‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 64 sur 115 · SOR LE HAUT PABAHA · texte numérisé non relu

SOR LE HAUT PABAHA

basses plantées de bois; mais k présent les bunboos domiaent, ils s'élèvent en gerbes élégantes et serrées, étouffant quelques lapachos aux fleurs roses.

Cette double barrière qui, sans arr£t, borne la me, devient monotone. Aussi quand, après trente heures, la rive déboisée s'étale en prairie, Fceil enchanté se repose pendant quelques minutes sur les berbes et les vaches d'un rancho.

De nombreux arroyos d'un ou denx mètres de large se sont frayés un chemin i travers la forftt, dans la terre sablonneuse, et viennent sous un tunnel de branches perdre leur flot dans l'énorme masse d'eau qui passe.

L'apparition des yacarés a fait sortir les fusils de chasse et les revolvers; le pilote, un fusil posé près de la barre, a l'œil sur ta rive plus souvent que sur le gouvernail. De temps en temps un coup part, qui eOarouche quelque ma rtin- pêcheur voletant sur les bambous ou quelque pécari venu boire au bord du fleuve et qui regagne prestement ses fourrés.

Nous ne croisons pas une seule embarcation. Le grand fleuve, autrefois sillonné par les pagaies des Indiens guaranis, est désert. Que nous sommes loin du temps où les bateliers devaient tendre de rideaux de cuir leurs embarcations pour se défendre des flèches des Indiens. La forêt est silencieuse. A peine de temps en temps, un milan solitaire plane audessus de nous et s'en va. Puis, soudain, au détour d'une lie, un bruit assourdissant de jacassements de perroquets sort des bois.

Le caractère de ces forSts leur vient de la diversité de la végétation qui donne k la masse de verdure des colorations et des form« différentes. Les troncs

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extrêmement pressés, les sous-bois 1res épais témoignent d'une nature ardente k vivre et & se multiplier; tes espacements que ménagent les fûts des arbres sont remplis par des lianes et des aii>ustes et, sur le bord, par les hautes graminées. Hais la grâce an pea monotone, il est vrai, de ce paysage est due aux rideaux de bambous de ses rivages. Verdoyantes jusqu'l leur base, les touffes flexibles s'épanonissent si légèrement, d'unélan si souple et si délicat dansVaxorl

Nous nous répétons sans cesse que ce paysage n'a rien de tropical — bambous et perroquets â part — et que, n'était la largeur du fleuve, on pourrait M croire sur une rivière de l'Ile-de-France, par une journée d'été.

Hais la grande préoccupation des passagers rient des moustiques, les terribles mosquitos, les quejentt entre autres, qui vous harcèlent jour et nuit, dont la piqûre, heureusement, est sans gravité. J'ai importé de l'ammoniaque et de l'eau de Cologne pour combattre les démang;eaisons. Hais il faudrait des moyeu préventifs. H. Harpera trouvé le seul : il s'est fait une moustiquaire avecquelquesmètresdemousseline qu'il < a coulissés et qu'il étend au-dessus de sa coucheUe tous les soirs au moyen de pitoas dont il s'était précantienne. L'Anglais estancieroàtètedeclown, quipai^ tageait sa cabine avec un Norvégien, était réveillé la nuit par des hurlements hystériques de son compagnon, hanté par les cauchemars. II changea de cabine. Hais la malchance le poursuirit. Des rats venaient lui tenir compagnie et il passait les meilleures heures de la nuit à les chasser i coups de bâton, ce qui ré* veillait ses voisins, le consolant un peu de ses propret mécomptes.

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SUR LE HAUT PARAHA 8i9

Le troisième jour, vers Uuzaingo, uoe petite oloDÎe de Russes, hommes, femmes, enfants, était enue accompagner au bateau un jeune ouvrier qui 'cD allait travailler dans le territoire des Hissions. ]o canot se détacha de la n?e, l'amenant vers nous, «s autres demeurèrent sur les bords, à l'ombre des lambous. Les hommes étaient coiETés de hautes casnettes noires, chaussés de bottes et velus de leurs hemises rouges du dimanche, les femmes, habillées e caracos & ramages éclatants, avec un foulard sur la ile, et les enfants portaient des pantalons démesurés ui leur tombaient sur les talons. Tous se mirent & hanter une complainte d'adieu slave, d'une mélanolie lamentable; les grosses voix se mêlaient aux oprani aigus des petits ; sous ce soleil, dans cette olitude lointaine, le steppe s'évoqua, l'isba couverte le neige, Tolstoï, les tristesses et les drames des léracinements...

Le sondeur lançait toujours de l'entrepont sa orde à plomb, et criait sur un ton monotone : Otcho ualras, siete cuatras. Aux passages difTiciles des louées flottaient, vieilles boites à pétrole bouchées, tientftt, le fleuve est si bas que la crainte d'un ensailement fait stopper au crépuscule.

Nous sommes au cinquième jour du voyage. Le leuve s'est rétréci. Les parfums de la forêt nous urrîvent. Au lieu des falaises rouges qui bordaient e fleuve jusqu'ici, apparaissent maintenant d'afreases roches basaltiques lavées par les pluies et les ;rues et que le soleil craquelé; comme l'eau est très }asse, les écueils aiBeurent ainsi que des Ilots bruns, l'aspect funèbre et terrible. On dirait des congloooérals de m&chefers ou des terres boueuses piétinéea

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par des millions de bœufs et séehées; les counoiî s'y sont creusés des trous énormes, comme des «• venies.

Sur ces rocs calcinés, un bateau s'écboua il j i vingt ans, sa carcasse est encore li avec sa ferraille, sa roue i aube, semblable à un tborax défoncé de géant. De temps en temps, une Ile étroite et haute s'élève comme un c6ne verdoyant au centre de b rivière. Un puma s'est moatré sur la rive. Huit coup: de revolver partent sans l'atteindre. Le bateaa s'a^ réle; un canot se détache avec quatre hommes ti a passager qui vont i la poursuite de l'animal, fiienttt, ils reviennent. Le puma a disparu.

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Posadu. — Pe*nei, retonr ds la forât lierga. — Lea ebinai. — Cigares et parfiimeriei. — Compatriolea sjmpattaiquef. :— Lea ttim de Bloitet. — H. Clémeat. — La colonie française de Hiiioiies. — H. Barthe. — Sa rortnne et ion histoire. — De qnoi est faite ta richesse de Hisiones. — La terre, lea bois, les yerbales. — Comment s'exploitent les foréU. — Existence dramatique.

Le 14 septembre, nous aperçûmes sur notre gauche une petite colline toute verte eo pente douce, avec Ç& et là les lumières roses des lapachos en fleur, et des maisons basses étagées dans la verdure : c'était Posadas, la capitale du territoire de Misiones. Quelques petits vapeurs sont ancrés dans le port sans débarcadère, sans digue, sans ponton, simple berge naturelle où l'on décharge de la luzerne pressée. Des barques tournent autour de Vlbira, pleines de marchandes d'oranges et de cigares.

Nous débarquons avec des péones en chapeau mou, veston, cravate rouge ou verte ou bleue, leur petit baluchon à la main. Ils viennent à Posadas dépenser les cent ou deux cents piastres gagnées par leur tra< vail dans la forêt, et sont accompagnés de < chinas >

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en jupes roses, blouses mauves eL bottines Ternies.' Elles couchèrent, comme les hommes, sur le poirt; mus, dès ie matin, je les vojaîs qui se lissaient les dieveus avec l'eau du Oeuve puisée dnns de vieilles boites de conserves, qui se fardaient et s'avivaient les yeux et les lèvres de kohl et de rouge. Certaines tiennent d'une main leur provision d'énormes cigares noirs ou des Teuilles de tabac pressées, el de l'autre un enfant. Ces cigares sont si forts que les hommes eux-mêmes ne les fument pas.

Ce soir, il y aura à Posadas des bals publics et des oi^ies qui dureront toute la nuit. Demain, poorea finir, les peones achèteront ft leurs c chinas ■ des parfumeiies et des poudres de riz.

Posadas restera dans notre souvenir comme l'use des étapes les plus charmantes de notre voyage. C'est que nous y rencontrâmes les frères de Blosset, deux compatriotes courtois et souriants, intelligents et renseignés, qui paraissent très sympathiques soi gens du pays. L'un d'eux est l'agent consulaire de France. Ils aiment leur patrie d'adoption. Je pourrai donc écouter leurs critiques s'ils m'en font. Je rencontre aussi un Allemand dont l'opinion comparée à la leur m'intéressera.

Posadas est une toute petite ville de 6,000 habitants, qui n'a guère plus de quarante ans d'existence. Au temps de la guerre du Paraguay, quelques tentes s'étaient plantées là. Puis on bllit des chaumières qui devinrent des maisons. Et c'est aujourd'hui la capitale du Territoire des Hissions.

Sur la place plantée de cèdres et de ceïbos ani leurs écarlates, se trouve le meilleur hdtel de la ville, l'hdtel de Paris, tenu par un de nos compatriotes,

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M. Clément, qui a la réputation d'avoir maaraif caractère, mais que j*ai trouvé charmant.

La vie est bon marché & Posadas. Pour40 centimes on a un kilo de viande; le manioc coûte 75 centimes les dix kilos'. Les légumes ne sont pas plus chers.

Le soir de notre arrivée, M. de Blosset nous avait conviés, chez lui, à vider une coupe de Champagne, au milieu de la colonie et des habitants notables. Nous apprîmes !& qu'à l'heure présente, rinfluence française domine dans Hisiones, — non dans !a politique, qui est toute aux mains des (Correntinos i, — mais au point de vue économique et, on peut dire, social, n Y a huit ans, cette influence s'exerçait bien plus directement encore. Tout le conseil munidpal de Posadas parlait français. Le gouverneur était alors H. Lanusse, fils de Français, cousin de l'abbé Lanusse, aumônier de Saint-Cyr.

n n'y a pourtant dans tout le territoire des Missions, qu'une centaine de Français dont la moltij occupent, il est vrai, une situation privilégiée. Quelques-uns sont les plus riches du pays.

Je citerai parmi eux HM. Errecabarde et G'*, qnt possèdent 607,000 hectares de terre dans le Teirltoire des Hissions, et H. Dominique Barthe qui, arrivé en 1877, sans aucune fortune, du pays basque, et simple ouvrier, se trouve aujourd'hui riche de 35 millions de francs. II est à la fois commerçant, industriel, armateur et banquier , et possède 750,000 hectares de forêts au Brésil et au Pari^ay, dont une partie importante produit de la yerba maté.

1. L« nuurioe lut k Uro I» Uploca. On l'«mplola iel «d (rtId*, «nll Outt nuc«r dtM ht uoU ]<rar*, Mr allo M cU« très «iu.

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(Notre département du Pas-de-Calais n'a que 663,000 hectares.)

Je le vis ce sotr-Iâ. CeEt an homme de cinqauilecinq ans, alerte, A la figure maigre, au teint rouge, i l'œil vif et clair, i la forte mâchoire. Je lai demandai quelques di^iails sur ses origines. Ce fut court. H nrrira en Ar-^'entine h douze ans avec un parent. Tenant de Mauléon, sans un son, et demeura pendant trois ans i Buenos-Aires chez une de ses sœurs mariées. A quinze ans, il entra comme employé poor 80 francs par mois, chez un marchand de malé qu'il quitta à vingt et un ans pour travailler h son compte* Il avait mis de cAté quelque argent, et put acheter, aa Paraguay, du maté et du tabac qu'il revendiU Cette première alTaire faite, il se trouvait à la tète d'on capital de 20,000 francs. Ce fut le point de départ de a foitune. Dès lors, il 6tle trafic de layerha, des cnirs, du tabac, du bois, de Buenos-Atres à Posadas et inversement. Il acheta des milliers d'hectares de terres et des milliers de têtes de bétail. II est aujourd'hui le plnsgrand propriétaire de Misiones et refusa dernièrement 95 millions de francs que lui offrait une Compagnie anglaise ponrla totalité de ses biens.

Le Territoire de Misiones est peu peuplé, puisqu'il ne compte pas plus de 38,000 habitants. Une grande

Sortie de cette population se compose de familles e colons européens. Les Russes et les Slaves d'Auriche dominent dans la proportion de 45 p. 100, les aliéna 10 p. 100. Ces colons sont divisés en 3,0(K) faillies environ, réparties dans 13 colonies. Cbaqne

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famille possède es moyenne 50 hectares de terre dont elle ne cultive que 5 & 7 hectares*. Car nous ne sommes plus ici dans la région des grandes eiptoitarions. On cultive surtout du manioc, des patates, du tabac, de la canne à sucre, du maté, du riz, des oranges, des bananes, des ananas.

Les Syriens et les Arméniens commencent à envahir les provinces du Nord et Misiones en particulier.

— Ce sont, me dit M. de Blosset, des gens qui ne travaillent pas, qui vivent du travail des autres : la plaie la plus à craindre dans des pays neufs. Ils arrivent avec une botte, et trois ans après les voili devenus propriétaires d'une maison à deux étages. Or il faut ici des gens qui produisent. Actuellement tes meilleurs colons de Hisiones pour l'exploitation todustrielle des forêts sont les Brésiliens fils d'Allemands. Pour les travaux des bois, les dérrichements, les yerbales, le Correntino, métis de Guarani et d'Espagnol, n'a point son rival. Le meilleur ouvrier des champs est le Polonais devenu, depuis quelque temps, le pourvoyeur du Territoire en œufs, beurre, charcQterie, etc.

f Tout esta faire dans ce pays admirablement fertile, assurent nos compatriotes. Pensez que sur une superficie totale de 3 millions d'hectares*, le Territoire de Misiones n'en a pas plus de 350,000 cultivés, le reste est encore en forêts. An centre de Misiones,

1. C'est U loparflele travdilie aDDneltcmeDt pu une (amnie «uropéenne. Lei Argentlos, Brésllleiu et PinguaTens m cultivent que deoz en trois hecUres.

t. A peu prËi la snperllcle de la Belgtqua.

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625,000 hectares, propriété da goaTemement, noa eiploilés, aUendent te chemiadeferpourse valoriser'.

— Pourquoi, alors, ce retard daas la colonisatioi et le développement du pays? Le climat n'est-il pas on obstacle sérieux?

— Non pas, le climat est ici tout & fait salnbre. k Posadas, durant l'été, le thennomètre ne dépasse pu 36 et 3S*, l'hiver il ne descend guère au-dessous de 3* ou 1*. Parrois, mais rarement, nous avons qnelqaes gelées blanches. Les pluies sont très abondaniei, Clément distribuées tout le long de raonée, arec un peu plus de sécheresse en février, mars et avril

— Et la terre est fertile?

— D'une grande fertilité. C'est la fameuse terre rouge, la terre k caTé, que l'on retrouve au Paraguay, dans te sud du Brésil et à Cuba. Quantité d'arrojôs '■ sillonnent le territoire entre lesquels s'étendent des ! espaces vallonnés où cette terre rouge végétale atteint parfois une épaisseur de trente mètres. La preave irréfutable de la richesse de ce pays, les Jésuites l'cnt donnée dans lean belles eiploitations et leurs colonies i^coles si prospères, dont nous ne voyons plus que tes ruines. Ils avaient organisé ici même d4 magnifiques estancias, créé des plantatious de yerba malé, importé dans leure potagers et leurs T«gen les tournes et les fruits d'Europe. Tout cela disparut après leur expulsion et les guerres entre l'Argentine, le Paraguay et le Brésil, dont les Missions furent} pendant un demi-siècle, te champ de bataille. Après les incendies des villages et des estancias, fl :

t. r*l dsiDuuM la nlevr d« cw Iwm. On lu vaadiM m»taê 4l

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ne restait plus qu'une population d'Indiens retombés presque à l'état sauvage; les for&is avaient eavahi les cultures. Cependant, depuis 1860, avec la paix, an peu de prospérité revint. L'émigration étrangère atteignit ces régions, trop peu, malheureusement, les riches plaines de Buenos-Âires et de Santa-Fé l'arrètaot au passage. »

J'ai rencontré aussi un autre Français intelligent et actif, H. Fouillaad, qui, depuis plus de vingt ans, en qualité de géomètre-arpenteur, parcourt cette contrée dont il a dressé une carte économique exacte.

Je lui demandai de me parler un peu de l'eiploitatioD des Forêts, dont il s'est fait une spécialité.

— Il lîe faut pas se dissimuler, me dit-il, qu'elle offre quelques difficultés. Hais on peut les atténuer. La plus grande consiste, pour tes forestiers, dans l'absence de pâturages et, par suite, dans l'impossibilité de se ravitailler. Les chèvres, il est vrai, b9 nourrissant de broussailles, s'accommodent facile* ment de la forêt. Hais il faudrait créer, au long des picadas déj& tracées ei dans les lones exploitées, des pâturages permettant de faire des réserves de bétaiL Les Brésiliens de la colonie de l'Iguazn ne f autrement.

— Quelle est la vie de ces ouvriers foresiiei

— Assez dure, en vérité. Songez A l'existt ces gens isolés au milieu de la forêt viei^, i trente kilomètres de toute communication Teste du monde, vivant dans le silence absolu la chaleur, «i milieu des moustiques, des <

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gui }, des liqucs, de mille insectes, seuls haluUiits des bois. 11 y a des tiques microscopiques qui s'insnnent sous tes ongles ou se collent par larges brade! sur le corps et qu'il faut racler durement. D'autres, énormes, se collent à la peau et sucent le sang. Quand on veut les arracher, la chair s'en ra avec efies. Nais le grand ennemi du bûcheron est nne sorte de petii papillon jaune qui boit l'humidité des muqueuses, ani yeux des chevaux, des mules, des bœué et des hommes, entre par nuées dans tes oreilles, le nez, U bouche. Autre danger : l'anémie provoquée par le dégagement d'acide carbonique des feuilles.

— Que mangenl-ilsî

— Ce qu'on leur envoie de temps eo temps. Car il n'y a aucune ressource dans ces forêts. Les animaux eux-mêmes n'y trouvent pas de quoi rivre, n les gros, ni les petits, pas même les oiseaux. Gels lient & la constitution du sol privé de chlorure de sodium nécessaire à la vie des plantes qui aonrrilscnt les animaux. S'il n'y a pas de fruits aux arbres, ni de plantes nourricières, il n'y a pas non plus de petits animaux, ni, par conséquent, de carnassiers qui s'en nourriraient. 11 arrive cependant qu'on relève des traces de bêles dans la picada. En les snivanl, on arrive presque loujours à un endroit recouvert

^ d'une mince couche de salpêtre, si rare dans le paji, qu'un tapir ou un pécari est venu lécher.

— Comment décidez-vous les péones k partir pour la foréi?

, — C'est souvent compliqué. On les allèche par des avances, on les habille de neor, on leur donne ua poncho, nn grand Teutre, une paire de bottes, pins deux cents piastres. Cette abondance les tente, il*

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acceptent le contrat et dépensent en nne nuit au jeo et dans tes bouges de Posadas toute leur avance. Alors, ils essaient de se sauver, ce qui est facile, puisqu'il leur suffit de traverser le Paraoa pour être en terre paraguayenne. Ou bien, leur oi^e consommée, ils entrent dans le bois, généralement seuls, m£me B*ils sont mariés, car la présence des femmes amène toujours des drames; ils travaillent avec plus ou moins d'ardeur pendant quatre ou cinq mois, le temps nécessaire pour gagner deux ou trois cents piastres, et alors rien ne peut les empêcher de revenir à la ville, où ils liquident en quelques heures le reste des gages qu'on leur paye à la fin du contrat, et parfois les avances du contrat nouveau.

=^ Mais comment peuvent-ils dépenser ainsi en nne nuit cinq ou six cents francs ?

^ Avec ces femmes i peones que tous avez pu voir sur Ylbéra, ces t chinas > métisses d'Indiennes et d'Espagnols ou de nègres. Ils se grisent, se couvrent de parfums chers; les femmes fout des provisions de poudre de riz, de fards, d'huiles, de pommades, et de toileUes éclatantes.

t Hantés par le souvenir de ces délices, ils tentent quelquefois de s'évader. Mais ils savent qu'un homme perdu dans la forêt est un homme mort. Point de fruits, point de gibier. L'ouvrier est donc l'esclave sans dâ'ense de capatazes intéressés à le faire iravaitler le plus possible, souvent plus terribles pour lui que les tiques et les moustiques. On les choidt parmi les plus énergiques, les plus brutaux et les plus rompus à la vie de ta for&t. Ils sont mieux payés, mieux nourris aussi. Le péon dépend entièrement de ces contremaîtres farouches. S'il se rel&che, on le

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prive de nourriture. S'il se rebelle, on l'attaclie à arbre et on le fouette. Il se résigne donc au travail De la viande séchée, du maïs et du maté compose) son ordinaire pendant des mois, n faut la résignalio du Guarani pour supporter une telle existence. L'Ea ropêcn n'y résisterait pas. Parfois, cependant, de drames éclatent. Sept ouvriers furent tués l'an dernier, au cours d'une révolte. A bout de résignatioi ces fitres doux et passifs peuvent devenir aussi brin] taux que leurs tyrans. Et l'on cite te cas de contre matlres attendus par des bûcherons au détour d'ans picada et tailladés à coups de couteau; d'aatrecJ ligotés à un arbre en pleine forêt, exposés & la lor ' ture des tiques et des moustiques, ne forent délîTC^ que par le plus grand des hasards. >

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Ad moyen de leur long couteau appelé c machete >, les hommes coupent tout le sous-bois, lli font très vite cette besogne. Il faut les voir marchant à travers les fourrés, distribuant avec éoerfcie la coups tranchants i droite et à gauche. Gn péon ne passe pas plus de six à sept jours sur un hectare. Puis ils s'attaquent aux gros arbres. Au bout de sept & huit Jours en été, et quinze en hiver, les feuilles et tes branches ayant séché, on y met le feu; tout flambe, la cendre tombe sur la terre et l'eDgraisse de sa potasse. On sème des graias de maïs entre Icc troncs calciués et, dès la première année, la récolte est belle. Travail commode, puisque la caeilleUe dn BUÏs se fait & la main, épi par épL

La deuxième année des rejets ont poosaé artenr des fûts ; ou tes brAle ; pais les troncs SMit enlevés et déposés le long d'une route qu'on a tracée tors du premier travail. On resème du maïs.

La troisième année, les radnes et les chicots sont poorria, on les enlève et on peet labourer le dkamp.

— Et quel aeni, i votre jagemeat, l'aveav de Mtsiones? deaiandai-je à H. Fouiltand.

— Quaad on aura tiré des forêts lea tx^aen de bois qu'elles reorerment, on créera A leur place itt ^tarages d'engraisseuefit.

— Hais M m'a-t-oB pas dit qua la t^re ne peaaède pas assez d'éléments salés peu la BMirrilan dn bétail?

— On y pourvoit par des iaoyeHarUfici6la.AGUuJlemeat, lorsqu'à la lune nouvelle, on fait lee lodetf

des bfttes da eampo, les peooes partent avec dnq on six saca de sel qu'ils sètnent sur le sol et que les vaches viennent lécher. Cette coaturne nidimeataire; est à réformer, car les animaui conroodent le sel et le gravier et se mettent à raflcher les cailloux, ce qui leur abtme les dents, après quoi ils ne peuvent plus mflcber l'herbe, et dépérissent On verse i présent le sel dans des auges. Cette distribution périodique a même uni par apprivoiser le bétail qui de?enait sattv^B et qu'on ne pouvait approcher qu'à grand'peine.

— Le prix du sel n'augmente-t-il pas les frais d'élevage?

— A peine. Cela coûta 35 centimes par télé et par an.

< Hais ce sont là des détails. Ce qui importe davantage, c'est de secouer l'énergie des gens et de se défaire de traditions absurdes. Par exemple, oa fait ici de ta sélection â rebours. Dès qu'on voit ua beau poulain, on en fait un cheval de selle au lieu de le prendre comme reproducteur. Les Guaranis de Hisiones considèrent comme une sorte de déshoanenr de monter une jument. Aussi en a-t-on de superbes pour un prix dérisoire. Croiriez-vous qu'au lieu de les réserver pour la monte, on les vend A une savonnerie pour leur poids de graisseT

c Et puis, continua H. Fouilland poursuivant sa démonstration, on fera de la culture. Celle du maïs, actuellement limitée aux besoins locaux, peut se développer. Le manioc, aliment fondamental des Hissions» doit être également exploité pour sa richesse en amidon. Sa racine en contient théoriquement 35 p. 100, en moyenne 15 p. 100. Un hectare donne au minimum ^,000 kilos de manioCf et par conséquent uoe

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