‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 6 sur 115 · LE QUARTIER DES AFFAIRES · texte numérisé non relu

LE QUARTIER DES AFFAIRES

La c CiU ■ de BneDOt-Airea. — L'aTenna d« Mal. — Re»ui)iblanc«s avec Paris et Londres. — Élégance des femmes.

— La Place de Mai et la Uaison Etoae. ^ La t Haison d'Or >.

— Physionomies de geoa d'aSUrea. — Forlimet Eûtes en dix ans. — Ëtroileise des rues. — Leur encombremeut. ^ Florida et let mes tToisinaatea, — Projets de percement dTaTennea.

Le qnarlîer Tivant de Buenos-Aires, le quarUer des affaires, est compris entre le Rio de la Plala et t'aveaue de Mai. C'est le berceau même de la vitle, ce qu'on pourrait appeler la Cité de Bueaos-Aires. On y revient sans cesse parce que les plus riches magasins s'y trouvent réunis, voisins des banques et des bureaux d'affaires, des grands hftlelsj des administrations et des Qliales des compagnies de navigation.

Par son aspect et ses proportions, l'avenue de Mai est la voie qui rappelle le plus un bontevard de Paris. Hautes maisons, jolis magasina, terrasses de cafés.

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marchandes de violettes el de mimosas, cris gatta- ; raux des jeunes camelots veadeurs de journaux, ran* gées d'arbres, larges trottoirs, doubles larapadairei électriques au milieu de la diaussée asphaltée où, comme à Londres, Btatiooneat des Qles de fiacres, capote baissée, au lieu de longer les trottoirs.

La quantité d'autos et de coupés de maltrea circulanl, aide âcréer l'atmosphère de luse d'une capitale ' riche. La seule note locale vient des c vigilants » on gardiens de la paix, de petite taille, au teint chocolat ' d'Indiens métissés, habillés à l'anglaise, tout en noir et casqués de noir, carrick noir aux boutons de mé> tal blanc. Ils sont li, au milieu de la rue, toujours '■ visibles, toujours attentifs et assez complaisants aux étrangers qui s'adressent à eux. ^

On rencontre beaucoup plus d'hommes que de i femmes; mais, même dans la rue, les femmes ont ' l'élégance extérieure de celles de Paris. On ne voit de mal habillés que les marmots portant sur le dos leur caisse à cirer les bottines, vieilles bottas i sucre et à chicorée, et quelques débris humains, comme partout. Devant les grands magasins : A la Ciudad de Londret, El Progreso, Gath el Chave», le Louvre bonairien, des familles d'immigrés d'hier regardent les étalages, les femmes en cheveux avec un enfant eu deux dans les bras, les autres traînés par le père.

L'avenue de Mai commence i la place de Mai, place historique oii se groupent à l'espagnole, encadrant une colonne commémorative de la Révolution, la cathédrale, l'ancien Cabildo et la Maison du gouvernement ou Maison Rose (Casa Rosa). C'est une viste b&tisse assez banale, et peinte d'un enduit saumon, élevée sur les bords du fleuve, i l'endroit même où

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se dressaient le fort et la vice-royauté, au temps de l'occupatioD espagnole, et qui se trouve ud peu éloignée du Rio par les emprises successives qu'on 0t sur son lit.

Là se troavuit rassemblés tous les ministères et toutes les administrations de l'Ëtat, mais, trop & l'étroit ici, les services débordent dans les maisons Toi^nes et même dans des rues lointaines. Il va fal-

' loir un de ces jours démolir la Maison Rose, et profiler de sa disparition pour ménager une perspective

V rar le Rio qu'elle boudie.

A l'autre extrémité de l'avenue de Mai se dresse le monument du Congrès dont le dôme un peu maigre fait l'effet d'un œuf colossal dans nn coquetier. Un portique de belle allure et l'escalier d'accès donnent i l'ensemble du monument une ressemblance avec le Ct|)itole ou Palais du Congrès de Washington. Cette construction, projetée il y a un grand nombre d'années, — une trentaine, je crois, — sur un devis de 19 millions de fi'anca, absorba jusqu'à ce jour 55 millions. Et elle n'est pas finie 1 II n'y entre guère de pierre, pourtant; les façades, les colonnes même, sont en briques et en ciment armé. Elle a déjà coûté tant d'argent qu'on l'appelle f la Maison d'Or >.

Que de fois je me suis promené dans ce quartier qui va de l'avenue de Mai au Jockey-Ctub, dévisageant les passants, épiant leurs gestes, leurs expressions ou leurs tics, étonné parfois de ne pouvoir découvrir la parenté de tous ces individus, le signe qui les distinguerait des habitants d'un autre pays. Mais une telle variété d'êtres se croisaient en tous sens que je finissais toujours par renoncer à mon effort Tout ce que je pas observer, c'est que la physionomie des ge''

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d'affaires est la même dans tous les lieux du monde : uae sorte de reflet morose et soucieux de leurs préoo cupatioDs habituelles, le regard comme fixé vers une pensée intérieure sous le sourcil contracté.

Je pouvais donc me croire dans une ville de l'Amérique du Nord, avec la brutalité en moins, ei plus de formes, au miliea de gens possédés par l'obsession de l'argent. Je me souviens d'avoir nolé qu'on ne peut imaginer une conversation entre Yankees où ne se mêlerait pas te mot dollar. Je pense qu'il est moins impossible que deux Argentins aient une conversation de cinq minutes sans qu'il s'y mêle le mot peso. Comment en serait-il autrement dans ces pays où tous les babitanls, partis de leur patrie pauvres et ardente, n'y furent amenés que par l'appflt du gain rapide?

Les aneedoctes les plus communes, le fond de tout entretien suivi portent sur les fortunes faites en dix ans, sur les émigr&nts d'hier, aujourd'hui millionnaires, sûr de vastes régions i défricher qui n'attendent que des bras pour produire de la richesse, sur des terres que vous pouvez acheter à SO piastres l'hectare et qui en vaudront SOO dans quatre ans. Ceux qui raconleni ces choses — vraies, d'ailleurs, pour la plupart — n'ont pourtant pas la moindre envie d'aller féconder ces prairies lointaines, et d'en tirer ces trésors que leur bouche énumére, car ils sont tous avocats, ou juges, ou professeurs, ou poli- . ticiens, ou ingénieurs, ou médecins, ou estancieros. Hais ce sont eux qui achèteront ces lieues carrées do pampa, quelquefois sans débourser d'argent, et qui les revendront dans six mois, un an, deux ans, huit jours peut-être, avec le bénéfice d'une fortune. De

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' sorte que l'on & rimpression de se trouTer aa milieu '' d'une multitude de joueurs qui s'enrichissent au jeu \ de la terre. Chacun a son tuyau, son fétiche ou sa martingale. A les entendre, ils gagnent tous. L'un a acheté, la semaine dernière, un bout de terre A Buenos-Aires et l'a revendu hier, le double ; un autre n'a pas eu le temps de signer le contrat d'un achat de dunes au bord de la mer, i Mai del Plata, qu'on lui arrachait la moitié de sa propriété en lui laissant deux cent mille francs de bénéâce. Et, peu i peu, la tentation tous vient de risquer vous-même la âiance. Hais on attend, on hésite, et, pendant ce répit, un autre spéculateur arrive du Chaco ou de l'ofQce d'à c6té, du Neuquen ou d'un laboratoire de chimie, qui se décide pendant que vous réfléchissez encore. Saisirez-vous l'occasion suivante? Voici un ingénieur I qui revient de la province de Rio-Grande, au sud du Brésil, et qui vous raconte d'autres merveilles; cet autre débarque du Paraguay et de Bolivie, où c'est bien autre chose encore) Le malheur c'est qu'on ne vous dit pas tout. Les faits cités sont exacts, mais on tait les circonstances accessoires de la spéculation, — souvent capitales. A quelle distance d'un chemin de fer ces terres sont-elles situées? Ne renferment-elles pas une trop grande partie de basfonds? Y a-t-il de l'eau? ou sont-elles irrigables?...

L'étroitesse des rues, mise à part l'avenue de Mai, caractérise cette partie de la ville. Elles sont asphaltées, très propres, de riches magasins comme ceux des villes d'Europe offrent des vitrines brillantes et

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ordonnées avec goût. L'animation y est grande; les piétons y circulent vile parmi les voitures, les aatM, les équipages et les tramways électriques qui s'y pressent et s'y bousculent dans le bruit.

Beaucoup d'anciennes voies gardèrent la largeur axée jadis par les intendants espagnols pour toutes les villes de l'Amérique latine, soit 10 m. 33 y compris les deux trottoirs de 86 centimètres. Les maisons modernes qui s'y construisent ne sont donc pas mises en valeur faute d'un recul autûsant, et on passe devant de jolies façades sans les voir.

Florida était aub-efois la seule rue animée de la ville. Atgourd'hui, l'avenue Gallao, qui menace de la détrOner, et l'avenue de Mai ont un peu déplacé le centre du mouvement. Hais Florida demeure, jusqu'i présent, la rue des magasins de luxe, joailUera, modistes, couturières chic. C'est, si l'on veut, et toutes proportions gardées, une rue delà Paix étroite et démocratisée, de-ci, de-li, par des vitrines de camelote. Les élégantes ne s'y montrent qu'en voiture, sauf de onie heures & midi, où, avec le prétexte de faire des courses, les jeunes filles se promènent i la rencontre de leurs amies, et surtont pour y croiser leurs regards avec ceux des noviot (fiancés), généralement occupés dans les bureaux des rues transversales, et qui viennent là s'adosser à une façade un peu en retrait, ou même i la glace des devantures.

Le soir, les mes sont très éclairées, beaucoup plus iiue nos rues parisiennes, par l'abondance des globes Ûectriques. Des annonces lumineuses occupent la laideur des voies, allant d'une maison & l'autre : lï'est U que les théâtres accrochent leurs récîames.

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Antrefois le Corso se faisait dans Florida dem fois U semaine, le mardi et le jeudi. Au retour du parc de Palermo, les attelais défilnienl, roue contre roue, pendant aoe heure. La circulalioo devenait impossible. Et l'intendanl supprima le Corso dans Florida. A présent, de quatre A sept heures, les Toitures n'ont plus mfime le droit d'y passer. Et elle prend, de ce fait, une animation toute particulière. Vers cinq on six heures, la chaussée et les trottoirs sont envahis par la foule des piétons, employés de bureau, commis de magasins, marchands, gens d'affaires de toute sorte, qui y stationnent, causent par groupes, se promènent les ouins dans les poches, comme en Italie sur tes places publiques. Les geta chic ne s'y montrent pu. Lee conversations sont calmes.

Les mes parallèles on perpendiculaires i Florida, Bartolome Mitre et Recooqnista surtout, mes des bureaux et des banques, sont pleines, i certaines heures, d'hommes-saodwiches portant de grandes affiches de calicot sur lesquelles s'inscrivent en lettres ronges les prochains c remates >* et les conditions des enchères. Dans Guyo, la rue des compagnies de navigation, flottent des banderoles multicolores, avec les noms italiens, allemands, anglais et français des gnmds steamers, le jour et l'heure des départs.

Le resserrement des voies dans ce quartier central donne lien i de petites incommodités et à de grands embarras. Les voitures ne doivent passer dans certaines nies que dans un sens, et, même, dans Florida il leur est interdit de stationner devant un

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