‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 35 sur 115 · II. i.,<i-,Gooj^lc · texte numérisé non relu

II. i.,<i-,Gooj^lc

TUCUMAR 191

A tons ceux qui ae préMDtent pour travailler : oa- Trien dei champs, ouvriers d'usine, bouchers, perruquiers, boulangers, on donne une chaumière graluitemeot pour eux et leur femille, «'ils en ont une, et le bois de chaufkge en plus. Ils gagnent 50 piastres per mois, soit 110 francs. Mais sur cette somme on leur retient 33 francs pour la nourriture; c'est-à-dire qu'on les paye 77 francs, plus la viande, le maïs, le sel, le logement et le bois de chauffage. Les salaires sont h peu pris les mftmes dans toute la province : 4 fr. 40 par jour.

L'entreprise Hileret comprend 380 maisons au total, disséminées sar les 7,000 hectares. Tous les iO,000 ou 20,000 sillons s'élèvent une centaine de maisons d'ouvriers.

Une plantation se divise en plusieurs colonies.

Pour 200 hectares cultivés, on crée un village, c'est-à-dire que le propriétaire fait élever quelques habitations de terre, au toit de tôle ou de paille.

Nous entrons dans ces chaumières dont l'aire est de terre battue. Les murs se recouvrent de journaux illustrés ou de simples annonces. A c&té de la chaomière, le four A cuire le pain; une citerne est creusée non loin de là; une cuve rectangulaire et peu profonde posée sur deux piles de briques sert pour la lessive. Les lits sont des X aux deux branches reliées par une toile : cela s'appelle des < catres >. Quelques poules picorent les miettes du repas.

1 Les travailleurs des champs comme ceux de l'usine ont droit, à la fin de leur journée, à deux des plus belles cannes de la récolte quotidienne. Et, au crépuscule, on les voit revenir des champs, les longues

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Sn EH UtGBHTUJE

cannes appayées sur l'épaule, comme des gaules de pécheur à la ligne, ou bien assis à terre, le coutelas à la main, taillant d'un coup net un bout du roseau sucré qu'ils croquent à belles dents. Ils en mâdient les fibres en suçant le jus, et les rejettent ensuite i tetre.

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Une capital* de 6,000 babiuots. — Asp«et colnûal. — Joli décor de monlagneB. — L'éleodard da général Belgmio. — RiTalilé entre Jujnj et Salta. — Richesse de qaelquet défar^ tements. — Lei gmndei «icreriei. — Tréior* cachés de la I pnns >. — Lei mines. — Leur avenir. — La passioa de la politique. — Esprit avancé des citajens de Jojaf. — La Bibliothèque pobliqne. — Antononiie prorinci^e. — Services d'hygiène. — A traTors la vallée de Homabuaca. — A 3,7S0 mitres d'altitude. — Le mal des montagnes. — Pauvreté delà nature. — Un enfer de pierre. — Les ressources du pays. — Va campement d'Indiens QuicluiM.

Nous continuons notre voyage vers le Nord.

Partant de Tucuman, oons laissons Salta un pea sur notre gauche pour y revenir en descendant et nous filons directement sur Jujuy pour atteindre la frontière de Bolivie et prendre ainsi une vision rapide des provinces du Nord. Après les 1,300 kilomètres parcourus depuis Bnenos-Aires, il nous en reste encore 641 h franchir pour arriver au point extrême de notre voyage au Nord. Les horaires du (rain spécial qui nous emmène ont été calculés de façon à ce que nous traversions le pays tout entier pendant le jour, soit à l'aller, soit au retour. Nous

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sommes maintenant sur la ligne de l'État, k voie étroite, dans te domaine de H. Ramallo.^aotre gaide très renseigné.

Les vergers de Tacuman nous ont reposés du désert de Santiago del Estero. Hais déjà, de nouveao, se font plus rares la verdure et les aiiires. Un paysage inédit apparaît. Des plantes frileuses poussent entre les cailloux des torrents desséchés. De temps en temps, au bord d'un ruisseau apparaissent quelques carrés de luzerne.

La voie monte sans interruption. Nous voici i -1,300 métrés, altitude de Jujuy. La ville est située sur la rive droite du Rio Grande on San Francisco. En ce moment, le fleuve, réduit à son minirauin de largeur, roule ses eaux limoneuses sur on immense lit caillouteux; des ttes minuscules couvertes de sautes pleureurs, de mimosées aux grappes odorantes, d'une variété inconnue cliez nous, s'espacent au milieu du torrent qui grossit rormidabtement tors des crues. Tous les ruisselets qui viennent s'y jeter sont captés au passage par l'irrigation. L'ingéniosité laborieuse des habitants utilise te moindre morceau de terre cultivable. Les champs soigneusement épierrés et irrigués se couvrent de luzerne, de maïs, d'oi^e, de quinoa. La ville elle* même senable un vaste veiner semé de maisons.

Jujuy, où nous ne nous arrêtâmes que quelques heures, est une charmante petite capitale de 6,000 habitants, dont la population se compose es grande majorité d'émigrés boliviens cl de inctis d'Indiens Calchaquis et d'Espagnols, gens paresseux» un peu ivrognes, doux et sympatliiqucs.

Aucune ville ai^enUne n'a mieux gardé sob

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JUJUT sa

caractère colonial. Les rues, presque désertes, ne s'animent qu'auprès des almacenes où flinent des gronpes de métis. Point de maisons à étages, la pinpart n'ont qu'un rez-de-chaussée aui fenêtres grillées presque ft nivean de trottoir, couronnéee de terrasses à l'italienne ou couvertes de toits de tniles è Tespagnole. Beaucoup sont bâties en terre. Quand la coQche de cbaux qui blanchit ou rosit les façades s'efface, la terre grise apparaît, et, ^il pleut, les plates-formes de boue s'égonttent dans les chambres. L'une de ces maisons, masure quelconque, sans caractère, date de i 743, et l'on vous y conduit comme devant une relique. On vous montre aussi une autre cnriosité historique, la demeure oii fut tué le général Lavalle, et, dans l'église principale, une chaire de bois sculptée et dorée, œuvre naïve et grossière d'artistes indiens que formèrent jadis les missions de Jésuites.

Un cirque de montagnes enserre la ville de toutes parts. Tue d'une colline voisine, elle s'étend, uniforme, coupée de grandes rues rectilignes et semée dllots de verdure, qui sont les patios intérieurs des maisons. Seules, quelques églises aux clochers ajourés rompent cette boiizontalité.

Le gouverneur reçut toute notre caravane avec courtoisie. Il nous montra l'étendard de Belgrano, le Tameux génial de riodépendance, à qui on doit le drapeau républicain : bleu comme le ciel argentin, blanc comme la cime des Andes.

Juju; se glorifie de son rôle dans l'histoire de

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t36 EH ARGEUTIHS

l'Indépendance. C'est par ià qae les années «pagDoles, descendant du Haal-Péron, forent airètéei par rarmée argentine.

Alors, la petite ville n'était pas encore capitale. Les départements qui Tentourent appartenaient i la province de Salta. Leur autonomie ne date qae de 1834. On formai cette époque une nouvelle province, avec cinq millions d'hectares pris h Salta, ce qui équivaut à la superficie de six des plus grands départements français. La province de Jujuy n'en était pas moins, avec celle de Tucuman, la plus petite de la République.

Depuis lors un antagonisme persiste entre les deux provinces. Jujuy, ea partie enclavé dans la province de Salta, n'a que peu de terres cultivables, sa fortune lui viendra pins lard de ses richesses minières; Salta possède, au contraire, d'admirables vallées immédiatement exploitables, et toutes les activités se dirigent vers Oran, d'un côté, et vers la vallée de Lenna, de l'autre. Jujuy trouve donc qu'on ne lui fit pas la part assez belle. Cette province possède, il est vrai, de riches départements, comme celui du Rio-NegTO, dans ta zone tropicale, oà les pluies abondantes entretieDueut, comme dans Salla et Tucuman, de magnifiques forêts de bois de construction et d'ébénisterie. La canne à sucre y a un rendement supérieur à celle de Tucuman et les sucreries de San Pedro, de Ledesma, de Réducdon, de San Lorcnzo, sont depuis longtemps célèbres. Le riz, le tabac, le caré, la coca, l'indigo et le coton n'attendent que te défrichement des forêts et l'irrigation pour rospérer.

Hais ce n'est là qu'une petite partie de la provinctt.

Un tien, occupé par an vaste plateau stérile, possède saiu doute bien des richesses cachées. L'or ne manque pas dans la « puna i de Jujuy, et les placers y sont exploités depuis deux siècles. L'argent, le cuivre, le plomb, l'antimoine, le fer et l'étain y abondent. Des mipes actuellement ouvertes dans le département de Tumbaya, à 3,900 mètres d'altitude, entre autres celles d'Alto Condor, sont aux mains d'une société anglaise. Chaque année, de nombreuses concessions sont demandées au gonvernemeni pour l'exploitation des sables aurifères^ du cuivre, du plomb, de l'argent, du borate, du mercure et de l'antimoine, des huiles minérales et du pétrole, des carrières de marbre, de quartz, de cristal de roche, de jaspe et ds chaux. Hais beaucoup de ces entreprises, commencées A grands frais, sont abandonnées au bout de quelque temps. Le manque d'eau et de force motrice empêchera peut-être longtemps encore le développement des exploitations minières. En attendant, sauf dans les belles vallées tropicales dont Salta ne lui céda qu'une partie, l'activité agricole et commerciale de la province est assez réduite.

Le bétail nourri dans les < quebradas » se vend en Bolivie, les moutons de la puna fournissent une laine fine et recherchée ; les guanacos, les vigognes donnent une fourrure estimée. Uaîi, faute de débouchés, le commerce végète.

Le commerce, le petit commerce s'entend, puisqu'il n'y en a pas d'autre, est entre les mains des Turcs, comme s'appellent eux-mêmes les Arméniens qui, depuis quelques années, pullulent dans le pays, d'abord k Tétat vagabond de colporteurs, puis & l'état fixe d'almaceneroB.

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EN &RGE!(Ti.NB

Ons'eiplique que, daas ees r^^ons iloigaées, h eeuU activité daa hommes se porte vers la pelitiqqe. A quoi les pasBioQs s'eraploleraJeat-elIsB? Ici la tIq politique occupe toutes les Asergies. Jujuy, au point de Tue des idées, est la province ta plus avance de la Bâpublique. Ony a supprimé le Te Deum, officiel da 35 mai, date de U libération. La député au Contp^ national, M. Alrina, se laisse appeler le < Combes de Jujuy >. Seules les femmes vont à l'église.

— Nous avons chassé les nonnes de dos éeolu, me dit-oD arec orgueil. Lors da ta loi fédérale mt h laïâté de l'enseignement qui fui votée en 1885, les évoques fomentèrent une vive agitation dans le pays. La plupart des élèves avalent quitté les écoles dans toute l'Argentine, sauf à Jujuy. Aussi la bibliothèquo municipale et les écoles sont les institutions dont les habitants se montrent te plus fiers.

Pendant les heures trop brèves que je passa! A Jujuy, quelques citoyens extrêmement aioublee s'étaient mis i notre disposition pour la visite de U capitale. Le calme endormi de ta ptetite ville contrastait étonnamment avec l'activité d'esprit et la^coriosite ÎDlellectuelte de nos hôtes.

Daus ta Bibliothèque, joli raonument neuf, je vis les œuvres de Macaulay, Taine, Renan, Proadhoo, Spencer, Eugène Sue, Uootaîgne, Verlaine, Scho- .penhauer. Le culte orgueilleux de nos guides pour ''cette maison remplie de livres éuit noble et toachant.

On sait que toutes les provinces autonomes joai»>

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sent (Time coDStitatioa indépendaatâ, qu'elles oni ob Couveroeur élu, une Chambre des députés et un Sénat. La province de Jajujf pour ses 54f000 babitaots, possède dooo un Parlement. Il Taut dire qu'ici les fonctions des parlementaires sont gratuites, ce qui explique peut-Aire qu'on se contente d'une Chsmbre de députés, sans Sénat, i moins que ce ae soit la marque de l'état avance des esprits. Le budget de la province s'élàve à 600,000 piastres, soit i,330,000 fr. Le gouverneur louche 1 ,100 francs par mois, le ministre 900 francs.

La ville possède une canalisation d'eau pour le service des maisons, qui fut payée par le gouvernement fédéral, la province étant trop pauvre pour se l'offrir. Le service d'hygiène est rigoureux. Chaque maison doit avoir ses deux fosses aseptiques, d'un système français dont j'ai oublié le nom : l'une où s'opèrent les transformations chimiques, l'autre qui sert de filtre.

Le gouvernement central va entreprendre des tra- Taoi d'irrigalitm dans la province. Et alors ses terres produiront la cannei sucre, le maïs, l'orge, enabon* dance, car en un an, grAce au climat cbaud, on peut obtenir, dans les parties fertiles, deux récoltes de maïs et une récolte d'orge.

Quittant Jujuy, nous reprîmes notre train pour atteindre bientôt la vallée de Ilumahuaca qu'arrose le Rio-Grande, presque & sec en ce moment. Un peu de végétation persiste, des saules pleureurs, des pêchers même, aux fleurs roses, s'abrilent au flâne de lamon-

CÙHiylc

tagne. Lu taches vertes de quelques prés irrigaéi (oal plaisir à voir. De petits ruisseaux torrentoeoi dévalent presque & pic. Parfois, au penchant dej monts ravinés par les pluies, une masse de boof formant une coulée grisâtre s'épand comme un torrent de lave jusqa*au lit du Hio-Grande, dont la voie ferrée suit la rive droite. La plus importante, situé an kilomètre 35,58, arecn le nom de c Volcan >, tant elle ressemble à un épanchement de matières éraptives. Cependant, aucune trace de phénomène volcaniqoe n'a été constatée dans ces régions.

Arrivés à la station de Humahuaca, nous atteignons 2,940 mètres d'altitude. L'un de nous se couche, souffrant du mal des montagnes.

Je ne ressens jusqu'ici qu'une sorte d'excitation cérébrale, sans douleur. Aux stations, je descends da train, pour questionner les gens du pays, regarder, et prendre quelques notes.

Il n'y a pas grand'chose i noter, d'ailleurs, les villages se composent de rares masures habitées par des métis boliviens. Tout ce qu'on voit est de pierre. La ligne du chemin de fer court eu\n des mooli rouges où, par endroits, une cassure couleur verlde-gris ou d'ardoise, on un bloc vieux rose metle^ leur lumière différente. Au loin, ils se colorent di bleu et de violet. Les crêtes paraissent danser das le ciel pur, tant elles sont nombreuses et variées.

Les gestes des gens sont lents et rares. Il ne tint pas se donner trop de mouvement, sur ces baatenrSi paralt-il, si l'on veut éviter des troubles cardiaqoes. Voici pourtant un Indien au teint terrenx qui muchï , i grands pas, pieds nus, un long bâton à la nuis, j enveloppé de son poncho et coiffé de son chapeaa de |

feutre rond couleur de roaille. Un antre passe 1 cheval. Une Temme, i pied, porte son enrant snr le dos. Deux cheraux broutent une herbe aussi courte que la mousse. Un cbien noir, i t£te de loup, nous regarde Qiement.

La voie monte sans interruption. Plus nous nous élevons, plus la pauvreté de la nature s'aggra?e; des arbustes hauts comme des bruyères languissent le long de torrents desséchés; il fait froid dans notre itagon; la glace de petites mares gelées dans des basfonds humides fond au soleil du matin. Un peu d'eaa conservée dans on pti de montagne a fait pousser un long rectangle de verdure qui semble un manteau de velours tombé du ciel là, par hasard. Et aussit 'tt apparat an troupeau de lamas, de chevaux, d'ftnes, en même temps qu'an campement d'Indiens. Les lamas fuient à notre approche, et leur gros train d'arrière surchargé de laine ballotte disgracieusement, ainsi qu'une gibbosité molle; puis ils s'arrêtent et nous regardent de leur air dédaigneux et sot.

Lentement, avec la o^maillère, noos marchons ft S7 kilomètres à l'heure. Le paysage se minéralisé de plus en plus. Rien que des pierres. Un enfer de pierre sans herbe et sans oiseaux. Aucune trace de vie. Le silence. La terre est saupoudrée de sel, comme dans les déserts de l'Utah et de l'Arizona. Puis, la vie reprend de nouveau. D'innombrables cactus géants s'élèvent, droits sur la montagne, tels des milliers de jets métalliques 6gés; dans les cailloux végète une sorte de broussaille A peine verte et de la hauteur des genêts. Nous rencontrons une caravane de mules chargées et un troupeau de moutons, de lamas «I, d'&nes.

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«n EH ARQERTIKE

Ne TOUS semb1e-t-il pus quenotraritalitâ ailbas^ pour s'éptndre «l pour rayonner, de la pr4sene« di feuiltage et de l'herbe? La trUtesse du paysage que nous parcouroni serait très atténuée par un peu d'ombrage et quelques champs de graminées^ et ellt derîeiidrait vraiment inaupportable si ne la corrigeaient l'indicible beauté de la lumière, la douceur des tons bleuâtres et rosés sur les monts lointains, ia variété Tivante des ligues des crêtes et des plans, les tons imprévQa des cassures de la pierre et du marbra. Quelles peuvent bien Sire les ressources decepayst On ne compte plus les gisemeula de borai décoa* verts, mais jusqu'ici presque inexploités, les placers riches CD or, au flanc des montagaes et dans le lit des torrents. Malheureusement il pleul par id très rarement, et c'est alors & torrents, et la Tiolano* do l'eau arrache, aree la terre, des pépites que le* «n* fants vont réoolter. De longues couches d'un sable blond qui se dore au soleil recouvrent les pentes. Des failles s'ouvrent sur des trésors de minenù de Cuivre. La pierre est souvent creusée de larges trdus en forme d'entonnoir qu'on dirait faits par des toit* pies gigantesques qui auraient tourné au même m* droit pendant de loagves années.

A Très Cruees {t« Trois Croit) le potead indteateor porte : 8,730 mètres. J'aperçois un wmpcfmeni d'Iadlens. Parmi des pierres et des détritus, hoftes de cm* serves, Verres cassés, loques, savates, espadrilles, oi blanchis, une demi-douzaine d'hommes et de femmes sont assis à terre au pied d'uue masure sana toaêU^

JUJUV Itô

lumo&Me d'uM erotz d« boU entonrâe ds lafn» rougs. Ils tont aoifti» d*un ehapeau rood de Ibutre mou gril, et leur bute l'enveloppe d'un poncho de oouleuri Tivas. Dei semeilei de cuir protègent lean pieds DUS. Deui cbiaos et ua pstit abat noir ae tiennent près d'un feu éteint entre deux briques où un pot noirci par la Tumée est resté; i c6té d'eux, quelques sacs de maïs, un mouchoir rouge rempli de feuilles de coca, vertes et luisantes, ressemblant â des feuilles de poirier.

Appuyées au mur de pierres sans mortier, leurs longs cheveux noirs divisés en deux nattes qui tombent jusqu'à terre, deux femmes filent. Elles coupent à t'aide d'un couteau une touffe de laine au ras d'une toison de mouton étendue i leur côté, retirent, et, des doigts de leur main droite, tortillent une mèche fine, la rattachent i la laioe déjà tordue, pendant qu'elles font tourner de leur main gauche le fuseau où s*envide le fil. C'est avec cette laine que les Indiens tissent ensuite leurs ponchos.

Ainsi, sans doute, filaient les femmes il y a dix mille ans.

La physionomie des hommes est douce et comme craintive, celle des femmes, au contraire, énei^que, grave et noble. Elles regardent, par instants, immobiles et silencieuses, le cercle de badauds que noua formons autour d'elles. Je veux leur donner à chacune une piastre papier. Elles paraissent ne pas savoir ce que je leur offïe, me regardent d'un air méfiant et refusent du geste, sans proférer une parole. Mes compagnons insistent, tentent de les faire parler. Elles murmurent seulement quelques mots dans leur langue, que nous ne comprenons pas. Ce sont d^

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femmes quichuas, ferreotes chrétieiuies, parlant i peine l'espagnol. Elles descendent probablement dei Indiens qui vivaient ici au temps des monarques Incas, car sur ces hauts plateaux, les tribus conqoisa se mélangirent peu avec les Espagnols.

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JOJDY (sran)

L« puu de Jnjnj. -~ Doe école dani ut désert. — Un cbcniin de fer diCQcile fc conslruire. — Kéiistance phjiiqne de> indigènes. — Une panicée ; le coca. — La Qaiaca. — Cbei l'almacenero. — Le rendez-voni du proipecteari. — Au marché. — La chîclia de mab. — Poiut d'arbrei. — Viiite chei DUS femme indienDe. — Doacear et bieDTci) lance. — Noiu mettons le pied en Bolivie. — Désolation. — L'égliia de La Qaiaca. — Chea le marchand d'herbes médicinales. — Comment on TAte la Sainl-Roch sar la pnna do BolÎTie. — Transports difficiles. — Qnaraule Indieos pour on piano. ^ Une caraTane de lamas. — Le transport des minerais.

A présent, nous voici dans la puna de Jujuy. On appelle puaas, tes hauts plateaux de ces régions montagneuses. C'est aussi le nom du mal des montagnes. ,

A la station Puerto del Marques s'aperçoivent une ; église et une école en terre avec des toits de chaume. ' Un puits entouré de cacluSt un four, quelques mai- ' sons de boue et, tout autour, jusqu'à l'horizon loin- ■ tain, la plaine dénudée, monie et grise : tel est le. oaysage le plus vivant de ces régions. Par endroits, une sorte de mousse croit sur le sol comme si le vent avait semé une impalpable poussière de péridots, que des troupeaux de chevaux, de lamas, d'ilnes et

ta W ARGEKTINE

d« moatoDS essaient de brouter. Dans cette désolation, uD village comme celui-li parait une oaaîi bénie, et c'en est une, en effet.

I! est midi. Les enfants sortant de l'école accourent pieds nus pour voir passer le train; quelquesuns ne sont vêtus qae d'une chemise déchirée et d'an pantalon; sur leur tète nue, des cheveux de crin noir; ils ont les pommettes saillantes, les yeux petits et brillants, et, dans leur physionomie, une expression douce, intelligente et respectueuse, extrêmement sympathique.

La voie ondule autour des montagnes, Itnige les vallées, traverse sur des ponts de Ter les torrents presque à sec. Les poteaux du télégraphe ont dA &tra fixés aux endroits les plus inattendus, dans le roc souvent i pic.

Cette ligne Fut difficile à construire. Il faut savoir gré à l'Argentine de l'avoir poussée jusqu'au bont, au prix de mille sacrifîces. Elle ne coûta pas moios de trente-trois millions et ne rapporte pas grand'chose. 11 paraît que la Bolivie avait promis de la continuer sur son territoire dès qu'elle arriverait k sa frontière. Voilà trois ana qu'on l'inaugura et la Bd&vie semble avoir oublié sa promesse.

Notre train est éclairé au gaz acétylène. Yen k soir, la lumière baisse.

— L'air manque d'oxygène, dit M. Ramallo.

Il nous raconte que les mules de la plaine transportées sans transition meurent à 3,000 mètres. Biais les indigènes ne semblent pas souffrir de l'aliitude; ils l'ont très bien 70 kilomètres par jour pendant quatre jours avec une petite provision de maïs sur eux «t quelques feuilles de coca.

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Nom ipyrathoM de la Ooâet. Depeiiuavs de terre ^élèveat de plice «■ place, séparut des ebt- &ces dàindéet. Gu- cas dàertB «at leon [ropriélaires, aussi jalon nai datde qse œoz des bords do Parana.

EoGb, a« Biîliea ftm ôusoue {daleu aa sol eaiUoatMO, où il est impossiUe de d«cOBTrîr un arbre ù me berbe, apparaît La Qohc*, dernière BlalîoQ da cbemin de fer ai^afia, derntiré étape de la eivilisatioD. Et afvès aïoir atteiot loot près de 4,000 Dlèlrei d'altitude tn cours de roate, noos voici maiatnuot i 3,tôi mètres. C'est ooe bonae baQleor, doDt cependant je ne sou&e pas trop. Va peu de ûèvre me prend seulement an cours de mes promenades.

— Prenez garde 1 la pana, me dit-on. Sur ces bauteors, il faut bouger aussi peu que possible. La moindre btigne tous abat.

Hais quoi? Je ne sais pas venu si loin pour me coucber. Je marcherai leulemeol. D'ailleurs, qu'y a-t-il à voir dans ce désert? La petite gare, les quel ques hangars du chemin de fer, badigeonnés de rose et de j:;uae, quelques masures de terre grise, une trentaine d'autres maisons basses, en terre aussi, mais peintes à ta chaux, et un hOtel < Gran Hoiet 35 de Mayo >. C'est tout. Au loin, vers la Bolivie, tes derniers contreforts des Andes qui viennent mour' en pente douce.

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tiS EN ABGEHTIHE

Que faire?

Gomme les gens du pays, allons i l'almacen. n «t

tenu par an AUemand roux qui vend des étoffes, du

' liqueurs, de la quincaillerie, de l'épicerie aux Boli-

' Tiens. Ce doit être un réfractaire quelconque. L'ex-

- pression de sa physionomie an peu inquiète me sog-

: gire cette supposition. Rien d'antipàihique, d'aU-

leurs. Les pays neufs connaissent ces irréguliers qui,

la concession faite au mauvais destin, se reprennent

et deviennent parfois des modèles de vertus. On m'en

indiqua plusieurs, en Argentine, Français, Anglais,

Espagnols, Allemands, Italiens, devenus riches, et

qui n'ont jamais, dans leur patrie d'adoption, mérita

le moindre reprocbe.

Notre Allemand, donc, quand il nous sot Français, déclencha son phonographe qui joua la ManeUlaite Le Germain au poil roux riait d'un air bonhomme el ravi. Puis il nous fit jouer une valse : l'Amour 91» chante.

Un gaucho prospecteur, très expert en minerais, est arrivé ce malin de la montagne avec an plein panier de cailloux i magnifiques > . On ne parle que de cela à l'almacen et à la gare.

Il n'est plus question ici de bœufs, ni de blé, ni d'hectares, ni de sucre, ni de primeurs comme I Bnenos-Aires et à Tucuman. Nous sommes vraiment dans an autre pays. Il ne s'agît que de découvertes de mines. Chaque mois, à dos de lamas, arrivent i la gare de La Quiaca deux cents tonnes de minerais on de métaux, or, argent, élaîn, bismuth, antimoine. ' Les conducteurs de troupeaux racontent les histoires des découvertes qui se propagent en s'amplifîanL Et le paysage désolé se peuple de mirages.

— Ave&vous vu le marchét

Il y a donc un marché à La QuiacaT Le voici. Udb marchande est assise sur te sol, le dos appuyé au mur d'une masure abaudonnée; deux autres lui foot face, inslallées sous un arbre qu'on n'apercevait pas de loin — et qui n'a pas de feoiltes. L'one vend de la bière de maïs appelée c chicha >; une autre, une sorte de soupe qu'elle veut nous faire goûter; la troisième a devant elle des couvertures et des ustensiles de cuisine; la dernière débile du pain au détail. Quelques jeunes femmes, assises comme elles à l'orientale, les entourent, portant sur leur dos de jennes enfants que soutient un grand chAIe de laine multicolore, noué par devant.

Comme les Indiennes de Très Cruces, elles ont leurs cheveux noirs et raides séparés en bandeaux sur le front et nattés, des caracos de cotonnade que leur vend l'almacen, et des jupes très amples, très froncées à la taille, qui ne dépassent pas les chevilles. Elles en mettent quatre on cinq l'une par^dessus l'autre, comme les femmes wendes de la Spreewald. Quelques-unes portent des bas, les autres ont les pieds nus ou protégés par une semelle de cuir retenue par une lanière passant entre l'orteil et l'index et se nouant à la cheville. Loqueteuses et sales, avec leur feutre mou et leur tartan qui les drape, elles ont en marchant un dandinement lent et gracieux de leurs multiples jupes. Et elles fument.

Non loin de là, au milieu d'une courette entourée d'un bas mur de pierres amoncelées, voili un autre

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S50 EN ARGKRTINB

arbuste 1 Nous approchons pour regarder ce phénomène : un jeune saule, gros comme une canne tà. haut de deux mètres, qui montre quelques feuilles. Une Indienne sort de |a fnaisp)i voisine. EJle parie fispagQo). ^o\^s eausQQs, Soi^ Qiari est douanier ai^entin. Comme pou^ la féliçitont sur soiï arbre :

^ Ûhl il « biftn du m«l i poueser. Je l'arroie pourtant tou^ lesjpqrsl

Ella parle leptemeut, d'un ton grave, doux et monotone; les feux oQt une mélancolie voisinç de U tristesse, des yeux de cardiaque. Kllç ne fait point de geste 9t son parter, ^on r^ard> sa, tenue tui donnent un ^Ir de grande disttDctton. Elle nous offre de nous reposer et nous fait entrer dans une pi^ce aux mun de bloques nues, au sot de terre battue, couverte d'un toit de boue et de feuilles sèches et meublée de deux lits de fer, d'une labtej d'une malte el d'une table de nuit. Au mur, une inuge de la Vierge, clouée.

H. Le Breton nous accompagne. Elle lui demande, en me désignant :

— Monsieur est étranger? Que vient-il fiùre icit

— Voir le pays, simplement. 11 arrive ^ foin! De Paris.

Cela lui est égal, et elle n'a pas l'air d'y croire, d'ailleurs. Car elle ajoute :

— Dites-lui que je ne lui conseille pas de s'installer ici. La vie est dure, et les affaires difficiles.

Sur Qka réflexion que peul-èlre n'aime-t-elle pas voir les étrangers s'établir au pays, elle proteste aroe une parfaite sincérité :

— Obi si. Au contraire, nous serions coaleots qu'il vienne beaucoup de monde à La Quiaca. Q nui

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