‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 5 sur 115 · PREMIÈRES IMPRESSIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES IMPRESSIONS

ATftnt l'uriTéa. — Fant-ïl flatter In Argeoliosl^Oai, diront les parreDiis. — Non, dira l'élite éclairée. — L'arrivée iBuenos-Aires.— A quoi ressemble la capitale ai^eotine. — Pas de dépaysement. — Impression de richesse et d'acti- TÏté. — Une légende qu'il faut abandonner. — Où sont lei rastaqaoaërcsT — Correction britannique. — Une ville qui aime les arbres. — Uniformité. — Etendae. — Contniles.

Nous approchons. Demain, noas toucherons la côte de rUraguay, et après-demain nous serons i Duenos-Aires.

J'ai hâte, k présent, d'arriver. Je sens s'aviver ma curiosité, j'essaye de m'imaginer ce pays nouveau, si lointain. Gomme je vais regarder touti Avec quelle ardeur j'inlerrogerai chacun I

Une crainte me saisit.

Je songe à ma manie de dire tout ce que je pense - ' de raconter tout ce que je vois. Comment les

-gentios prendront-ils cela?

— Vous ne devez pas aimer beaucoup les cri-

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BUEMOS-AIRES «

tiques, Latim et vaniteux que tous Stei? demandai-je àH. H.P...

— Il est vrai, me répoudit-il. Nous supportoDs assex bien la critique que nous Taisons de nousmêmes, et nous plaisantons facilement nos propres dérauts. Mais nous sommes tràs sensibles i celle de rélranger.

— Peat-£tre est-ce là l'excuse de tant de gens qui écrivirent ou parlèrent sur rArgeutine, et qui, voulant TOUS plaire, vous rendirent ridicules i force de complimeuts?

— Cependant ne croyez pas que ces él(^;es outrés nous conviennent. Nous avons une vision très nette de notre situation, et une connaissance sûre de nos caractères.

Quelqu'un dit, qui me parut sage :

— n y a, certes, chez nous, des gens grossiers, et surtout des Âi^entins de date récente, i qui nulle adulation ne parait exagérée. Mais il y a aussi une élite éclairée, intelligente et âne qui vous saura gré de vos critiques et de votre sincérité. On nous a flattés jusqu'ici. Nous ne sommes que trop portés i nous approuver. Nous avons surtout besoin désormais de vérités, même un peu sévères, si elles demeurent justes. On criera peut-être un peu, d^abord. Puis TOUS aurez tout le monde avec vous. Car, au fond, nous ne sommes pas des imbéciles.

Je savais déjà cela.

Nous 'arrivâmes à Buenos-Aires par une belle matinée d'hiver. C'était en juillet, et, pour débarquer, toutes les dames argentines du bord, avec une coquetterie d'une naïveté désarmante, avaient sorti les toilettes les plus nouvelles qu'elles rapportaient de Paris.

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n M ARGEIITINE

Ainsi le veiileot la mode et la hâte fiérreuse de celles qui attendent. L'une de nos compagnes de route, qui pleurait d'émotion en aperceTant sur le quai sa mère qu'elle n'avait pis vue depuis longtemps, descendit de la passerelle l'une des premières, et, i peine i terre, je la vis entourée d'amies et de parentes, pivotant sur elle-même, tenant, d'une raain, son moucboir mouillé de larmes et, de rantrs, ouvrant son manteau de fourrure, avec le geste d'en montrer la doublure, une doublure aussi belle que le manteau lui-même. Ses pleurs n'étaient pas encore sécbés qu'elle souriait aui compliments.

Du quai, une seule construction attire le regard Ten la ville. C'est le dernier hfttet btti, le Plaça Hôtel, haut de sept étage!:, qui se détache, tout blanc, dans le bleu du ciel. Donc, rien de l'arrivée à New-Tork, rien de l'aspect monumental des villes de l'Amérique du Nord, comme l'ont prétendu, dit-on, des descriptions approximatives. La première impression que l'on éprouve, au contraire, c'est que l'on met le pied dans une grande ville européenne et proche de Paris. Cette impression vient de ce que rien de eaillanl ni de topique ne s'impose à tous. U est vrai que les rues sont disposées en damier et que beancoup de maisons n'ont qu'un rez-de-chaussée, mais on ne s'aperçoit pas tout de suite de ces particularités, pris qu'on est par le spectacle de la circulation.

Quelle ville Buenos-Aires rappelle>t-elle an souvenir? Aucune & proprement parler. Londres, si l'on veut, nar ses étroites rues peuplées de banques, ses ! d'allumettes et les casques noirs de ses ; Tienne par ses fiacres-victorias à denx 'Espagne entière par ses maisons & façades

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plates, à fenttres grilla, «t ce qui reete de id« dans certaines rues éloigaéei; New-York par ses cireurs de bottea; Paris par sa belle Afenne de Mai, ses trottoirs spacieax, ses cafés h temsaes.

Je n'éproirrai donc, tont d'abord, anean dépayse- . meut, aneoite de ces seDiations d'exotiame qui vous foat évaluer lee diettaces et précisent «i tous la Dtflîoa de l'ëloigaeoieDt. Si tous débarquez cependant par une de ces belles journées d'hirer Misoleillées. qui ne «ont pu rares en ce payi, tous êtes séduit par la douceur de l'air et la pureté idéale du ciel. Les palmiers poussent en pleine terre, et an bois de Palenuo, oÙ tous porte votre première promenade, les grands encalyptus, les poivriers, les bambous vous anurest que tous êtes dans mi elimat béai, celui d'une Biriera enchantée, où la ne doit être abondante et facile.

Du quai où le navire aecofile jusqu'au centre de la fille, vous êtes frappé de l'atouMphère vivaee et de l'actirité allègre qui régne partout. Je n'échappai pas à la surprise générde -» que je Térifiai par la suite chez les nouveaux débarqués — devant cette ville énorme, devant cette grande inconnue qui depnle vingt ans s'épanonit dans le silence sans qne ses sœurs latines daignent s'en apercevoir. Ce vasu port, ^ «vee ses quais nets et propres comme eenx d'un port */ allemand, fourmillant de navires i ranere sur trois et quatre rangs, l'ordre du débarquement, la politesse des fonctionnaires, l'ampleur et la emnmodité des locaux de la douane, ces automobiles luxueuses qui vous emsaènMt i trayers les voies centrales eondôdsant aux hôtels, le monvement des mes commer- «sjites, de cetle rue Florida trop étroite avec «as

oyi.

magasinfl parisiens, la bousculade des rues voisinesi 25 de Mayo, Bariolome Mitre, Recon<[uisU, tes bureaux d'affaires et tes banques grouillantes, illustrés de plaques aux lettres de porcelaine blanche, qni vous transportent sur te champ en plein centre de la cité de Londres ou de Hambout^, tout cela, séparément et vu d'ensemble, c'est la grande ville européenne, mélange des capitales et des métropoles corn* merciales de l'Europe.

Rien d'indigène ne vient troubler celte impression. Car oA sont les gauchos arrivant du campo, les mendianu i cheval, les Carmen poudrées et fardées que je m'imaginais voir? Dans quel lointain quartier faudra-t-il aller pour entendre, le soir, les sérénades aux balcons? Je ne vois partout que des femmes élégantes dont les toilettes arrivent tout droit de la me de ta Paix et des jeunes gens habillés dans Piccadîllf , affalés sur les coussins des voitures.

Une impression de richesse s'ajoute bientfit k celle de l'activité. Le luxe des attelages et de ces autos qui filent par les avenues, la tenue générale des passants, élégants, pommadés, cirés, astiqués, cravatés & la dernière mode, presque tous chaussés de bottines vernies étincelantes comme des morceaux de vitre aa soleil, fortifient l'impression de prospérité que vons donnait tout à l'beure le mouvement da port et des rues commerçantes.

Mais je cherche en vain les gens en cravate roi^» avec des boutons de chemise en diamant gros comme des noisettes, et des breloques retentissantes. Je vois les gens comme vous et moi, un peu plus élégants xtat de même, mais d'une correction britannique ^eut-ètre exi^èrée, car ce qui va aux Anglai» i leur

BUENOS-AUŒS »

tffecUtioB â« raideur et de flegme, ne eonrient pas\ toigoars aux Latins Ttfs, gesticulants et spontanés. Il \ y a ceruinement (Jus de chaussures laquées ici que partout ailleurs en Europe. On y a Tuiblemenl le goût de ce qui brille, et les pieds soit remis, soit cirés, me rappellent, par leur netteté, ce qu'on voit des pieds des Athéniens et des Espagnols.

Cette sensation de prospérité et de luxe s'accroît encore si l'on va rers les quartiers de l'ouest, quartiers somptueux qui sont notre Passy ou notre Plaine- Monceau, avec plus de variété, et des hfttels privés dont quelques-UDS sont d'un goût excellent. Far endroits, c'est Berlin ou plutôt Charlottenbourg, Schoeneberg, Wilmersdorf, dans leurs nouvelles mes de résidence, mais avec plus de style et d'él^^ce.

La propreté des mes, la r^larité et l'insistance \ du service de nettoyage, vous rappellent aussi tes \ villes allemandes. Des hommes munis de balais et de pelles se tiennent en permanence sur les artères les plus fréquentées et raclent et balaient toute la journée.

Il faut souligner l'admirable effort de la municipalité^de Buenos-Aires pour assainir la ville et l'embellir, pour créer dans son enceinte de brîqae et de fer, une par are de verdure et d'ombre que la nature ne Ini a pas donnée. Et l'on peut dire qu'à l'heure présente, à part les quartiers du centre où l'élroilesse des voies et des trottoirs ne le permet pas, toutes les rues ont leurs deux lignes d'arbres, les aveouei leurs quatre ou leurs six rangées de peupliers, de platanes ou de Upas.

Je ne parle pas des places, ni des squares, ni des parcs qu'une administration imprévoyante avait, dan'' le passé loinuin, un peu trop négligés. Plus avir s

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tS EN ARGENTiNB

H. Guiraidàs, inteodant de la capitale, honuna de la terre et de goût artiste, les maltiplie i plaisir, aidé par un deooB compatriotes tes plus esliméa, H. Thays, le grand Le Nôtre argentine

Malgré la rie incroyable qui circule dans l'admiiiî»tratioD municipale, malgré les prodigieux ebangementâ qui, depuis trente ans, transformèrent la viUet Bueooi-Aires est restée, dans l'ensemble, une ville \ plate et monotone qui subit les conséquences d'une situation merveilleuse au point de vue économîtpw, mais fort ingrate quant au pittoresque.

Bâtie sur l'estuaire du Rio de la Plata, qui o'a, tnr sa rive oceidoitale, ni une dune, ni une falaise* ni le moindre rocher, eÙe a' étale, uniforme, vers la plaine qu'elle ronge incessamment.

Au lieu de s'ingénier i créer du pittoresque» on cûDstniisit sur cette table rase une ville de pùn uniforme, en damier, avec des rues et des avenues rectiligoes, séptrint des bloca de maisons de cent trente mètrea en cent trente mètrea. Tue d'ensemble, de la

1. iteiitUàBnMot.AliMSiStiMplMléMd'BrtnbLa touj «• CM utwet Mt d* liS,31û. Cwz des pue* al pnawiwlw l'AUmtt k pris de I millions, soit eu tout t,143,3M.

Pirii pMsAdiit, ad tl aéMBbn 1909, rar ms *»Im pobHqus, ptMMudai BuoiclHlM M Oe rtut (TuilartM, LBUtthaurg, tordit dM Pluttt^ PtUli-Kofal. Jardlo du Biuée do Cluoj), (15,000 ariMM de giudo Tenue. D'autre part, 0 fliut auUonner SM,WO arbusM cttMaM daM Im prMMiMdw B«ilctp«i«i M 1 i&,He dtna eelles 4» l'SUL A> tsUI. SSI.aoOarkfM.I'iOoatftqK'll yranU iUaIr Mmptt liai 330 M 4» bKtwu de parties boisées dam les bob de BoalOKDo et de YloMiuee pour lesiiuellei N b^ pu été lut de dénom> btomeDi des arbres et det arbtuies.

A BwUd, l» avcabro des arbres du ntea est de 4G,000, celnl des promeDades, squares et pares, de S&E,no. Le TlergartaD in possMo X50,0W. Son u Mal, peur la «vitale pmrtenM 100,000 eAce*.

BOXROïMRES S7

teiraue du Plata Hotel qui domine h ville, edle-ci apparaît comme une mnlliiude de cubes de pierre qni t'en Tontjusqa'i l'horizon, portante près de vingt ki* lomètrea an deti lee ftvntières invisible! de la cité. On imagine ainsi l'énormitâ de ion étendue, double de celle de Paris et triple de celle de Berlin, puisqu'elle atteint plaa de 18,000 hectares. Beaucoup de maisoDi à toits plats ont des terrasses dallées, entourées de baluatres à l'itaiienDe ; du linf^e y sèche. Quelques constructions modernes avec des dômes, des flèches, des pignons ambitieux dépassent les cubes blancs; {à et là, des trouées de verdure, qui sont des places et des parcs, mettent un pen d'air dans la monotonie de cet amas de pierre. Rien de tris monnipental, si ce n'est la coupole du nonreau Congrès.

Dans le det très bleu, quelques clochers en majoliqne apparaissent, dominant A peine les maisons environnantes. Ils luisent sous le soleil et se dorent, le soir, de la splendenr des conchanls. Les crépuscules argentins peuvent rivaliser avec les plus beaux de l'nniTers. Que de fois, après une journée de courses et de visites, nous berdons notre Taiigne et ^ noire nostalgie devant les rideaux relevés de notre cbimbre du Plasa Hotel, au spectacle changeant du ciel en feu 1 C'était on repos et one Joie.

An bont de quelque temps, et après de fréquentes promenades, l'opinion des dames ai^entines du bateau se comprend mieux : cette absence de pittoresque et cette uniformité un peu chagrine finissent par opprimer le regard et f attrister.

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«8 EN ARGENTinE j

Hais on est décidé i y porter remède. Car od a li convictioa, en ArRentine, que rien n'est impossible aux Ai^entins. J'admire inûniment cet état d'esprit qai prouve une si belle jeunesse et tant d'orgueil et d'énergie. Après bien des études et des plans, on se décida, il y a trois ans, & faire venir notre compatriote, M. Bouvard, directeur des travaux de la Ville de Paris. On lui demanda son avis. Il établit des projets. Il expliqua qu'il faudrait dégager les églises, les gares, les marcbés, les musées, qui, pour la plupart, font aujourd'hui corps avec les maisons particulières, isoler les hôpitaux, les entrepôts, augmenter le nombre des parcs, grands et petits, des quinconces, des avenues, des carrefours à larges pans coupés^ avec refuges circulaires, tracer des diagonales aboa* tissant i des places, à des monuments importants, créer ainsi des perspectives, élargir cinquante mes, profiter des quelques petits mouvements de terrain, pour mettre en relief les aspects intéressants de la Tille.

Dans un pays o& il est si difficile de créer du pittoresque, un fleure comme le Rio de la Plata eût pu suppléer aux accidents de terrain et devenir l'occasion de mille beautés. Les avenues eussent dû y aboutir, des promenades le longer, des asiles de fraîcheur et d'ombre s'y créer. L'ingéniosité des paysa^stes avait là de quoi s'exercer. La croissance imprévue et si extraordinaire de Buenos-Aires et l'indifTérence cis colons de race espagnole, firent qu'on ne qu'i bÂiir et i spéculer. On multiplia les i sur le Bio, de sorte qu'i l'heure qu'il est il d'un kilomètre de gagné sur les allurions du "est là que s'élèvent les quais du port et les

BUEMOS-AIRES »

bâiimeiits de la dooane, si bien que la vue du fleuve — lai^ ici comme ua bras de mer, puisqu'il a 45 kilomètres de large, — est complètement bouchée sur presque toute l'étendue de la citj.

On pense donc maintenant, nn peu tard, 1 racheter des terrains jadis cédés k Til prix pour rép&rer tes négligences d'autreroia. Les particuliers fontde même. De Ift une impression d'ébauche provisoire et d'inachevé. Partout ou démolit et on rebfttit comme fait an propriétaire ambitieux qui pease i embellir sur le tard sa bâtisse trop modeste. Actuellemeal, dans certaines rues, en face de maisons de deux, trois, quatre et cinq étages, on voit de pauvres masures avec un simple rez-de-chaussée. Avenue Alvear, de très belles maisons de résidence ont pour vis-i-vis et pour voisins de vieilles boutiques badigeonnées de rose, sans étage, et des cabarets populaires. A c6té de TÎllas qui sont de vrais ch&Ieaux, on voit des terrains vagues od paissent des chevaux, des jardins d'horticulteurs, des dépôts de bois ou des barrières couvertes d'alTiches et de réclames. Les spectacles de la rue offrent des antithèses de même ordre : à f^lermo, parallèlement au Corso des nouveaux en* richis, engoncés et fiera dans leurs autos et leun attelages, on croise de modestes liacres de louage; sur le trottoir de gauche, les jeunes Argentins riches flirtant avec les jeunes Qlles sous les yeux bienveillants des mamans; sur le trottoir de droite, des enfants déguenillés, des terrassiers au repos arrivés hier en Argentine, curieux de voir ce que les

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M B1 ARGBUTINE

grants deviennent en trente ans. Bueno»-Aires » h» Picc&dilly et son Whîtechapel qui s'appelle ici c Les Baseras > ; elle a ses palais, mais aussi ses c conraitillos > ; elle a, contraste déconcertant, les plus belles tribaaes d'hippodrome et l'un des plus beaux champs de course du monde ; mais elle a aussi, au Retiro, son hôtel des Émigrants, tache malheureuse qa'il faudrait faire disparaître au plus tôt'.

1. AiiinoinealobJeUriiiIaeMeiMpIlM.aam'ulKlDMdaki ihTM qna le dootcm dirccuar d» t'tnifnutoD, ï'mtat docwor Onrrico, CoDsaillw do la Ville, oommeoee son edmlDlstratloB pw la dâmoliUoii da Tleoi puiorama de boia qui aenrall lusqu'à ptA- MDt d' I hatel > au émlgraou. In Artaatliw, «a s, à daqve toMant, da cet larpriMc. J« me ttute d'être- pour qoùque cliose ' dauGell»«L Ce«taMl,ene(iet, qui al nwié, ao dlmancbe, !• dae- j teor CaerHeo vlaltei ce Uadi> qall M eODUluiUt pas et doDt U n «oBtn KiadalM. |

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AUTREFOIS ET AtMOnRErHUI

Ça qn'étâit Buenos-Airei en 1870. — Poinl dfl port. — Voies lanfpan^. — Pis dVg^oatiiîdedislrtbTitioBd'eBti.— Let rieillei nnlioBf i patio*. — HoMn et Motamei colo- BÎAea. — BuMKW-Air*s Mt ■i^oanl'hDi l'un* dM gniHlM citéi cosmopolite! du monde. — Acliiilé des aOairei et des serrices publics. — La ville do Devenir. — Une cilé qui se transforme 1 me d'œil. — Facililéi d'ac.Ijmstation. — Cof- DopoSlisme. — Qo'esl-c* qn'an Argentin?

Ponrippréeier avec équité une Tille comme Bueaoa- Aires, il faut saroir qu'en 1870 elle n'arail que 175,000 habitants, alors qu'elle en compteaujoard'hoi 1 million 300,000. Eo 1870, le port n'eiisUit pas. Pour débarquer, lorsqu'on arrivait d'Europe, il Fallait d'abord descendre du steamer dans un petit canot ; de là monter dans nue charrette prenant l'eau qui TOUS mettaità terre. La place de Mai et les rues avoisinantes lorinaient le centre de la ville. Florida, que Dous voyons avec ses magasins de luxe, sa chaude asphaltée, don Jockey-Club, n'était alors qu'un cloaque. Les jours de pluie, les voies sans pavage se

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transroraiaieot en véritables torrenude bone.fEHes étaient bordées de troUoirs de bois, surélevés de un mèlre & un mètre et demi, que l'on reliait aux ao^es des rues par desponts mobiles, afin de pouvoir circuler. Hais le plus souvent, par le mauvais temps, on restait chez soi. Les communications étantrompues avec les c quintas > des environs, qui fournissaient les légumes et la viande fraîche, il fallait se contenter de viande séchée. Les Portefios qui comptent aujourd'hui cinquante ans se souviennent que, ces jours-Ii, les enfants charmés n'allaient pas à l'école, ou étaient assez mal reçus par les maîtres si leurs parents les y eavoyaienl. Les théâtres aussi fermaient. Un fanal hissé au sommet d'un mât annonçait que l'Opéra ne donnait pas de représentation pour cause de pluie. Désappointement de la mère et des filtes compensé {far la joie du père estancerio, à qui l'averse promettait de l'or.

Il n'y avait pas d'égouts ni de distribution d'eaa. On buvait l'eau de citernes qui voisinaient avec leS's fossesd'aisances. Lesoir, les rues s'éclairaient à peine. On sortait donc peu et en se faisant accompagner d'uo serviteur muni d'une lanterne. C'était la vie européenne au dix-septième siècle.

Toutes les maisons, basses, construites en boue et en briques crues, ne possédaient qu'un rez-de-chaussée. Elles devaient bien avoir leur charme, cependant, ces vieilles demeures; leurs jardins surtout. C'était une succession de trois patios à l'espagnole. Le premier, autour duquel se groupaient le salon, la salle à manger et les plus belles chambres, disparaissait 80US des fleurs admirablemeat soignées, gloire de la maîtresse de maison : camélias, gardénias, santa-

ritas, héliotropes, clématites. Dans te deuxième paUOr où s'ouYraieat les autres chambres i coucher, poussaient quelques palmiers, citronniers, figuiers, orangers et même de la vigne. Le troisième, la < haerta >; servait de potager qu'entouraient les cuisines, les chambres des servantes et les poulaillers.

— Tout cela n'était pas très luxueusement installé, me disait une des dames les plus en vue de ta société actuelle. Chez mou grand-père, l'un des plus riches PorteBos' d'alors, la salle à manger et nne chambre à coucher possédaient seules quelques meubles. Les autres chambres où couchaient ma mère et mes tantes n'avaient pour meubles que des < catres >*. Il n'y avait pas de cheminées, les braseros, par les journées Troides, suffisaient.

Ces maisons sans étages conservaient l'humidité» et pour faire disparaître l'odeur de moisi qui sortait des murs et des planchers, la maîtresse de maison brûlait des parfums dans des cassolettes. Chacune avait le sien, de sa composition, tenue secrète, fait d'encens, de benjoin ou de quelque autre aromate. Tous les jours, vers quatre heures, on prenait le bain. On ignorait naturellement les installations confort tables d'ai^ourd'hui ; mais déjà les Argentins avaient ce goût de l'eau et des ablutions fréquentes qui leur vient sans doute de leurs ancêtres maures, par l'Espagne. Quand je vendeur d'eau passait, les servantes, au bruit de sa sonnette, couraient acheter quelques seanx.

Après le bain, les femmes revêtaient leur jupe

I. PûrUHo Tent dire Iwbltuit d« Baenos-AlrM, du port. S. Uu d« sucla posés sur des 1 da ImIi mobU» qui Hmat tnetn «iz imlgnats d'tqJoordliQL

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u EN ARGEanmi

noire, s^eoTeloppaient ta tète d'une mantille» i^af* leyaient au-dessaa du brùle-parfunu et puis altaienl se mettre & la Fenêtre grillée donnant sur la me. On prenait te maté k la ronde ; s'il y avait des vis! tes, os offrait un Terre d'eaa dans lequel on écrasait une pastille sucrée appelée panai, à laquelle on ajoi^t quelques gouttes de citron on d'oraage. Les jeunes filles chantaient des tritUt en pin(ant de la guitare jusqu'à l'heure du repas.

La vie des femmes se réduisait presque entièrement aui pratiques religieuses. Dès l'aube, coiffées f un peigne et d'une mantille, elles allaient à la messe, suivies de petites servantes qui portaient le prie-Dieu et le tapis de prière. Elles y retournaient le soir, après quoi on se réunissait chez l'une ou l'autre.

On ne voyageait pas, ou & peine. Une traversée était un événement avant lequel il fallait assister à la c messe du Bon Voyage ■ pour recommander son ftme à Dieu.

Pendant la belle saison, on se promenait snr les places publiques; les femmes n'avaient pas de chapeau, mais les <^veux couverts d'une dentelle on ornés de rubans, comme on peut en voir encore dans les quartiers excentriques de Florès et de Be^rano.

C'est cette ville purement coloniale qui, en moins de quarante ans, est devenue l'nne des plus grandes dtéscosmopolitesdu monde et ta deuiièmevUle latine.

Il a donc fallu, dans un si court espace de tempe, non seulement créer tout ce qui lui manquait, mais encore et surtout refaire pour ainsi dire plusieurs fois une ville nouvelle. De dix ans en dix ans, le dëveloppement colossal de la métropole imposait de non- Teltes transformations ue pius en plus coûteuses et

iCENOS-AlRBS 8S

dfl plus «B plufl difiiciles k mesura qu'on avançait. Oa peat done dire qae tout ce qui fut créé depuis quaraate ans le fut i une échelle trop petite. Et l'on a'm doit accuser personne, car il était impossible aux esprits las plus opUmistes de préroir une telle prospérité.

Aujourd'hui mAme, tout prévenus qn'ils soient par leur propre expérience, les administrateurs bonairiens sont-iis bien sârs de ne pas se voir, dans dix ans, de nouveau débordés et amenés k répéter pour la quatriime ou cinquième fois :

— Qui ponnit prévoir?

En attendant, oo b&tit chaque année de 10,000 i 13,000 aaisoai. A le place des demeares espagnoles à simple rei-de-chaussée et k patios, s'élèvent des coutractioos confortables et luxueuses. Le port, terraiaé il y a treize ans k peine, est déjà trop petit, signe indiscutable de la prospérité générale. Oo va en creuser un beaucoup plus considérable que nous irons mir encombré peut-être dans dix ans.

ToM les services puUics sont k l'étroit. H faut bâtir na Bouvel hfttel de ville, trois grands hôpitaux sont en coastruetion et plusieurs hospices de vieillards sont décidés, des projets de parcs à l'étude, de mésM qu'un bouleviurd de ârconvallation de cent mitres de large, semé de jardins et de promenades qui eouronnmient toute la ville. Plusieurs avenues spadeasas îraleat y aboutir; le chemin de fer métropolitabu est voté, il est concédé k la Compagnie des trawwaya'. Que sais-je encore I

L Ui CwpigaiB MOCHiiDBBAlM ptjm 6 SfO Se Ml reoMtM bntu k u tlUe, et, >u boat de dnquuia uaitt, Vaané dvftoïkin \» ftoftUti Se la mmilcIfaHté.

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» EN ARGEKTIHE

Od deTÎne ce que lant de projets, de démoHlîoDsj d'édifications, d'extensions, de transferts, t4çil&ii. d'intérêts en désaccord et d'ambitions contraires.

Tout cela remue, bouillonne, trépide, s'insiaue/ grouille el se débat dans les cercles, dans les bureau^ d'affaires, dans les banques, dans les administrations.

Ajoutez-y les affaires de l'Ëtat, bien plus considérables encore, et les affaires privées, infinies, et tous comprendrez que rien ne ressemble moins à l'activité d'une vieille ville européenne où tout est r^Ié d'avance, délimité, prévu, fini, que l'activité argentine qui sans cesse élabore, crée, improvise et reconi' menée.

Une élite d'hommes est là qnî rayonne, entre le Jockey-Club et le cercle du Progrès, entre Florîda et la place de Hai, vers tous les centres de l'activité nationale, comme un Aipis aux cent yeux et un Briarée aux cent bras. Celte élite a l'œil sur les bonnes occasions d'achat et de vente des ferres, les tuyaux de Bourse et de courses lui arrivent, elle sait les grosses entreprises qui vont se créer, les concessions forestières qui restent i accorder,.le8 projets de construction d'usines, de frigorifiques, de moulins, de sucreries, de concessions de chemins de fer, de ports, les contrats projetés de fournitures d'outillage, les grands travaux prochains.

Elle sait tout cela, et les moyens les plus sûrs, quoique les plus détournés, de devancer les concurrents, sous l'œil vigilant du capitalisme anglais et da capitalisme belge auxquels le capitalisme français fait 'a courie échelle.

J'ai vécu dans cette atmosphère vivace, avec une rande curiosité et un grand plaisir. J'y ai appris i

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Bompreadre le caractère argeatia et i juger les tiommes da ce pays.

Cependant, malgré tous ces yeux ouverts et tous ces bras tendns, et ces appétits aiguisés, il reste une grande place et de grandes places à prendre pendant vingt et trente ans encore pour les énergies entreprenantes. Nous étudierons cra possibilités au far et & mesure qu'elles se présenteront au voyageur.

Buenos-Aîres est donc une ville en formation, la ville du Devenir. Deux phrases reviennent sans cesse ||4ans les conversations des PorteSos qui peignent Jeur fierté devant le chemin parcouru et la conQance en soi : f Si tous aviez vu I > et i Vous verrez I >

— Si vous aviei vu cela, il y a seulement trente ansl II y avait des champs à la place de ce magasin, quand il avait plu, on ne pouvait passer qu'A cheval dans Floride. Les bateaux accostaient près de la Mai Eon du Gouvernement.

— Fous verrez quand le Congrès sera terminé, qaand nos avenues iront jusqu'au Rio, quand nos rues seront élargies I Vous verrez quand nous aurons pavé toutes nos chaussées I Vous verrez le palais des Beaux-Arts que nous ferons ici I la gare superbe qui va s'édifier là I

Et cent projets pareils qui se réaliseront sans aucun doute. Que dis-je? Qui se réalisent journellement Eous nos yeux. Car voilà justement le miracle 1 Ce ne sont pas là propos de Gascons. En quelques semaines l'aspect d'un quartier a changé et la critique que l'on fait aujourd'hui n'a plus demain sa raison d'être. Je passe un matin sur la place Liberlad et je remarque comme une anomalie, au milieu d'hôtels particuliers et de luxueuses maisons de rapport, deux ou trois «

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baraques sordides serrant de cabarets populaires. Six semaines apris, les baraques avaient disparu et d£ji on b&Ussait sur leur emplacement des maisons modernes.

Ea quittant Buenos-Aires pour on de mes Toyages i l'intérieur, j'avais laissé la Place du Congrès tonte petite, formée par une simple avenue et qaatre mes qui la bornaient. Devant, il y avait un théâtre, une caserne, un marché, quelques rues oà s'élevaient des maisons de plusieurs étages. Quand je revins trois mois après, l'Intendant municipal, le sympathique H. Gniraldés, m'y conduisit de nouveau. A la place des mes, des maisons, du théâtre, de la caserne, du nurcbé, il y avait des jardins 1 La place avait été dessinée par notre compatriote, l'architecte-paysagiste H. Thays. Pendant qu'on démolissait et qu'on terrassait encore, il avait apporté là du terreau, des arbres, des gazons et des fleurs. Et l'on pouvait voir, à cM d'un pan de mur qui tombait sons la pioche et d'une cave que l'on comblait, s'arroodir des corbeilles toutes fleuries et naître des pelouses verdoyantes, pendant qu'avec des poulies des manœuvres dressaient sur un Bocle une r^rodnetion en bronze do Peiuewr de Rodin.

Une surprise agréable se mile aux sensations dn Parisien qui débarque, et contribue A lui rendre l'aoclimalation facile et sympathique : il entend parier franfais de tous côtés. A l'bfttel, la moitié dn personnel — celui du restaurant — est français ; s'il pr«nd nne voiture et qu'il se donne bien du mal

BUEROS^lftES M

pour donner au cocher son adresse en eapa^nol — des adressas qui n'en finissent pas (n* 4799, par exemple), — celui-ci la lui répète en français. C'est nn paysan du département da Gers, du Tarn, de l'Aude ou de l'Hérault arrivé ici il y a vingt ans «t qui n'a pas fait fortune encore.

— Voili tonte ma richesse : ce eheval et la voiture. Mais je vis bien, et, ma foi, je n'ai pas envie de retourner au pays. (En réalité, il a souvent joué k la loterie, joué aux courses, et mal spéculé.)

Le nouvel arrivé va déposer sa carte chez des amis, la porte lui est ouverte par nn domestique basque ou béarnais. 11 va se promener un dimanche au Jardin xoologique, l'accent faubourien frappe son oreille : <^est une famille d'ouvriers de Pantin qui passe. Il s'approche, cause : l'homme est on « crAoeur > qni trouve tout mal dans le paya et qui affecte avec insistance de prononcer des gros mobs parce qu'une dame est li qui les entend : c — Ben, quoi I madame sait bien ce que c'est, pas? >

Dans les magasins élégants, tout le monda parla francaia. S'il visite un hospice, un bApital un ouvroir, un orphelinat, les soBura seront des Françaises devenues Ai^ntinas, car il n'y a pas l'ombre de nostalgie ni de regret dans leur cas. Vous passez devant une maison élégante oà des autos sont arrêtées. Lk chauffeurs causent entre eux : ils sont tous Français. Et le soir, la long des trottoirs des rues écartées, c'est encore la langue française que parlent, hélas I les prostituées.

Hais nos compatriotes ne sont pas seuls & s'acclimater facilement ici. On peut voir i Palermo ou au Jardin botanique les échantillons da b flore de tou"

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les pays qui poussent et s'épaoouiasent en pleine terre, modifiant & peine leurs caractéristiques originelles.

De même, les races diverses auxquelles le pajs est ouvert s'adaptent parfaitement dans son heureux cli* mat. L'Anglais, rÀtlemand, Tltalien, le Français, le Slave, le Turc et l'Arménien s'y trouvent chez eux et y prospèrent.

Vous dtnez en ville et vous n'êtes pas peu surprit d'apprendre que le cuisinier de la maison est de Pérouse ; le chauffeur, de Paris ; le valet, Allemand ; le marmiton, Galicien ; la première femme de chambre, Anglaise, et la deuxième. Basque espagnole. D'ailleurs, votre hâte. Allemand par son père. Argentin par sa mère, marié à une fille de Basque français et d'Italienne, a pour l'instant un de ses fils à l'Universîté de Cambridge, un autre à Heidelberg, et sa fille» fiancée i un jeune Nord-Américain, écoute avec ravissement les compliments, en anglais, de son adorateur. Si le hasard vous fait assister, aux premiers jours de votre arrivée, à une manifestation patriotique où l'armée est mêlée, vous reconnaissez, à côlé de grenadiers de l'Empire^ des képis de sainlrcyriens mais surtout des casquettes plates d'officiers teutons, des tuniques sanglées, et des casques à pointe abritant des figures basanées de métis d'Indiens et d'Espagnols. Et votre étonnement s'augmente encore, un jour de manifestation politique, devant le défilé de toute la populace cosmopolite raccotée aux quatre coins de la ville.

Où est le sang espagnol? se demande-t-on. Qu'estce qu'un Argentin ? Nous essayerons de le comprendre et de l'expliquer plus tard.

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