II. i.,<i-,Gooj^lc
tM EN ARGEKTltfE
aperccToir à l'horizon des moissoDs dorées, mus I«s mauvaises herbes qui bordeot la vote, jaunes e( rousses comme les plus toiniaines, dissipent bienlftt cette illusion. Quelque milan plane dans l'azur el fond brusquement sur la terre. Puis les bois recommencent. Paysage triste et morne, sans grand caractère ni beauté, mais dont l'aridité et l'immensité finissent par impressionner gravement. Dans celte même forit i peine interrompue, oit ta voie ferrée se poursuit, sans une courbe, nous routons depuis des heures, fuyant dans une perspective d'arbres vers nn horiioa toujours boisé.
An coucher du soleil, la forêt austère et silencieuse, où toute trace de vie animale semble se cacher, s'anime tout & coup. Ahl le joli crépascale gorge de pigeon, sur lequel se détachent les fines ramures des arbres et les grands ciei^es éteints des cactus. Une heure passe à suivre tes jeux de la lumière défaillante dans ta forSt qui s'assombrit. Aucun village, pas même la chandelle allumée d'un nocho, pas un hennissement de dieval ou te meuglement d'une vache. Hais, b surprise I An milieu d'une vaste clairière, des planches enclosent un étroit espace oà se dressent quelques croix de bois brut, an pied desquelles des bougies brûlent... C'est nn cimetière de bûcherons. Le conducteur du train nous explique qu'à certains jours ta tradition veut qu'on éclaire ainsi les tombtt des trépassés.
Dés son lever, te lendemain, le soleil brille dans del sans nuage, d'un bleu profond et lumineux.
DoiiîHihvGooj^lc
A TRATERS LBS FOR&TS DU CQACO AUSTRAL S97
et pare toute cette sécheresse d'une lumière dorée qui fait tout oublier, la terre gercée, te vent et la poussière I
D'Anatuya, nous nous dirigeons vers Tintina, point extrême du seul embranchement qui avance de ce côté vers le Ghaco. ■
Le Ghaco! Nous voilà donc dans ce désert que mes souvenirs géographiques, mêlés à mes imaginations, me faisaient apparaître presque absolument nu ou couvert à peine de maigres arbrisseaux, dans ce dernier refuge des tribus indiennes réfractaires à toute civilisatioa, que se partagèrent les farouches Tobas, les Mocovis nomades, et ces Uatacos et ces Ghiriguanos, dont nous vîmes les types pittoresques aux sucreries de Ledesms. Un jour prochain, cette plaine immense et aride, qui, sans ondulation, sans une seule colline, s'étend des rives du Juramento à celles dn Pilcomayo, des Qeuves Parana et Paraguay au versant oriental des Andes, sera traversée de chemins de fer. Déjà le gouvernement fédéral entreprend la construction de deux voies, de Corrientes à Métan, de Formosa à Embarcacion, que des embranchements réuniront h la ligne que nous suivons en ce moment. Ainsi s'achèvera la conquête pacifique de ces vastes régions où il y a quelques années les civilisés osaient à peine s'aventurer.
Les colons y trouveront en bordure des fleuves des terres opulentes, où tonte la végétation tropicale pourra se développer, depuis la canne i sucre jusqu'au coton. Ces cultures, avec les couches pétrolifères récemment découvertes dans la région du Vermejo, seront tes (rois grandes sources de richesse du Ghaco.
DoiiîHihvGoogle
En altendant, nous sommes ici dans Fane des ptrtiesles plas arides et les pins privées d'eau, ce qd n'a pas empêché des sociétés industrielles de s^ inslaller.
Notre train s'arrête à Quimili, en pleine forêt, oâ noua allons visiter Tune des scieries de la Sodélé des Quebraehale$ Chaguenos, Tondée il y a quelques années au capital de 4 millions de piastres (9 millioDs de franes). Elle possède 400,000 hectares de forêts vielles' et occupe 1,000 bûdieroos et 600 familles de peones.
En l'absence de son mari, la femme du directeur de l'exploitation nous reçoit avec une extrême bonite grâce, dans une maisonnette de briques et de boi^ propre et confortable, et nous offre une tasse de chocolat. Qu'on imagine la vie d'un administrateur et de sa famille dans cette forêt sans issue, à dix heures de chemin de fer d'une succursale, entourés seulement de peones.
Nous causons avec elle et avec le directeur d'une exploitalioD voisine, ancien ouvrier, Suisse d'origine, inlelligent et actif.
Certaines années, onze mois s'écoulent sans qu'une seule goutte d'eau ne tombe. Quand il pleut, c'est m janvier et février. II ne fait vraiment froid qu'en juia etjuillet. Alors le thermomètre descend jusqu'à — 10*. L'été, il atteint parfois 48*. En toute saison, les écails
i.,<i ■.■Gooj^lc