VERS LE NORD
DODs snivons... L'aimable Mme Ramallo et deux de ses gracieuses nièces accom|iagiutieat le directeur des diemiBs de fer de l'Ëtat.
£q route I
ToQt de suite on me Tait remarquer les travanx de conquête sur le fleuve, commwcés à la sorUe de la ville pour l'établissement de nouvelles voies ferrées ; puis les énormes terrassements de rampes, nécessaires aux croisements de lignes et leur aboutissement i la capitale. De ce côté aussi lafature exposition de 1910 commence — à peine — ses travaHz de démolition.
— Ohl on ne se presse pas cbez nous. Nous nous y mettrons quelques semaines avant la date d'ouverture, alors seulement nous nous dépêcherons, on dépensera trois fois plus d'argent que le nécessaire, et l'on arrivera tout de même i l'heure, ou i peu près...
Puis, ce fat la camp^^ne.
Je regardais obstinément le paysage pour bien m'en fixer le souvenir dans l'esprit. Aussi longtemps que nous fûmes dans la province de Buenos-Âires et dans celle de Santa-Fé, Je retrouvai la vision monotone de champs ras et ternes et de prairies clôturées de fils de fer. (Test que nous sommes au mois d'août, en plein hiver argentin, et que la saison est particulièrement sèche, cette année. Nous traversons, jusqu'i Rosario de Santa-Fé, les terres les plus grasses de toute ^ la République. Le Parana coule i moins de vingt kilomètres de la ligne, et de vieilles allnvions ont fécondé
C'.OO'ilc
le sol an cours des siècles. La bande de terre qui Ta de fiuenos-Airesi Rosario et, partant du Parana, s'étend jusqa'â.SOO kilomètres à l'ouest, donne, sans engrais, les plus belles récoltes de maïs et do lin du pays. Le blé rend une moyenne de 700 kilos josqa'i 1,500 kilos par hectare, et monte jusqu'l 2,000 et S.500 kilos'. Le maïs donne 1,700 k 3,000 kilos en moyenne, pour s'élever dans certaines parties du territoire jusqu'i 4,000, 6,000 et 7,000 kilos ft l'hectare, sans engrais, sans irrigaUon, on pourrait dire sans soins. Phénomène extraordinaire, puisqn'aux Ëiats-Unis, où la culture du maïs fait l'objet d'une sollicitude particulière, la moyenne de production n'est que de 1,550 kilos i l'hectare.
Hais rien ne par^t en ce moment de ces richesses endormies. Le morne paysage n'a pas de verdure. On dit que les animaux ont beaucoup souffert.
De temps en temps apparaissent des centres habités. De c vieilles > villes d'eu moins cinquante ans, des villages d'hier. Aux stations, voici ce qu'on voit généralement Près de la gara, trois on quatre maiions sans étage en briques noirâtres et rougeiires, sans toit visible, où il est écrit : Almacen, ou Restaurante italiano, on Tienda, ou Fonda. On trouve i pea près de tout dans les almacenes, depuis des iostmments de travail jusqu'à de la pharmacie, des accordéons et des revolvers. En beaucoup d'endroits, il n'y a qu'une seule maison, l'almacen od viennent s'approvisionner les colons de le région. I^jis les . centres plus importants, il s'y ajoute une ferreteiia ou quincaillerie.
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VERS LB KORD 19T
Une OD deux pompes i vent dressent leur disque d*sileUes sar leur charpente de fer peinte en grii.
Cest tout ce qu'on aperçoit de la gare.
Puis le train passe devant quelques rues parallèles du village ou de la yille. rues non pavées,' qui viennent iînir là. Des maisons de briques s'espacent le long do ces voies, des gens à cheval coiffés de larges chapeaux de feutre y galopent dans la poussière.
La voie du chemin de Ter n'est pas bailaslée. Une terre fine, soulevée par la vitesse du train, pénètre partout. Les employés ont beau, à chaque arrtt, venir épousseter, essayer et brosser les meubles et les sièges, il y en a toujours. Voilà le grand inconvénient de tout voyage en Argentine. Mais au t>oat de quelques mois, on s'y foit.
Depuis huit heures nous routons, et te paysage n'a pas changé. Toujours la terre brune nouvellement semée, ou la terre verte oA broutent les troupeaux. Cest ane mer, une mer infinie, sans bateaux, sans voiles, Bans oiseaux. Pas une maison qui vous révèle la présence de l'homme, pas un arbre non plus, qui TOUS cache le soleil rond et jaune, ou décore de ses branches le ciel sans nuage.
Des feux énormes, dont les étincelles montent en gerbes vers le ciel pur, courent à ras de terre : incendies de feuilles de maïs séchées, qui dispensent de déblayer la terre et l'engraissent. Le soleil, avant de se coucher, jette ses feux sur un coin de l'immense prairie. Le reste de l'étendue est violet et brun, sauf cette longue bande de luzerne éclairée presque horizontalement, d'un vert pur et frais qui ravit. Les vaches ont l'air de brouter un champ d'olivines. Un cavalier passe au galop, enveloppé dans son poncho.
Nous aiTÎvons à Rosario le soir. Je ne vois rien da port et me promets d'y reveoir seuL
Le lendemuD matin, au réveil, surprise. Je crois rouler dons un nuage. Des flots de poussière dansent dans l'étroit compartiment, les vêtements, le linge, tes chaussures, sont recouverts d'une couche si épaisse de terre finement pulvérisée, que toutapparalt de la mftme couleur. Nous essayons de nous regarder dans la glace : mais elle disparaît elle-mfime sous la poussière. Nous nous dévisageons et nous ne pouvons nous empêcher de rire de nostèies de meuniers sales. Nous avons avalé de la terre toute la nuit.
Depuis l'aurore, le train a quitté les riches terres i céréales et les prairies d'élevage, et nous voici i plus de mille kilomètres de la capitale, dans la province de Santiago del Estero, l'une des plus pauvres de la République. Il faut la traverser tout entière avant d'arriver dans la province de Tucuman, où nous retrouverons, avec l'eau des irrigations, des champs fertiles, des forêts d'orangers et des plantations de canne à sucre. Id, le sol desséché et craquelé sous I» ciel bleu et le soleil ardent, ne laisse croître qu'une herbe rare qu'il faut brûler, lorsqu'elle se fane, pou la faire repousser. Un pauvre bétail maigre se promène parmi ces touffes rousses et poussiéreuses, des moutons nouvellement tondus semblentdes squelettes. On aperçoit (à et là une bête couchée sur le Qanc, morte de soif et de faim, et, sur cette charogne, s'ébattent des vols d'oiseaux de proie. Point de mis-
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seaux, point de lagunes, mais des puils d'eau saumÂtre. Poiat d'arbres, mais des buissons et des arbrisseaux dont les feuilles à peine sorties sont rongées par la poussière et grillées par ta chaleur. Des haies de cactus au tronc tourmenté et tordu, à la^es palettes épineuses ou aux fûts droits et cannelés comme des colonnes, portant sur un pied unique leur candélabre de dix ou quinze branches, entourent de pauvres ranchos de boue, devant lesquels picorent quelques poules et cabriolent des chèvres. Et la poussière s'élève en nuages si épais que parfois Is paysage, enveloppé d'une ouate jaune sale, échappe à notre vue.
Puis la verdure réapparaît, des haies de mimosas remplacent les cactus; les taches vertes des luzerniires, d'abord espacées, se font plus nombreuses; voici des arbres, puis des champs de canne à sucre. A mesure que le train avance, c'est, après la traversée aride d'une province sans eau, la fraîcheur délicieuse d'une Normandie tropicale, avec ses vergers d'orangers et de pêchers en Oeur. Nous sommes entrés dans la province de Tucuman.
Des chaumières de paille et de terre, au seuil desquelles se dressent quelques arbres où pendent des lambeaux de viande crue qui sèche. Des peones au teint de bistre et des femmes habillées de couleurs vives s'y abritent et prennent leur malé. Voici les premières ûgures indiennes qui m'apparaissent; encadrées par les cannes jaunies, elles se détachent sur le fond des montagnes conronoées de neige. Le long de la ligne du chemin de ter, pullulent des lentes basses de campement pour les ouvriers. De loin en loin, une demeure moderne s'élire : la villa d'un propriétaire, entourée
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SOO Bit ARGENTINS
(fane colonnade aux piliers peints en blesa, coaronsée de baluslres i l'italienne.
Parfois les champs sont bordés de ricins ou diriBés par de grandes barrières de cactus et d'aloës; grâce aux souvenirs d'imageries, l'on s'attend i voir surgir tout i coup, entre ces feuiUee menaçantes, quelque bâte féroce altérée de carnage. An milieu d'un champ, voici un abattoir en plein air. Le bœuf qu'on vient de tuer et de dépouiller a tes quatre pattes ligotées, et son grand corps ouvert reçoit en plein les rayons du soleil.
Bientôt les cheminées d'usine se multiplient et nous Toili en plein centre industriel. Les villages se rapprochent : un maréchal-ferrant, un boucher, un boulanger, une épicerie, un haxar, un peu plus d'animation aux gares. Quelques pompes à vent tournent en grinçant, des enfants, pieds nus, arrivent au galop.
L'allégresse du ciel se répand sur la terre. Sur le fond bleuâtre des montagnes, de grands arbres décoratifs à fleurs bleues, les tarcos, voisinent avec des p£chers aux fleurs blanches ; des saules pleureurs d'un vert tendre, des mandariniers, des palos borrachos ou yuchanes, dont le nom veut dire : < bâton ivre i et qui n'est autre que le fromager des Antilles. C'est un arbre singulier; il a la forme d'une gourde allonge, ou, encore, d'une massue gigantesque ; son tronc se hérisse d'épines peu aiguës. Pourquoi t'appelle-t-on ; ainsi 7 Peut-être parce qu'il se tient toujours incliné ; peut-être parce qu'il s'abat facilement; peut-être â causedesaformedebouteilie7Au printemps, il porte ' AT ses branches des gousses qui s'ouvrent en pensât des louITes de duvet d'une blancheur idéale s'enlant à la nremière brise en emportant ia semence.
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L'oeil est nri par la végétation luxuriante et la diversité d'aspect de celte riche province.
Les versants de la sierra d'Aconquija, — rameau du grand système Andin — qui couvrent une parUe de la province de Tucuman, nous apparaissent maintenant revêtus de leur végétation merveilleuse d'arbres de hante futaie, coupés de f qnebradas > verdoyantes qu'arrosent des ruisseaux et des torrents. Des for£ts de bois nobles s'accrochent aux flancs des monts.
A leurs pieds s'étend une plaine grasse, couverte d*nttépaishumu3, sans pierres, sans cailloux, aussi riche, m'assure-t-on, que les plus fertiles terres noires de la Mésopotamie Ai^ntine'. Des cours d'eau gonflés par la fonte des neiges et que l'irrigation absorbe en partie sur le versant de la montagne, lui apportent un surcroît de richesse. L'humidité des étés, l'abondance des pluies pendant la saison chaude, de la fin d'octobre à mars, y enlreUent une végétation de paradis.
Nous allons nous arrêter là.
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TOCUMAH
La Tille. — Inconfort des hStsIs. — La place de rindépesdance. — Aspect des mes. — Sonrenirs historiques. — Beantd des jeunet filles. — Le Corao. — La ne sociale. — Comment se font les mariages. — La Maison du GoDrenement. — Démocratisme. — La proTince la plus peuplée ds l'At^nline. — Son avenir. — Sitnation Qaanciëre. — La production da sucre. — Richesse de la terre. — Douceur da climat. — 25 millious d'empranL — Oifueil patriotique.
Nous voici dooc & Tucuman, capitale de la province et ville du sucre.-
Âh I disons-le, pour être sincère : dès qu'on a quitté Buenos-Aires, adieu la vie conrortable, adieu l'Eth rope!
Nous déjeunons i THÔtel National qui passe pour le meilleur de la ville. C'est une vaste maison i l'espagnole, avec un long patio où s'ouvrent & droite et à gauche les chambres sans fenêtres, dont quelquesunes ne sont séparées que par un mur de toile peinte. Le patron nous montre avec fierté une salle de bain, c'esl-à-dire un réduit sombre où se trouve une bat- ^oire, avec les nécessités, en disant : < Avant moi, il l'y en avait pas... ■ Il a l'air de savoir que peu d'h&tels
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de proTÎnce, chez noas, pourraient en montrer autant. Les garçons de l'hôtel ne vous servent pas i table. Us ont adopté une habitude bien commode pour eux, qu'ont prise aussi les domestiques .des wagons-res-, taurants : après avoir déposé devant nous un tas d'assiettes et uQ plat rempli de victuailles, ils s'en vont.
Des rues assez tai^s, quelquefois pavées de bois, ta plupart non pavées, creusées d'oniiëres profondes et poussiéreuses, s'étendent, longues et rectiiignes, laissant voir & leur extrémité trois plans de mon-, tagnes bleues au pied desquelles s'étalent, comme une mer jaunâtre, des champs de canne à sucre.
On a conservé ici le type des anciennes maisons espa^oles sans étage, mais d'une profondeur de 70 mètres, avec deux patios, à façades étroites, peintes en rose, en ocre, en bleu, d'un bleu violent qui fait paraître plus pftle l'azur du ciel.
Des tramways électriques, l'éclairage électrique; mais sous les fils et les ciblas tendus sur le ciel, circulent des gens à cheval, des métis d'Indiens, des femmes du peuple aux lai^;es faces orangées, aux cheveux de jais, aux grands yeiu noirs noyés dans la nacre humide de la cornée. .
La place principale, ou Place de l'Indépendance, T.éunit, comme dans {«-esque toutes les villes bâties par les colons esp^nols, l'église métrûp(ditaine, le Club social, un ou deux hôtels, autour d'un square ombragé de poivriers, de palmiers, de bouquets de bambous, de peupliers de la Caroline auxquels se mêlent, dans des parterres, des agaves, des cactus, des orangers couverts de fruits mûrs. Au centre, une bien mauvaise statue de la Liberté, en marbre blanc, tient, entre ses mains, des chaînes brisées.
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«M EN ARGBHTira
Dans la sacrisUe de l'église métropcliUine, oa conserve une grande croix de quebracbo noircie par ' le tempe, qui porte la date : 1685, année de la fondation de Tucuman.
Oo entoure aussi d'une sorte de religion ta salle od fut prodamée l'Indépendance en i816, salle aux murs bleus, aux dalles rouges, demeurée exactement dans l'état où elle se trouvait alors. Hais on Ta enfermée, pour la protéger, dans une autre construction récente, qu'on a cru devoir orner de basreliefs, malbeurensement médiocres.
Tucuman est célèbre dans le reste de TArgentine pour son sucre, la beauté, l'él^ance, la vivacité de ses jeunes filles et son orchestre municipal : la banda de miuiea, comme on dit, qui se fait entendre presque tous les soirs et qui coûte i b ville 60,000 piastres, ou 1S0,000 francs par an.
Je me souviens de ma surprise, le premier soir de mon arrivée, en voyant sur la place toutes ces jeunes filles, marcbant par groupes d'un pu vif et décidé, élégamment habillées, — trop peut-être — coiffées de chapeaux si nouveaux que le modèle m'en était inconnu. Je revois ces yeux brillants, ces r^ards vraiment admiraUes qui vous dévisagent avec tant de gaie hardiesse. Je me promenais là avec le ministre de riatérieur de la Province — car toute la société, depuis le gouverneur et ses ministres, s'y rencontre à l'heure fraîche, avec femmes et enfants, — et j« ne
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pus me retenir de loi dire moa «dmiration ponr ces jolies personnes :
— C'est une spécislité de notre proviaee, répondit-il avec gaieté. Lear réputation est indiscutée dans toute la République.
Des tailleurs pour dames, des coutuHires parisimnes envoient ici leurs représentants, qui font des affaires d'or. La préoccupation de la toilette est plus grande encore, si c'est possible, qu'à Baenos-Aires.
— Comme on se voit presque tous les jours, me dit la charmante femme de l'ancien (^ourerneur, vous comprenei qu'il faut changer très souvent de robes.
Le Corso a lieu trois fois par semaine. Ce sont les < dias de modas >. Ces jonrs-li quelques victorias bien attelées, quelques landaus et même deux ou trois antos tournent autour de la place de riodépeo' dance; quelquefois ils stoppent au bord du trottoir,' car la circonférence est petite. Et les promeneurs arrêtés regardent passer les autres. Puis les voitures repartent, et ainsi de suite pendant deux heures.
La vie de ces petites villes de province n'est pas gaie. La chaleur du jour engourdit les activités. On ne sort guère qu'au soleil déclinant. Ce qu'on appelle la < vie sociale > on mondaine est très peu déve* loppé. 11 n'y a pas — ou à peine — de bals publics ni d'ailleurs de bals privés — i part ceux que donne, l'hiver, le gouverneur. Quelles fêtes viennent rompre la monotonie de cette vie provinciale? Que fait-on le dimanche? S'en va-t-on par bandes dans la montagne? Connalt-on les pique-nique, les promenades, les excursions? Ya-t-on dîner les uns chez les autres? Rien de tout cela. Quelques dames commencent i offrir le thé. Ce sera le signal d'une transformation is
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des habitudes. CerUioes vont passer la journée dtiu leurs villas de la montagne. Hais la ibale s'en revient, vers cinq heures, le soleil calmé, sur k place de I'Id' dépendance.
Le soir, il sort des orangers, hieuis par la lumière des lampes électriques, des bouffées de pariums suaves qui font goDQer les narines et se dilater les poitrines; use douceur vous envahit, les yeux se lèvent vers le ciel plein d'étoiles, on écoute coause une musique la voix des jeunes Elles qui papotent, et dont les yeux splendides brillent comme des fleurs mystérieuses sous les larges chapeaux clodie. Si l'os arrive des durs pays du Nord, il naît en vous une autre conception de la vie; il semble que la comprébeusioQ de l'univers s'élargisse, des choses que l'on blâmait vous ^paraissent ici normales; d'autres, hier très importantes, passent au second plan. Od dirait que cette atmosphère si tiède et si remplie de parfums commence à désagréger les préjugés du vieux monde qui sommeillaient en vous.
Sur cette place se font les mariages. Cependant, garçons et filles ne se parlent pas. Les faniiltes se croisent sans s'aborder. Déclarations, aveux, consentements se lisent dans les yeux. Aussi, je ne saurais trop le répéter, les prunelles des femmes sont-elles expressives. Quand on s'est compris, le jeune honune passe et repasse chaque jour, pendant une ou deni heures, devant la demeure de la jeune fille. Des intermédiaires amis se chargent de la correspondance amoureuse et des messages oraux. On appelle cette promenade étemelle, le < pasado >. Ailleurs, ces jeux charmants ont un verbe éloquent : Afilar, qui se traduit par aiguiser, affiler.
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Le seul plaisir, d'autant plus rioleat !qu'il est unique, consiste donc k passer dans les rues au pas de promenade et & dévorer des yeux les jeunes filles, debout & leur balcon ou assises derrière le^ fen£tres grillées. Elles sont li, i peu près toutes jolies, coiffées, calamistrées, sans un 'cheveu qui dépasse l'antre, poudrées, les lèvres rougies, les yeux vivaces, ardents et mobiles, avivés de kohi; leurs toilettes d'étofTes légères, agrémentées de rubans bleus, roses, blancs, verts, sont charmantes de fratcheur.
- Si TOUS n'avez pas vécu de la vie provinciale, vous De pouvez être sensible à cette poésie de la maison, dans le silence de ta rue endormie, où un rideau tremble, où la guitare s'interrompt à votre passage...
Notre première visite est pour le gonvemear. On entre à la Maison du Goavernement comme dans un moulin; pas de vestibule ni d'antichambre. Nous pénétrons sans frapper dans une pièce, puis dans une autre, puis dans nne troisième, qui est le cabinet du ministre de l'Intérienr, meublé de cuir, â t'anglaise, enfin dans le cabinet du gonverneur. De t'af^itité, de la politesse, mais aucune cérémonie, aucune façon. Le démocratisme le plus simple, te plus avenant et le plus sympathique. J'aurais voulu causer longuement avec ce politicien intelligent et cultivé. Halheureusement, la visite fut courte. On nous attendait dans les fabriques de sucre, et nous nous laissâmes entraîner.
En route, on me dit :
— Tucuman Jouit de ce bonheur exceptionnel.
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d'être la proviuM la moins agités par les passions politiques'. Les gens au pouvoir sont tons, par hasard, de ta meilleure société, de ceux qa'on n prier d'accepter les fonctions du gooTemement et non de ceux qui les quémandent. Le gouverneur actuel, premier avocat de la ville, sortit le premier de l'Ëcole de droit de Buenos-Âîrea; son prédécesseur, H. Nooguès, retourna i ses plantations, pendant que son frère devenait le ministre de son snc-
La province est, en tous cas, l'une des plus prospères de l'Ai^entine et la plus peuplée — 10 hatàtants par kilomètre carré. Un tiers de la terre est cultivé, en canne i sucre principalement; nn tiers occupé par les montagnes, l'autre tiers demeure en friche, attendanl l'irrigation.
L'eau ne manque pourtant pas, mais les eananxl
— Nous avons dans la province, me disait le goavemeur de Tucoman, 18 cours d'eau qu'il serait bdle de transformer en chutes, car les pentes sont très sensibles. On aurait ainsi le double bénéfice de l'arrosage des terres et de la force i bon marché.
Il n'y a point de doute qae la province de Tacuntan ne soit appelée k un grand avenir. Son état financier est bon : c'est celui d'un jeune ménage qui commence à gagner de l'argent et qui se lance un pen. Les revenus se montent i 10 millions de francs ; ceux de la ville i i millions. Des emprunts ont été contractés, le dernier en juillet 1909, garantis par un
1. Je doU T«eonBitU«, pour ètn TMdiqm, qm ilx noli aprti qu'oc m'eut lUl ««tto didaraUon, dx dlfflculUa «tatoot bAm dm M founnMinwi d« hnlllfl M «m dtox IkctIoBi m druMirat Tmê M tK* de l'antre.
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impôt proTincial sur les sucres qui produit, à raison de 3 centimes par kilo, 3.400,000 francs.
Provisoiremenl, cette garantie paratt suffire. La production du sucre est, en moyenne, de 130,000 i 150,000 tonnes. Cependant, en certaines mauvaises années, comme celle de 1909, elle descend jusqu'à 100,000 tonnes. Elle pourrait baisser plus encore, sinon par la faute du climat, du moins par lo foît de la concurrence. Les provinces voisines, Salta, Jujuy, Santa-Fé, Gorrientes, les territoires du Chaeo et de Formosa ont à peine commencé leurs plantations de cannes. I] dépend de l'initiatiTe de quelques propriétaires de créer une concurrence à Tucumao, qui pourrait devenir d'autant plus sérieuse que le climat de Salta, par exemple, n'a pas de gelées & craindre comme ici*, et que la teneur en sucra des cannes de cette province est bien supérieure k cetld des cannes de Tncuman.
— Salta n'a que quelques vallées fertiles, répondent i cela les Tucumanos, et nons possédons plus d'eau qu'elle. Nons avons aussi t'avantage de la main-d'œuvre, car tous les Européens ne vont pas volontiers affronter le climat du Chaco. Ainsi, & Ledesma, où ta canne monte jusqu'à 3 mètres de haut, il faut employer, pour les récoltes, les Indiens du Chaco, avec lesqu^s on a toujours des difOcnltés. Pour un oui ou pour un non, ils vous quittent en plein travail.
D'autre part, on parla de cultiver la betterave
1. Pour qu la mu» prodnlM Km mulaiiiiD, il h hnt pu qiw la tamptratore dMceada plus ba> qaa 16<. Il t^a partali a
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sacnère dans te sud de h proTÎnce de Buenos-Aires*. Lo jour où cette industrie prospérerait, tes sacrien de Tucuman pourraient^ls rivatiser avec etIeT
— Nous ne craignons pas la betterave, m'ont-ils dit : etle exige trop de soins et de maîn-d'oeuTre.
On est si fi appé de ta volonté de vivre et de graadir, de la clarté et du sérieux des raisonnements; le ciel est si doux, la terre si grasse, l'eau si abondante, les arbres si touffus que la confiance des gens du pays vous gagne.
Le gouvernement fédéral vient d'alloner à la province 6 millions 1/3 de piastres (soit plus de 14 millions de francs) pour des œuvres de salubrité. Dans trois ans, les égouts seront installés partout. Il n'y a là qu'une simple avance, le gouvernement se remboursant par une taxe de 4 p. 100 sur ta valeur de chaque propriété qui profitera des travanx ainsi effectués.
— Et que va-t-on faire des 25 millions du dentier emprunt?
On me répond :
— Des travaux d'irrigation, des drainages dans les terres basses inondables, des écoles. Noos subvealionnerons une banque hypothécaire provinciale qui prêtera de l'argent aux agriculteurs.
n est question aussi d'un grand pare de 450 hectares à créer dans des terrains qu'il faudrait dessé-
1. Quand II ne gtia pu, la uni» t sucre de Tacomao dom» H •ocre 8 p. 100 en meTenne de md poldj, à SalU 10 p, 100, fc Crte 10 e( 11 p. 10U. La betlenTo doDU 18 p. 100.
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cher. On y fera un jardin botanique, un jardin zoologique el dea restaurants. Gela coûtera plus d'un million.
Des gens d'imaginntion révèlent le projet de faire une station d'hiver à Tucuman.
— Ce sera Nicel disent-ils.
Non, tout de même. Il y manquera la mer, les découpures des côtes, la ville. On aura, il est vrai, une jolie vue de montages lointaines; mais qu'est-ce qu'un paysage sans rivière, sans lac ou sans les flots de la mer, pour des oisifs? Et puis supprimera-t-on la poussière?
Les citoyens de Tucuman sont aussi ûers que ceux de BnenoS'Aires de leur marche vers le progrès. Ils disent et écrivent couramment : c Estamos a la misma altura que Europa. ■ Ce cri d'orgueil s'entend en beaucoup d'endroits de la République, proféré surtout par des gens qui n'ont pas voyagé. U n'y a pas, dans ces naïves affirmations, le moindre mauvais sentiment contre les vieilles mères-patries ; j'ai déjà noté, au contraire, un désir ardent de se rapprocher de plus en plus de l'Europe, et un secret instinct qui pousse les Américains du Sud à ne pas identifier leurs intérêts avec ceux des Américains du Nord. Mais elles témoignent i la fois d'un grand désir de s'améliorer «t d'une ignorance parfaite de ce qui fait la vraie valeur de notre vieille Europe.
Cet orgueil, d'ailleurs, est légitime si l'on songe aux progrès accomplis depnis un demi-siècle. Les théories modernes sont appliquées ici dans tous les domaines, et si les individus et les gouvernements locaux ne font pas toujours leur devoir, l'État central fait souvent le sien.
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TUCUMAN (soin)
L'Émis 4'africulturo. — Abondance in orugen. — 75 wpécM da canne i luere. — Le laboratoire de bacMrioIosia. — Le paladUme. — Écotei minagèrei. — La Bibliothèque mnaîdpale. — L'inDuence française à Tucaman. — Commenl m décident lei carriirei, — Ce qae denennent lea fila d'étrangers en Argentine., — MK . Noo^ëi. — Une viiiia A la sacreria de San Pablo, — PajiB||:e. — La *iU& de San Pablo. — Hi^ talion* ouTrières. — l'ypei d'Indien* et de métis. — RlcheiM de Tucaman : le sucre et lea fruiU. — Jardin* encbanleon. — Le protectionnisme incrier.
L'État fédéral a fondé one École d'agricDltore pour l'acclimatation des plantes et l'étude espérimeDlale des caaoes les plus riches en sucre. On y étudie aussi les arbres à croissance rapide et d'essences utiles, comme le caroubier, qui contient beaucoup de tanin et dont le feuillage est excellent pour la nourriture des bestiaux.
L'orange est un produit abondant du pays. Il y * dans Tucaman des bois entiers d'orangers de toute beauté. Mais tes trois variétés, dont une du pays et deux du Brésil, ne suTTisant pas, on vient d'importer