‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 42 sur 115 · SALTA K · texte numérisé non relu

SALTA K

je pris confiance, et je renvoyai les cinq louis à mon père, pensant qu'il en avait plus besoin que moi.

Use nourrit surtout de viande et de biscnit dur. Mais cela va changer. Il a rencontré un compatriote, boulanger qui, ayant eu des malheurs ailleurs, va s'établir ici, à ce bout du monde.

— Ce qui manque le plus, dit-il, ce n'est pas tant le pain que les légumes. Les gens du pays ne savent même pas ce que c'est.

Aussi a-t-il semé, dans le petit coin de forêt vierge qu'il a choisi, et dont il a brûlé les arbres, des choux, des radis et de la salade.

— Il y a jnsle huit jours. Et voyez, tout a déj& levé. J'aurai des radis la semaine prochaine.

Terre admirable, qui, en huit jours, nourrît son homme!

II est le seul à se soucier de ces choses parmi ses voisins. Un Italien, fixé ici, propriétaire de dix tieues de forêts (25,000 hectares) et d'éuormes troupeaux de bœufs,8'estbâti une baraque avec les planches de vieilles caisses, pour économiser son bois. Et il vit de rien.

H. Poulain nous conduisit & l'emplacement du futur pont du Vermejo, dont on posait les fondations : nous relevâmes des traces de pétrole dans l'eau du fleuve toute grasse d'irisations bleues et vertes. Il nous apprend qu'en effet on a découvert en amont des sources de pétrole. A chaque pas, en ce pays, on a de ces surprises.

Noue revînmes & Salta.

Je ne tous décrirai pas la ville. Toutes ces cités du

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Nord, fondées par les Espagnols, se ressemblent. C'est toujours le plan de l'ancien municipe espagnol, 1 avec ses rues en damier, ses maisons sans étages, ' couronnées du eempiternet balustre à l'italieniK, ^ avec la même place carrée, et, tout autour : l'église, le Cabildo ou la maison du gouvernement, le palais de Justice, puis un hôtel on deux, une statue de général. Les noms des rues se retrouvent également partout : Rivadavia, Indcpendencta, ^5 de Hayo, Bdgrano, San Martin, etc., etc. Seules, la position dei montagnes et leur élévation diCTèrentunpeu. A Juja^, les rues sont pavées de cailloux roulés; i Salu et i Tucuman, les voies principales ont le pavage en bois.

Pour l'avenir, des promenades, des avenues, des squares sont ménagés sur des espaces i défridier et i assainir.

Comme à Jujuy, comme à Tucuman, la place plantée d'arbres, avec un kiosque au milieu, est entourée de bancs et d'allées, les unes bien fréquentées, c'està-dire par les bourgeois, les autres réservées anx gens du peuple. Une différence, cependant, et qui m'est restée inexpliquée : les filles se promèneat d'un cftté, les garçons de l'autre. Alors, où se font les mariages? Mêmes chapeaux à la mode, mêmes toilettes dernier cri. On dépense facilement, dans cette ville de 17,000 habitants, 450 francs et plus pour une toilette courante, et l'on voit très bien des robes de 1,500 francs au bal du 35 février, chexie gouverneur.

La population dirigeante est d'origine espagnole. Salta se vante de garder des traditions col>>niales , d'élégance et de distinction. Ses babilanls prétendnt j

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que Tucuman est fait surtout d'alluvions plus réceates et de parvenus d'hier. Ceci expliquerait, d'ailleurs, sans chercher plus loin, l'activité prospère de Tucuman «t l'espèce de sommeil où s'est jusqu'à présent complu la vieille province subtropicale.

Le fond de la population se compose d'un mélange d'Espagnols et d'Indiens Calchaquis, placés jadis sous la domination des Incas de Cuzco. Ces métis ont les yeux très noirs et très doux, une mince moustache A la japonaise, les pommettes saillantes. Mais de nombreux croisements altèrent ce type, et la visite de la prison nous révéla des physionomies de brutes eOrayantes.

Un peu du pittoresque ancien demeure. Les petites ûlles du peuple, & la peau brune et dorée, qu'elles rendent plus brune encore en la poudrant, jolies avec leurs grands yeux noirs, portent siir leurs cheveux un voile noir — le manto — serré autour de l'ovale de leur figure, et tombant en plis savants sur leur buste frêle, à la manière des draperies tanagréennes.

Les jours de procession — et il y en a beaucoup dans ce pays religieux — leur foule serrée multiplie leur beauté pareille. On dirait de jeunes nonnains qui se seraient hasardées hors de leur couvent après s'être maquillées selon la mode profane. Ces processions n'ont rien de la solennité de celles que nous sommes habitués de voir, ni le pas mesuré, ni l'air recueilli des fidèles, ni la lenteur sacerdotale du cortège. Des gamins courent deux cents mètres pardevant le clergé, tenant un long tuyau de fer-blanc où brûle de l'alcool. Des pétards éclatent sur le passage des saints ou de la Vierge portés sur des bran-

eards; comme an esquif sur des vagoee on tounneDte, on les voit houler au milieu des rangs désordonnés; le euré lui-même, habillé de ses ornements, marcbe vite, pressé d'en finir, car il fait très chaud.

Le gouvernear de la proTÏnce invita tonte noire caravane i déjeuner dans un restaurant campagnard situé un peu en dehors de la ville, près du futur parc de ta capitale. Au milieu d'une vaste étendue nurécageuse, aujourd'hui assainie par des plantations d'eucalyptus, on a tracé des avenues et des squares; là aussi se trouve le Jardin soologique. Nous aliflmes le visiter pendant qu'on dressait le couvert. Ce c'est pas qu'il soit bien riche, puisqu'on n'y voit que trois condors sinistres dans une grande cage, deux pumas au fond d'une niche entourée de grillages, un alpaca etdeuxguanacos.Ges guanacos sont bien les êtres les plus insolents de la création. Dès qu'on approche dn grillage qui les enferme, ils arrivent vers vous, l'air hautain, en mâchonnant, et vous crachent i la Ggare avec une adresse stupéfiante. Est-ce ua sport? Est-ce un besoin inexpliqué de leur nature? Est-ce du mépris? En tout cas, on n'a qu'à se reculer au plus vite.

On nous servit au déjeuner une salade russe, uo cochon de lait, le pucfaero national, c'est-i-dire la poule au pot et le bœuf bouilli, un poisson frit, des c empaikadas >, et comme i asado > un chevreau que l'on embroche et que Ton cuit en plein air, devant un grand feu de bois. L'usage traditionnel exige que crt

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