‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 41 sur 115 · ALTA · texte numérisé non relu

ALTA

La forêt Tierge.— Aux bords de la Rivièrs Vermeille. — Adsùrable fertilité. — Salta. — ftessembUnce inoaoloiifl île touiea les villca argeotines. — TraditiODS eipagaeles. — Pittoresque d'autreToii. — Une processian. — Le Jardin iMb gique. — Un déjeuner créole. — L'uado. — Danses créotei — Le Tango.

Après une nuit passée dam le U'aia arrêté au seinl de la forêt, noos quittons notre demeure ambulante pour monter dans tine petite voiture automobile map chant sur rails. Car la voie n'est pas terminée et le poids d'un train pourrait occasionner des dég&ls tn des accidents. Nous traversons la forêt.

Ce n'est pas la forêtvierge luxuiiante, aux ati>RS énormes, aux lianes inextricables, grouillante de singes, de tigres et de cobras; mais une rédaction de tout ceci. Les arbres n'atteignent pas toujours les dimensions de ceux d'Europe ; les quebrachos, les palos blancos n'ont pas la majesté de nos chênes ni la noble grâce de nos peupliers, ni l'opulent feuil^ lage de nos ormes. Il semble que la terre ne leur accorde qu'un minimum de nourriture, après quoi ils tombent et meurent. On voit, en effet, beaucoup de troncs penchés, étayés par leurs voisins ou sou-

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ienoB par des lianes. Pas de moasse, ni de fougères. Mais si l'on veut y pénétrer, comme je l'ai essayé, on s'aperçoit que le sous-bois est inextricable. Laforètse défend avec ses arbustes épineux, ses dagues coupantes, ses sabres en dents de scie, terribles gardiens. Ce qui est charmant, c'est que tous ces arbres fleurissent, que je les vois couverts de fleurs éclatantes, rouges, jaunes, bleues, roses, en bouquets, en grappes, en épis, en lances. Les parasites pullulent. Je cueille des orchidées que je voudrais rapporter en Europe, mais qui monrront avant mon retour.

De chaque cdté de la voie, une trentaine de mètres sont défrit^s. Des las d'arbres couchés dans des broussailles, des bois en grume. Il reste ici et là des chicots que les défricheurs no purent abattre, et qui fument. Après avoir creusé un trou assez profond dans l'épaisseur du tronc, les ouvriers y mirent le feu. Le bois se dessèche et se consume lentement. Des groupes d'arbres brûlés restent debout, les uns noirs de suie et de fumée, d'autres gris comme des fant&mes, couverts de leur manteau de cendre; d'autres encore, dépouillés de leur écorce du haut en bas, ont Tair de grands écorchés. Des cocotiers rdtis conservent leur panache. De temps en temps» pour chasser les moustiques, les ouvriers allument des feux de broussailles qui se propagent.

La ligne s'encombre d'herbes rivaces, des tiges vertes s'avancent sur les rails posés il y a une semaine; une nouvelle forêt naine repousse parmi les tronçons abattus. En quelques jours les entre-deux des traverses deviennent autant de parterres couverts de plantes sauvages et d'herbes. De jolis oiseaux vol&tent devant notre automobile, le long du rail.

Les ouvriers Tivent en plein air. Ils él&rent sar quatre pieux un toU de branches et de feuilles; t» voit leurs lits, qui sont des tréteaux comme eo possèdent encore les fondas espagnoles dans les petites villes. D'autres, plus exigeants, se sont bftli des buttes avec des caisses et de vieux sacs k sucre. Des viandes sècbent, pendues aux branches.

Des chevaux et des mules sellés, attachés & ob arbre; un cochon noir qui groïne, quelques pouleï qui picorent, des enfants à moitié nus, sales, des femmes qui cuisinent, ces gens et ces animaux font, par place, à la lisière de la forêt, des campement* pittoresques et animés. La vie et la civilisation pénètrent ainsi avec cette avant-garde modeste.

Quelques kilomètres avant d'atteindre l'extrémité de ta ligne, nous traversons un pont en constructioa hardiment jeté sur le Rio Grande. Il a trente mètres de haut. Beau travail.

Au bout de soixante kilomètres d'auto sur rails, ' nous arrivons i Embarcacion. La ligne s'arrête sa bord du fleuve Vermeil. On va construire poor le traverser un pont de 450 mètres. Le charpentier chaîné de ce travail est un ouvrier monteur de Saint- Ëtienne, H. Poulain. Je le trouve près d'une cahute qu'il s'est bâtie sur la lisière de la forêt. Nous causons un peu :

— Il y a vingt ans que je suis en Argentine. Et j'ai mis à peu prôs 100,000 francs de côté. J'arrivai avec juste 100 francs dans ma poche ; quand j'eus vu le pajs,

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