000 à 10,000, 4 0/0. Joli dénier*. En revanche, on demande i ceux qui font
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des dép6t3 aa Hont-de-Piété un intérêt de 13 OA Cest de l'usure. Haïs deux fois par an, aux jours de fêtes patriotiques, le 25 mai el le 9 juillet, et aussi i la Noël, au jour de t'Ao, si l'année a été niauTaise, on restitue gratuitement les machines à coudre et le linge.
Le fait est si régulier et si connu des empruntmrs que j'ai pu compter plus de 500 machines à coudre en dépôt.
Le Hont-de-Piélé prête 6 millions de fraocs (2,700,000 pesos) sur bijoux, et seulement 337,000 fr. (108,000 pesos) sur objets dirers. Ceci parait ûgniûer que les gens du peuple et de la petite bourgeoisie — sans compter les autres, — ont beaucoup de bijoux et manquent souvent d'ai^nt.
A la Banque de prêts, on me souligna cette marque de sollicitude de l'administration qui permet i un employé, dès qu'il a cinq ans de services, d'emprunter ta somme nécessaire, 20 ou 30,000 francs, pour s'acheter un terrain et se bire bfltir une maison, en versant seulement chaque mois, pendant neuf ans, 5 0/0 de son traitement et un mois entier pour le premier versement.
De plus, au bout de cinq ans, l'employé peut demander Tavance ou plutdl le prêt d'un mois de traitement par année de service, soit, dans ce cas, la valeur de cinq mois de traitement. Il payera 8 0/0 pour l'intérêt et l'amorUssement de sa dette. Cette somme lui servira, soit i payer les frais d'achat de son
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temin» s'il en a acheté ud, soit à meublw sa maison s'il l'a fait construire, — soit enfin i jouer aux courses on à la loterie.
Apris dix ans de service, les metnea employés ont droit i une retraite proportionnelle pour infirmité physique. Vons devinez que les certificats ne sont pas impossibles i obtenir.
Après Tingt ans, ils peuvent demander noimalfr* ment leur retraite ; après trente ans, ils ont droit A la presque intégralité de leur traitement.
Le capital de cette Banque municipale est fonné par les versements que font chaque mois les employés à la Caisse de retraites. I^a Banque est gérée par un directoire d'employés.
De tels avantages font rechercher les emplois municipaux. Comme la besogne n'est pas écrasante, car les postes sont extrêmement nombreux; comme la discipline y est assez Iflche, que les chefs n'osent pas Uit^ une observation, l'emploi tourne vite à la quasi-sinécure souriante, agréable, commode.
Nous n'avons pas idée, dans nos administrations françaises, du luxe de ces bureaux. De moelleux et éclatants tapis de Smyme, des meubles d'acajou verni, des canapés et des fauteuils de cuir anglais; un escalier de marbre à rampe de cuivre massif : telle se présente la salle de réunion du directoire des employés de la Banque, bien plus luxueuse qu'un bureau de ministre allemand, anglais ou français.
Un des signes les plus manifestes de la distance qui sépare aujourd'hui l'Ai^entine de l'Espagne, c'est le
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souci géoéral de propreté et d'hygiëae, qae r<Hi constate au moins dans les grandes villes. Boenos-Airei surtout pourrait servir de modèle â tous les pays espagnols et à plus d'une ville française pour la propreté de ses voies publiques et pour son semce d'hygiène et d'assistance aux malades et aux blessés. Certes, tout le monde ne fait pas également son devoir, surtout dans les emplois de contrôle, tenus par des gens qui considèrent leurs places comme des sinécures, et il y aurait bien à redire, de-cl de-li, dans ces sphères paresseuses. Pourtant, tels qu'ils sont aujourd'hui, ces services municipaux sont à juste titre la fierté de la capitale argentine.
Pour les premiers soins à donner aux blessés, quarante voitures se tiennent en permanence dans huit maisons de secours ayant chacune un médedD, un interne, une pharmacie et une salle d'opération. La rapidité de ce service est vraiment incroyable. Cinq minutes après l'appel, de quelque endroit qu'il vienne, ta voiture de secours arrive an lieu de l'acddent.
L'inspection de la laiterie ne laisse rien i désirer. Toutes tes vaches urbaines sont tubercutinisées. Tout lait vendu & Buenos- Aires doit être pasteurisé.
L'eau potable a la réputation d'être excellente. Puisée h même le Qeuve, k près d'un kilomètre de la rive, en amont de la ville, et à hait mètres de profondear, â marée haute, elle est amenée dans des dépôts de clarification, puis dans des filtres immenses A air libre, composés de nombreuses couches de sable et d'ardoises.
Elle est amenée de là dans un immense ch&teau d'eau situé rue Cordoba. C'est le bâtiment public 1«
ptns joli de Buenofi-Aires. Il est tout en majolique couleur tarquoiae et en briques de coaleurs veraissées. Mais comment s'imaginer qu'il y a U dedans 73,000 mètres cnbes d'eau qui dorti Ce chAteaii d'eau passe pour l'une des folies de Juarès Cetman, le grand dilapidaleur, c au temps où l'on ne savait que faire de son argent i. Ces fous font quelquefois œuvre utile et belle.
Depuis plusieurs années, tonte épidémie de typhoïde a disparu de la ville proprement dite. Hais comme Duenos-Aires s'est étendue dans des proportions considérables, le centre seul, jusqu'au fleuve, est pourvu des eaux courantes, ainsi que le quartier de Florès et de Belgrano. Dans les environs, des ioGltralions se font jour & travers les puits, et on constate de temps en temps de petites épidémies. Par une anomalie singulière, c'est l'État central qui a la charge du service des eaux de la capitale. La municipalité se plaint avec raison de cet état de choses, et revendique pour elle la responsabilité de b Eanté de ses habitants.
Les quartiers ouvriers ne sont jusqu'à présent pourvus que d'habitations misérables, qui, pour la saleté et la misère, rappellent à s'y méprendre les maisons ouvrières de Roubaix, de Saint- Etienne, de tontes nos villes manufacturières, sans oublier celles de nos quartiers parisiens de Charonne, de Belleviile ou des Buttes-Chaumont. Ici, ces maisons s'appellent des c conTeniillos •. Ce sont de vastes patios & ciel ouvert où s'ouvrent une série de trous noirs et sans air qui sont des chambres.
Un étage de chambres semblables court autour d'un balcon de bois branlant. Chacun cuisine ses repas dehors, sur de petits réchauds. Le scandale c'est te
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prix que payent les cinquante pauvres habitants de ces antres. Une chambre de dix mètres carrés coûte <fô francs par mois. Le père, la mère et six enfants y hahilent. En voici une ud peu plus grande, arec un réduit en plus dont le loyer s'élève i 100 francs par moisi Sept enfants avec le père, qui est cocher de place, la mère et le grand-père y sont entassés.
Ces I conventillos i rentreront bientôt dans l'histoire. De mois en mois, la municipalité les exproprie et les démolit au nom de l'hygiène publique. A leur place s'élèvent d'autres < conventillos >, charmants ceux-là, et propres comme des béguinages, avec tout le confort moderne en plus. Autour d'un patio dallé de marbre blanc et noir, orné de plantes vertes, s'élèvent un rez-de-chaussée et un étage divisés n petits logements. La propreté y est réglementaire et obligatoire. Un Ia]^e escalier de marbre blanc prêtant au milieu du patio conduit au balcon de l'étage [ui dessert toutes les chambres. Je les examine en lassant. 11 y a un grand lit de noyer, une armoire i lace, une commode, un lavabo de marbre, des cadres ux murs ; le plancher de sapin est aussi blanc que 1 table.
En général, la femme reste au logis et s'occupe da lénage. La cuisine ne se fait pas & l'intérieur des hambres. Devant chacune d'elles, une sorte de guéite en tdle ondulée se dresse garnie d'un réchaud, e casseroles, de pots, d'assiettes, de boites. Un uvent vitré, qui court tout autour du patio, protège le la pluie et du soleil ces petites guérites.
A l'usage des trente-six locataires du conventillo se rouvent deux salles de bains avec douches. Le prix des logements varie de â5 à 60 francs.
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La rançon de cette propreté et de cet ordre est i inattendue dans un pays qui a tant besoin d'h tuits : le rè(;lementaMchâsous le porche du coa tillo ne défend pas seulement de s'appuyer sui murs et d'en écailler l'enduit, mais spécifie Tei non des perroquets, des singes, des chiens, — e1 enfants.
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