‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 79 sur 115 · LES COLONIES ISRAÉLITES · texte numérisé non relu

LES COLONIES ISRAÉLITES

CIftra. — L'œnTra du baron Hirach. — Visite i la colooie. — Oi^aniittioD. — Comment Mot recrutés les colons. — Les Juifs penécutés en Russie >e réfugient ici. — Ils s'y acclimatent. — Un apprentissage oécessaîre. — Les avances tas colons. — Leurs contrats. — 150 hectares de terre par famille.

— Le prinape de l'oeuTre ; permettre de viTre an plus grand nombre possible de pannes gens. — Installations modernes. — ùémenea- — Fabiiques de beurre. — Hôpital. — Ecoles. — CoopËratiTes d'adiat et de vente. — Colonies savoyardes. — Les vaches maigres et les vacbes grasses.

— A qntrï sert la Bible.

Pour retourner i Baenos-A.ires, en reveDant de

rijjuazn, au lieu de passer par le chemin de l'aller, nous traversâmes, après la province de Corrientes, celle d'Ëntre-Rios, qu'on appelle aussi la Mésopotamie ai^ntinc. Elle est, en effet, encadrée par les deux grands fleuves, le Parana et l'Uruguay, auxquels elle doit, avec des inondations quelquefois calamileuses, la fertilité étonnante de son sol. Deux choses alliraieat ma curiosité dans l'Entre-Rios : d'abord, les colonies

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40S EH ARGENTIftE

I juives dont on a tant parlé, installées li par le ùiam baron Hirsch, et ensuite les établissemeals coloian de la Gompt^nie Liebig, dont la moitié est en Dnguay, à Fray-Beotos, sar la rive gauche du ptui fleuve ; l'autre moitié à Colon, en Argentine, sor h rive droite.

En arrivant & la petite gare de Clara, nous trosvfUnes, qui nous attendait, H. Cohen, directeur^ écoles de la colonie Israélite. Sa présence nie Gtgiwl plaisir, car aux premiers mots que nous échan|«taMi je compris que j'allais pouvoir me renae^er npàtment et avec précision.

On sait l'origine de ces colonies. Il y a vingt et qKtqucs années, les persécutions antijuives devenait dt plus en plus violentes en Russie, un capitaliste de b race, le baron Hirsch, entreprit d'aider k l'émigratiei de ses coreligionnaires pauvres en Ài^entîne tin Brésil, comme aux États-Unis, au Canada» en PdettineetenÂnatolie.

Des envoyés vinrent dans l'Entre-Rios acheter iis terrains pouryrecevoir les colons expatriés de Polopi et de Lithuanie. Aujourd'hui, les colonies d'Eatn- Rios, de Buenos-Aires et de Saiala-Fé renferment gM population de 15,000 individus, vivant du 8<U sur ot étendue de 520,000 hectares'.

t. La popolaUoD UraéllU loulo, «n ArfuiUiiA, sa motttl 40,000 imu MvIroD, dont 10,000 A BuaBo«-llrM, 15,000 iaM M caloDlu da bwon Hlncb, le mu, dlMémlnA à rintériear dts ft»

TtDCBS.

Chkque tniiée, la wciAU uqolert d« noatMiu domaJnu pMt I installer de oouveaux colons.

Aetnellemeat, 11 eilste trois coloDlea dans la proTiiKe d'KU*- Rlos : celles de aara, San AdIodIo et Laclenvllle; deux daai k proTiDM de Bnenos-AIres, cdlw de Haarielo et da baron Ursd. nna dans Santa-Fé, qui l'appelle HoIsesvlU».

DAflS L'ENTRE-niOS

La colonie de Clara comprend 200,000 hectares de terre. Y vivent à l'heure qu'il est 700 familles de 5 personnes en moyenne, soit 3,500 âmes.

— Comment recrutex-Tous vos colons? demandai-je A M. Cohen.

— Aatrefois, on en faisait venir directement de Russie, et on les installait. II y eut des mécomptes. A présent, les Israélites russes viennent d'eux-mêmes en Argenline, travaillent de leur métier, s'ils en ont un, ou cherchent dans les colonies juives un emploi de péon. Nous leur donnons de l'ouvrage. Pendant la moisson ils gagnent facilement dix ou onie francs par jour. Et quand, au bout d'an an ou deux, ils sont acclimatés, qu'ils sont devenus endurants, qu'ils nous offrent des garanties d'activité et de moralité, et qu'ils ont une famille assez nombreuse, nous en faisons des colons, c'est-i-dire que nous mettons à leur disposition 150 hectares de terre, et le cheptel mort et vivant, représentant environ 7,000 francs. La maison Ggure dans ce chiQre pour 1,000 francs, un hangar pour 300 francs, les clôtures de fil de fer pour 300 francs le kilomètre; le cheptel comprend dix vaches, deux chevaux ou quatre juments ^, une grande charrue à si^ ou deux charrues A main, deux herses, une en bois, l'autre en fer, les harnais, les jougs, les courroies, un char.

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< Ils Dous rembourseront ces avances en râ^ «ns, avec un intérêt de i p. 100.

— Combien leur vendei-vous le terrain ?

— CD ou 70 francs l'hectare dans les metllesni terres, 40 on 45 francs si les terrains sont bas on i défricher.

— Vous n'exigez aucone garantie T

— Aucune. Leur contrat est celui d'an métayer. Ils doivent nous payer par an 800 on 900 ttiaa d'intérêt, moyennant quoi, an bont de vingt ans, ils deviennent propriétaires de lenrs 150 hectares, de leur troupeau et de leur matériel. Et même si, ■ cours d'années mauvaises, ils ont besoin d'avauees, on les leur bit aux mêmes conditions. An bout k quelques années, s'ils n'ont pas été trop promet, ils se trouvent à la tite d'une petite fortuiM.

— C'est-ft-direî...

— 30,000 on 35,000 francs, par exeraf^, ei dehors de leur terrain et de leur cheptel. Ce n'est pas si mal I Ceux qui savent se débrouiller — et les bons exemples sont vile compris et suivis — mit mt basse-cour et des vaches dont ils vendent le lait i raison de dix centimes le litre à une corap^ie anglaise qui possède une f^rique de beurre nés loin d'ici. Certains colons arrivent i en vendre jusqu'à 300 litres par jour.

— Vous leur donnez i50 hectares, jamais plus, même s'ils vous le demandent?

— Non, jamais plus. C'est assez pour occuper hh famille de sept ou hait personnes toute l'année. Autrement, des colons plus heureux ou plus malÎB> r finiraient par envahir la colonie, en absorbant pea i peu les malchanceux et les faibles. Dr, le principe <k '

DANS L'ENTRE-n[OS 411

notre administration n'est pas d'enrichir les uns aux dépens des antres, mais de permettre de vivre au plus grand nombre possible de pauvres gens.

— De sorte que ceux qui se sont eurichis plus vile que les autres par leur industrie ne peuvent pas s'agrandir?

— Ils ont seulement le droit de louer des terres pour y engraissa plus de bétail que les leurs n'en pourraient contenir. El puis, ils peuvent s'étendre en dehors de la colonie. J'en connais qui sont devenus propriétaires de plusieurs centaines d'hectares aux environs; d'autres possèdent des maisons de commerce eu Uruguay ; d'autres, ayant acheté des che- ■ vaux et des chars, sont maintenant entrepreneurs de charrois, d'autres font le commerce des peaux ou des pompes & veot. Et ce n'est qu'un commencement. Quand ils auront la connaissance plus complète des ressources du pays, il est certain que l'espiit d'entreprise de DOS colons servira beaucoup la prospérité de la province, lis sont entièrement libres. Nous n« défendons que notre terre, voilà tonL i

On m'avait dit, à Buenos-Aires :

— Nous n'aimons pas beaucoup les colons juifs. Ce sont des Russes abrutis et rétrogrades.

Cette anirmation m'avait étonné. H. Cohen la rectifia ainsi :

— Ce reproche était mérité au début, me dit-il. Naturellement les pauvres diables qui sortaient des ghettos de Pologne, de Lilhuanie et de Bessarabie se ^ montraient réfractaires i la culture et au progrès. Mais la race est intelligente et souple. Et vous verrez nos installations munies des machines agricoles les plus modemet, renouvelées dès qu'une inoovaiioo

ils SN ARGENTINE

pratique nous arme de t'Amériqoe du Nord ou de l'Australie. Nous sommes même en avance sur toss nos voisins. Nous avons fondé des crémeries, des fabriques de beurre, dont le produit est acheté par l'Ani^eterre. Nous semons de la luzerne, nous plantons des arbres et de la vigne, nous améIior(His les races laitières et les reprodacteur^, nous fondons des écoles, des bibliothèques, des bÂpitauz, plus nombreux que partout ailleurs '. On vient de toate la province consulter le médecin de notre hôpital, et même de Buenos-Aires.

■ Les colons, groupés en coopérative agriode, 'ont créé ce qu'ils appellent un c fondo communal i, sorte d'institution ingénieuse qui leur sert i Ia fois de société mutuelle pour leurs achats, et de banque de prêt. C'est l'I. C. A. qui leur avance les fonds 0* Jewish Colonisation Association). S'ils ont besoia d'argent pour leurs semailles, de sacs pour la réoohe, de Qcelle pour leurs gerbes, de moissonneuses et d'autres articles agricoles, on les leur fournit, et lit les remboursent i terme avec un intérêt de 8 p. 100 servi comme bénéfice à la Société.

( Bientôt, la coopérative s'occupera de la veste en commun de toutes les récoltes, directement, aux grandes maisons d'exportation de Buenos-Aires. L'expérience a été faite déjà, malgré les protestatioas des petits commerçants en grains, et la moitié des colons est désormais acquise à cette combinaison toute moderne, si avantageuse pour eux.

t Vous le voyez, nos colons ne sont pas en marge du progrès. Ils s'intéressent i leur métier et Sa

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