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It ER AAGBNTIHE |
ordinaire des passagers en escale A Rio. Tout le moiide veut avoir vu la magniûqae allée de palmiers hauts de cinquante mètres, droits et lisses comme des colonnes de marbre dont le chapiteau s'épanouirait ea un noble bouquet de palmes flexibles, et les allées de bambous comme ou n'en voit sans doute que dans les Pera^inya-Gardens de Colombo. Réunies par larges touffes, les tiges des bambous s'élancent en gerbes serrées de chaquecôté de l'allée commeun jet de cotonnettes gothiques nerveuses et forment en se rejoignant une véritable voûte de cloître, gracieuse et fratche. De cette escale on rapporte & bord, avec des oranges splendides et des ananas, l'impression d'une nature exubérante, d'une abondance inépuisable. Mais qu'y a-t<il derrière Rio? Que sont ces hait millions et demi de kilomètres carrés, qui fout du Brésil on pays grand seize fois comme la France?
J'allais souvent A l'arrière du navire regarder les
émigranls. J'aurais voulu leur parler i tous, recevoir la confession vraie de leur passé et de leurs espoirs. J'essayRis bien quelquefois, mais les paysans parlent peu, ont peu le goût de l'analyse. A tes regarder, on se dit qu'il y a deux sortes d'hommes : les uns qui Veulent se maintenir ou se replonger dans le passé, les autres qui semblent regarder l'avenir. Les uns, satisfaits des tours féodales, des vieux murs et des ruines, les esprits timorés ou les organismes débiles dont tout le rêve tourne autour d'un comptoir dans un chef-lien de canton moussu, à l'ombre d'une église branlante, sur une place solitaire; les autres» tem-
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pénonents énergiques et aventureai, attirés par leur îmaginatioa et leur vitalité Ters l'iucooou de la coqqnftte. Mais il y a aussi, hélas I ceux qui se trompent, ceux qui prennent le pouvoir de se créer des chimères pour de la Toree ambitieuse, et que le Qot de la concarrence vitale aura vite balayés. Les voilà tous assis ou appuyés le long des bastingages, ou couchés sur le pont, dormant, fumant ou mangeant, au milieu des restes de pain, des épluchures de fruits. Des enfants •ont pendus au sein de leur mère, d'autres demi-nus ae roulent, se battent, crient. Beaucoup de Russes, en bottes et en chemise rouge, des Slovaques avec un large pantalon et des ceintures de couleurs vives; la plupart sont sales.
Parmi des êtres déjà fotigués et abîmés par de longues années de travail, surgissent de jolies têtes de femmes et de jeunes iîUes, de jeunes gens aussi : c'est ravenirl Nous les verrons dansquelques années, sinon eux, du moins leurs entimts, retraverser l'Océan, riches et reluisants, les hommes affamés de plaisir, les femmes délirant devant les toilettes de la rue de la Paix. En attendant, à cheval sur leurîvalîse mal ficelée, ils coupent leur pain de leur longj couteau et épluchent des oranges.
Je me trouvais à bord avec une jeune dame, très fine d'esprit et d'intelligence ooverte, dont le grandpère était arrivé en Aigentine avec quelques francs dans sa poche et qui avait laissé à ses quatorze enfants une fortune colossale. Et je lui disais :
— En somme, les Argentins d'aujourd'hui, ceux que je vais voir, ne furent-ils pas, pour la plupart,. ces émigrants>li7
— Certainement, me dit-elle.
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Et le grand-père légendaire s'évoqua, apparat là, sous celte tente nauséabonde, la tiie coiffée du béret basque et les pieds dans des espadrillea de corde. Âppujée sur le garde-fou, elle promenait ses admirables yeux rêTeurs dans le trou grouillant, «t moi je regardais ta petite-fille du colon basque, jolie, délicate, distinguée, habillée avec goût des plus suaves étoQes et du linge le plus un. L'antitbèse était saisissante. Deux géoératîons ont donc sufii pour offîner i ce point de pauvres paysans venus de si loin? Quelle destinée attend un pays neuf qui «'ouvre à toutes ces forces et à tous ces appétits?
Le soir, les émigrants cou(^és & l'arrike, abrités sous leur vaste toile, où stagnent des relents, chanleat. Des airs arabes raonteot avec les odeurs fortes, de ce tas de ténèbres murmurantes, des chants russes aussi, accompagnés par les accordéons. Un Caucasien tourne une vielle grinçante et monoUae en fredonnant des airs de son pays. Peu k peu tout brait cesse. C'est l'heure de rêver. Ah 1 si l'on pouvait ouvrir ces cervelles et donner t'eesor aux songes qui les travaillent! Comme on les veirait s'envoler plusvite quelenavire, plus vite que le vent, vers la fortune qui les attend.
— Mais voulez-vous savoir à quoi Us rêvent? me dit M. U. F... Ëb bien I ils révent qu'ils débarquent i BuenoB-Aires et qu'ils trouvent des pièces de cent sous & chaque pas. C'est, d'ailleurs, le même rdve qu'ils font tout éveillés.
Et moi, que vais^ trouver li-has, an bout de toute >.tteeau?
Qu'est-ce doue que ce pays d'Ai)genUne 7 Que Daut-
DoliîHinvGoOgIc
n entire de tout ce qa*oii nous raconte & son sujet? Quel avNiir est le sien? Et eomment se fait-il qu'on a l'air de le déeoayrir aujourd'hui seulement T N'y a-t-il pas là un de ces bluffs périodiques auxquels nous ont habitués tant de financiers internationaux? Allez donc Térifier les ehiflVes des prospectus et des brochures de propagande 1 Vingt et un jours de mer & raller... Ify voici bientôt, pourtant. ,
A part ce que le vaillant Eugenio Garzon nous apprend chaque jour, je ne sais pas grand'chose, en somme, sur celte Argentine lointaine, sinon qu'on y élève des animaux par troupeaux innombrables, qu'on y cultive anssi le blé et qu'on prodigue généreusement diez nous, aux Argentins comme à tous les Latins de l' Amérique du Sud, Tépithéte de c rasta* qnonère i.
Si je cherche bien an fond de ma curiosité et des souvenirs vagues de mes lectures, ce que je m'attends k trouver en Argentine, ce sont des crocodiles, des bétes firmes, des courses d'étalons sauvages dans la pampa immense, des solitudes, des bœufs et des révolutions.
Rénssirai-je, comme on me le promet, i me passionner pour des bceufs et des céréales ?
— Hais oui, me raisonnais-je. Après avoir va les États-Unis démesurés, leur industrie formidable, leur société déjà vieillie et compliquée, le grouillement de leurs 90 millions d'habitants qui s'augmentent d'un million tous les ans; en sortant de l'Allemagne, peuple endormi qui s'est réveillé et qui menace de déborder sur l'Europe, je vais voir vivre et se former un peuple nouveau et ardent, je ji^erai sur le vif la vitalité de cette vieille race latine si décriée.
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fl Tu appraadraa. me disais-j«, comment les gent s'eDrichisseot, et ce que sont devenus ces mendiants andatous ei ces réfractaires arabes qni s'embarquèreid à Cadii derrière Solis etileadoza.
c Tu sauras comment se comportent les cent cinquante mille paysans de Lombardie, de Piémont, de la Biscaye, du pays basque, de la Galicie, les juifo de Pologne, les quatre ou cinq mille Français, les trois mille Allemands, les deux mille Anglais, les sept cents Suisses et les trois cents Belges qui émigrent tous les an8>.
Quoi encore?
Nul pays, an dire des Argeatios, n'est plus inconna que le leur. Et leur amour-propre s'irrite parfois aux récits d'anecdotes qui révèlent notre indifféreoca et notre ignorance d'Européens pour tout ce qui concerne leur patrie.
— L'autre jour, en Allemagne, me raconte M. H. P..., une personne cultivée me dit : f Ah 1 vous fites Argentin? Connaissez-vous M. X..., de Chicago? ■ Chaque jour arrivent i Buenos-Aires des lettres adressées : c Buenos-Aires, Brésil i . Le ministre des États- Unis en Argentine recevait dernièrement, d'un de ses collègues, qui confondait aussi l'Argentine avec le Brésil, une lettre lui disant : c Envoyez-moi des adresses d'exportateurs de cafés i.
Une dame prétend que les Allemands sont encore plus ignorants que les Français des choses de l'Argentine. Elle s'est trouvée avec Taide de camp da 'uc d'Oldenbourg, qui lui a demandé : t Quelle ingue parle-t-on dans votre pays? i
C'est vrai, nous ignorons & peu près tout de cette
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