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116 EN AIIGEHTIHE
lia, maïs, oTfe et avoine, nous avons la possibilité d'en produire, sur les 100 millions d'hectares labourables du pays, 50 millions de tonnes sans fumure, sons irrigation, sans améliorer en rien notre système de culture.
« Ainsi, pour ne nous en tenir qu'au blé, sur une surface ensemencée de 6 millions d'hectares, nous ■■ récoltons seulement 4,350,000 tonnes. La France, .' sur une surface ensemencée équivalente, en récolte le double. Tous voyez les prc^rès qu'il nous reste à fiiire.
( Mais, même si notre terre était inférieure à ta terre française, rien qu'en étendant la culture des céréales sur les 100 millions d'hectares cultivables, nous pouvons quintupler notre production.
— Qui vons en empêche?
— Le manque de bras. Notre territoire qui pourrait contenir et nourrir 1 50 milIiODS d'habitants, n'en a que 6 millions 1/2. Il entre par an une moyenne de 200,000 immigrants sur lesquels à peu près la moitié s'en retournent la moisson faite. Le pays gagne donc annuellement 100,000 habitants nouveaux.
4 Pour en finir, réfléchissez un peu à ceci : il j a quararilfiïlrois ans — hier — les Indiens étaient ens^i'ë maîtres du pays à trois heures de chemin de fer de Buenos-Âires. Aujourd'hui, on va tranquillement sur 38,000 kilomètres de voies ferrées*, jusqu'à la frontière de Bolivie au nord, jusqu'au ^ésil k l'est, jusqu'au Chili à l'ouest et jusqu'à la Patagonic ra sud I >
1. La Prmce p«nèda 46,000 kllomilrai d« diunlDs d« fer: I'jUifitttnt, 3S,000; l'Allemagoe, 5«,000; rAnlriclie, 41,000^ la Brèïit 10,000; iei Ëtau-Cnis, 400,000.
U RICHESSE PBSSERTB 117
Cest le voyage que nous allons faire ensemble.
Tel est le résomé optimiste que j'ai tiré de mes premières conTersations avec les Ai^;entins. S'il existe quelques ombres à ee tableau encbanteur, la suite do mes explorations et de mes enquêtes me fournira !:ans doute l'occasioa de les noter.
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L'ELEVAGE
Ce qu'il étaîl antnfoii. — Prairiei sans cIBtare.— Bœufs el moDtani en liberté. — La marque de feu. — Lei < rodtoi 1. — Bmtth et vaches tués pour leurs pesni. — Les alajKni et les Tautours. — Le gauchi). — Psychologie du gaucho.— La mode de boeuf & un soula livre. — âyaquaranteans. — Le lait et le beurre inconnus. — Le troupeau argeoliB. — Comparaisons. — Les concurrents de l'Argenliae : Ëtat*- Unis, Canada, Australie. — L'Argeatioe peut eiportert
Si les Argentios n'ont pas de cathédrales gothiques, ni d'antiques manoirs, ni de murs en ruines à montrer aux étrangers, ils peuvent les dédommager en leur racontant les mœurs de leur passé, qui est d'hier, et qui a pourtant le charme des vieilles histoires lointaines et presque incroyables.
Des gens encore vivants vous diront que vers 1830
et même plus tard, dans ce pays dont l'unique
ressource consistait dans la vente du bétail, ce qu'on
appelle aujourd'hui l'élevage était chose inconnue.
Les bœufs, les moutous vivaient en liberté sur des
ï pampa non délimitées. Aucune clôture pour
lir. Quand un champ manquait d'herbe, les
: allaient plus loin ; en temps de sécheresse, ils
1 des centaines de kilomètres 1 la recherche
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L'ÉLErAGS 119
d'un étang non lari. Avec ces moeurs, les troupeaux des Toisina se mélangeaient, et c'était un travail impossible que de les ramener au bercail. On y était aidé par la marque : théoriquement, chaque animal né dans l'eistancia devait subir la fonnalîté de la pyrogravurs, dans l'oreille ou sur le gîte, au chiffre du propriétaire. Hais combien y échappaient I Cette opération, cotnme celle de la castration, se faisait i des époques déterminées.
Alors, l'estauciero essayait de rassembler tout son bétail pour compter le croit. Il n'avait pas d'autre occasion d'estimer sa fortune. Donc, on faisait le rodeo, ou rassemblement des animaux. Les grands rodéos annuels de même que l'opération de la marque et de la castration étaient des prétextes de f%te à l'estancia. Les plus habiles lanceurs de lasso et les boleadorts les plus fameux rivalisaient devant les maîtres et les peones réunis. Parfois on organisait des courses entre les coureurs les plus rapides, et le soir, au son des guitares, toute la peooada dansait le c cielito >, le t gato i, ou cette danse si voluptueusement grave, le f tango >, qui n'est qu'on reste des danses arabes.
Enbre temps, on rassemblait le bétail par rodéos partiels, pour l'habituer k ta présence de ses gardiens, et ainsi te civiliser. Autrement, les bêtes abusaient de leur liberté. Nées libres, elles redevenaient peu à peu sauvages, et pour réunir ces épaves> c'était une battue folle, une course exténuante à coups de lasso et de c bolas* >, à travers les milliers d'hectares de l'estancia.
1. Les botoM sont formées par trois boulas de bols, de plene on de plomb, reliées par une courroie de cuir. Le gaocbe en Ueo'
Gomme, en somme, ce qui valait, c'était la peau, on tuait les animaux les plus sauTages, dans la prairie. Au moyen d'une serpette Gzée horizontalement au bout d'une longue perche, les gauchos à dieval leur coupaient les jarrets k la course, passaient à on autre, et ainsi pour des centaines de bfttes. Puis, ils les achevaient sur place, et, leurs peaux enlevées, la cbair servait de nourriture aux caguars et aux vautours. Quand ces exécutions avaient lieu aux environs des estancias, la viande y était transportée et vendue aux saladeros du littoral, usines nombreuses à cette époque, où se salait et se séchait la viande pour l'eiportalion au Brésil et aux Antilles; tes cuirs allaient en Europe.
Les peaux de mouton servaient de selle, et leur laine se vendait pour presque rien. Et même, le nombre des animaux augmentait tellement qu'on les tuait par milliers, non pour leur laine, encore moins pour leur viande, — méprisée alors par le dernier des peones, — mais, chose incroyable, pour leurs os destinés & la fabrication de la chaux, marchandise rare alors sur tes bords du Rio de la Plata, ou pour chauffer les fours à briques. Les vautours dévoraient les charognes, le soleil faisait le reste, et la pampa se remplissait de squelettes de moutons éclatants de hlandieur.
Les hommes chargés de cette besogne de trappeur et de boucanier s'appelaient et s'appellent mcore des
DDB h tft m&tn, H tut tonnorer l«i deux «ntm ui-4enu* de n Ute, «TM tes lanlËrei longuea de 1 m. 50 eoTlroa, poli les lune deiu les jeinbes du bauf ea du cheval qn'll nat aUelndi*. L'tnlmel embsrreisi par cm Ueai tombe et le gtnebe peut alnal t'ea empuer.
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gauehûs. A demi sauvages, la peaa brune ou jaunfltre, les ;eax sombres, les àieveax Boirs et épais, ce sont des métis des preoaiers colons espagnols et d'Indiennes. Ces bouTiers-cenlaures étaient, parTois, en même temps des bandits redoatables, des réfractaires, piUeart d*estancias et ravisseors de femmes. Leur costume, aujourd'hui disparu, se composait d'un caleçon brodé ou orné de dentelles dans le bas, à la manière des mousquetaires, et du c chiripa i, grande pièce d'étoffe noire, passée entre les jambes et ramenée i la taille de manière à faire une sorte de vaste pantalon souple. Le gaucho mettait son élégance dans sa ceinture de cuir ornée de pièces d'argent qui retenait dans sa gaine le grand couteau ; dans les molettes do ses éperons d'argent, larges comme des osten- Boirs, et dans les agréments d'ai|;ent ciselé de la seHe, de la bride et du mors. Une sorte de cape en laine appelée poncho lui courrait le buste; il se cotfbit d'un diapeau de feutre mou aux bords étroits, et ses bottes étaient faites arec la peau des pattes de derrière d'un poulain nouvellement dépouillé; riioinme passait sur ses jambes nues la peau encore fraîche et la façonnait à sa mesure; elle descendait jusqu'au bout des pieds, dont il ne passait que le gros orteil et l'index, qui s'appuyaient seuls dans l'étner très petit. Puis on faisait sécher ces bottes naturelles qui devenaient, en réalité, un bas de cuir.
Ces costumes ne se voient plus qu'aux fêtes du camaral. Aujourd'hui, dans le centre et dans le sud de l'Argentine, la plupart des gauchos sont des peones, c'est-à-dire des domestiques chargés des travaux de laferme. On ne rencontre plus guère de ces métisque dans les provinces du Nord, Gorrientes» Entre-Rio^
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Satta, Jujuy et Hisiones, dont ils forment, en somme, le fond de la population, et qui ont abandonné les fonctions extra-sociales de leurs pères. Le ^ndanne et les chemins de fer en ont fait des bouviers paresseux, des L^pithes pittoresques, des joueurs de guitares, gardiens des derniers vestiges d'époques anciennes.
J'en ai tu souvent, j'en ai fait parler, et sortoat j'ai entendu parler d'eux. Nous n'avons pas, en Europe, d'échantillon humain à leur comparer. H. Daireaux, dans son bel ouvrage sur l'Ai^entine d'autrefois, a voulu le rapprocher du berger de la Camargue, du Cosaque du Don et du Mongol des plaines asiatiques. Je sais qu'il n'a rien de nos pitres d'Auvergne ni de nos baiies alpestres. Mais il me semble trouver eu lui à la fois du cow-boy du Far- West et du matelot. Il a la passion des galops infinis dans la pampa solitaire, et l'amour organique, constitutionnel, de l'indépendance. Sa ûère liberté a de la noblesse, il n'accepte pas d'ordre donné dans la colère, sur un ton de commandement. Un ofHcier prussien n'aurait aucune chance de s'en faire obéir. Il ne comprend le travail que quand il lui plnït — et & cheval. Son mépris pour le laboureur courbé sur la glèbe est sans bornes. Il est généreux. L'argent, pour lai, n'a d'autre valeur que celle de quelques orgies violentes. Le reste du temps, il est sobre et rêveur. Quelquefois il chante, en s'accompagnant de la guitare, et il improvise des chants d'amour mélancoliques qu'on apdes ( tristes >, ou des bienvenues pour les
. œil voit loin, avec une netteté inouïe. Tous les e terrain de son domaine, il les connaît, et &