‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 62 sur 115 · SUR LE HAUT PARANA · texte numérisé non relu

SUR LE HAUT PARANA

compagnon* charmants el résolus. Et nous décidimes de faire, coûte que coûte, l'excursion qui nous alUrait lant.

— Nous iroQs en canot, en pirogue» en radeau> mais nous irons.

Nous ne fûmes pas réduits i ces sports fatigants. An bout de quelques jours d'attente A Gorrientes, au cours desquels la date et l'heure du départ changeaient à vue d'œil sur la pancarte affichée à la porte du bureau de la Compagnie Hibanovitch, on apprit que le bateau annoncé, calant trop, ne partirait pas, mais qu'à sa place on petit vapeur faisant le cabotage sur le ûeuTO nous raoraénerait, ainsi que H. Harper, directeur du chemin de fer anglais du Nord-E^ Argentin, et trois de ses amis, dont an estanciero anglais fixé dans le sud de Gorrientes, et ui ancien ofQcier de l'armée des Indes. Nous nous embarquâmes le 10 septembre k l'aube.

VIbira fait, en même temps que le cabotage, et i son heure, le service postal le long du Parana. Ses cabines n^olTrent aucun confort. Les animaux les plus divers nous disputaient nos places qui leur étaient sans doute habituelles. La propreté laissait fort à désirer. Na parlons pas des commodités. Le linge de lit, de toilette et de tahJe était rare, sale et troué, les murs tachés du sang des moustiques écrasés. Pour se laver la bouche, il fallait aller chercher un verre dans la lalle i manger. La cuisine, livrée aux soins d'une espèce de mul&tre crépu, luisant et débraillé, aux gros yeux roulants, aussi sale — et ce n'est pas peu dire — que ses tabliers et ms torchons, voisinait, sans en fitre séparée, avec les vaches et les mulets. Et cependant nous étions ravis de fouler le plancher du pois.

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el de D0U6 dire que pendant huit jours, sous ce oe splendide, nous allioas eiplorer les rires du iUak Paraaa jusqu'à la froDtîëre brésilienoe.

Une odeur d'étable moale de Tenlrepont; dei vaches et des moutoos nous accompagnent avec lesr fumier. Près d'eux tes passagers de deuiième dasse sont couchés sur des ballots de marchaadises on dei sacs.

Le bateau démarre avec allégresse, à ce qu'il nom parait. LeOeuveaicî plusieurs lulomètres de large. Les berges, parfois, s'élagent en escaliers de terre roose on tombent & pic ou bien glissent en pente dooee jusqu'au courant, dessinant de petites plages dorées. Il arrive qu'il se forme une bande de verdure oA paissent quelques vaches, ou encore qu'apparaisseut des blocs de pierre grisâtre et des rochers. De chaqoe côté, la végétation se ressemble : mêmes arbres de taille moyenne, serrés, mêmes sous-bois épineux et encombré de lianes qui les rendent impénétrables. Par instants, on croit longer quelque grand parc ver^ doyant et soigné, fermé par un interminable rideau d'arbres; d'autres fois, des élocs, déracinés par 1m crues, se baignent avec toutes leurs branches peacbées qui s'entremêlent sur la rive, comme ù on ouragan était passé U.

Des tles barrent ta largeur du Qeuve.

. On aperçoit, allongés sur le sable roux, des yocorit ou crocodiles du pays, endormis au soleil et qui, de loin, semblent des troncs d'arbres boueux enlisés sor les rives. Plus rarement un oiseau se montre, et, si le bateau approche des falaises, on entend jacasser Ici perroquets. L'eau n'est pas transparente, mais d'oa jaune mélangé de vert. Ia forêt riveraiiie prolonge 1

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l'infini sa double ligne d'arbres, palmiers, urundays, lapacbos aax fleurs roses, céibos aux hampes rouges. Le bateau va lentement eu celte saison d'biver, — saison des basses eaux, — à cause des rochers et des bancs de sable, et ne marche que le jour. Il faut & chaque instant jeter la sonde pour ne pas s'écarter des passes profondes. Le ciel est infiniment doux, l'air tiède, on a l'illusion d'une brise légère créée par la marche du bateau.

Et puis, le silence. Sensation de paix sereine, aoalogue à celle que j'éprouvai en descendant le Nil, une joie faite non d'imprévu ni de pittoresque varié, mais d'une belle et grandiose harmonie entre le fieuve immense, calme et majestueux, le ciel si pur et le mystère de la forêt inexplorée qui vient mourir U. Paysage et climat vous font mieux comprendre l'indolence naturelle des t fils du pays >.

Un peu avant que le soleil ne baisse & l'horizon, le ùel et l'eau lointaine semblent se confondre^ la ligne basse des rives et de$ arbres s'estompe d'une vapeur lilas; le bateau s'est arrêté, pas une ride ne trouble la glace immense du flenve qui a ici dix ou douze kilomètres de lai^e et l'on pourrait se croire voguant dans quelque sphère bleue. Hais le ciel change, des bandes de cuivre rouge, des lies roses, mauves et vertes surgissent au-dessus du soleil couché, et, dans l'eau nacrée où le vert s'exalte, le remous du bateau de noureau en marche fait bouillonner comme une chimie empoisonnée. Le sillage remue une traîne ocellée de rouille mordorée sur un fond d'acier et de saphir, un dernier reQet illumine la terre ocreuse des lies et le vert délicat des arbres sur leurs bords.

Nos Anglais, en tenue de campagne, coiffés de

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j casqueltes, jouent au bridge dans la salle & manger en fumant leur courte pipe de bois. L'un d'eux, à HiM de clown ou de jockey, très amateur de whîskj, met volontiers ses pieds sur le piano. Quand ils ne joueot pas au bridge, ils feuillettent un magazine d'un doigt distrait, ou bien sur te pont, la loi^nette i l'œil, ils cherchent à l'horizon un oiseau, un crocodile, des pas de bêtes lur le sable des rives, un nid, un débris flottant sur l'eaa, n'importe quoi. Uais je ne les entendis jamais faire la moindre réflexion sur la vie deâ gens du pays, ou sor le caractère da paysage, si sur quoi que ce soit d'esÂétique on de moral. Ils se bornaient aux détails matériels, fosseat-ils les plus puérils du monde.

Un jeune Allemand, frais émoulu docteur en Économie politique, — dit-il, — prend des notes en ayant l'air de réfléchir profondément. Les Anglais, qni ne peuvent le soulTrir, prétendent qu'il affecte ; na jeune marchand de blé, à lunettes, d'origine belge, lit du matin au soir, ne s'interrompant qu'au passage d'un jupon. Quelques acheteurs de bois, de yer^ maté, un arpenteur, en tenue d'ouvriers endimanchés, tiennent compagnie au capitaine, tète de Saxon blond, i la moustache courte et rude, i l'œil dur, couleur d'acier, aux traits brutaux, i la parole brève, UD de ces hommes que l'on devine capables de tout.

Les arrivée à bord sont les grandes distractions du voyage. Trois ou quatre capatazes' chaussés de bottes vernies, et autant de peones, s'embarquent ea route, quelquefois avec des femmes habillées de robes vertes ou rouges, leur télé brune enveloppée d'une

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